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» peuvent layer rétrograder en tant de manières que l'acteur
> trouvera de suavité en son ordonnance , mais s'il excède
> huyt lignes et huyt syllabes , se n'est plus ballade. » Après avoir ainsi filé les règles de ce genre de poème , le
bon curé de Meray cite comme exemple la ballade de Fougères qu'on trouve page 53t de notre volume, et celte contre Louis XI , page 356 , qull appelle une ballade antique de dicb syllabes en masculin. Dans l'origine , c'est-à-dire dans la seconde moitié du xiv* sièelCi la ballade Ait employée à des sujets graves, élevés ; elle était généralement adressée aux rois et aux princes. Euftacfae Desobamps, Christine de Pisan, Alain Chartier et d'autres l'appliquèrent à cet usage : < Avec
> le temps emplreur de toutes choses, dit Sibillet dans son art
> poétique (1) , les poètes français l'ont adoptée à matières
> plus légères et facécieuses, en sorte qu'aajoard'huy ta ma-
> tière de la ballade est toute telle qu'il plaist à ccluy qui en » est l'auteur. > Dès le comniencement du xv« siècle cependant, on voit la ballade employée à ehanter l'amour» et dans ce genre Charles d'Orléans , dont ]*ai publié plusieurs pièces historiques si remarquables, nous a laissé de véritables chefsd'œovre; Christine de Pisan elle-même a composé quelques ballades amoureuses qui ne manquent pas de poésie.
Dans les premières années du xv* siècle vécut un poète normand , foulon de son métier, qui eut la gloire de donner le nom du pays où il était né au genre qu'il cultiva.
C'est en effet à Olivier Basselin que l'on doit attribuer sinon l'origine, au moins le développement du Vaux de Vire , nommé plus tard Vaudeville, Tous ceux qui ont parlé de Basselin le regardent comme le premier qui ait composé en France des chansons à boire, c'est là une erreur qu'il est facile de dissiper en citant deux pièces bachiques remonianl au xiir siècle, qui se trouve dans un manuscrit du musée Britannique.
La première appelée Letabundus, commence ainsi :
Or hl porra , La cei^eyse vod chantera :
AlUtuia!
(i ) Art poétique français pour l'iastructlou des ftludjeux, et«., etc. Lyon, 1576, ln-3a,p. 97.
Qui que aukes en beyt, si tel Myt coDi estre doit, Heêtniranda (i)/
Les six couplets qui composent celle chanson sont ainsi coupés par deux vers latins.
La seconde pièce est un éloge du vin dont le poète exhorte
chacun à boire pour fêter Noël. Le caractère historique de
cette chanson m'engage à la reproduire ici :
selgoors, ore entendes k nus :
De lolnz sûmes venuz à wous
pur qnère KoCl , car rem nus dit que en cest hostel soldt tenir sa feste anuel
A hlccst jur.
Deu doint à tus Icels Joie d'amurs Qui à danz Noei ferunt bonorsl
Seignors, Jo tus dl por vdr Ke danz Noël ne velt aveir
SI Joie non , E repleni sa maison De payn, de char et de pelson
Por faire honor.
Deu dolot à tuz ces Joie d*amur, etc.
sei^nors, il est crié en Tost Qe cil qui despent bien e tost
E largement , B fetles granz honors soveUt, Deu li duble quanque U despent
Por faire honor.
Deu doint , etc.
Selgnors,escrlez les malveis, Car vus ne PUroverez jameto
De bone part Botun, batun, ferun grulnard, Car tos dis a le quer cuuard
Por feire honor.
Deu doint, etc.
Noei beyt bien le vin engleis, E U Gascoin et U Franceys
E l'Angevin ; Noël fait beivere son velsin SI qu'il se dort le cliief enclin ,
sovent le Jor.
Deu dolnti etc.
(0 RapiH)rt$ de M. Franc, Michel cm ministre de Vinslruetion nubUçuCf p. 58.
Seiffoor«« Jo vus di par Koël E par li sires de rest lioslci,
Carbevezben; E jo primes lieveral le meii , £ pois après chescoD le soeu
Par mon conseil; SI Jo Tiis dis tre«toz : wesseyl, Dehalz eit qui ne dira Drlncheyl (i).
Ces deux chansons ne sont pas les seuls exemples de pièces bacliiques que les manuscrits du siècle antérieur à Basselin pourraient fournir. Si on les trouTe en petit nombre , c'est qu on négligea de les recueillir, mats elles furent en usage à tontes les époques. Le mérite d'Olirter Basselin n'est donc pas d'aToir invenié la chanson bachique , mais d'en avoir composé qui sont pleines de gaieté et même de poésie.
