TROIS CHANSONS D'AMOUR INÉDITES
Manuse. de la Blbltotb. Boy., 10S9, S. Gfmi., T cxlii r.
An halte tour le alet belle liabel , Son bial chief blooc m lit fuert par .1. crenel; De lannea moUlent 11 lais de son manlel.
E Amlnsl por mcdUsans
Sens fors de riod pals.
Elle se plaint la belle I an sospirani : Latse I fait-elle or m'i vat malcmant.
Livrée sens à une estrainge gent , De mes amis nus secors n'en atant.
Ë Amins, etc.
Laliel fait-elle, con si ait grant dotoiiri On m'apelelvet fille d*anparéor Et on ait fait d'un vilain mon aignor,
E Amins, etc.
A, Sa damoiselle devant 11 vleQ( esteir :
La mole dame, c'avés ke cl ploreis?
C'est à boen droit ne degniez amelr.
E Amins, etc.
Se Je Savoie .1. cortois chiveller Ke de ses armes fust loela et prisiez , Je l'amerois de greit et volentiers.
£ Amins, etc.
La mole dame , Je sal .1. cbivelier Ke de ses armes est loeiz et prisiez , Ameroit vos cui c'an poist, ne cul griet ,
E Amins! por medissans
Seus fors de mon pals.
— UiVH
ManusG. de laBIbliotb/dloy., 1080, S. Germ , f cxlki r*.
Lott samedi à solri Mt b ieiftafime ,
Gaiele et Orlour sefortgerflfnrinne,
Main et main vont biQSflter It h fontifnine.
Yante Tore et li rainme troflet ,
ILi a*cntrainmet aowelt dofmeL
L'anlèt Gerairt revient de la cuitainne , S^alt choslt Orior sor la fontaione , Mitre ses bras l'ait priif soncil Fa slfalAte. Vante roré, etc*
Quant aurés , Orlour, de Fagira prise , Rêva toi an arrière , bien aels la vHIe 9 Je remainrai Gerairl ke hkm mt priset.
Vante roré, etc.
Or s*an va Orious sehHe et flnrrfte , Des euls s'en vat piomitt de cÉer Mspire, Gant Gaieté sa «mt ifmmQtubL wAtj Vante l'oré , etc.
JLaisc I fait Oriour, om» mt liai oée, Ja laixiet ma serour en la vallée , L'anfts Gerairs l'anmoiife an sa contrée. Vante l'oré ^ môé
L'anfès Gerairs et Gale /an MM fôrMlC Lor droit chemin onf |Nrli ntêm éNeR Tantost corn il i viril Fait eipoMHt Vante l'oré et la rrilnne erollet Ki ^antraimMl MMidl démet
— \tviii —
5Janu«c. du Roi, vm, S. Gcnn., P xmiiiJ r:.
Qui bien vuct Amor» descriure :
A mon est et malc et bone , Lo ploi mesurable enjure El lo plus sage abrlçone. Les emprisonez délivre , Les délivrez emprisone; Chascun fait morir et vivre .
Et à chascun tôt eVdone.
Amors est large et avère, S'il est qui voir en retrale, A mors est doice et amère A celui qui bien l'essaie.
Amors est marrastrc et mère , Qu'cle bat et puis rapale; Mais cil qui plus la compère C'est cil qui mains s'en esmalc.
Sovent rit et sovent plore Qui bien l met sou corage , Biens et mais 11 corrent sore , Son prou quiert et son damage.
Selajoierendemore, De ce fai grant avanUge Que 11 biens d'une soûle bore Les mais d'un an rasoage.
La Ckievi'e dit, senz falntise D'amorsaladefinallle, Que tel com il la devise La trueve chascuns, sans faille.
Mais cil cul amors jostlzc De chose qui auques vaille .
Ne porroit , en nule guise , Lo grain collllr senz la paille.
Xir SIECLE.
CHANSON tATlNE- FRANÇAISE APBESSte A ABÉLARD PAR QltAlRB. 90K DfSCIPtE.
J*ai peu d'observations à faire aa sujet de cette chanson : la vie d'Abélard est trop connue pour que j^essaie de la raconter ici, même en abrégé. Je me contenterai donc de dire à quelle occasion ce eantilène latin-français a été composé.
