LA MIHORITÉ DE SAINT-LOUIS
Lorsqu'aiirè» la mort de Louis VIH . BUnche (k Mtille, sa Teute, Toulol conduire au sacre Ihéri-
Pr Je ta couronne, .i^.- seulement de onze ans, Ht lie rencontra tic (outo. parts que maotato »o»- ,ir et iliflïcultii». Vresqnc tous les grand* TassMiX etusèrcnlde se rendre à la cérémonie , prélevant , perle trop récente ik leur souterain , et disant iue le deuil où ih ét.icut plongés s'accorderait mal vec les réjouissants d'un aténement. Mai», au ond , leur rett.s ne venait pas d'autres causes que II, d.'pit qu'ils étaient .le voir la régence défcree ,uv main. .l'-n. frmn,., de la jalousie que leur m- „.irail le crédit tl.nt le cardinal Icgalde Saml-Angc iouksaitàlacourdcFranccet enfui del'cspoir conçu
par eux de rentrer dans la possession des droits, des prérogati?es et des terres dont Philippe-Âiigaste et Louis YIII les avaient dépouillés. Ils commencèrent donc par présenter des requêtes et par poser des conditions (1). La régente, avant de répondre, conduisit son fils à Rcims^ où il fut sacré le 29 novembre 1226; puis elle temporisa, négocia, fit semblant de vouloir satisfaire tous les mécontens, quoique en réalité elle ne cherchât qu'à les d^unir. Ceux-ci témoignaient bien quelque impatience ; ils chansonnaient la reine , ils Taocusaient de mettre la main sur les revenus du roi pour envoyer l'or de France en Espagne , ils tournaient en ridicule son fidèle conseiller le cardinal , dont elle exploitait la sainteté pour donner du relief aux favoris du plus bas étage. Mais les chansons n*avançant pas leurs affaires, ils eurent recours aux armes. Ils fortifièrent leurs châteaux, prononcèrent la déchéance de la dynastie capétienne , et substituèrent au fils de Louis YIII le sire de Coucy. Les choses allèrent si loin, suivant un chroniqueur, que le nouveau prétendant fit faire sa couronne royale (2). Mais il avait compté sans la reine Blanche. Avant que les confédérés eussent pu se réunir, la Cham^ pagne avait été envahie, et le comte Thibaut, Tua des plus puissans soutiens de la ligue , était rentré dans le devoir. Ce coup suffit pour réduire en fu^ mée les espérances du sire de Coucy. On parlementa encore, on se rapprocha; il y eut même un traité
(J) Matthaei Paris, hist. ad ann. 1226.
(2) Chronique de Reims , publiée par M. Louis Paris , p, 187,
nclu à Vendôme le 16 mars 1228, traité par lelel les principaux chefs de la révolte mariaient urs héritiers et héritières aux enfans putnés de la aison royale. Tout paraissait terminé : la turbu- Qce du comte de Bretagne, Pierre Mauclerc, vint ut remettre en feu. Ce farouche baron , dont le imom indique quUi s'entendait mieux à manier s armes que le beau langage , osa cette fois coner TAnglais à la fête qu*il préparait. Il promit au rince Richard de lui faire avoir le Maine, TAnjou, éme la Normandie ; mais, toujours déconcerté par
diligence de sa redoutable ennemie, il vit les )mme8 du roi entrer à force d'armes dans son lâteau de Bellesme , avant qu'il eût pu se joindre IX Anglais. C'était là le terme de ses espérances.
fut heureux que Louis IX voulût bien le comrendre dans la trêve qui fut conclue pour trois is entre la France et l'Angleterre.
Tel est l'exposé rapide des circonstances politijes auxqiiellf!^ $g rattachent les chansons qui ]]it suivre. Trois ont é(é composées par Hues de
Ferlé, parent Uu sire de Coucy, et l'un des bams ligués co titre Taiitorité de la régente.
