‹ Recueil de chants historiques française (volume 2)Chapitre 7 sur 120 · SUR LA CONVALESCKNGB D'ANNE DE BRETAGNE · texte numérisé non relu

SUR LA CONVALESCKNGB D'ANNE DE BRETAGNE

Ce sont les vingt- quatre couplets de la valetude et convaleteence

de la rùyne très-chrestienne madame

Anne de Bretagne ^àtM /ois royne de France.

En temps obscurs, de pitoyable et merveilleuse perplexité , je vois au pourpris royal de Bloys deux trèsr haultes et très -nobles princesses, de grandeur spectable et magnificence incrédible, dont une sembloit estre mère , et l'autre fille , toutes deux également dolentes

en «emblance, et de tt*ouble maintien. Lesquelles, après avoir fœminement jette plusieurs exclamations piteuses avec interjections confuses (toutesfois en bruit taciturne), finalement raffermèrent leurs voix et rasséirent leurs habitudes par plaincte modérée, facile à entendre ; et se mirent à genoux, joingnanz les mains au ciel, puis par xxliij couple tz dilférentz en résonance armouieuse, exprimèrent la très profonde doléance de Ic^urs cueurs, comme en manière de psalmodiation par répétitions alternatives.

FRANCE

i Yray Dieu da ciel dont le pouvoir ne fine , Diea qui forma Thumaine créature

A ta«emblance digne , Ëscoute-moy par ta grâce bénigne :

Car mise suis en grande desconfiture ,

Et mortelle ruyne , 3i ton soleil à ma bonne adventure INf'esclarsist ma bruyne.

BRETAGNE

2 O mon vray Dieu , dont le pouvoir ne fine , Dieu qui resplends en Tordre seraphine

Sur toute essence pure , Las! prends de moy aujourd'huy soing et cure, Ou autrement tout bien de moy décline ;

Et fauldra que j'endure Tous les malheurs que de faire est encline La moil cruelle et dure.

FRANCE

5 Royne des cieux, pleine de toutes grâces ! Regarde-nous en ces régions basses ,

Et ton cher filz supplie Que le fier dard de la mort rompe ou plye , A tout le moins retarde aucune espaces ,

Et si retienne en vie Nostre royne Anne, à mortelles menasses

Durement asservie.

BRETAGNE

4 SMl est pitié en toy qu^on chante ou dye Yierge sans per, au moins que j'en mendie

Trente ou quarante brasses , Ce sont tant d'ans qu'encor vivre tu faces Celle qui toute à t'aimer se dédie.

Ses forces sont jà lasses Mais il n'est rien que te nye ou desnyt -

Ton filz, si tu Tembrasses.

FRANCE

5 Espritz du ciel, espritz archangéliques Sainctes et sainctz, nobles vierges celiques,

Yefves et continentes, Offrez à Dieu requestes pertinentes Dont on voirra les exploitz mirifiques

Car maintes gens et gentes Sçavent qu'elle a voz maisons magnifiques Rendu plus réfulgentes.

BRETAGNE

6 Hélas ! oyez noz prières présentes, De toute faincle ypocrisie exemptes

Sainetz confès catholiques , Et vous, martyrs, desquels maintes reliques Elle a orné de beaultez excellentes.

Voyez les maulx publiques

Et destournez nos personnes dolentes D'injures tant obliques.

FRANCE

7 Peuple françois , o très franche noblesse , Si ce malheur trop apparent nous blesse,

Plus grand mal devons craindre.

Par quoy nous fault nos cueurs mesmes estraindre De prier Dieu que cesle paour nous cesse

£t noz larmes espraindre.

Car grand douleur poursuit nos princesses Pour ses vertus estaindre.

BRETAGNE

8 Franc Breton noble, à qui la mort veult taindre Le blanc en noir et trop au vif attaindre

Ton cueur par grand'aspresse , Faictz de tes yeux une fontaine expresse , Et garde bien là dedans y remaindre

Fors douleurs et tristesse ; Mais toutesfois ains que du tout se plaindre

Espérance est maistresse.

FRANGE

9 Or priez donc, vous, nobles virginettes , Enfans d'honneur, toutes personnes nettes , Vierges sans taches et sacrées nonettes ^ Suppliez Dieu de cœur et de pensée.

Entendez-y, pucelles mignonettes , Offrez à Dieu piteuses chansonnettes ; Allez nuds piedz, ô mères honnestes

Sur rherbe verd , sur sablon et chaussée.

BRETAGNE

10 Fœminin sexe, aussi doulx que rosée , Hélas ! par vous soit la face arrosée De mainte larme en amour embrasée Pour vous jeeter du péril où vous estes; Car si la mort jà preste ou disposée, Ruoit son dard où droict prend sa visée, £n dueil sera la voslre vie usée

Et n'eustes oncq tant de mautx uy molestes.

