LE SECOND A8NB VOLANT
Et moy je suis ung asne tout parfait , Né et issu d*une povre caverne.
Si m'a fortune tant par ditz que par fait SoufQé si fort que les princes gouverne. Tay bien aprins TescoUe de taverne A riens savoir, affin d'acquérir bruit.
J'abas tout bois soit de fou ou de veme , Sans coups ferir, pour le danger du fruit.
LB ÏIÊRS ASNÉ
iMant de la trompe Fa?ear.
Je ne suis pas encore du tout né
Ne sottt hors de la trompe Faveur,
Et si ne say pas le Domine me ,
Car norry suis de chardons sans saveur.
Mais fortune, où rien n'y a de seur,
Si m'a soufflé en ung bon evèsdié
Qui est ami de Faveur, frère ou seur,
N'est-ce pas btefi,^ sans rieHs savoir presdier?
L'ACtEtK.
Retenez bien, gens lectrés et sachans , Cecy ne puet trop longuement durer Que ces asnes malheureux et meschans N'allent aux champs les chardons pasturer. Mais cependant vous fauldra endurer En attendant que Faveur ne soit plus.
Vos bons renoms vous feronf pardufer, Et le vray Dieu parfera le surplus.
(Xf BliSCLB.)
BALLADES SLH LA GUERjEUB DU BIEN-PI^BL^Cf
La gaerre dn Bien-Pablic 8eiiri>le avoir inspiré anCant de refrains que celle de la Fronde , avec laijaelle elle a bien d'antres rapports , quoiqu'elle ait été plus sérieuse. On lit dans le cabinet de Louis Xi que , lorsque le jeune frère du roi , feignant d'aller en partie de diasse , s'enfuit en Bretagne avec messire Odet d'Aydie , on fit sur cette escapade une chanson dont le premier couplet était conçu à neu près en ces termes : « Sus ! sus ! les driens et les » faucons ! Qu'on s'ébatte et qufon se réjouisse , en » attendant qu'Odet d* Aydie mette en train d'autres » amusemens , dont plus d*un n'aura pas lieu de rire, 31 quoique rien n'y sera épargné. Aux grands maux » les grands remèdes » (i). Pour bien comprendre ce
<1) Cab. de UnU XI, ciiap. i.
Or adUf sus cUeBs et ofiaaalx»
Àuwi toute gajudiaserie.
Jusqu*4 ce que Oudet d*Aydle Aura remis sus Jeulx nouveaulz, Lesquels ne seront trouvés beaulzf Hais Ils pourront bien cher couster.
Utt$ grût mal est bon à oster.
oonplet, il faut se rappeler que, depuis un an, Louise arait interdit la chasse dans les pays du domaine, prohibé les chiens , les faucons , les filets , enf tout l'attirail de la vénerie. Odet d*Aydie était t Gascon , capitaine de cent lances et bailli du G tentin sous Charles YII , que le nouveau roi ava destitué à son avènement. Cet homme fut Pâme < toutes les intrigues qui préparèrent Tinsurrectioi Le reste de Thistoire est assez connu ; tout le monc sait coomicnt , après la fuite du duc de Berry, l grands seigneurs de France se déclarèrent tout coup en révolte ouverte, et comment trois arméei réunies sans que le roi s'en fût douté, faillirent s' ▼ancer simultanément sur Paris , Tune de la Bret gne , Tautre du Bourbonnais, la troisième des pa] de la domination bourguignonne. Mais Louis X] qui avait plus d'activité à lui seul que tous ses ei nemis ensemble , alla au pas de course dissoudi les confédérés du midi , empêcha la jonction du di de Bretagne et du comte de Charolais, retarda c dernier en lui laissant la douteuse victoire de Mou Ihéry , et sauva sa capitale par tant de coups frapp< à propos. Lorsque les rebelles, s'étant enfin retroi vés , vinrent mettre le siège devant Paris, ils étaiei las de la campague , merveilleusement disposés laisser là le drapeau du Bien-Public , pour peu qu le roi voulût avoir égard & leur bien particulier. C qui fut fait , car chacun des chefs emporta son moi ceau, et, comme on dit, le peuple paya le dom mage avec les intérêts.
Or, au mois de juillet 1465, lorsque les Boui guignons s'avançaient à la rencontre de leurs allié
leà Bretons , ils (raverscrcnl Saint-Denis et vinrent , par la plaine de Clichy, jusqu'au ponl de Snint- Gloud , dont ils se rendirent maitres. Là ils firent une assez longue halte , dans Tattcnte que les Parisiens allaient leur ouvrir leurs portes ; mais il n'en fut rien, car, au lieu de capitulation, ils ne reçurent à leur adresse qu'un feuillet de papier où étaient écrites les deux ballades qu'on va lire (1).