La première de ces chansons principalement atique le caractère ûe Blanche de Caslille. Non-seumeiU on Taccuse de détourner l'argent qui apparent au roi et de renvoyer en Espagne, mais déjà n y fait allusion à son alliance avec le comte Thiuil.
La âecandc est dirigée principalement contre hibaut, comte de Champagne et de Brie Ce crnier n'éiatt eniré dans la ligue que Grent les
barwtt apri* le Mm du roi , que pour se ? eoger d'une grave ineuile qui lui a? ait élé faite au ni<»meot où il se rendait à Reims pour aerieter à la cérémooie. Son étendard avait élé jeté vilainemeni hori de la maiton qa*il avait choisie pour demeure^ par les officiers raunicipaux. Us obéissaient, en agissant ainsi, soit aux ordres de la rône, soit à leur propre impulsion, car la rumeur populaire accusait le comte Thibaut d*avoir hâté par le poison la mort de Louis YUI (1).
Hues de la Ferté, dans le quatrième couplet, fait allusion à cette dernière circonstance quand il dit que Thibaut est plus habile dans Tart de diirurgie qu'au métier des armes. A cet égard , le chansonnier est d'accord avec d'autres contemporains. Voici ce fait comme on le trouve dans la chronique de Matthieu Paris, sous la date de iâ96 (a).
« Alors Louis, roi des François, afin d'évi-
» ter la contagion qui désoloit ses guerriers, se ren- » dit à une abbaye nommée Montpansier, qui n'é^ n toit pas fort éloignée do camp des assiégeans. Il » se proposoit d'y attendre la prise de la ville (d'A- » vignon). Là vint à lui le comte de Champagne : » comme il avoit déjà, durant quarante jours, as- » sisté an siège ; il demanda , suivant l'usage galli- » eofi , congé de retourner diez lui. Et comme lo » roi le lui eut refusé , le comte répondit que ses » quarante jours de service faits, il n'étoit pas autre*
(1) Chronique rlmée de Philippe Mouskes, t. n, p. 504.
(2) Matthsl Parisfensifl historia major. In-^, Parlsfis, 1644. Snb anno 1220, p. 930. — Tradncllofi de U. f. Vsiris, p. l^a du Romsncero.
mt tenu, cl qu'en conséquence i) se dépaf- j
oit. L« roi, irrité outre mesure de cette réso- |
lion , affirma avec serment que, sMI s*cloignoit |
)si,il mettroit en feu toute sa terre. Alors, comme ,i
bruit en court , le comte fit donner un poison j
roi, à cause de la reine qu*il aimoit criminelle- !nt d*une passion charnelle : ce sentiment Kdineax ne lui permettoit pas de supporter on as long di^lai. Or le roi, aussitôt après le départ [ comte , étoit tombé gravement malade , et le ison atteignant les sources de la vie , il avoit fin rendu Tame. Cependant les autres adirmeut i*il ne mourut pas de poison , mais de dysenrie. »
ans le dernier couplet , Hues de la Ferté se at que la France est bien abâtardie quand une me et telle que vous savez, dit-il, la tient sous sa isancc. Il termine par une allusion directe à ces lions qui, de Taveu de tous les historiens, exisnt entre la régente et le comte de Champagne. ;i se présente une question historique très-cuse, qui a été plusieurs fais débattue (1) et dont slutlon complète me paratt impossible. Je veux er des amours de Thibaut, comte de Chamne, et de la reine Blanche, mère de saint lis. Pour arriver à jeter quelque jour sur un it aussi délicat, le moyen le plus sûr, il me ble^ c*est de réunir les témoignages contempo-
) Voyei à ce sujet le lone I", p. 1 et raiv. des Poésies >oy de Kavarrc (publiées par M. Levesqiie de la Ravali). Taris, 1*743 ; in-8', 2 vol. Voyez aussi le Uomanccro çais de M. P. Paris, p. 1^0 et suiv.
