AVANT SON TRÉPAS
Sur le chant : Dames, je vous prie à mains Jointes, etc.
1 Plorons, chrestiens, plorons la mort extrême, Plorons la mort du roy Charles neufiesme, Nostre bon roy tant orné de vertu,
Car maintenant par mort est abattu.
2 Le roy des roys, de son trône céleste, Sur ce bon roy entre tous manifeste Son sai/ict esprit de bénédiction, Comme aux apôtres, après Tascension.
3 Tu le peux voir, ô chrétien débonnaire, Quand tu entends les propos salutaires De ce bon roy peu avant son décès, Qui nous seront mémorables à jamais.
4 Las ! ce bon roy pour donner exemple, O! très-chrétien, si bien tu le contemple, Il a receii, ardant en charité,
Son Créateur par grand humilité.
5 Ayant receu ce divin pain de vie, Sentoit desjà son ame au ciel ravie, Et ne vonloit d'autre chose parlé Que de son Dieu et sa saincte bonté.
6 Puis, en sentant de son mal la misère, Il demanda à parler à sa mère, Pareillement à sa femme aussi,
Car il voyoit que s'étoit fait de Inf,
7 Approchez- vous, mère très -excellente^ Je veux que vous soyez dame et régente Sur mon pays, car je m*en vais mourir, Las ! je voy bien que mort me vient saisir.
8 Hors de la foy nul de vous ne s'flsloign» Tant que venu soit le roy de Pologne, Mon frère, hélas! qui m'a tant bien aymé, Quand tout par tout en est bien estimé.
9 Las 1 je vous prie, mère très-honorable, Ce pauvre peuple, qui m^est tant amiable, Qu'il soit si bien selon Dieu gouverné . Et que des guerres ne soit plus ruiné.
10 Las ! consolez mon espouse doulente, Ëlyzabeth, qui nuict et jour lamente.
Car me souvient d'ouyr son piteux cry, La tourterelle qui pleure son amy.
il Elyzabeth, priez Dieu pour mon âme, £t de plorer vostre cœur ne se pasme; Nous sommes mis au monde pour mourir \ En bien vivant au ciel feult parvenir.
12 Je n'ay regret m'en aller de ce monde, Là où tout mal et tout malheur abonde; Las ! je pardonne à mes conspirateui*s En leur priant qu'ils soient mes orateurs.
15 Je vous exorte, très- débonnaire frère, Portez honneur à nostre dame et mère; Sollicitez ma femme, votre sœur^ D'un fraternel et débonnaire cœur.
14 Si ferai-je, monseigneur et frère,
Je vous promets leur estre débonnaire, Et si le dy de cœur net, pur et franc, Jusqu'à la dernière goutte de mon sang.
15 Lors ce bon roy, d'une bénigne grâce, Tendit les bras à son frère et l'embrasse, Pareillement au roy des Navarrois
Et qu'à sa sœur luy soit doux et courtois.
16 Mes très-chers frères et amis purs et munde. Ne parlons plus des choses de ce monde, Car j'ay vouloir faire à Dieu oraison
Pour délivrer mon ame de prison. •
17 Approchez-vous, ma compagne et amie.
Qui fut si bien à son époux unie,
Et priez Dieu jusqu'aux derniers souspirs ; Adieu vous dy, bons subjeclz et amis.
18 Adieu, ma dame, adieu vous dy ma mère, Vous recommande mon espouse très-chère ; Priez à Dieu que mon esprit aux cieux Colloque soit avec les bienheureux.