FRANCE

11 Sexe viril, Françoys^ Breton, Latin, Priez à Dieu, tant au soir qu'au matin, Qu'Atropos face autre part son butin ,

Et cherche proye ailleurs que sur noz lieux« Tous, moyne et carme, hermite et augustin Religieux, prescheur observantin , Et prebstre et clerc, chanoyne et cclestin, Faicies chascun endroict soy qui myeux myeox.

BRETAGNE

12 Mettez-vous-y trestous, jeunes et vieulx, Priez du cueur et larmoyez des yeux

Pour la meilleure qu'on ayt veu soubz les cieulx Depuis qu^Hélène engendra Constantin ; S'ores la prend le puissant Dieu des dieux, Vous nous verrez advenir des maulx tieulx Que de cler sang courront aval les rieulx, Par ce meschef soubdain à repentin.

FRANCE

15 Vûstre roy plore (ô noble sang de France) D'un cneur piteux, de loyale souffrance;

Percé de diieil au vil et à ouUrance; Secourez-le, soyez-lui compassibles.

Sa fille aisnée en a telle desplaisance. Comme elle doibt par naturelle usance ; L'autre fort jeune est encore en enfance Qui ne cognoist les meschefi tant nuisybles.

BRETAGNE

14 A ! francz Bretons , par tous moyens possibles Veillez en pleurs et larmes indicibles;

Ne soyez plus joyeux , gays , ne risibles Tant que sachez que soit à délivrance Yostre princesse ayant douleurs sensibles Au médecin du tout incognoscibles , Mais à Dieu seul cogneues et visibles Qui donner peut salut et recouvrance.

FRANCE

15 Roy très illustre et père du pays, Yoy tes subjectz estonnez ^ esbahis , De tes douleurs dont ils sont envahis

Et comme toy en portent peine et dueil , Couchez en terre aussi platz que plays Crient à Dieu : Ah ! sire Dieu, trahis Nous sommes bien ; nous as-tu tant hays Que tu nous oste à chascun son autre œil ?

BRETAGNE

16 Royne bénigne, et nostre doux recueil, Plust or à Dieu qu'il en fust à mon vueil Et que des miens passer le mortel seuil Deussent graiit nombre aujourd'huy qui sont vifz, Et je te veisse en royal appareil

Lnysant au monde ainsi qd'nn beau soleil, Comme autrefois t'ay veu à mon devis.

FRANCE

17 Tu monseigneur, hault espoir des Françoys;

O duc Françoys , Des grandz princes le choys , Seconde fleur des plus nobles du monde , Vois or comment on se lamente à Bloys Bien Tapperçoys ; Dont certes tû reçois Après le roy peine extrême seconde.

BRETAGNE

18 Ce danger grand qui sur nous deux se fonde

Sur luy redonde Et trouble la clere unde , Voyant sa mère en dangereux destroictz, Voyant pâlir sa perle clere et ronde , Qu^en luy abonde Une pitié parfonde , Certes son cueur faictz ses naturels droictz.

FRANCE

i9 Despoulle-toy de fleurs et de verdure , Si ceci dure, Et prend nostre vesture , Printemps nouvel , entrant au mois de mars. Trop hayrons-nous ta verde floriture , Si ta figure A si mauvais augure , Qu*à ton venir mort nous jette ses dardy.

BRETAGNE

20 Ne chantez plus, vos oyseletz espars

De toutes pan , Laissez vos chantz gaillardz ; Et lamentez en trës-piteox murmure, Jusques tant que jeunes et vieillardz, Pasteurs en parez , Gendarmes et souldartz Ne doublent plus ceste mortelle injure.

FRANCE

21 Ne flotte plus, ne reflotte, la mer,

Si eest amer Que nul ne doibt a3fmer, N^est avant hors de ma triste mémoire.

Poissons nageantz, laissez-vous tous pasmer Et abismer

Sans plus d'eau humer SI ce mal tombe an grand fleuve de Loire.

BRETAGNE

22 Si la royne ist de ce val transitoire,

Honneur et gloire Autant qu'on peut croire Adieu vous dict pour mon dueil exprimer. Adieu clémence et vertu donatoire , Pitié notoire Aulmosne méritoire Et tous les biens qui sont à estimer.

FRANCE

25 Bretagne, flile, ayons en Ditu Oance, Car ma créance

Endiae à espérance , Tant oui nos gens faict prières H veux. Dieu tout puissaiu poise tout en balance ; Mais quand sa lance A nous punir s'avance, Pitié le rend vers ses servantz piteux.

BRËTAGME.

24 France, ma mère, hélas! ce cas hideux Touche à nous deux ; Mais si Dieu glorieux Youloit monstrer sa grand resplandissance Son nom hauUain, son nom victorieux Feroit heureux Maintz pauvres langoreux Qui jà de paour n^ont vertu ny puissance.

ni

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