‹ Recueil de chants historiques françaiseChapitre 36 sur 181 · BALLADES DE CRARLES D'ORLÉANS · texte numérisé non relu

BALLADES DE CRARLES D'ORLÉANS

SUR SA CAPTIVITE ET SPft SA OÎLIYUANCE.

i4so-i4ao.

Charles d'Orléans réunissait en loi tous les avantages qui concilient à un prince Taffection de la multitude. Beau, spirituel et débonnaire, il empruntait à ses malheurs quelque chose qui rendait 868 qualités encore plus aimables. Privé de son père par un exécrable attentat; témoin de la douleur à" bquelle sa mère avait succombé \ voué dès l'adolescence à devenir chef de parti ; puis partageant rinfortune de tant d'autres à la journée d*Azincourt; prisonnier des Anglais, qui le gardèrent vingt cinq ans dans leur Ile : il y avait dans cette pauvre destinée de quoi toucher les âmes les plus dures. Aussi le chroniqueur nous montre-t-il son retour fêté en France comme un grand bonheur pour le pays, u Partout où il passoit et séjournoit , on lui

— 50à — faisoit aussi grant honnear et révérence comme on eost fait à la personne du roy de France on à ton filz le danphin. Et avoient les gens moult grant confidence et espérance que par son retour et desprisonnement rendroit grant consolacion au royaulme de France ; et par especial la plus grant partie du poeple y estoient moult affectez et désiroient longtemps par avant à le veoir en sa franchise comme lors le véoient (1). » L*intérét que les bonnes gens du XV* siècle portaient au duc d'Orléans n*est pas diminué pour nous. S'il ne lui a pas été permis de prendre sa part des grands exploits qui eurent lieu de son temps , nous ne saurions toutefois oublier, sans être coupables d'ingratitude , le père de Louis XII, le poète élégant dont les écrits ont inspiré plus d*une fois Saint-Gelais et Marot.

Charles d'Orléans a excellé dans la ballade. H a su y faire passer tour à tour Tenjouement de son esprit et la profonde affliction de son cœur. On rencontre ce double caractère dans les six pièces que nous reproduisons ici. La première est adressée au duc Jean de Bourbon, son compagnon de captivité qui , moins heureux que lui , mourut sur la terre étrangère le 15 janvier 1454.

Dans la seconde, le poète exprime de la manière la plus délicate quels regrets venaient Tassiéger, à la vue de la mer qui le séparait de sa patrie. Le sentiment d^espérance qui relève son courage dans les derniers couplets assigne pour date à ces vers Tépdque où il fut question pour la première fois

(t) Monstrclet, liv. II, chap. ccui.

d'un rapprochement entre la France et l'Angleterre , Tannée 1455. Sans doute c'est le même événement qui a provoqué les vœux exprimés dans la troisième ballade. La quatrième est une pièce légère et gaie qu'il adresse à ses amis pour les dispenser de prendre le deuil sur la foi d'un certain bruit qui le faisait passer pour mort. « Ne vous mettez point en frais dliabits noirs , leur dit-il ; le drap gris est meilleur marché ... Je ne veux pas que mes héritiers pleurent. . . La souris vit encore. >* Ce dernier trait revient à la iln de chaque couplet avec beaucoup de grâce et de naturel.

Les deux dernières chansons imprimées ici sont de Tan 1440. Elles ont été faites lors de la délivrance de Charles d'Orléans et adressées par lut an duc de Bourgogne, Philippe-le-Bon , qui avait voulu acquitter de ses deniers la rançon d'un si aimable prince. La vivacité du rhythme témoigne assez de Fallégresse du poète.

Le couplet qui commence par ces mots : Puisque je suis votre voisin , fit certainement époque dans sa vie. C'est le premier qu'il composa à son'retour en France , soit à Calais , soit à Gravelines où les historiens disent qu'il s'arrêta avant d'aller se jeter dans les bras de son libérateur. Ce qui honore extrêmement son caractère , c'est qu'au lieu de se préoccuper de lui-même dans cet instant d'ivresse , il ne songe qu'à la paix du royaume. On dirait qu'il n'est heureux de sa délivrance que parce qu'elle lui permettra de réconcilier Charles VU et Henri YL On pressent tout ce qu'il est prêt à dépenser d'efforts et de bienveillance pour amener cette fameuse trêve

tîO.

du 90 mai 1444 , dont il fut ie signataire et le priacipal négociateur.

Les poésies de Charles â*0r1éans ont été imprimées pour la première fois en 1809 , sous ce titre ? Poéiieê de Charles â*Oriéan$ , père de LouU XII et oncle de François /•', rois de Franee. Petriê , 1809 , 1 vol. in'i%. Bien que cette édition ait été liiite d*après le beau manuscrit de la bibliothèque de Grenoble , écrit par Antoine Asteian , secrétaire da duc d^Orléans , elle est remplie de fautes. M. Aimé Champollion , qui prépare une nouvelle édition de ces poésies, a bien voulu me communiquer le manuscrit de la bibliothèque de Grenoble qui est entre ses mains. J*ai pu y copier les six diansoQs qui aiaivent.

Hanusc. de ]% BlbRoth. de Grenoble, f cii, r*.

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