Peu de temps après avoir éprouvé le malheur qui Ta rendu si fameux , Abélard , persécuté à cause de certaines opinions théoiogiques qu'il avait émises, voulut quitter Tabbaye de Saint- Denis dans laquelle il s'était fait moine. Il eut à souffrir à cette occasion des persécutions de tout genre. Après de Jougs débats auxquels rautorité du roi de France put seule métlro un terme, Abélard obtint , par grâce , de vivre dans la solitude ; « Je » me retirai donc près do Provins, dit il à ce ipjet, H dans un désert que j'avais déjà visité ; et lA , sur » un terrain dont la concession me fût faite par ses » possesseurs, je construisis, avec le consentement » de Tévéque , un oratoire fait de ixiseaux et do » chaume , que j'appelai TOraloire de la Trinité. » Je n'avais qu'un seul clerc avec moi, et je pouvais
— a — > chanter avec le prophète : J*ai fui, je me fuis » éloigné et j*ai habité dans la solitude (1). »
Abélard ne tarda pas à être rejoint dans le désert qu*il avait choisi pour demeure par une jeunesse ardente ^ toujours empresse à venir entendre la parole éloquente et hardie du philosophe. « On les » vit, dit Abélard lui-inéinc à ce sujet, abandonner « des couches de duvet pour des Uts de feuillage , » les tables où ils étaient assis pour des tertres n de gazon, et des mets délicats pour de grossiers M herbages (S). » La solitude du Paraclet cessa bientôt, et plusieurs milliers de jeunes clercs vinrent fixer leur demeure auprès de celle du maître qu'ils chérissaient.
Quelques désordres eurent lieu parmi ces jeunes gens. Héloîse , persécutée au sujet de celui qui fut autrefois son époux, s^était aussi retirée au Paraclet avec plusieurs autres femmes, et y avait établi une communauté religieuse. S'il faut en croire le savant auteur de V Histoire de l' Univenité de Paris ^ Egasse du Boulay (5) , des bruits diffamans furent répandus à propos d'Hélolsc , de ses compagnes et
(1) Peul AbelardI epislola ad amicum scripta, page ?S. Opéra Pétri Abaclardi. 1616, in-fol*.
(3) Pétri Abaïlardl epislola, page 28.
(3) TÔm. II, page 759 , on lit : Nec diu Ibl commoratus quia monachorum vitam Insolentlam que ferre non poterat, Hèloissam cum quibufdam allUtororibus e% Argentolienst caenoblo à Sugero abbate san-l)yonUiano ejectam, et errantem, ad oratorium «uuni invitavit, suam que ibi HeloTMam prlmam constilult abalissam. Sed quia frequentius et indecentlus quam palcrctur monachalto austcritas cum Helolssa et sororibus vcrsabatur, muUorum linguls appetitus csif
des écoliers cl*Abélard. Un serf, attaché à la personne de ce dernier, fit part au maître des désordres qui avaient lieu. Abélard , craignant d^attirer sur lui de nouvelles persécutions, donna aussitôt Tordre à ses nombreux disciples de quitter le Paraclet et de se rendre au Quincey; il déclara en outre qu*il cessait son enseignement. La désolation fut grande parmi cette foule qui se privait presque des premières nécessités de la vie pour écouter la parole du mattre. L'un des disciples se fit l'interprète de cette douleur, et composa la chanson qui va suivre. Outre Tintérét que la grande renommée d'Abélard donne à cette pièce, elle se recommande encore par la manière dont elle est composée. Écrite en latin, avec un refrain en langue vulgaire, celte chanson peut servir à marquer Tépoque où celte langue , devenue peu à peu moins grossière , commençait à être employée dans les ouvrages destinés à la foule. J^ai traduit en français , pour la première fois , cette chanson qui avait déjà été imprimée.
Elle se trouve , avec d'autres poésies du même auteur , dans un manuscrit du xu« siècle , que la Biblioihèqne royale a acheté depuis quelques années. D'Amboise l'avait publiée en partie, page S45 de l'édition in-4» c^u'il a donnée des Œuvres d'Abélard. Du Boulay l'avait aussi imprimée, tome ii, page 759 de son Histoire de TUniversité. Enfin elle a été reproduite d'après le manuscrit, page 14 d*un volume édité en 1858, et dont voici l'indication : Hilarii versus et Ludi. Lutelix Parisiorum , 1858. Petit in-8» de 76 pages.
AD PETRVM ABJELARDUM.
