ET DS CHARLES-LB-TÉXÉRAIRE
Si jamais deux homoies ont été faits pour se 1 c'a été Louis XI et Charles de Bourgogne. « E ces deux princes , dit Georges Chastellain (i' tout temps y avoit rancune , et quelque paciflci qui s'en péust faire huy , demain tout revint ei tourna en son premier estât. Avoient condicioi meurs incompatibles, et volontés toutes dis dantes. Et plus alloient avant les jours , et enchéoient en gransdifférens ensemble et eu d< pérables aigreurs , plus toutes fois Tung que Tai Pung dissimulant, et Tautre par semblant n accontant et plus soy descouvraut. Le roy cei estott homme subtil et faint : savoit reculler saillir plus loing ; savoit faire Tumble et le doi couverte fin , savoit concéder et donner pour i
(1) Chronique des ducs de Rourgogne, part, m, cha|
voir ail double , et savoit porter et souffrir grief sur Tespérance de sa vertu , qui de tout enflu lui poroit rendre vengeance. Ainsi donques cstoit ce roy ici fort à craindre , à cause de son engin le plus agu du monde. Et le duc Charles faisoit à craindre, à cause de son grant corage, lequel il descovroit et sembloit inonstrer par effect , qui de nul ne tenoit compte , ne de rien ni d*empereur. Et quant ce venoit à la guerre aux Franchois , si se tenoit-il fier et fort assez aveucques son Edouard, contre tout homme. » Le cbroniqueuc habile qui a fait ce parallèle et qui connaissait si bien les deux princes dont il a retracé rhistoire, Georges Chastellain, est Tauteur de Tune des ballades imprimées ci^après. Il la composa vers le milieu de Tannée 1467, au moment où les Liégeois, pour la troisième fois depuis trois ans, venaient de se soulever contre le duc de Bourgogne, à rinstigation du roi de France. On s'attendait à une guerre générale. Le roi avait fait avancer vers la Champagne 400 lances et 6000 francs a: chers destinés à soutenir les Liégeois. De part et d*autre on se provoquait par des écrits injurieux. Rien , mieux que la ballade de Chastellain , ne montre quelle indignation régnait à la cour de Bourgogne. Le poète appelle Louis XI Vuniverselle araignée , par une image aussi juste que hardie \ il lui reproche son ingratitude , Thospitalité qu'il a reçue dans la maison de Bourgogne , la défaite qu*il a essuyée à Mont- Ihéry. Les tpiatre derniers vers sont une menace contre les révoltés de Liège. Charlcs-le-Téméraire est le personnage dans la bouche duquel sont mises ces furibondes apostrophes. Le lyon rampant , qui
revient à la fin de cluquc couiilct , est une alliisit au lion grimpant sur une montagne, qui faLiait devise du duc de Bourgogne. Le eerfwlant, se ennemi , c'est le roi de France , qui avait pour en blême un cerf ailé.
Ces commentaires n'aplaniront pas toutes d fiouUés pour le lecteur. Le style poétique de Cba tellatn est tourmenté, obscur, hérissé de mo étranges qu'il forgeait luf-roôme quand la langue i Jes fournissait pas. Son imagination et son érud tion rentratnaient à des écarts où Ton a grand'peii é le suivre. Il a été le Ronsard de son temps i admii comme celui-ci tant qu'il a vécu ; tombé dans Toi bli après sa mort. Il était Flamand , natif d'Aloi Peut-être est-ce à cause de son origine étrangèi que ses innovations ne firent pas fortune en Fraoc( peut-être aussi sentait-on déjà, au xv* siècle, qi les seuls ornemens dont la langue fût susceptible étaient ceux qui ne nuiraient ni à la clarté ni à simplicité. U faut avouer que, sous ce dernier ra| port , les poètes français du règne de Louis XI aoi bien supérieurs à Chastallain. Sans nous écarter ( notre sujet , nous en produisons un exemple frai pant dans la ballade qui fut écrite en réponse à cel du Lyon rampant. Elle est d'un certam Gilles d Ormes , qui n'était ni vanté , ni admiré comme poète flamand ; mais certes ce qu'il voulait dire il disait mieux que son antagoniste; çt s'il s'élé^ moins haut que lui , il a aussi l'avantage de tomb< moins bas. La manière ingénieuse dont il retouri le refrain des boiirgui|i;non8 lui assure la pnlme < la rontroverpp.