La première est un dialogue plein de vivacité entre deux mécontens qui s'entretiennent du mauvais état des affaires. L*un des interlocuteurs conclut à celte fin , qu il n'y aura de salut que dans le concours des trois états du royaume; et l'envoi, qui s'adresse au comte de Gharolais , est une exhortation à ce prince de remettre la cause du Bien-Public entre les mains d'une assemblée nationale.
La seconde est une satire contre Louis XI , dans laquelle sont énumérés tous les griefs que la noblesse, le clergé et le tiers élevaient contre lui. On lui reproche son aversion pour les princes , ses préférences pour les gens de bas étage , l'empire absolu de ses favoris, les impôts dont il écrase le peuple , les destitutions dont il frappe les juges , les humiliations qu'il fait subir au clergé. Le tableau des désordres amenés par tant d'abus est offert à l'héritier de Bourgogne comme une leçon qui doit lui apprendre à bien se gouverner.
(1) Mémoire' 'de Jacques Duclercq, liv. Y, chap. xxix.
Mémoires de Jacques Diiclercq,édit. du Panth. lia., p. 2(
D'où venez vous? — D'où ? Voire , de la cour. — Et qu'y faict on ?— Qu'y faict on ? Rien quy vail!
— A brief parler quel est bruict de la cour ?— Mauvais. — Oy ? — Oy certainement. — Aurons-nous pis ? — Oy certainement.
— Comment cela ? — On en voit Tapparence.
— Quy portera ee faix entièrement .'
— Quy?— Voire quy i*— Les trois estats de Franc
Dont vient cecy ? De quoy sy grief mal sourd ?
— Dont voir deà ? — Dictes le hardiment.
— Je criens , pensant qui tient Targeut sy coui Diray-je? — Oy; dictes le baudement.
£t quy sont-ils ? — Je ne parle autrement.
— En ont- ils eu ? — Si en ont à puissance î
— Quy leur en baille , sy très abondamment ? — Quy .'— Vuirc quy .^— Les trois estats de Franc
Que dict Paris.' Est-il muet et sourd ? N'ose-il parler ?— Nenny, ne Parlement.
— Et le Clergic , le vous tient-on bien court .'
— Par vostrc foy, oy publiquement.
— Noblesse^ quoy ? — Va moitié pirement ; Tout se périt, sans avoir espérance.
— Quy peut pourvoir à cecy bonnement ?
— Quy ? — Voire quy?— Les trois estats de France.
Prince , quy veult leur donner allégeance ?
— A quy ? — A eux. Je vous prie humblemMil.
— De quoy ?— Que vous ayez leur règne en reneflibrance
— Qu'y. peut donner bon conseil prestement? — Quy .î*— Voire quy ?— Les trois estais de France.
L,l SbltJJM)!: BALLADfc,
Quant yom verrez les (miicfs renjUcs Kt nj% itu>strus iiiriH pu liisfpîirînti : Qu.'iiil vous wrvr/ Iin ^ngos ,i*i(ii,Hes Ffjiir 'ioM^it'jiir [Hiliee ri nniori ; Qii^uU lis ilaMOÈtts lur \v[\i- stHÎucliOTi Jïifiinnci'oni U's st'ii,'ni?!(js atj nniiraiit* , yuiint ou cmînï di s foU rfï^iitùon,
guniit VfjUï* v4nrc/, les iioljk'^s lUsoli'â
l*oor suin^m'lor hi\s^v. eotKliiiuu ;
(JUtiiJî YtiiH verre/ nit^seliniib ^en\ê appeU^
Ku ]^^l1llî es tuf cl dutniihUiou ;
Muni II le nieslaiet jr.iur?i pM^^nilioii,
(,>iiaat vous veiiL^z |»l^iuitli'e k [Kj^ulaire
De iiiangeric et «.riuijïnHiiiQti,
Suyez a5??eur:^ iju'aure/ tjeLuicuu[^ à faue.
Quant vous verrez le cîergîé ravallés j Oler aux juges leur jurifJïeuori; giiariL vons verrez vitiih servants dcèoles El (Jtpour^cuîi tkî leur inmisioti j
Quant le petit vouldra le grand desfaire; Et en TégUse noise et destruction, Soyez asseurs qa'aurez beaucoup à faire.
Prince , pour Dieu ayez affection D^entretenir la justice ordinaire , Ou aultrement et pour conclusion^ Soyez asseurs qu^aurez beaucoup à faire.
(xy SIÈCIf.}
BALLADE POUR LE COMTE DE DAillllBT0f CONTRE CHARLES DE MELUN.
