‹ Recueil de chants historiques françaiseChapitre 15 sur 181 · SUR LES CROISADES · texte numérisé non relu

SUR LES CROISADES

Xll« ET Xl|l« SIÈCLES.

ne doit pas être surpris que les croisades donné lieu à des chants nombreux. Eu efli un événement mérita jamais d'être célé- »ar les poètes , ce sont bien les expédid*outre-mer. Ces expéditions , qui durèrent urs siècles et qui précipitèrent sur TOrient la fleur des enfans de TËurope, ne pouvaient anquer d'inspirer la muse féconde des trou-

et des troubadours. L'enthousiasme qui i les premières croisades , les victoires ou les i qui les ont signalées, les inquiétudes, les ances , les regrets des chevaliers éloignés de re-patrie, la tiédeur, la lassitude et le dégoût es dernières expéditions ne furent pas exempevaient nécessairement se retrouver dans ces », qui exprimaient avec franchise les différen- [pressions du moment. Toute cette partie si ssante de Thistoire des croisades nous est ré-

vélée par les chansons de l'époque ; on pourra en juger par celle que je reproduis id.

Comme on le pens« bten^ tdutcs les compositions de ce genre ne peuvent pas être parvenues jusqu^à nous ; elles ont dû se perdre pour la plupart» ainsi écrites au bruit des armes , dans le tumulte d*une victoire ou d*une défaite et au milieu de peuples ennemie. Néanmoiiis, te nombre de celles qui se sont conservées dans les manuscrits est considérable. M. Raynouard, dans son travail sur les poésies des troubadours, en a donné vingt-cinq (1), et il eu a négligé plusieurs autres encore inédites. J'ai pu aussi, parmi les compositions des trouvères sur ce sujet, choisir celles qui m'ont paru avoir lé pltii dlntérêt et dans lès quelles oit trMifaît des détails falstoiiqués. ^

Voici qa(ilqti«8 observations «tif diâCutie des plè^ ces qatf Je reproduis.

La première d'etitre elles se trouve dans on manuscrit de Ifl bibliothèque harfeienfie, â Londres, A ta An du grand poème du trouvère Benoft dit de SafUfe-lHore, sur Phistoiféi des ducs de Normandie. Elle commence par une strophe notée, et, comme Ta remarqué M. Gervals de la Rtié, qui le premier â publié cette chanson , c^est une des plus anciennes en ce genre. Le même critique l*attribue , mais sans fondement, à Benoît dit de Sainte-More. Elle est de la seconde moitié du xn* siècle, et fut bomposée au moment où Louîs-le-Jeiine se croisa.

(i) Riynoaard, Choli de poésies orl^nales dei Troa^ bàdom. Paris, Ui»» lii-»% t. iv, page ai:

• troiB ehfinioiis qui viennent enMiite aont (rieoref de qnelqoe tempe A la préeidente, -i-dire des dernières années du %iv eUele, qu'elles aient été eomposées par des auteun rensi je les ai réunies» parce qn^elles eipriment Bentimensaaalogaes, c'est-à-dire les plaisira 18 souifranees de Tamour* ins Tune, Gérard , délaissé par sa maitresse, ; lui apprendre son départ pour la Terre-Sainte ^tîent aussitôt Tobjet de tous ses vceni. Cette ncé est rouvre d'Aodefroy^Ie-Bétard dont j*al ! précédemment, en essayant de caractériser le B de ses compoaitions, Dans lee deux autres , lAtelain de Coucy et la dame de Fayel ebanles souffrances que leur fait éprouver une Ionléparation. Les noms de ces deux personnages Bllent i l'esprit de nos lecteurs Vun des dra« domastiqufs les plus célèbres dn moyen âge. Mit qu'apréa une longue absence , le ebâte-* de Coucy, étant parvenu à rejoindre Vobjet PS amours, reçut un accueil favorable, mais

surpris par le mari offensé , il fut traltreuac" i assassiné, et que son cœur, arraché de sa poi<« » fiit servi sur la table de réponse inQdàle. ) histoire, racontée avec des circonstances rentes, a, pendant plusieurs siècles, fait le

d'ouvragçs de nature diverse, Le châtelain :;oucy auquel cette aventure arriva est pro« iment le même qui composa un certain nomde chansons amoureuses. Il vivait , dit - on , la fia du xu« siècle , et fut lue en Palestine, econde de nos chansons est de lui ; quant au

Lay de la dame de Fayel , on le rrouve sans nom d*au(eur dans les manuscrits qui renferment les chansons du châtelain ; ces deux pièces ont été imprimées pour la première fois dans Touvrage de M. Fr. Michel , intitulé : Chansoni du ehdie' tom de Cùuey , rexfuei $wr tous les manuscrits , suivies de Vancienne mmique , par M. Peme , 1830, in-8o, p. 89 et 95.