rains. A Toccasion de la mort de Ijouïs YIII, i*ai cité un itassage de Mathieu Paris, qui déclare nettement que le comte Thibaut avait pour la reine une passion criminelle. Après Thistorten anglais qui se fait ici Técho de tous les bruits populaires , je placerai le témoignage des Grandes Chroniques de France, dites Chroniques de Saint-Denis : « A celle 1» paix faire fu la royue Blanche qui dlst : « Par Dieu, » conte Thibaut , vous ne déussicz point estre nos - » tre contraire ; il vous déust bien remembrer de la » bonté que le roy mou fils vous ûst, qui vint en » vostre aide pour sccourre vostre contrée et vostre n terre, contre tous les barons de France qui la vouu loient toute ardoir et mettre en charbon. » Le conte » regarda la royne qui tant estoit sage et tant belle » que de la grant biauté d*ellc il fu tout esbahi. Si » li respondi : « Par ma foi, ma dame, mon cuer et » mon corps et toute ma terre est en vostre com> » mandement , ne n'est riens qui vous péust plaire » que je ne féisse volentiers ; ne jamais se Dieu » plaist , contre vous , ni contre les vos je n*irai. » » D'ilec se parti tout pensis et li venoit souvent en » remembrance du doux regard de la royne et de » sa belle contenance ; lors si entroit en son C4icr » une pensée douce et amoureuse. Mais quant il ly » souvenoit qu*e1le estoit si haute dame, de si bonne » vie et de si note qu'il n'en pouroit jà joïr, si muoit » sa douce pensée amoureuse en grant tristece. Elt » pour ce que parfondes pensées engendrent mélan> n coiie li fut il loê d'aucuns sages hommes quHl s*es- II tudiast en biaux sons de vielle et eu doux chaiis » délitables. Si Gst entre luy et Gacc Brûlé les plus
^s chançons et les plus délilablcs et mélodieu- I
qui onques fussent oies en chanson et en j
e. Et les fi$t cscrire en sa sale à Provins et |
elle de Troyes ; et sont appel Ices les chansons j^
'oy de Navarre , car le royaume de Navarre l
ischéy de par son frère qui mourut sans hoir on corps (i). »
ici maintenant ce que Ton trouve sous ranncc dans la Chronique en vers dite de Saint-Ma- (a) : l
,'an mil denx cent et vingt et dix ' u dan-Martin en flambe mis, In tel point fut li qucns Tibaiit >u*il ala nus comme un ribaut.
Jn autre ribaus avec lui Hii ne fu connu de nului, ^or escouter que s'en disolt )e lui et com en devisoit. ^etit et grand, mauvais et bon .e relraioient de trahison , \i un et autre, et bas et haut, «ors dit li qucns à son ribaut :
>)mpains, or voi-je bien de plain )ue d*une denrée de pain aouleroie tous mes amis ; e n^en ai nul, ce m*est avis , ie je n'ai en nului fiance 'ors qu'en la roîne de France.
Chroniques de Saint-Denis , édition de E. P. Taris, ». 25â.
:hroniquc de France envers, dite de Saint-Magloire, î par Tabbé Lebcaf , t. ii, p. cxliii. ■— T. vu, p. 1, ironiques nationales de M. Bucbon, édit. In-8'.
Cille !i fu Io'a!c amie,
Itien mniislra que ne riiaoit mie
Par U fu finie la guerre
El conquise lote la terre.
Maintes paroles en dlst nn
Comme dlseult et de Trislan.
Plinippe Mouskes, dans son Histoire de France en rimes (1) , n*ose pas répéter ce qiril entendait dire au sujet de la reine et du comte de Champagne, mais il laisse échapper à ce sujet plusieurs aveux qu'il faut consigner ici. A propos de la mort du roi Louis YIII, il répète Taccusalion portée contre Thibaut par Mathieu Paris :
Felippes H cucns de Boulogne Entreprist mouU celé besogne, Et dist que li cuens de Canpagne Lui et tous les barons desdagne, Et s'avoit son frère empuisnct Le roi Loéys, et lais^iet Mauvaisemcnt à Avignon Et faite en avoit traison (ft).
