‹ Recueil de chants historiques françaiseChapitre 43 sur 181 · CHANSONS SUR L'EXPULSION DES ANGLAIS · texte numérisé non relu

CHANSONS SUR L'EXPULSION DES ANGLAIS

Dq)uifl le mois de mai 4444 jusqu*en mars 4449 , la bonne intelligence dara entre les Français et les Anglais, quoique ceux-ci eussent encore en leur pouvoir les deux plus belles parties du royaume , la Normandie et la Guyenne. Mais le roi Charles Yll avait expressément défendu qu'on les inquiétât, parce qu*il avait besoin de repos pour mettre Tordre dans son gouvernement. Ce sage prince était donc occupé à faire bien tranquillement et du mieux qu'il pouvait, quand tout à coup un hérault lui arrive du pays de Bretagne , et lui apprend comme quoi le jour de PAnnoncialiou, un capitaine aragonnais, à la solde de rAugleterre, appelé François de Surienne, s'est emparé à Timproviste de la ville de Fougères, appartenant au duc de Bretagne ; que ses gens se sont répandus par les maisons et par les églises, pillant les biens du peuple et les objets sacrés, violant les femmes et les filles, emmenant les bourgeois prisonniers , et mettant à mort ceux qui voulaient se défendre ; qu'enfin le duc s'adresse au roi , comme à son naturel seigneur, pour qu'il l'aide à se ven-

ger d*un si grand outrage Tuit à ses sujets sans le moindre motif. Le roi, bien étonné, envoie une ambassade à Rouen^ porter plainte au duc de Sommerset, lieutenant-général du roi d'Angleterre sur le continent. Celui-ci, qui avait fait faire le coup, répon« ditbonnement qu'il désavouait le dit François de Surienne; « qni estoient paroUes frivoles, » observe avec raison le chroniqueur (i ), puisque le duc nedisait mot des dommages à payer. L'affaire alla au Conseil du roi d'Angleterre , puis fut renvoyée à un congrès composé d'arbitres des deux partis; et comme à ce congrès, ainsi qu'au conseil, ainsi qu'à Rouen, c*était toujours la même défaite, à savoir qu'on désavouait la prise , mais sans qu'on s'offrit jamais à la rendre , le 15 mai 1449 , un capitaine français , nommé Robert de Floqoes ou Floquet , se dirigea sur Pont-de-l' Arche avec une bande de Bretons, et fit de cette ville ce que messire François de Surienne avait fait de Fougères. Adieu les trêves , les pourparlers et la domination des Anglais en ce royaume. Le roi Charles approuva l'entreprise de Floquet ; incontinent toutes les garnisons de France s'ébran* lèrent; les capitaines se mirent aux champs , tombant les uns sur la.Guyenne , les autres sur la Normandie. Ce fut la iiius belle campagne qu'on eiU jamais vue en France, grâce aux nouvelles ordonnances qui régissaient les armées. En un an et six jours , les Anglais eurent tout perdu dans le nord , excepté Calais. Au midi , ils se maintinrent quatre mois de plus, mais ne gardèrent pas un pouce de terrain.

(i) Jean Cliarlier, édit. Goclcfroi, p. 136.

C*e9t à ces événements que se rap^iortent les chansons <|u*on va lire. La première csi du fameux Alain Chartier, qu'on appelait au xvi* siècle le père de téloquencê française. Elle se trouve dans le re* euell de ses œuvres publié par Duchesne en i61f » i vol. in-40.

La seconde est un Tsu-de-vire publié pour la première fois en 1855, par M. Julien Travers (I), et composé après la recouvrance de Vire. Il y est fait allusion à la bataille de Formigny dans ces deux vers de belle facture :

El la dernière des balailcs Par leurs trépas nous a vcn^iés.

Effectivement, cetie journée mémorable , qui eut lieu le 14 avril i450, eutraina la conquétA de tout le Bocage normand.

a Tost après la deffaicle de Fropagoi, dit JeaK » Chartier, et sans aucun intervalle , ni prendre de 9 repos , toute la compagnie des François ala mettre » le siège devant la ville de Vire, en laquelle estoieot » en garnison quatre à ciu([ ceus Anglois dont estoit m cappitaine messire Henry de Norbery... Mais ee w siège n'y fut pas longuement t^u de vaut , d'autant » que ce cappitaine la fit reocM^iar conqwsicion.i»

Enfin nous donnons en de^Er lieu un chant de triomphe composé par Chafl d'Orléans après la soumission totale de laNoruîahdieetdelaGuyenne. Ce n*est pas trop dire que d'avouer que cette simple ballade s'élève jusqu'à la hauteur de l'ode.

(1) Les vaux-de-vire édités et inédits d'Olivier Basselin et de Jean Le Houx. Paris, 1833, in-18.

xin.