Uanusc. 7686, 1 1, r.
Souffle , Triton , en ta bucce argentine ;
Muse , en musant en ta doulce musette ,
Donne louange et gloire célestine
Au dieu Phébus à la barbe roussette.
Quant du vergîer où croist mainte noisette , | b
Où fleurs de lys yssent par millions , * *
Accompaigné de mes petitz lyons ,
Ay combatu Tuniversel araigne
Qui m*a trouvée par ses rebellions
Lyon rampant en croppe de montaigne. 1 ] ^
Le cerf voilant qui nous feit cest actine Fut recueilly en nostre maisonnette , Souef nourry, sans poison serpentine , Par nous porté sa noble coronette ; Et maintenant nous point de sa cornette ! Ce sont povres rémunéracions.
Mais Dieu voyant mes opéracions^ M'a fait avoir victoire en la Champaigne , Et veult que soit sur François mencions Lyon rampant en croppe de montaigne.
Louange à toy, glorieuse Yirgine, Dame Palas , qui régis mon aubette , Quant de Testoc où je prins origine Ay extirpé la venimeuse herbette !
Tant qu'il n'y a homme qui plus barbette Sans excepter royne , roc ne pyons , Comme ung Hector ou ung des Scypions, Ou comme Arthns en la Grande -Bretaigne , • Suis demeuré entre les cham pyons Lyon rampant en croppe de montaigne.
Tremblez', Liégeois ! Tremblez par légions ! Car vous verrez , si je veul ou je daigne , Comme je suis , es basses régions, Lyon rampant en croppe de montaigne.
Manufc 7686, f lu, r*.
Changez propos , cerf volant , nostre chef, Disposez-vous à guerre et à bataille ; Yestez armet en lieu de couvre-chef, Et en vos mains glaive qui poigne et taille. Fayles crier le ban , et que tout aille Sur ce lyon qui vostre honneur entame ; Qui prent voz biens et dit qu'il ne craint âme , Ne roy, ne roc, n'en ville n'en Cliampaignc. Lors le ferez , au plaisir Notre-Dame , Lyon couchant au pied de la montaigne.
N'actendez plus : courez luy sus et brief ; Ne le doubtez , je vous supply , pas maille ! Car, si Dieu plaist, jà ne vous sera grief. S'il a grans gens, le plus n'est que canaille Qui n^ont hamois ne conduite qui vaille , Et ont le cueur failly comme une femme. En Tassailiant, acquérez loz et famé, Et vous tendrons ung second Charlemaignc. Lors le ferez , au plaisir Nostre-Darac , Lyon couchant au pied de la montaigne.
Je vous requiers , évitez ce ineschef , Ne souffrez plus qu'il vous rançonne et taille. Or sans hurter n'en vîtndraE je i dief , Car il est fier comme est un rat en paille. N'ayez jà peur que gendarme vous faille Ne le commun qui tant vous craint et ame. Adventurez à ce cop corps et ame , Il eu est temps , ou à perte ou à gagne ) Lors le ferez , mi plaisir Notre-Dame , Lyon couchant tu pied de la tnentaigne.
Prince puissant , que VÉg\He réclame Très chrestten , si voOh pouvez sans blasme , Tirez à vous Thermyne de Bretaigne ; Lors le ferez, au plaisir Noslre-Dame , Lyon couchant au pied dé la montaigne.
(Xf« SliCLB.)