PAR LES ESPAGNOLS
Sur le cKanl de Nismea.
1 Ville tant magnifique D'Anvers, plore à ce coup, Car ta riche trafique S'est perdu de beaucoup :
Ville tant estimée,
Les Parques ont ma! faict De foiïrir tel mesfaict :
De Flandres ville aimée, Las ! tu as bien souffert Du mal qu'on fa offert.
2 Vous, messieurs de la ville Et du lieu gouverneurs,
Que n'estiez vous agilles De rompre les fureurs Des Espagnols rartnée, Que voyez devant vous?
Vous n'en preniez courroux.
Dont la trouppe animée, Vous voyant paresseux, Ont esté fort joyeulx.
5 Par voslre nonchalence Vous avez bien perdu, Estant en doléance.
N'ayant cœur ny vertu.
Ils estoyent dans la ville, Que pas vous ne sortiez :
Et en rien ne pensiez, Vous estes ma! habilles ; Que ne gardiez les forts Dedans et par dehors.
4 Par divine puissance Avez veu d'autres lieux, Pour les grandes offences Et peschez vicieux^ Périr tout en une heure Par le vouloir d'en haut, C'est bien sans nul deffaut :
Et Sodome, et Gomorrhe, Sont- ils pas consommez
Et par feu abymez?
5 La perverse fortune Tient tout en un instant, Vomissant sa rancune Sur l'homme incontinent :
Sur ses biens, paslurages, Sur enfant, dessus tout.
Elle ruine partout; Lors d'un pauvre courage, Ne sçay d où cela vient, C'est son péché qui tient.
6 Anvers tant douloureuse, Ce coup resjouy-toy.
Car tu es bien heureuse D'avoir souffert l'esmoy Et prendre en patience Les misères et travaux Qu'ont faict les Espagnols, Si Dieu par sa puissance Plus de bien te promet Que tu n'as heu jamais.
7 Ne vous fâchez, mes dames Et filles du dit lieu; Ayez bonne resclaraes,
Et priez ce grand Dieu Que l'ennemy rebelle We vous face aucun tort, Pillerie, ny effort ; Soyez tousjours fidelles A Dieu d'un cœur très^bon, Faisant votre oraison.
8 Car vous voyez les verges Qu'il vous a envoyez :
Ceste vierge est concierge, Aussi de cueor priez ; Que vostrc ville pauvre Tost se puisse enrichir
£n honneur et plaisir»
Ayant en souvenance Du mal qu*avez receu.
Et de rhorreur deeeu.
9 Qui la chanson a faicte?
C'est un jeune garçon, Qui a seeu la défaicte D*AnTer8, d*un cœur félon Oyant telle amertume, N'a esté paresseux De mettre en main, joyeux, L'encre, papier et plume, Pour TOUS faire chanter Et TOUS desennuyer.
CHANSON NOUVELLE
DU DISCOURS DE L*ORDONIf AlfCB DU ROT
9B% LB fAICT DS lA POLICS OÈsiRXLE DS SON ROYAUVS.
Swr le choHi du Soldat de Poitlcn.
1 Le noble roy Henry troisiesme ^
Ayant mis paix en son pays, ^
A, sur la monnoye luy-mesme, Reiglement et police mis.
2 Luy, comme roy, chef de justice.
Craignant Dieu, aymant TéquifiB, A fait généralle police.
Comme il vous sera récité.
5 Sa Majesté ne veut permettre De vendre aux greniers le blé, Mais place y a pour le mettre Au marché» et là Testaller.
4 En ensuyvant il fait deffence A tous les maistres boulangers Des villes et bourgs de la France, De n'en lever que dix septiers.
^ En tout temps, dedans la boutique^ De trois sortes de pain auront, Bien garnies; c'est leur trafique.
Et condamnez ceux qui Cauldront.
6 Le plus cher vendue la pinte Partout ne sera que deux sols ; Qui le vendra plus cher sans fainle Payera Tamende tout son soûl.
7 Et aussy du gros bois à voye Venant par eau en ces cartiers,
En flotte, ne veut pas que Ton paye Au plus qu'un escu et un tiers.
8 Vendues seront menues denrées :
Le cent de costerets trente sols.
Fagots vingt-cinq, et bourrées Vin gt sols, et encore au-dessous.
9 Aux chartiers poar leur foitnre Allant diirGrève i Satnt-Benott, Pour le plus, en toute roonnoye, Payé sera huict sols tournois.
10 Deffences aux bouchers d*aUer prendre A sept lieues auprès de Paris^
Le bestail qui sa doit Tendre Aux marchez, ou seront punis.
11 Trois sols la li?re de chandelle Vendue sera seulement;
Si le cbandellier et rebelle, Condamné sera rudement.
12 Aux rostisseurs, pour Tabillafie, D'une grosse pièce sans plus Prest à larder, selon Tusage, Aura utt douzain et non plus.
15 Payé sera pour la despence D'homme et cheval à rhostellier.
Pour le jour, suyvant Tordomiance, Yingt-etcinq sols au prix dernier.
14 Les tavernes seront munies
De ce qu'il faut, tant pain que vin, De viandes seront fournies, Comme il appartient à tel train.
15 Six blancs on payera sans crainte Pour le plus grand fer de clieval, Deux sols le moyen, et le moindre Dix- huict denierj» au maréchal.
16 Deffences sont faietes civiles Aux cordonnieni de ce |>ay8, De ne partir de ceste ville Pour aller an-devant des cuirs.
17 Quant au poinct du soulier de vache Ne sera vendu que deux sols,
Que le cordonnier ne s'en fâche, Celuy de veau va au-dessous.
18 Et quant au faict des draps de soye Point je n'en parlerai icy,
Plus d'escu y a que de monnoye»
Les riches ont pour moy soucy.
19 DefTendu est de s'entremettre De teinture, le fait est tel,
Si de leur art ilz ne sont niaiatre.
Enregistrez au Chastelet.
20 Banquets ne feront ne despence Les jurez de chacun mestier :
En passant maistres en ceste France, IVy d^eulx prendre aucun denier.
21 Tous serviteurs qui auront roaistre Les serviront fidellement,
Ou se verront par Justice estre Punis sur le champ rudement.
22 Pour nostre usage draps de laine Seront remis en leur largeur.
D'une aune et un quart, sus peine De contrevenir au seigneur.
35 Chacune personne est subiecte, Suyvant h fin de ce discours, D*aider à maintenir necte Les villes de France et faubourgs.