DE LA PRINSE DE LÀ CHARITÉ
Sur le chant : Dames d'honneur, je, etc.
1 O charité, ne dois être nommée, Car perdu as toute ta renommée, Contre ton Dieu, et ton roy t'es bandé : Et comment, tu lay voulois commander.
d Quoy! pensois-tu vivre en ceste sorte, Faisant venir gensdarmes à ta porte.
Faisant venir artillerie et canon .^ Mais aussi bien tu as eu ton guerdon.
5 Car le mardy d'avril le huictiesme.
Monsieur ayant envoyé le jour mesme, C^est pour savoir leur bonne volonté, Et s'ils vouloient rendre La Charité.
4 Eux ont respoiidu que j'estois bien gardée, £t qu'il y vint avec son arm<^e ; Incontinent, monsieur y est arrivé
Et son armée, qui bien les a estonnez.
5 Voicy arriver le comte Martinengue, Aussi Monsieur lui faisant une harengue, Tout quant et quant a fait ses gens armer, Et de furie une place ont gaigné.
6 Monsieur le comte combattoit à puissance, Et les soldats allans d^une allégeance ;
Ils ont gaigné la cbeveline du pont, Où ils avoient posé leurs gabions.
7 Hélas I ils ont choisi ce noble comte, Mesme l'ayant osté de nostre conte, Et d'un mousquet droit à luy ont tiré, Droit à Tespaule, dont il est trespassé.
8 Pour tout cela n'avons perdu courage. Car dessus eux avons eu l'avantage, Mesme est venu le seigneur de Biron, Qui dessus eux descliarge ses canons.
9 II a commencé à saluer la ville^
Et eux entrant en une peur terrible, Et le roardy vingtiesme dudit mois Ils sont entrez encor' en grand esmoy.
10 Monsieur de Ncvers, aussi le duc de Guise, Ils les ont saluez d'une telle furie.
Et incontinent ils se sont a Dans la contrescarpe ils les < (
11 Voyant cela, ils ont perdu courage, Considérant n'avoir pas Tavantage, Mesmes estans battus de tous costez»
Ne se pourvoyent nullement remparer.
12 Estant saisis d'un grand peur extrême. Tous les soldats et tous les gentilhomme!, Et eux cherchant les lieux pour se cacher, Mesme à grand peine ne le prouvant trouver.
15 Près de deux jours dura cesie musique, Et entre nous chacun se communique, Et eux voyant deux arcs rompus du pont. D'artillerie et de sept gros canons.
14 Subitement gentiihommes s'assemblent Et les soldats pour deviser ensemble, Prier Monsieur qu'il les print à mercy. Et ne jamais porter armes contre luy.
15 Ce que à eux MonsieUi* ne le refuse, Que les soldats s'en iront sans arquebuse, Et les gentilshommes avec leurs chevaux. Qu'ils s'en iroient sans leur faire aucuns maux.
16 A Dieu, à Dieu^ Charité fort rebelle^ Cai* à ton prince tu as été cruelle.
Trois fois y a que rebelle as esté, C'est à ce coup que l'on t'a chastié..
CHANSON NOUVEUE
DE LA PRINSia DB t A CHARITÉ,
BENDCE BU L*0b£iSSA1ICB DU KOT NOSTHE sire.
Sur le chant : Quand J'estoy libre, tit,
1 O terre, o ciel, voyez la grand détresie, Voyant Tassant la grand fleur de noblesse,
Tant de soldats françoiiR, Doubles canons de furieuse audace Sa grand furie des remparts nous défichasse,
Tremblant d'un grand effroy.
2 Jà la bresché aussi le bastillon
Sont renversez de grands coups de cations.
Les soldats préparés A nous monstrer nostre dol et fallacé , Je les vois tous de furieuse audace
S'emparer des fossez.
3 Et nous, voyant les canons de furie Brisant, tuant, nous ravissant la vie,
Avons parlementé, Priant lé roy d'appaiser la fitnie, Voyant les murs brisez d'artillerie,
Nous ont espouvantez.
4 Premier de may rendue fut la cité.
Nous pardonnant de no^tre iniquité
Henry roy très chrestien, Et nous a mis soubs sa protection :
Chanter nous faut, o grand Dieu de Sion,
D'avoir receu tel bien.
5 Monsieur d'Anjou, prince très débonnaire, Nous a servy de très fidelle père,
Nous prenant à mercy, En sauveté sous sa protection, Faisant cesser la furie du canon
Qui nous eust tous occis.
6 Car jà estoit le bastillon surpris Et les remparts du tout anéantis,
Et beaucoup de soldats Blessez, tuez sans aucune puissance.
De résister n'avoyent point d'espérance
Soustenir les combats.
7 Jamais, jamais ne fut si grand furie : Car en trois pars donnoit Tartillerie
D'un furieux tourment.
Nos ravelins, bastillons et cavernes, Tous renversez, gabions et poternes
Tirant incessamment.
8 Monsieur de Guise s'exposa au hazart Et à toute heure approchait du rempart,
N'avoit peur de la mort.
Dans les tranchées il étoit en personne, Ne craignant point l'artillerie qui donne,
Ruynant tout nostre effort.
— kl —
9 Mais, las! en vain pour nostre oalrecaidance, Mille travaux sont donnez en la France,
Tant d'enfans orphelins.
£n vain, hélas! estoit nostre puissance, Oe résister contre le roy de France Tost nous a mis à fin.
10 Mais sa bonté a eu miséricorde,
Et n'a permis de faire aucun désordre.
Violées n'ont esté, Femmes et filles ont esté en franchise. Prions Jésus pour ce ben duc de Guise, Nostre honneur a gardé.
11 Car le haut Dieu qui tient tout soubs sa dextre. En un moment fera par Tunivers
Vivre desoubs sa loy, Tranquilité, une paix et concorde Fera cesser les querelles et divorse ,
Recongnoissant son roy.
12 Prions le roy Henry de grand valeur, Puisque sur nous a monstre sa faveur
En toute loyauté.
Prions sans fin ce grand Dieu souverain , Nous prosternans, priant à jointes mains
Nous tenir efiacé.