Plus haut, il avait dit, à propos de la révolte des barons :
Mais en France ot .1. pau d'anui^ Quar II baron se descordcrent Al roi et forment s'aïièrent,
(1) Chronique rimée de Philippe Mouskes, publiée par le baron de RcifTcmberg. Bruxelles, 1838, î vol. Iu-4*.
(2) Pbilippc Mouskes, t. u, p. 576.
— isg —
>eur le comte des Campegnob ^ue durement créoit li rois fout par le consel de sa mère jul Ters Tes barons est amère (i).
9n il dit encore ^ à propos de la mort du > de Boulogne :
fais sour le conte de Campagn e faitent sa mort tout li baron ^t tout li pais environ , ^our çou qu'il lot haï ançois.
rao furent dolant li François, >valier, bourgeois et vilain li trestous li païs à plain ; lais la roine en fu blâmée (2).
ron ajoute à ces différens témoignages les ac- OQS de Hues de la Ferté, il devient impossible ;r que Tamour du comte Thibaut pouç la reine t un bruit généralement répandu parmi les mporains. Quant à la conduite de la reine fie dans cette occasion , l'histoire ne fait rien f tre à ce sujet ; car on ne peut citer comme preuve la faveur avec laquelle Blanche traita [ de Navarre. Il était très -naturel qu'elle ^eàt OH chef puissant qui, en s'alliant à elle, fuit échouer la ligue puissante qui la met.
troisième sirvente de Hues de la Ferté 9*aî principalement au roi ; il renferme plusieurs
*hUippc Mouskcs, t. ir, p. 570.
'hilippc Mou»kcs, t. ii, p. 582.
renseignemens historiques assez précieux. Ce sirvente p&rait avoir été composé le dernier, au moment où le roi, âgé de quatorze ans, allait gouverner par lui-même.
Dans le second couplet, Hues de laFerté rappelle encore que ce fut pour son malheur que Louis YJU introduisit les Espagnols en France. Il nomme aussi Gaulier-le-Cornu , archevêque de Sens, le principal conseiller du jeune roi, celui qui, en 1230, délia plu* sieurs barons du serment de fidélité qu'ils avaient prêté à Pierre Mauclerc. Dans les trois derniers couplets, le chansonnier engnge Louis IX à rappc> 1er autour de lui les pairs à qui appartient le gouvernement de la France ,• à renvoyer les clercs chanter dans leur église, et il lui cite l'exemple de Philippe* Auguste, son aïeul, qui s'empara de TAnjou. Fidèle à sa haine contre Thibaut , comte de Champagne , et les partisans de la régente , il demande à Dieu de faire en sorte que le roi n'aime pas autant Thibaut de Brie et qu'il remette en prison Ferrand. Comme on le sait, Ferrand, comte de Flandre , ayant été fait prisonnier à la bataille de Bouvines , resta enfermé dans la grosse tour du Louvre jus* qu'en 1^6, époque où Blanche de Castille lui rendit sa liberté, et se procura ainsi l'appui de ce seigneur, l'un des plus puissans vassaux de la couronne. FeiTand resta toujours fidèle au parti de la régente; c'est pourquoi Hues de la Ferté aurait voulu qu'il restât enrermé (1).
La quatrième chanson est moins facile à expliquer
(1) Voyez Chronologie histor. des comtes de Flandres , Art de vérifler les dates, t. xui, p. 319, édit. in-8-.