Lîngua servi , lingua perfidie,
Rixe motQs , semen dlscordie ,
Qaam sit prava sentibog hodie (aenttinuB),
Subjacendo gravi sentencie :
Tort a terê nos H mestre.
Lingua servi, Doatrom di^cidium, In nos Pétri Gommovit odium.
Quam mereiur ultoren^ gladium , Quia nostrum extiuxit studium !
Tort a vers nos H mestre.
i . Langue d'eada? e, langue perfide, cause de riiet, semence de discorde , nous sentons aujourd'hui combien (u es mauvaise, soumis que nous sommes à un arrêt sévère.
Le maître a tort envers nous.
2. Langue d'esclave, cause de nos dissensions , fu as soulevé contre nous la baine de Pierre ; combien tu mériterais le glaive vengeur pour avoir arrêté nos études. Le maître a tort envers nous.
Det«staiid09 est ille rostieus, Per quem cessât à scola clfricus; Gravis dolor! qnod quidam pnblicas Id effecit ut cesset logicus !
Tort a ven nos H mêilre.
Est dolendum qnod linguâ servuli Magni nobis causa pcriculi , Susurravit in aurem creduH , Per quod c]us cessant discîpuH !
Tort a verê noi H mestre.
3. Il fliiit détester ce rostre qof élofgne les écoliers ào. leor maître. Douleur amère I on homme du peuple a eu le pouvoir de suspendre renseignement de la logique.
Le maître a tort envers mnis.
4. On doit gémir quand on voit que la. langue d'un méchant serviteur, cause d'un grand mallieur pour nou9 , a rencontré une oreille crédule et est parvenue à .si''|)arer les disciples.
Le maître a tort envers nous.
O! quam âunim inagiatrum seneio.
Si pro sui bubuici nuncio , Qui vilis est et sine precio , Sua nobis negetur iectio.
Tort a verê not H me$tre.
Hen ! quam crudelis est isle nuucius Dicens: «Fratres, exitcâcius; Habitetur vobts Quinciacus :
Alioquin non leget mooacus. u
Tort a teri nos H mestre.
5. o combien est dorBotre maître, si sur le rapport de son boaTier, homme vil et sans valeor, Il nous reTuae ges leçons.
Le maître a tort enrers nous.
6. Hélas! combien fut cruel ce messager qui nous a dit i « Fràrcs, éloignez-vous au plus tOt» le Quioccy sera Yotre demeure ; sans quoi le moine ne professers plus. «
U maître a tort envers nous.
Quid, Hilari, quid ergo dubitas?
Cur non abU et viUam abilas?
Sed te tcnet dtei brevitas »
lier languoi et tua gravtlas.
Tort a terê nos H mesire.
Ex diverso muiti convenimus, Quo logices funs erat plurimus ; Sed dtscedat summus et miiiimiis, Nam negatur quod hic quesivimus.
Tort a ven nos li mesire.
7. Hé bien, Hilaire, pourqaoi donc bésiteft-ta? pourquoi ne Tafi-tn pas habiter la ▼Itle? Mais la briè?eté du jour te retient, la longueur du chemin et ta vieillesse.
Le maître a tort envers nous.
8. Nous sommes venus en foule de divers pays, là où se trouvait la source de philosophie; mais, petits et grands, nous n'avons plus qu'à nous éloigner, car on nous refuse ce que nous étions venus clicrcber.
Le maître a tort envers nous.
Nos in unuin passim et pablîce • Traxit aura torrentis logice, Desolatos, magister, respice Spem que nostram , qae languet reflee.
Tort a vers fio$ H meslr$.
Per inpostum , per deceptorium , Si negare vis adjutorium , Hujus loci non oratorium Nomen erit, sed ploratorium.
Tort a verê nos H m$$ire.
g. L'entraincment de la logique nous pousse et nous rassemble. Regarde , d maître ! notre douleur, et ranime notre espérance qn! languit.
Le maître a tort envers nous.
10. Si , à cause d'un imposteur qui te trompe, tn veux nous refuser ton appui, ce lieu ne doit plus 6tre appelé un séjour de prières, mais bien un séjour de pleurs.
Le mattro a tort envers nous.
Il ET IIL
(xir sites.)