Œuvres d'Alain Cbartier. Jfan. delà Bibl. roy., 0*7315 *.<•

ConmeiM»IaBal8«tatfer(Mgiirn4MlMA«cMttMi«M«MMmU de France pfindieDt pendtat «t durait lei trèTC» f9mvo§ ptr^iircf.

Angloys , Angloys , cha8tie;E vou9 De Tung promettre et Taiitre faire , Qui la ti^ève avez , comme fouis , Rompue , pour Fougiers forfaire.

Car David pria Dieu deffaire Ceux qui voulient guerre et non ptîx.

Von doit juger selon les faictz.

Il n^est poipt de plus juste loy

Que quant aucuus, se Dieu me gard,

Qui ont usé de mate foy

Sont puniz par leur mauvais art.

Vous avés gecté ung hazart

Dont VQstre couche est dépérie.

Àuœ irompeux de la tromperie.

Mieulx vous fust d'avoir actendu Que la Irève eust esté passée, Qu'avoir Fougiers cueilly, (ondu

Et vostre foi ainsi cassée Pour richesse avoir amassée ; Dont est reproche sur vous maint.

Qui trop embrasse poy estraint.

Quant ceulx partirent de Rouen Qu^envoyastes à Tentreprinse, Vous ne cuidiez pas meschouen En souffrir marque ne prinse.

Et puis les avez , par faintise , Désavoués tout en appert.

Mal se muce d qui le cul pert.

S'autres gens que vous faict l'avoieut

Chacun s*en devroit esbaïr;

Mais ceux qui coasturoiers vous voient

D'essaier à chacun trahir,

Sont provoqués à vous haïr,

En priant Dieu qu'il vous punisse.

Sapienee aussi vaint malisse.

Les François n'aultres leurs voisins Ne font point telles mirlifiques; Non font mesmes les Sarrazins Contre leur sermens auctentiques.

Et pour ce, les faux hérétiques Réduis , si portent deux fanons.

Traistres et f aulx sont maultais noms

A Dien et aax gens détestable Est foy mentie et traîson ; Poar ce n^est point mise à la table Des preux limage de Jason , Qui , pour emporter la toison De Colchos , se voult parjurer.

Larrecin ne se peut celer,

On dit souvent que trop grant aise Si est trop fort à endurer, £t pour ce , avant que je me taise ^ Vueil encontre vous murmurer, Tousjours vous voulez forvoicr Faisant ce qu'oncques preux ne fist.

Tant grate chièvre que mal gist.

Quant la trêve , à vostre requeste , Fut octroiée et confermée , Vous faisiez de paix la feste Pour cuider rompre nostre armée ; Mais quant point ne s'est deffermée , Foogières avez prins en tourne.

Jl n'est chance qui ne retourne.

S*en rompant la commune trève^ Soubs vostre fiance et enseigne,

L'Arragonnois a prins la fève Ou gasleau du duc de Bretaigne , Floquet la recouvre et regaigne Gomme son servant et amy.

Mneanifê mg fauiê et dmy.

Tant comme Us Cartagiens Eurent sur Roumains advantaige.

Contre le conseil et les sens Du vieil Hannon , conseiller saige, Ils refusèrent par oultraige Paix qu'ilz ne peurent recouvrer.

Quant tempe en e$t on doit ouvrer.

Charles, nostre bon roy françoif N'a point fait faire telz assaulxj Non a pas son nepveu Françoys De Bretaigne , ne se^ vassaulx , Jusqucs à tant que pour vos maulx Chastier, il a pris des gens.

Bon chien se desfend o le^ dente.

Trop plus vous nuist le Pont-derr4fche Que ne vous puet aider Fougières , Car il est près de vostre marche De Rouen , et sur les rivières , Et si est près de noz frontières Que est uog poiitf 4|ui vom deçpU. Fol ne croit tant qu'il reçoit.

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Vous Tassiegerie^^ voulentiers

Et y allumissiez vos cierges,

Se n'eussiez paour qu'entrementiers

Aucuns vous chantassent des vierges

Ou que Ten vous donnast des verges

Comme à gens mauldis et haïs.

TYaiittes doivent estre trahis .

Jamab homme saige ne simple Ne doit à vous passer contract , S'il ne veut estre d'une guimple Affublé par vostre baiat.

Qui s'en cuide issir sans débat Pour certain il est bien Jehannin.

En la queue gist le venin.

D'autres gens que vous sont en gloire Pour leurs vertus, es temps allés, Comme il appert en mainte histoire , Qui depuis sont for( ravaliez.

Vous doncques , qui ainsi alez Contre vertu gardez se heurt.

Tel cuide vivre qui se meurt.

Agamemnon , Ye èhevetaine

Des Grecs qui fithlâtent là graAt Trot^^

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