!s trois pièces précédentes. Elle se rapporte \
dant, sans aucun doute, au même fait, à la J
le des barons pendant la minorité de saint j
. L'auteur anonyme de cette pièce , dans^une de dialogue entre deux partisans des princes i
(, Gautier et Pierre, se moque de tous les Is que mettent les barons à commencer la B ; il les accuse de prolonger à dessein les I et de toujours laisser quelqu'un derrière eux sur de France, pour faire la paix. l
'on pouvait assigner une date à cette chanson, c
* rapporterait, je crois, à la fin de Tannée 1227, que le dernier couplet, qui est fort obscur, ;
e foire allusion à des événemens postérieurs à date.
is le quatrième couplet, Gantier dit à son ignon que, si Ton en croyait tels et tels sei- 8 qu'il désigne par leur surnom, on verrait les tes si bien corrigés que leur orgueil serait maté, er veut parler ici des partisans de la régente he de Castille et peut-être aussi du comte ut, fils adoplif et héritier désigné de Sanchert, roi de Navarre, auquel il succéda en 1255. int aux seigneurs désignés par leur surnom, il ss chercher parmi les chefs des barons révole sont eux, en effet, auxquels le chansonnier lusîon.
comte Hurel. Ne serait-ce pas Philippe, comte ulogne, surnommé Hurepel, qui, après avoir lit à Reims le jeune roi pour l'y faire sacrer, lâsa cependant le parti des barons révoltés. Il t prêté serment d'obéissance que dans l'espoir
ift.
— IM — d« partager avec Blanclie deCaslille. Mais, quand il ni cette priuceaae Mii v re les conseils du cardinal légat, il devint Tun des chefs de la ligue foamée en 1396. A la fin de isa8, après le traité de VeiidiVme,Hurepel sembla toujours tenir le \wTiï du roi. 11 accepta même de la régente une somme annuelle de aix mille livres sur le trésor du Temple , et se joignit en ISSO i Tarmée royale. Néanmoins, on peut croire qu*il entretenait toujours sous main des liaisons avec les révollés, et beaucoup d'historiens loi oot fait prendre une part aelive dans la dernière révolte de Pierre Mauclerc, arrivée en 1250 (!}.
Li Ber(on$, Celui-là u*est pas difficile à reconnaître : c*est Pierre Mauclerc , comte de Dreux et de Bretagne , qui fut , comme chacun sait , le dtef des barons insurgés et le i^lus opiniâtre dans sa rébellion (a).
Le Barroii gui est tant oté, c'est Henri II, comte de Bar, fils de Thibaut et dTsabelle. La preuve qu'il était un des chefs de la ligue , c'est qu'on lit dans la Chronique de Saint-Magloire, au sujet de rexpédilion que les barons firent à la fin de 12M contre Thibaut :
L'an Mcc et xxviu,
Si corn je pens et comme je cuit,
Fu la grant allée des barons
Dont est encore li renoms.
Li cucns de Bar n'en revint pas,
Qu'il y fut pris, ce n'est pas gas.
(0 Art de vérifier les dates, t. xii, p. 362, édit. liv-S*. (2) Art de vérifier les dates, t. xm, p. 210, édit. in>r.
.es auteurs de l'^ri de vérifier les datée ont,
c raison, relevé Tabbé Lebenf , premier édîteup '
celte chronique , qui dans ses notes fait mourir •
ori dans sa prison. Il n y resta que peu de temps
contraire, et ne mourut qu'en 1259, dans une ex- .
lition en terre sainte (1). j
^uant au sire des Bourguignons , c'est le jeune ;
gucs lY, né en 1212, et qui, à peine échappé à
utelle de sa mère, s*empressa de se joindre aux
['es barons pour marcher contre le Champenois. !
s Philippe de Boulogne, ayant abandonné la li- f
, le rappela bientdt à son devoir, et en 1229 il oignit à Tarmée royale (2).