Il est malheureux qu'un manuscrit authentique des œuvres de Basselin ne soit pas parvenu Jusqu'à nous. SI l'on en peut juger par les vaudcvires que ses successeurs nous ont laissés, les vers de Basselin étaient remarquables à plus d'un litre.
Je citerai trois couplets d'une pièce intitulée les Périls de mer. On l'attribue au maître foulon, mais elle a été retouchée t au XVI* siècle.
Compagnon marinier.
Grande et pleine est la mer.
Le dot bat le rivage, Il fout prendre ce bord , Car le vent est trop fbrt ; Ne perdons pas courage,
Uf I je crains bien que l'eau N'ait dedans ce bateau Entré durant l'orage.
Sus I compagnons , tirons La pompe et la vidons; Ke perdons point courage.
Compagnon marinier, N'allons plus sur la mer, car Je crains le naufrage.
Mais si le bateau plain, Fait trafic de ce vin.
Ne perdons point courage.
(0 aapporudc m. Yt, Midiel, p. 59.
vain; elles étaient en faveur du prisonnier. De nién^ on iS69 il y en eut de faites sur I* inaction de i*année française en Artois (1;.
^ En 1 580 , diverses ballades déplorèrent la mort de Bertrand Duguesclin, et Froissard cite les quatre vers suivans comme extraits d'une chanson dite à l'entrée d'Isabeau de Bavière à Paris, par deux anges qui lui mirent, en descendant du ciel , une couronne sur sa tète , lorsqu'elle passa k la seconde porte Saint-Denis.
Dame enclose entre fleur de lys, Beyne estes voua de Paradis De France et de tout le pays.
Kous en r'allons en paradis (3).
J'ai signalé quelques pages plus haut le changement qui s'opéra dans la forme de la chanson au xv* siècle , et la supériorité que prit la ballade sur les autres genres. En effet , parmi les pièces qui composent le xv* siècle, on trouve quatorxe ballades. A cette époque les chansons historiques , complaintes, ballades et vaudevires , deviennent d'un usage assez fréquent. Parmi celles qui ont trouvé place dans mon recueil, il faut remarquer dilîérents Vaux de Vires relatifs à la grande lutte que la France soutint contre l'Angleterre. Ils sont tous composés dans le but de ranimer le patriotisme et de soutenir le courage des vaincus. On ne lira pas non plus sans quelque satisfaction les ballades gracieuses et poétiques que
(1) Dans ses études historiques, M. de chateaubriand dit, en parlant de l'année isss : Nous avons encore les complaintes latines que Ton chantait sur les malheurs de ces temps, et ce couplet pour les bonshommes :
Jacques Bonshommes, cessez, cessez, gens d'armes et piétons De piller et menger le bonhomme Qui de long-temps Jacques Bonhomme Se nomme.
Ces vers me paraissent bien altérés, du moins quant au langage. On trouve, page 432 du tome m des Dissertations de Tabbé Lelieiif sur l'histoire ecclésiastique et civile de Paris, deux des cnmplainlej latines dont parle M. de ChAteaubriand.
(?) Froissart, liv, iv. t. n, p. 4, (''<iit. du PnntlnUf» tiltéraire.
— xu — Charles d*OrléaDS, frère du roi de FTance, a éerilea lur ^a capliTité el ta délivrance. Ici l'art ajoute encore à rintérét de rhlstolre.
Je regrette de n'avoir pas retrouvé le texte d'une chanson populaire que répétait le peuple de Paris et qui commençait par ce Ters :
DUC de Bourgosoe Dieu le remaint en joie....
L'anteor d*un Journal du bourgeois de Paris dit , sous Tannée 1413 : Et même les petits enfaus.qui chanloient aucune fois une chanson qu*on avolt faite deluiestoient foulez aux pieds et navrez vilainement (i). C'est ainsi que de 1405 à 1419 les rues de la capitale retentirent tour à tour de vœux pour le doc de Bourgogne ou pour Louis d'Orléans , et l'on répétait la chanson dont Je viens de citer le premier vers , après avoir chanté des complaintes sur l'assassinat du dernier de ces princes (2). L'année 1413 fut une des plus malheureuses de cette époque de funeste mémoire; ainsi aux fureurs de la guerre civile vinrent se mêler les désastres d'une épidémie. Parmi les détails que le bourgeois de Paris nous a conservés dans son Journal, se trouve l'indication d'une chanson populaire qui faisait allusion à ce fléau dévastateur. Le passage est curieux à lire en entier : « Item » en icelluy temps , chantolent les petits » enflTens au soir, en allant au vin , ou à la moustarde , tous * eomroimément : vostre C... a la toux, commère, vostre C... 9 a la toux. Si advient par le ploisir de Dieu qu'ung maulvais > air corrompu chut sur le monde , qui plus de cent mille » personnes à Paris mist en tel, qu'Us perdirent le boire et le a menger , le repenser ; et avoient très forte flebvre deux ou » trois fois le Jour. Et espéciaiement toultefois qu'ils mena geolent, et leur semblolent touttes choses quelconques a amères et très-maulvaises et puantes. Et toujours tremblotent
(t) journal d'oQ bourgeois de raris, page i9 du volume Intitulé : Mémoires pour servir à l'Histoire de France et de Bourgogne , etc. Paris, 17», ln-4*.
