ADVENCE EH CE ROYAUME DB FRANCE, ET QUI COMMENCE
i Adieu le champ, adieu les armes.
Adieu les archers et gensdarmes, Adieu sourdines et clairons, Puisqu^en paix nous en retournons.
2 Adieu tabourins et trompettes^ Adieu enseignes et cornettes^ Adieu pistolles et pistolets, Adieu cuirasses et corselets.
5 Adieu soldats et capitaines.
Adieu guerres trop inhumaines, Adieu roussins, aussi coursiers, Adieu les grands chevaux lanciers.
4 Adieu vous dis, cavallerie ; Adieu vous dis, infanterie ; Adieu vous dis, tous pistolliers, Argollets et chevaux légers.
5 Adieu escalades et monstres, Adieu charges; adieu, rencontres, Adieu surprinses et assauts, Adieu la guerre et ses vassaux.
6 Adieu escortes, embuscades, Escarmouches et camîsades ; Adieu bombardes et canons^ ^ Puisqu'au logis nous retournons.
7 Adieu, vous dis, arquebusades, Pistollés et les canonades^ Qui sont fort peu à regretter £t dangereuses à hanter.
8 Adieu arnois et carcassines, Adieu cuirasses brigandines, Adieu picquçs, adieu collets, Doublez soyent de buffle d'Allez.
9 Adieu, bedellez, escoutez, -^ Sentinelles, gardes, coûtez,
Qui nuict et jour faictes souvent Souffrir froid^ chaut, et pluye et vent.
10 Adieu, ceux qui de froid se meurent,
Ou de chaud ; et ceux qui demeurent ^^ Forrez dedans un bourbier, Quelques fois un jour tout entier.
11 Adieu qui se sauve à la course ; Adieu qui a perdu sa bource, Et son cheval et son argent, Et son valet trop diligent.
12 Adieu ceux qui Tordre demandent, Qui obéissent ou commandent.
Adieu, qui estes un grand tas, Gens desdaigncux de vos estats.
13 Adieu qui vous voulez escrire Dignes de régir un empire, Et ce pendant estes menez Par ceux qui trop peu estimez.
14 Adieu ceux qui Tordre ont receu; Adieu ceux qui Tont prétendu, Adieu ceux qui n^en veulent point.
Sans attendre à quelque autre point.
15 Adieu ceux-là qui y espèrent,
Et s'ils ne font qu'ils y despèrent; Adieu, ceux-là qui monstrent bien Cela est mien, et sHls n'ont rien.
16 Adieu qui ravit et qui pille, A qui l'argent et fort utile; Adieu ceux-là qui n'avoyent rien, Qui par la guerre ont force bien.
17 Adieu ceux-là qu'ont grand dommage Par la guerre et par le pillage *, Tant qu'ayant de biens à foison, Meurent de faim en leur maison.
18 Adieu ceux qui leurs beaux faicts vantent; Adieu ceux qui se mesconlantent ; Adieu ceux qui sont trop coutens; Adieu ceux qui plaignent le temps
Employé plus qu*cn autre usage, A manger les gens de village ; Adieu qui se plaint et se deult; Adieu vous dy, loge qui peut.
2() Adieu le bouger de la haye; Adieu les feux de froide joye, Qui sont à la pluye et au venty '.• Où Ton se mourfont bien souvent.
21 Adieu le coucher sur la dure.
Sans draps, sans licts ny couverture ; Adieu qui pis vaut le coucher Tout armé, n'ayant que mascher,
22 Estant dehors avec ses bottes Mouillées et pleines de crottes; Adieu revenus où il faut Endurer du froid et du chaut.
25 Adieu (entes; adieu cordages; Adieu gougeats; adieu bagages; Adieu.
25 De quoy, après peine inOnie, Se pert enfin santé et vie :
Et je vous dis, fort vigoureux, Au pauvre peuple dangereux ;
28 Qui luy gastez grain, vin et paille, Argent, bestail, lard et volaille, Jusques au pain qu'on va mangeant :
Adieu vo«s dis faute d'argent.
27 De la guerre chère compagne, Qui partout Paris l^accompagne ; Si bien qu'en guerre va devant Faute d'argent le pins souvent.
28 Adieu vous dis, collets d'escaille, Manches et chemises de maille ; Adieu alte de main en main^ Adieu vous dis jusqu'à demain.
29 Adieu batailles ordonnées ; Adieu trahisons et menées , De quoy il en est plus d^effaits Qu'il n'est de plus valeureux faits.
50 Adieu coups d'estoc et de taille , Adieu le marcher en bataille, Adieu l'argent tort ou adroit, Et la fille en chemin estroit.
31 Adieu le suer sous les armes, Adieu toutes les sortes d'armes ; Adieu les blessez et tuez. De qui les grands coups sont mez.
52 Adieu, guerre, va hors de France, El nous serons hors de souffrance ; Adieu ceux qui s'en sont fuis Loing des coups et ont eu du pis,
55 Plus d'honneur, trois fois vingt et quatre, Que ceux qui s'en sont fait bien battre. Adieu donc, la guerre et les coups, Qui n'engendre que lende et poux.
COMPLAINCTE