BALLADE
SUR LA PRISE DE GÊNES, PAR JEAN D*AlîTON.
i Les Genevois , de leur propre nature , N^ont foi ni loi , si ce n^est dVenture Par fein(ise , qu^on ne doit soutenir.
Jà tant de fois ont mis à la rupture Leura promesses , quil n'y a créature Raisonnable qui s'y veuille tenir ; Voire et cuident par force entretenir Leur bon crédit, et mener leur affaire, Sans le devoir et tribut vouloir faire A vous, sire, ne à droit vous supplier; Mais s^ils sont forts, pour leur efifort défaire, Leur force faut par force humilier.
2 L'historiale et prouvée écrilure , Nous montre assez , et fait claire lecture De leurs faux tours , dont nous dut souvenir : Sur nos gens lors firent déconfilurc
£a leurs détroits , sous ombre et couverture De leur vouloir aider et subvenir.
Le roi Louis les sut bien prévenir, Quant en enfer ordonna leur repaire ; Au roi Charles tinrent parti contraire ; Puis les voyez contre vous rallier.
Que reste plus ? pour venir au parfaire , Leur force faut par force humilier.
5 Faites sur eux et dessus leur clôture Un tel échec et si ample ouverture , Qu'on y puisse sûr aller et venir.
Sans leur laisser ni vivres , ni ])âture , Place , ni fort , or, argent , ni voiture , Tant qu'il en soit mémoire à l'avenir, Et que tous ceux qui les verront punir, Aient tout temps crainte de vous méfaire ; Mais au surplus qui voudroit satisfaire A son défaut, il faut tout oublier ; Aux rebelles qui ne «e voudront taire . Leur force faut par force humilier.
4 Prince, à la fin qu'ion y soit à refaire, Prenez lous ceux qui ont voulu forfairc , Et les faites bien baguer et lier, Pour les traiter «emme il tous pourra plaire , Et en faire des autres Tex^nplaire ; Leur force tmi par force humilier.
Une autre fois adviendroit de léger, Que par défaut de les bien corriger De leurs délit, dont ils en ont fuit tant; Que leur vouloir seroit piét et coulent
De faire un tour pour vous endommager.
Si à ce coup ne les faites ranger A la raison , il est bien à songer Qu'ils en feront encore bien autant Une autre fois.
Puisque autrement on ne s'en peut venger^ Châtiez-les ores pour abréger, Un coup pour tous, en vous y ébattant. Et cela fait , soyez assûr de tant Qu'eux et autres douteront le danger Une autre fois.
CHANSON