‹ Recueil de chants historiques françaiseChapitre 35 sur 181 · VAUX-DE-VIRE DO TEMPS DE L'OCCUPÀTIOII DES ANGLAIS · texte numérisé non relu

VAUX-DE-VIRE DO TEMPS DE L'OCCUPÀTIOII DES ANGLAIS

Dès le commencement du xv* siècle, il existait âms le Bocage-Normand une société de joyeux confrères qui s*appelaient les galants, les compagnons gaiois ou les galeS'hon-temps, La ville de Vire était leur chef-lieu ; leur dévotion avait pour objet la bouteille. C^est parmi ces bonnes gens que 8*est dévelopfiéc en France la chanson bachique; leurs gais couplets, qu'on nommait f^atiJ?-<le-inre, àcause du faubourg où se tenaient leurs réunions , sont les premiers qiiu notre langue ait consacrés à l'éloge du piot. Tauxde-vire est resté dans la langue , où il est devenu par corruption vaudeville , mot dont Tacception a changé bien des fois avant qu'il arrivât jusqu'à non;^. On sait ce qu'il signiflait du temps de Louis XIV, où déjà les théoriciens avaient perdu de vue son

étymologie, quoiquMls eussent conservé le sentiment de son origine :

Le Français, né malin, forma le vaadeTlUe; Agréable indiscret qui, conduit par le chant. Passe de bouche en bouche et s*accroist en marchant La liberté Françoise en ses vers se dépioye ; Cet enfant du plaisir veut naistre dans lajoye. (QOPAAO. '- 4r$ poétique.)

Or, pendant que les galants de Normandie créaient, sans s'en douter, une littérature qui devait faire si belle fortune , de tristes événementsvinrent tout à coup jeter le trouble dans leurs fêtes. Les Anglais , maîtres du pays par la conquête , envahirent leurs maisons et leurs caves, prirent les vins pour eux et laissèrent Teau de la cruche aux vaincus. Croyaient- ils prendre la muse normande par la soif et la réduire A se taire ? Ils ignoraient la maxime : Qu'il ne faut pas retirer à un peuple conquis ce qu'il a de plus cher au monde. Le désespoir inspira des vaux-de-vire , comme avait fait autrefois Ti* vresse. On trouve cà et là , dans les chroniques du temps , des indices qui donneraient à croire qu'il se forma dans le Bocage une sorte de chouannerie qui ne laissa pas de repos aux Anglais tant qu'ils occupèrent la province. Quelques vaux-de-vire de cette époque confirment et prouvent , à n'en pas douter, que les instigateurs de la résistance étaient les gens altérés dont nous parlions tout à Theure. La haine contre les goddam (ou les ^odon«, comme ils disaient alors ) les avait réunis autour d'un de leurs confrères, capitaine de la compagnie, dont il ne nous est presque rien resté que le nom. Ce mattrc-galant ^'appelait Olivier Basseliu, ou

asselin , ou Bisselin. Il parait qu'il avait couru la

er dans sa jeunesse. Fixé depuis sous les murs de

ire^ à l'endroit qu'on appelle le Pont-des-Yaux ,

y exploitait un moulin à foulon ; il fut témoin de

prise de Vire , en 1417. L'une des chansons que

)us donnons ici apprend qu'il périt pour avoir

is les armes contre les ennemis de la France.

eux yen, adressés à Farin Duguast plus de cent

IS après la mort de Basselin, selleraient indiquer

le ce joyeux vivant finit ses jours à la potence :

Étois-tu point du temps que les Anglols, A Basselin , firent si grand vergogne ?

iterprétation qui s'accorde très-bien avec les ter-

es de notre vau-de-vire :

Hélas I Olivier Basselin , \ous ont les Anglois mis afin.

Nous ne saurions en dire davantage de ce channnier si fameux en son temps. Ses œuvres ont été ibliées à la fin du xvi* siècle , par un avocat de ire nommé Jean le Houx; mais celui-ci s'est péris trop de corrections au style de son auteur, )ar qu'on puisse donner aucune des pièces de son icueil comme échantillon de la verve de Basselin. h manuscrit du xv« siècle , conservé aujourd'hui Bayeux , renferme cent deux vaux- de- vire moins ispects, dont quelques-uns ont été publiés par l. Louis Dubois en 1821 , et par M. Julien Travers n 1835. C'est à ces nouveaux recueils que nous mpruntons les deux pièces suivantes : la première st UD appel aux armes qu'on peut regarder comme ouvrage de Basselin; l'autre est une lamentation ir la mort du poète normand.

ManuK. de la Bibllotb. de Bayeux. Yaux-de-vlre , publiés nar Dubois, d. 177.

■lit

par Dubois, p. 177.

He ! cuidez-vous que je me joue , Et que je voulsisse aller £n Engleterre deunourer ?

Ils ont une longue coue.

Entre vous, genz de village Qui aimez le roy françoys, Prenez chascun bon courage Pour combattre les Engloys.

Prenez chascun une boue, Pour mieulx les desracîner; S'yis ne s'en veuillent aller, Au mayns faictez leur la moue.

Ne craignez point, allez battre Ces godons , panches à poys :

Car ung de nous en vault quatre , Au mains en vault-il bien troys.

Afin qu*on les esbafoue Aultant qu^en pourrez trouver,

Faictcs au gibet mener, Et (ju'en nous les y encrouc.

Por Dieu ! se je les empoigne , Puis que j'en jure une foys , Je leur monstreray sans boigne De quel poisant sont mes doiglz.

Ils n'ont laissé porc , ne oae, Ne gueme , ne guernelUer»

Tout enstour nostre cartief.

Dieu s'y mect, mal en leur joue !

Vaux-de-Tire , publlét par DoboU, p« I09,

Helas! Olivier Vasielin^

N^orrons nous poinct de vos nouvelles ?

Vous ont les Engloys niys à fin.

Vous souillez gayement chanter Et desmener joyeulse vie.

Et les bons compaignons hanter Par le pays de JNormcndye, Jusqu'à sainct Lô en Coustentin ; Oncques ne vy tel peleryn.

Les Engloys ont faict desraison Aux compaignons du Yau de Vire.

Vous n'orrez plus dire chanson A ceux qui les soulloyent bien dire.

Nous prieron Dieu de bon cuer fin Et la doulce vierge Marye, Qu'el doint aux Engloys malle fin.

Dieu le père sy les mauldye I

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