Des trois chansons qui viennent après , les deux premières sont Tœuvre de Quènes de Béthune , et l'autre a été composée contre lui. J'ai donné précédemment quatre pièces très -remarquables de ce guerrier illustre que le ministre d'Henry-Ie-Grand se vantait de pouvoir placer au nombre de ses aïeux (1). Aux circonstances curieuses qu'elles nous ont fait déjà connaître de la vie et du caractère de Quènes de Béthune , les trois pièces suivantes ajoutent encore de nouveaux détails. Ainsi nous voyons Quènes de Béthune, obligé de quitter la dame dont il était épris , prêcher la croisade à tous venans, et adresser à ceux qui ne tenaient pas leur serment les plus sanglans reproches, n attaque ces grands de la terre qui osaient toucher Targent destiné pour la croisade et remployer à des usages profanes. Les plaintes et les satires qu'il fit à

(1) Antoine et Coesncs de nélhune , marchant 8ur les pas de leurs ancêtres, arborèrent les premiers l'étendard sur les murailles de Constantinople , lorsque Baudouin , comte de Flandres , emporta cette capitale sur Alexis Comnèoc , et Coesne en obtint le gouvernement. Quand on a de pareils exemples domestiques , on ne saurait se les rappeler trop souvent pour s'animer à les suivre.

l':C0\0MIt< ROVAI.FS DE SdLLY,

I occasion hâtèrent, sans aucun doute, le départ rois de France et d'Angleterre, et contribuèrent te brillante , mais trop courte expédition dont ssuUat fut la prise de Ptolémaîs. On sait que ippe-Anguste, impatient de rentrer dans ses i et de continuer les conquêtes quil avait comcées, quitta beaucoup trop tôt pour son bon- > Tarmée des princes confédérés. Soit fatigue , tout autre motif, Queues de Béthune quitta 1 VOrient et revint dans son doinaine. C'est I que Hues de la Ferté , Tun des seigneurs les satiriques de cette époque et Tun des plus habilans Fart de rimer lança contre Quènes et le roi ippe-Auguste la violente satire que Ton trouvera Quènes de Béthune fut sensible à cette attay car nous le voyons, en 1198, faire partie de la relie croisade. Il y joua le principal rôle , et ira Tun des premiers son étendard sur les murs )onstantinopIe. On peut lire dans Yillehardouin écit des grandes actions de ce chevalier. C'est Paris qui le premier a fait connaître ces trois es dans son Romancero ; on peut les regarder me Texpression des senlimens qui animaient les its lors de la troisième croisade, au moment où ihousiasme pour les expéditions d'outre - mer istait plus , où les sacriflces que les deux pous temporel et spirituel voulaient imposer pour expéditions devenaient à charge, où Tesprit amen et des pensées d'intérêt particulier avaient placé Télan guerrier et religieux. Quoi qu'il en , on obéissait encore à l'appel des prêtres , aux nts de.< trouvères, et ce ne fui qu'un siècle plus

Uti que Ton dUpuUiiK longuement ^'i) v^U'it m\Pm 014 le croiser ou rester en Europe (i).

l^ ehiliisqn qui vient après celles de Quënes ^ P^thope ^S <)§ Hues ()e )a Fer(é est inédita. EUe pQnti^pt des reprochas «dressés ai) rof Philippe- 4Dgu|t9 sur spp dépfir^ trop précipité de VOri^nt ppnr retoqrner dfin> ^es états, ^lle doit svqir M oompQsée par quelques seigneurs crqisépi^ii moq^f^nt oi\ Philippe sf prép^r^it à retourner ^n France, ^ ^li^ndonnait, çoqime le dit le chansonnier, la ville saiptp fiqi main^ dé Hn^déle, C'est une prot<^lin»respe««cqse, m9i^ «év^rç, poptrelii rftnill fl« phef delà çrqisadéi

l^e^ trois dernières» pièces s^ppartiéqnopt i U IM|popde moitié du |^(|i« sièf^l^ , ^n naorne^t oi^. Te^thPiisiaswé pour (es gqerrf» feintes levait œs^ compléteq^ept, L*une ^t de f|ue« de SaiqtrQvi^Dtin, trouvère dpnt le nopa sen| est parvenq iqsqu'à nouti i les éieva^ iiutres sont de Tbib^qt, oofpte de Chs^mpagne ot roi de NiV»rré, dqqt j'aq^fti og^ion d*Pvlerplq#t^Pd.

(1) ypye* k pc siîjct diU» |c« Oeuvres du trouvère Kqtebeuf, 1. 1, page I2i), ]a pièce Intitulée : la dUputoiton du trotfé et du décroûé.