l m'est impossible de rien dire de certain au su- '
[les deux interlocuteurs de ce scrventois {Gau-
et Pierre). Je me permettrai seulement une jecture. Au nombre des chansonniers du xhi* le , ayant vécu pendant le règne de saint lis, on trouve un Gautier de Soignies. Nous n'a • 5 aucun détail sur sa vie ; on peut seulement poser que le surnom de Soignies lui venait du
de sa naissance. Or, Soignies est une petite I du Hainaut , province qui dépendait dès lors lomté de Flaudre. On pourrait donc croire sans aisemblance que ce trouvère, lié d'abord au 1 de Ferrand, comte de Flandre, et de Reuaud )ammnrtin , et voyant qAe depuis la bataille de vines ces comtes étaient retenus en prison, avait rassc les intérêts de Philippe Hurepel , gendre
) Art de vérifu'r les dates, t. \m, p. AOC, édit. in-S'. ) Art de vérUier les dates, t. \i, p. 53, édit. in-8».
et héritier de Renaud de Dammartin. Ceci expliquerait Texpression de nostre quiens Hurtl du quatrième couplet.
Le dernier couplet est obscur, le seus difficile à saisir ; c*est pourquoi je n*ai pas Toulu le traduire. Voici comment on peut l'expliquer. L^auteur semble dire que la paix finira par se faire , et que dans ce but les barons ont fait des avances au cardinal et au roi: Ce qui les a surtout irrités, semble t-il dire, c'est le conseil de dame Hersent, et par cette épithète insultante il désigne la reine.
La dame Hersent est la femme du Renard dans le roman satirique de ce nom. Le rôle qu'elle joue est celui d'une femme rusée , dévote et débauchée. Une pareille qualification résumait toutes les attaques dont Blanche de Gastille avait été Tobjet.
iittc. de la Biblioth. Roy. 7323. — Suppl. fr. J84. — Romancero français, p. 182.
chantaisse volontiers liément , je trouvaisse en mon cuer Tochoison ; déisse et Testre et Terrement Se j'osaisse en faire mention], la grant cour de France au dous renom , )ù tonte valeur se baigne :
\ preudomes me lo, qui que s*en plaigne, ut tant i a, que bien porrons veoir tensy je cuis, lor sens et lor savoir.
ma dame, vo di-je voiremcnt ele aime tant son petit enfançon, s ne veut pas qu'il se travaut souvent
Fe chanterais volontiers gaiement, si j*en trouvais non cœor le courage. Je dirais l'état et les manières >ais 4j[i parler toutefois) de la grande cour de France jx rfiiKHn, oti toute valeur abonde. Bien qu'on s'en e, je me Loue det^ prud'hommes, dont le nombre ^raiid et dont nous pourrons facilement reconnaître, roiSp le sens et le savoir.
te Madame , je vous dirai vraiment qu'elle aime >n petit enfançon qu'elle ne veut pas qu'il se mâle
En départir Tavoir de sa maison Mais ele en donne et départ à fuison :
Moût en envoie en Espaigne , Et moût en met en eflbrcier Charopaigne. S>n fait fermer chasUaus, por mieuf valoir ^ De tant sont jà, par li, eréa si oir.
Se madame fust née de Paris Et elle fust roïne par raison ; S'a- ele assés Qer cuer, ce m'est avis, Por faire honte à un bien haut baron. Et d'élever un traïlor félon.
Diex en cist point la maintaigne, Et gart son fil que jà feme ne praigne ; Quar par home ne pui-je pas véoir Qu'ele perde jamais son grant povoir.
de dépenser le bien de sa maison; mais elle s*en réserve le partage. Elle en envoie beaucoup en Espagne, en con* sacre une grande partie à enrichir la Champagne, ou à fortifier ses châteaux pour mieux résister. La fortune de ses enfans est ainsi augmentée par ses soins.
3. Si Madame était née à Paris, elle aurait le droit d'être reine; elle a de plus le cœur assez fier, ce m*e6t avis, pour faire honte à un noble baron et élever un traître félon. Dieu piiissc-l-il la n)aiutcnir ainsi et garder son fils de prendie feniiiic, car je ne crois pas qu'il y ait un homme capable de lui enlever son grand |)onvoir.