(!2) OD trouve dans le manuscrit de la Bibliothèque royale, n* 9681, une complainte en vers latins avec nnc traduction française sur la mort violente de ce prince.
— xui — ou «lu'Uf DAN^nt, 0^ «TM ai qui pM Mloii ou porilqU |9«i le poiratr do u^ corpt quo ou n'uipU Uwclier à lur <^ nulle part que ce tua, tant ettoient grevez ceuli qui de co mal tatoioBt «Mou » et duroU lilofi lans ceiaer trpis leproaioei, ou pluf- Et tmm^iK^ è liou aicleut « l'entrée du moys de mars ou dit an, et le UQUupoH on le Tae ou le Horion, et ceux qui point n'en avoient, ou qui en aatoieut guérit, dlaeieut par etbattemens : En as lu? P^r ma (oj lu a« cbanté Tostre C... ^ la loui, commère ; car avec loul le mal dev^iil dit, on avoi^ la toux si fort et la rume et renroueOre. On ne chantoU qui rien ftit de haultes messes à Paris ; mais sur tous les maulx h toux estoll la cruelle k tous , Jour et nuyt , qu'aucuns hommes par force de toussir, esloient rompus par les génltoires toute leur vie , et aucunes femmes qui estolent grosses, qui n*eslolent pos k termes, orent leurs enffns sans compaignie de personne par force de tousser, (|u*il convenoll mourir a graot martyre et mère et enfant. £t quant ce Tenoll sur |a garisop, ils Jettoleot grand foison de sanc hète par la bouche et par le nez et par dessous, qui moult les ébayssoit. Kl néanmoins personne ne mourolt , pials à peine en povoit personne eslre guary : car depuis que l'appeliz de manger fUst aux personne^ revenu , si ftasi-II plus de six sepmaines après, avant qu'on hist nettement guary. Ne flsisien nul ne Kavoit dire quel malc'cstoit (I). » En 1423, on composa sur les malheurs du temps une com> plainte dans laquelle était exposée avec hardiesse la misère du pays. Monstrelel qui la cite en entier sans réflexions aucunes rintilule : La complainte du pauvre commun et des pauvret laboureurs de France (3). De même, eu 1446, le roi Charles VII, en revenont de la messe, trouva sur son lit un diclier dont la teneur s'ensuit , pour me servir Jcs expressions du chroniqueur :
1^ mal payé, faux conse|||en, us discors d'aucuns cl^evallers,
(I) Jourpal d'un houroeois de Paris, page Tti du volume li^Udiie : Mémoires pour senir à rHisipire de France et de Bourgo^^ne, in-4% (3) Liv. I, page bVu
— xun —
laq>Qtltlom^lflf«Mles ont élev^ guerres nouvelles Qui Jamais jour ne flneront Tant que tels choses dureront; Car inalos s^«o( le rql François Qui pourtant spnt de cfBur anglois; Et service fait contre cœur ■e profite à nul aelgoeur.
pe sage se dit ^t reçordç A c|ui de tout Je bien m'accorde , Que prince hal en sa terre Ke peut vivre sans avoir guerre.
Mais peu en chapH ^ ces hauis |iamip<» i Qui (lu roi ont ses grosses sommes, L*or. l'argent et les grandes ternes, par iceux «ont menés les guerrpt, AU recevoir sont les prc^iicrs , Et à besoigner les derniers.
Mirez-vous ici, ducs et rois !
En la fin of ex le sourdois ; Et si toujours allés telle erre , Soyez surs que vous perdrez terre ; Car bien payer acquerre amis.
Mal payer acquerre ennemis t Laissez les bols et les rivières, pressez lances, levez bannières ; Fuyez les fauz, «ulvcf les sages.
Allez aux cNipps, 1^««^ les cal^ç»^ Où vous avez honneur perdue.