Des deux chansons suivantes ^ la seconde est Tœuvre d'un poète qui florissait dans les dernières années du xii« siècle. Il est désigné dans les diiïérens manuscrits sous le nom d*Audefroy-!e-Bâtard. C'est malheureusement tout ce que Ton peut dire de certain sur ce trouvère dont la vie doit être sans doute à jamais inconnue. Les diiïérens petits poèmes qui portent son nom restèrent inédits jusqu'en 1855, époque à laquelle M. t^. Paris les publia dans son recueil intitulé : Romancero français (1). M. Paris, en déplorant, comme moi, Tabsencc de tout renseignement sur la vie d'Audefroy-le-Bâtardi observe que ses compositions sont ordinairement pla^ cces parmi celles des [loètes de T Artois, ce qui pourrait faire présumer qu'Audcfroy était né dans cette province. Le même critique ajoute : n Plusieurs des » chansons amoureuses d'Audcfroy le Baslard sont » envoyées au seigneur de ^'esle8; je croirais vo- M lontiers que ce chevalier élail Jean de JNesle ,
(1) Bomanceiro français. Histoire de quelques aucieuit uouvères, etc. , par M. P. V«ris. Fuis, i%U , in-J?.
M châtelain de Bruges , qui se croisa le S5 féTrier
» laoo (1). » Si Audefroy-le-BàUrd n'était
qu*un chansonnier ordinaire, des détails sur sa vie ne présenteraient qu*un intérêt secondaire; mats il se fait remarquer, au contraire, par un certain talent poétique appliqué à un genre particulier. En clfet, la plus grande partie de ses œuvres se compose de romances semblables aux deux pièces que je donne ici. Toutes ces romances contiennent le récit d'une aventure amoureuse dont la fin est généralement triste. Elles ont beaucoup d'analogie avec les ballades allemandes et anglaises^ si nombreuses pendant le moyen-âge et même jusqu'à la fin du xvi* siècle. Ce genre de poésie, qui paraît avoir été fort en usage dans le xir siècle , a servi de modèle à nos grands romans en vers ; et plusieurs de nos chansons de geste n'étaient , dans leur rédaction primitive, que des romances à peu près pareilles au récit que fait Auderroy-le-Bàlard des malheurs de la belle Argentine. C'est à tort que Legrand d'Aussy a confondu les romances d'Àudefroy avec les lais, et qu'il lui a attribué l'invention de ce genre de poésie. Le lai breton n'est pas sans quelque rapport avec la romance héroïque si habilement mise en œuvre par Audefroy ; mais il ne faut pas confondre ces deux sortes de poèmes. Les romances héroïques qui portent le nom d'Audefroy sont an nombre de cinq. On en trouve dix autres du môme genre dans un manuscrit de la Bibliothèque du Roi ; quelquesunes sont altérées , mais tontes paraissent anté-
1) Romancero fraoçait, p. S.
— IJ — rieures à celles d^Audefroy. De ces quinze romances Y publiées ponr la première fois par M. Paulin Paris, j'en ai choisi trois qui, au mérite d*une belle composition, joignent celui d'un intérêt historique. La première , qui est la plus remarquable , sans contredit, fait allusion à Tnn des plus anciens usages de notre pays, elle désigne d^une manière incontestable le nom qui fut long-tetnps affecté aux conquérana : les Francs de Franee^ c'est-à-dire les hommes libres de cette partie de la Gaale, ayant reçQ le nom de France, et qui avaient le droit d'assister aux assemblées que les rois tenaient dans leur palais. « On appelait franci , dit une ancienne 9 coutume du parlement , citée par Ducange dans I» son Gloêsaire , ceux qui assistaient aux assises » publiques ou aux grands jours tenus par les » pairs (i). »
Il faut encore remarquer dans cette romance la proposition que fait à son amant la belle Erembors« de se justifier, en conduisant avec elle trente dames et cent pucelles. Cette proposition semble rappeler une coutume qui mérite d'être signalée. La chanson
(1) Glossaire de Ducange, au mot Franct, ii* 3. On trouve dans la chanson de Roland , en vers français du \tt* siècle, publiée par M. Fr. Micliei , ces vers :
« Li quens RoUans G aller del luin apelet. Peniez mil Francu de France nostre terre SI purpernez les deserz et les tertres. »
{Chanson de Rolland, coup, LXIiî.)
Les francs de France sont Ici les mêmes que ceux de la ciianson de Belle Krcmbors*
— H — (les rrancA de Fiance est, je croit, la plus ancienne (Je toutes celle? imbliécs pnr M. P. Paris.