-id^ -
^rcudomc sunt et sage et de haut pris, Yen doivent bien avoir boa gucredoii, Z\[ qui H ont ensaignié et aprif L eslongier cens de ci environ.
li ele a bien fermée sa leçon ,
Qunr tout les het et desdaigne.
Jien i parut, Vautre jour à Compaignc , ^ant li baron ne poreut droit avoir ^t nés daigna esgarder ne veoir.
^ue vont qucrant cil Toi Lrégier, )u'il ne viennent à ma dame servir, }ui mieus sauroit tout le mont justicier )u'en!r'aus trestout, d'un povre bourg joïr? It del trésor, s'cle en fait son plaisir,
. Qn'ils aient bonne récompense les hommes lion- 'S, sensés, recomroandablos qui lui ont enseigné et ris à éloigner les seigneurs des environs. Et elle a I retenu sa leçon, car elle nous hait tous et nous ligne. Bien y parut Tautre jour à Compiègne, quand barons ne purent faire valoir leur droit et qu'elle ne ;oa ni les voir ni les écouter.
. Que vont cherchant ces conspirateurs insensés ? ne viennent-ils servir Madame, qui saurait mieux ircmer le monde entier qu'ils ne sauraient entre eux ) gouverner un village. Si elle dispose à son gré du [>r, je ne vois pas qu'ils aient le droit de sVn
— IM
Ne vob qa'à eus en ataigne; Conquise en a la justice romaine :
Si qu'ele fait les bons pour maus tenir, Et les plus ords, en une heure, saintir.
Diex ! H las de Bretagne Trovera-il jamais où il remaigne ?
S'ensi H vuet tote terre tollir, Dont ne sai-jou quil puisse devenir?
plaindre. Elle en a conquis la justice de Rome, et fait ainsi les bons pour mauvais tenir, et en une heure canoniser les plus lâches.
Dieu , le malheureux de Bretagne trouvera-t-il jamais quelque repos? Si on veut ainsi lui enlever toute sa terre, je ne sais pas ce qu'il pourra devenir.
itttc de la Bibliotb. Roy. 7222. — Suppl. fr. 184. — Romancero français, p. 186.
En talent ai que je die Ce dont me suis appensés :
Cil qui tient Champaigne et Brie N'est mie droit avoués.
Quar puis que fu trespassés Cuens Tibaus à mort de vie, Sachiés, fu-il engendrés, Resguardez s'il est bien nés?
Déust tenir sîgnorie Teus bons, cbastiaus ne cités?
Très dont qu'il faillit d'aîc Au roi où il fu aies.
J*ai l'enTie de dire tout ce qni me Tient à la pensée, qui tient Cbampagne et Brie n'est ^ pas un loyal iUT ; car sacbez qu'il fat engendré depuis la mort mte Tbibaut. Regardez s'il est bien né?
Un pareil bomme devrait-il avoir seigneurie , clià- [>u cité| du jour oii il faillit à venir en aide au roi
Sacliics, 8*il Tust retournés, Ne Ton portast garentic Hoiis qui fust de mère nés, Qu'il ne fut deshiretéx.
Par le fil sainte Marie Qui en la crois fu pcnés, Tel chose a faite en sa vie Dont déust estre apelés.
Sire Diex, bien !e savés, Il ne se defTendîst mîe, Quar il se sent cncoupés.
Seignor barons, qu^attendés?
Quens Tibaut doré dVnvie De felenie frété, De faire chevalerie N'estes vos mie alosé.
qu'il était allé secourir? Saclief que, si le roi était revenu, nul Lonme n'aurait pu rempéchcr de déshériter le comle.
3. Par le fils de sainte Marie, qui en la croix fut np* plicié, il a fait telles choses dans sa vie pour lesquelles il mériterait d'être cité en justice. Seigneur Dieu, vous le savex bien, II ne se dérendrait pas, car il se sent trop coupable. Seigneurs barons, qu'attendez- vous?
