DE MADAME, FILLE UNIQUE D'BLLE, ET DE FEU ROY CHARLES
Sur le chant de la Parque , etc.
1 La peine fatiguante, Qui cruelle me nuit, La douleur desplaisante, Qui me tient jour et nuit, Le soucy qui me poinct, Son semblable n'a point.
â Le pays d'Aliemaigne, £t tout ce que produit La féconde campaigne ; Dedans son circuit, Bref, ce qu'au monde naist, Me fâche et me déplait.
5 Arrière la liesse Deiie à ceste grandeur.
Bornant ma gentillesse, D'un immortel honneur; Arrière le plaisir, Qu'une roi ne désir.
4 Piiisqu'au lien de couronne D'un or très- précieux,
Le malheur m'environne Et le chef et les yeux, Et que tousjours l'esmoy Se pcnnade autour moy.
5 Approche donc, tristesse, Approche toy, ennuy, Eml)rîisse-moi, foiblesse, Tout le corps aujourd'hui ; Et toy, 6 dueil ! jamais
Ne me délaisse en paix.
6 Je veux en larmes fondre, Faisant dedans les boys Écho seule respondre
A ma tremblante voix, Et les oiseaux en l'air Eux plaindre et désoler.
7 Ay-je pas raison bonne D'aimer me lamenter?
Voyant la mort félonne Me venir despiter, Ravissant mon enfant Jadis si triumphant.
8 Ha ! ma fille très-cbère, Hélas ! las ! c'est par toy, Qu'une rude misère
Me donne telle effroy, Par toy, ma fille, hélas!
Yuide suis de soûlas.
9 Ta vie, de ta mère Estoit le passe-temps Tant d'amour singulière J^aimoy ton jeune temps, Ta mort, ma fille, ainsi, Sera la mienne aussi.
10 O Parque filandière!
As tu point de remords, ^, De pourchasser, meurdrièrel*^ Les enfans à la mort?
Ëncor un sang royal, Qui ne te fit onc mal.
11 Laisse-nous au moins vivre Par nos quatre saisons,
Et nul efforts ne livre Pendant à nos maisons.
Que tu viens inquiéter Sans pouvoir résister.
12 Alors que la vieillesse Nous aura succumbez, Vien, si tu veux, et blesse Nos vieux ans recourbez ; De mourir ne nous chaut Puisque noire temps faut.
15 Mais estant en enfance, Encor n'ayant atteint Que Taage d'innocence Ne flétris nostre taint, Par le somme éternel, De ton dard criminel.
14 O mort impitoyable, Te sufTisoit-il pas D'avoir mis, exécrable, Mon époux au trépas, Sans prendre tout exprès Ma fille par après ?
15 Je pensoy, que permettre Me deust le sort fatal, De la conduire et mettre Au dortoir nuptial.
Avec mille flambeaux Luisans sur ses joyeaux.
16 Mais, ô triste adventure, Dont j'ay le cœur marri, Elle a la sépulture Paravant le marry, Plustot la mort la tient Que la nopce ne vient.
17 O ma fille ! ô ma mie!
Las ! que n'étoisge au lieu Où tu mourus, Marie, Pour te dire un adieu, Pendant que le destin Abbayoit à ta fin.
18 Que n'ai-je eu ceste grâce, Ah ! ma fille, je meurs, De faire sur ta face
Mes regrets et clameurs; Te baisant toutes fois, Pour la dernière fois.
19 He! douce géniture, Je te suy, mes amours.
Je sens jà la mort dure Qui menace mes jours.
Je n'ay plus vraymeut Que la voix seulement.
âO Mais, dedans la nuit sombre, Où je suis en langueurs , J'offre à ta fidèle umbre, O ma fille ! ces pleurs, Tesmoings très-suffîsans De tous mes maux cuisans.
CHANSON
COOTElfiNT