Charles de Melun était un assez petit seigneur de risle de France, lequel, sans que son nom ni ses services le recommandassent , fut élevé par le roi Louis XI aux plus hautes dignités , et placé même au-dessus des princes du sang ; car non-seulement il fut grand-maitre de France , ce qui lui donnait le gouvernement militaire de la maison du roi , mais encore il remplit les fonctions de connétable jusqu^au moment où le comte de Saint-Pol fut pourvu de cet office. On ne saurait dire quelle a été la cause d'une fortune si subite. Quelques chroniqueurs représentcjit Charles de Melun comme un homme trèsactif, très-entendu'et très dévoué au roi ; d'autres en font un joyeux vivant, qui courait les aventures nocturnes avec son ami Balue, qui trouvait à tout propos le mot pour rire,et s'acquittait au mieux des devoirs de la table, « appelé pour cette cause le Sardanapalle de
son temps, grand engorgenr devins et de bronets (i) . ^ A TaTénement de Louis XI , it s'était montré âéê pins âpres contre Antoine de Chabanne , comte de Dammarlin , dont il était vassal ponr sa terre dd Nantouillct. Ayant obtenu pour lui la confiscation de tout ce que son seigneur possédait dans Tisle dcf France , il se jeta sur celte proie avec une avidité qui fait frémir. Il emballa lui-même et fit transporter dans ses châteaux tous les effets du disgracié. It chassa la comtesse de Dammartin sans lui laisser emporter une chemise , et cette pauvre dame , qc(î avait alors un enfant à la mamelle , eût été réduite à mendier ou à mourir de besoin , sans la charité d'un paysan qui la recueillit dans sa chaumière. Une si grande dureté fut payée son prix par messire Charles de Melun. Après la guerre du Bien- Public, le roi se réconcilia avec Antoine de Chabannes , et le favori de la veille fut non-seulement dépouillé de ses offices^ m^is encore accusé de haute trahison , et livré comme tel au prévôt des maréchaux , qui lui fit couper la tête sur le marché des Andelys.
Nous avons encore les actes du procès subi par Charles de Melun. Les chefs qui motivèrent sa condamnation sont loin d'y être légalement établis ; et & ce propos Lestoille dit plaisamment qu'on luy fit accroire qu'il estoU criminel de lèze majesté ; mais il est démontré aussi que , lors des poursuites dirigées contre le comte de Dammarliu en 1465 , il avait détourné la déposition d'un témoin
(1) Cabinet de Louis XI, chap. i.
fayortble aa prévenu. Ce seul grief suflOsait à 1 haine d*un ennemi qui voulait prendre sa revancbi
Notre ballade nous transporte à Tan 1466, au me ment où Ton avait déjà obtenu la disgrâce de CharU de Melun , sans toutefois qu'il fût encore questio de le livrer à la justice criminelle. Le chansonnic nous le montre livré à ses réflexions , ne riant plus mais toujours occupé du soin de sa marmite ; fai sant le gracieux devant tout le monde , pensant quelqu'un que Fauteur ne nomme pas , mais que I lecteur devinera facilement. Puis vient le refrain qv s*adapte avec beaucoup de naturel à tous ces trait satiriques.
Cette pièce n'a jamais été imprimée. Nous la don nons d'après un manuscrit de la Bibliothèque royah qui paraît avoir été exécuté au commencement de XVI* siècle.
Hanuac. MippL fr. u* 208.
Dont vîens-lu , Martin? — De Melun.
Et que dit-on?— J'ay veu Chariot.
— Par ta foy ? — Il est tout commun, Aussi camus comme ung rabot.
— Eu bon point? — Rond comme ung sabot.
— Quelle chière fait -il?— Triste et morne.
— Et que fait -il? — Sans dire mot , Il actent que le vent se tourne.
Est-il gracieulx? — A chacun.
— Et courtois?— Comme ung angelot.
— A-il plus de portier? — Nés ung, En sa vie tant ne me plot.
Il contrefait le dorelot ; Il se liève dès quMl ajourne.
— Que peult*il? — Assez faire un plot, Il actent que le vent se tourne.
— Que dit-il ? — Ses heures à jung, En regardant bouillir le pot.
— A quoy passe il temps!»— A quelqu'un ,
Contemplant le bon temps qu'il ot. !
— Est-il asseuré? — Noo , pas trop. '
— De quoy a-il peur? — Qu'on Tenfoume.
— Qu'ateod-il ? -« U B'ast pM « sot , 11 actent que le veut se tourne.
Prince . que dix-tu? — Ce falot Craint que ses coups on Uiy retourne ; Pour retourner à son Iripot Il actent que le vent se tourne.