4. Comte Thibaut, doré d*envle, frété de félonie, TOUS n'êtes pas très • renommé pour faire chevalerie.
Aiuçois estes mieux triollés A savoir de sirurgie ; Vies et ors et borsefflés, Totes ces teches &t js.
Bien est France abâtardie , Signor baron entendes, Quant feme Ta en baillie , Et tele comme savés.
Il et elle, lez à lez Le tiengnent de compaignie.
Cil n'en est fors rois clamés Qui piechà est coronés.
kis TOUS êtes pins habile à la science de médecine. 108 êtes Tîeuxi sale , boursoufflé. Vous avez tous ces ^.
:j, La France c&t bien abâtardie, entendez-voas, seietir$ baron $f qiiatuï une femme la tient en. sa paissance, iitie femme t^lïc t^ne ?ous savez. Lui et elle , c6te à ie, ïa c</uJuià€t)t dd compagnie. Celui qui est depuis 1 eouronné n'a il u roi que le nom.
liaDUSC. de la Bibliot. Roy. 7332. —S. F. 184. — Romancero français, p. 189.
Or somes à ce venus Que la roïne et si dru Ont pourchacié et inéu Que nos serons vil tenus.
Si dont qu'à ce veigne Que France s'en plaigne, Et chascuns, gros et menu, Et 11 vieil et li chenu.
Or verrons le fort escu Maistre Gautier li cornu , Qu'a, par son conseil, perdu Au roi ce qu'il a rendu.
1 . Noas voici donc arrivés à ce que la reine et son favori ont cherché et préparé; nous serons tenus pour vils, et je crains que le temps ne vienne où, dans la France, chacun plaindra les grands et les petits , les vieux et les jeunes.
2. Or, nous verrons le fort bouclier, maître Gautier Cornut, qui a fait perdre par ses manœuvres ce qu'il avait
Les barons desdaigne
Por la gent d'Espaigne Qu'adès ont Dieu mescréu, Le roi mort tant mar i fu !
Rois, por Dieu, pourquoi crois-tu Home parjure et vaincu ?
Tes aious qui prit d^Anju
Li cuens de Champaigne , Et li rois d'Espaigne Fussent vil et abattu Et France fust en vertu.
Sire, quar faites mander Vos barons et accorder Et viegnent avant li Per Qui suelent France guier ;
mdu au ri>L II dédaigne les barons pour les gens d*£sïgne, qui ne croient déjà [ilui ea Dieu. Le roi mort y fut mn grand dommage.
3é Boî, pourqnoi a&'lu confiance dans un homme irjyrË et vaificu? ton a^iil , qui s'empara de 1* Anjou Le comte de Champagne
le roî d*£i>pagne eosseol été abattus, et la France seit en honneur.
4, Sire, faites appeîtr vos Ijwons et qu'ils s'accorint; que les pairs k qui appartient le gouvernement de la
£t 0 vos maisiri« Vos feront aïe.
Et faites les clers a 1er En lor église chanter.
Se vous volés honorer Vos preudomes et amer, Ils feroient repasser Les Englois outre la mer.
Rois, ne créés mie
Cent de femenie , Mais faites cens apeler Qui armes saichent porter.
Diex, qui le mont puet sauver, Gart France de raiiser El la baronnie !
France marcUent devant, et avec vos gens ils vous viendront en aide. Renvoyez les clercs chanter dans leur église.
5. Si vous voulez aimer et honorer vos prnd'homme», ils feront repasser la mer aux Anglais. Roi, ne croyez pas la genfe féminine , mais faites appeler œox qui savent manier les armes.
6. Diiu, qui peux sauver le monde, garde la France de faihhr et U haronnie! Dieu, veuiU* ^e le roi ait
Et Thibaut de Brie Doint Diex le roi mains amer, Et Ferrant fasse ferrer !