Hélas t France ton nom se mue; Et jf vous dis bien «ir ipa («le, ÛM'op vfluî tleq^ra tf^lous pour hfi\^, le parle aux ducs, je parle au rbl.
Et Je suis meu de bonne foi (i).
De même, en 1465, on répandit daas la ville d^Avras des
vers satiriques sur les affaires du temps. Jacques Duclercq ,
qui les rapporte, dit en finissapt : « ^ur le dos des dits
> breffes et rolles de papiers u^\ en ^cript ce qui s'ensuist :
Qui ce brefvei recouellera Garde se bien qnMI ne le monstre, Ou de le dire tout en oultre Fort à tous ceulx qu'il trouvera.
Et s'aijwy ftiii tl mmx^
plein un sac ç|e p^rqpps à ploutre; Soit seur qu'à ce point ne f^uldra, Feust cbapetain, ouré ou coustrs (s).
(1) continuateurs de Monstrelet.
(a) chroniques de J<)cque8 Duclercq, |lv. iv,cb. n.
Bien que i*aie publia un certain nombre de ballades et de chansons relatives au règne de Louis XI, on trouve encore, dans les mémoires du temps , l'Indication d'autres pièces du même genre dont le texte complet est aujourd'hui perdu.
Ainsi la chanson sur le départ de Charles , duc de Berry, au commencement de la ligue dite du bien public (1), plusieurs ballades faites contre les serviteurs du roi , en 1465 , au sujet desquelles on lit dans la chronique scandaleuse :
• Au dict temps les dicts ennemis ainsi logés devant Paris, • firent plusieurs ballades, rondeaux, libelles diffamatoires
> et autres choses pour diffamer aucuns bons serviteurs estant a autour du roy, aflSn qu'à ceste cause le roy les prlst en sa
> malveillance et les deschassast de son service (2). >
De même, en 1468, on chanta la disgr&ce du cardinal de la Balue , que le roi fit enfermer, comme chacun sait, dans une cage de fer ; Tannée suivante ce fut le tour du comte de Dammartin , dont on célébra les victoires en Armagnac (5) et ailleurs ; enfin , pendant ce règne si fertile en crime de tout genre, pas un fait Important n'échappa h la verve sati* rlque de l'esprit français, déjà en pleine activité.
Ici se terminent les observations préliminaires de cette première partie de mon travail ; en commençant la seconde , j'examinerai quelle a été la fortune de la chanson historique aux XVI* et xvir siècles. Comme on le verra , je me suit
(1) page Sfti de ce volume.
(<{) Gommine de unglet-Dufreooy, L ii, page 42.
(3) Malstre Jean Battue
A perdu la veue De ses eveschez ; Monsieur de Verdun H'en a plus pas un, Tous sont despeschei.
Le grand malstre réduisit tout le pays d'Armagnac en l'obéissance du roy et lors fût faicte une chanson qui commençoit :
canaille d'Armagnac, comme a pogné souflirir La venue de France du comte Dammartin.
cabinet do roy Louis XI, tome ii, page !ïu et 934 du Commlne de LengIct-Dufre«noy.
appliqué h Ta ire ronnatlre dans une courte notice chacune âa piècef qoe J'ai publiées, j'ai tftché de trou?er dans les chroniques contemporaines les détails nécessaires li mes explications.
C'est donc on monument que j*ai tAché d'élever k l'histoire de notre pays. J'ai cherché à ressaisir les émotions passagères que les grands événemens ont fait naître tantôt parmi le peuple, tantôt parmi les hommes que ces événemens touchaient davantage. Mon but principal a été de prouver que la France avait aussi son recueil de chansons historiques et populaires , et que sous ce rapport elle n'avait rien à envier aux romanceros de l'Espagne et du Portugal , aux ballades de rAlleroagne, de l'Angleterre ou de l'Irlande.
L'art et la poésie manquent quelquefois dans le recueil que j'ai pu former , mais ce qui ne manque Jamais , ce sont des senlimens remplis d'élévation, d'audace et de Ûerté, c'est l'instinct de ce qui est bon , grand et généreux.
Je dois dire en finissant toute la part que M. Jules Quiche- * rat, un de mes condisciples à l'école des Chartres, a bien voulu prendre à mon travail; versé depuis plusieurs années dans l'élude des documens originaux relatifs au xv« siècle, il s'est chargé d'écrire toutes les notices des pièces sur cette époque.
Il a mis dans l'exécution de ce travail toute l'habileté qui le distingue ; gr&ce à lui Je puis compter dans mon livre quelques pages remarquables ; Je suis heureux de pouvoir l'en remercier.