Rue, Essais hist sur les Jongleurs, etc., t. ii, p. 197.

U li de mal e i bi^n atumé, (il ma ehançan à la geiit faire o!r, i son besuinç uus ad Deus apelé ; ne li deit nul prosdome ISaillIr, ir en la cruix deignat pur nus mûrir ; lit li deit bien estre guerdoné ir par sa mort sûmes |uz rachaté.

inte, ne dufi| ne li roi eoruné ! se poent de U mort deatolir, ir quant il upl grant trésor amasié , lis lur eopvi^Qt A gnqt dolur guerpir.

els lur Yenist en boa vis dépariiri ir quant il unt en U terre buté, I lur Yalt plus ne chastel ne cité.

Éloigné du mal et au bien disposé , je veux fkire dre ma chanson au peuple. Dieu , <)ui a besoin df , nous a tous appela. Nul homme de bien ne doit lllir; car il a daigné mourir pour nous sur I& croii(. oit faire beaucoup pour lui , puisque c'est par s^ que nous sommes tous rachetés.

CkMnte ni due, ni roi ooaronné, ne peuvent >per à la mort, fit quand Ils ont amassé an grand r , ils éprouvent une douleur d'autant plus grande

abandonner. Mieux leur vaudrait partir de bonne I, ear, du moment où ils ont M mis en terre, plus !or vaut ni cbÂteau , ni cité.

Allas ! cheilif, tant nus sûmes péné Pur les déliz de nos corps acumplir, Ki mult sunt tost failli et trépassé, Kar adès vois le plus joesne envielir; Pur ço fet bon Parais deservir, Kar là sunt tuit It gueredon dublé; Mult en fait mal eslre déshérité.

Mult ad le quoer de bien enluminé Ki la cruiz prent pur aler Deu servir, K'al jugement ki tant ier reduté,' U Dcus vendrai les bons des mais partir, Dunt tut le mund e trembler e frémir, Mult iert huni ki serat rebuté , Si ne verard Oeu en sa maestc.

3. Hélas! chétifs, nous nous donnons tant de mal pour satisfaire les plaisirs de la chair, qui sont sitôt épuisés et passés , car on voit vite le plus jeune devenir vieux. C'est pourquoi l'on fait bien de mériter le Paradis; là toutes les récompenses sont doublées, et l'oo fait mal d'en être désliérité.

4. Celui qui prend la croix pour aller servir Dieu a le cœur bien inspiré ; car au jour du jugement , qui sera si terrible, quand Dieu viendra séparer les bons d'avec les mauvais , et que le monde entier doit trembler et frémir , bien sera lionni celui qui sera repoussé. Il ne verra pas Dieu dans sa uinji^sté.

n*ait Deus ! trop avon9 demuté 1er à Deu pur la terre seisir.

it li Turc Tunt eissilié e getê

* nos péchiez ke trop devons hmr deit chascun aveir tut sun dtisir,

• ke pur lui serad la richeté !

' voir auras Parais conquestû.

It iert celui en cest siècle honuio Deus dorât ke il puisse revenir ; bien aurad en son pais amé tut l'en deit meuibrer e suvenir )eus me doinst de la meilleui jo'ù-, e jo la truisse en vie e en sènté, ant Deus aurad sun affaire acheva.

Déjà» vraiment, nous avons trop tardé d'aUef k pour enlever la terre dont 1rs Turcs Vmi m\é issé, à cause de nos péchés, que nous dcTous avoir rrcar. Chacun doit mettre là tcmk sa iicusée, car elle valeur peut être la riche^su quatid il s'assit de lérir le Paradis !

Celui-là sera bien honoré en le inonde, à qui accordera de revenir. Et, s'il laisse dans son pa>K mour véritable , il doit en garder partout In sou- . Dieu m'accorde dé jouir ûo. la \Aûi^ belle ; ri trouver en joie et en santé, quand j'anriii a clic vu do r le Seigneur.

tfamisc. de la Bibljot. Koy. 7339. —3, F, iS4. Romancero français, p. 1.

"^Bele Isabaus, pucèle l)ien «prise , Ama Gérars et il U, en tel (uise Qu'aine de folour par U ne fn requise;

Ains Tama de si bonne amour

Que mieus de li garda s'onour.

Et joie aient Gérars.

3« Quant plus se fut bone amonr entr*6iif mise Par loiauté aflisrinée et reprise , £n cèle amour la damoisele ont prise

Si parenti et donné seignour

Contre son gré un vavassour.

Et joie atent Gérars.

»' ■■i>'iii I ' .,.— .. ■■■ ^ ..- - I. .■■,,. I -

Page 1