Ce n'est pas sans qnciqiie fondement que le mâme critique a supposé que , dans la romance de la belle Argentine , Audefroy-le-Bâtard a pu faire allusion aux malheurs des deux reines Isemberge et Agnès de Méranie, femmes de Philippe-Auguste, répudiées par lui tour à tour. L'époque à laquelle ces événements se sont accomplis s*accorde paifaitement arec celle où Audefroy-le-Bâtard a fécu. Bien qu'il soit facile de contester nue pareille sup'* position, il fnut dire cependant qu'aucun fait n'en détruit complètement la probabilité.
J*ai choisi la troisième romance entre celles d'Audefl*oy , parce qu'il y est parlé des voyages d*outrf-mer. JeTai jointe aux autres pièces retatites aux croisades.
(xir siÈa.E.) BEIXE EREMBORS.
ManiMc de la Biblloth. Roy. 1989. *—S, Gcrm. (* lxvt, ^ — RomancerQ français de M. r, ParU, p. A9.
Quant vient en mai , que Ton dit as Ions jors, Que Franc de France repairent de roi cort^ Reynauz repairt devant, e1 premier front: Si s'en passa lez lo roeis Arembor ^ Ainz n'en dengna le chief drccier à mont. £ Raynaut, arois !
1. Au mois de mai, que Tod appelle aux longs jours, qaand les Francs de France reviennent de la cour du roi, Renaud marche devant au premier rang. Et il passe au pied de la maison d'Erembors, mais il ne daigne lever la tôtc.
EU ! Renaud , ami !
Bêle Ërembors à la fenestre, au jor, Soi* ses gcnoz tient paile de color ; Voit Fraiis de France qui repairent de coït Et voit Raynaut devant , el premier front. En haut parole , si a dit sa raison.
£ Raynaut , amis !
M Amis Raynaut , j^ai jà véu cel jor , » Se passisoiz selon mon père tor, » Dolanz fussiez se ne parlasse à vos. — » Je 1' mesfaistes, fille d'emperéor, M Autrui amastes, si obliasles nos.
» E Raynaut, amis!
2. Belle Ërembors à la fenêtre, au jour, tient sur ses genoux une étoffe de couleur; elle voit les Francs de France qui reviennent de la cour; elle voit Renaud devant au premier rang. Elle veut se justifier, elle s'écrie :
Ëli! Renaud, ami!
3. a Ami Renaud, j'ai autrefois vu le jour où, quand vous passiez près de la tour de mon pèro , vous eussiez été bien dolent si je ne vous eusse pas parlé.» — « Vous ave/. mal agi, fiilo d'empereur, vous en avez aimé un autre, vous m'avez oublié. »
lîli! Renaud, ami!
» Sire Raynaut , Je m*en escondirai ; » A cent pucèles , sor sainz, vos jarerai , » A XXX daines qne avuec mot menrai , » Conques nul hom for» vostre cor n'amai. » Prennez Pemmende et je vos baiserai. » £ Raynaut , amb !
Li cuens Raynaut en monta lo degré; Gros par espaules, grêles par lo baudré ; Blonde ot lo poil , menu , recercelé ; En nul terre n*ot si biau bacheler.
Voit r Erembors , si commence à piorer. E Raynaut, amis !
4. « Sire Renand» je m'en discolperai; je vous jurerai sur les saintes reliques avec cent demoiselles et trente dames qoe je conduirai avec moi , qu'oncques nul homme excepté vous je n*aimai. Prenei la satisfaction que je vous ofTreet je vous embrasserai.»
Eh! Renaud, ami I
5. Le comte Renand a monté les degrés : il est gros des épaules et mince de la ceinture; son poil est blond, menu et bouclé; en nulle terre il n'y eut si beau bachelier. Quand Erembors le voit, elle commence à pleurer.
Eh! Renaud, ami!
Li cuens Raynaut est montez en la tor, Si s^est assis en .1. Ut point à flors , Dejoste lui se siet bêle Erembors; Lors recommence lor premières amors.
E Raynaut, amis!
6. Le comteRenaud est monté dans la tour: il s'est assis sur un lit peint à fleur; la bdie Erembors s'est assise à côté de lui ; alors recommencent leurs premières amours. £h! Kenaudy ami!
CHAMSOIV.