‹ Recueil de contes populaires grecsChapitre 14 sur 53 · LA FILLE QUI ALLAITE SON PÈRE · texte numérisé non relu

LA FILLE QUI ALLAITE SON PÈRE

sa prison. Par le trou, elle lui donna un de ses seins et lui dit de téter. Elle faisait ainsi chaque jour, et son père n'avait pas besoin d'autre nourriture.

Le roi, voyant que, au bout d'un si long temps, son frère n'était pas mort de &im, soupçonna sa nièce d'avoir recours à la sorcellerie pour le nourrir. Il donna donc ordre à ses soldats de ne plus laisser la fille pénétrer près de son père, malgré tout ce qu'elle pourrait dire.

La jeune fille, à la nouvelle que le roi lui interdisait de voir son père, faillit eipirer de douleur, car elle voyait bien que ses desseins allaient échouer et son père mourir de faim un )our ou l'autre.

Comme elle allait ainsi toute pensive et ne sachant quoi faire, elle sortit un peu de la ville et aperçut un mare'chal-ferrant qui es* sayait d'ouvrir le ventre d'une jument crevée.

Bonjour, lui dit-elle. Que fais-tu là, compère? o

B Ehl mademoiselle, lui dit-il, je suis un pauvre homme. Hier, ma jument est crevée; elle était près de pouliner, et me voici maintenant occupé à lui tirer son poulain du corps; après cela, je lui enlèverai la peau,

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50 CONTBS POPULAIRES GRECS

que je vendrai quelques paras, avec lesquels j'achèterai une autre jument. »

« Mais, lui dit-elle, est-ce que le poulain est encore vivant? b

a Bah ! dit-il, ne voyez-vous point là-bas ce petit cheval qui court comme un cerf? Il y a quatre ans, je le tirai de la même façon du ventre de sa mère, n

La jeune fille, spirituelle comme elle était, faillit s'envoler de joie en apprenant une pareille chose, car elle imagina aussitôt une ruse pour sauver son père. Elle donne donc cent sequins au maréchal-ferrant, et prend le petit cheval qu'on avait retiré du ventre de la jument , elle prend aussi la peau de la mère, et va faire cadeau au roi du cheval pour le monter et de la peau pour coucher dessus. En retour, elle demande au monarque ta faveur d'aller voir son père de nouveau. Le roi, à la vue du joli petit cheval, lui accorda la permission qu'elle sollicitait.

Un jour, le roi étant allé se promener, monté sur le petit cheval, la jeune fille se présente à lui, prend le petit cheval par la bride, t'arrête et dit au monarque : « Vous êtes assis sur une bête qui n'est pas née et vous couchez sur sa mère. »

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Le roi, entendant de telles paroles, ne put en comprendre la signification, -et pria la jeune fille de les lui expliquer. Alors celleci lui dit : n Je vous les expliquerai, ô mon roi, quand vous m'aurez donné mon enfant, l'enfant de ma mère; et, lorsque vous me l'aurez donné, il deviendra mon père; mais, si vous ne me le donnez pas, il sera de nouveau mon enfant. •

Se trouvant derechef embarrassé, ie roi lui dit de solliciter la faveur qu'elle voudrait, pourvu qu'elle lui expliquât ses paroles.

Alors elle demanda la mise en liberté de son père qui était depuis si longtemps enfermé en prison, sans cause et sans motif. Le monarque, qui ne pouvait manquer à sa parole, fit sortir de prison le père de la jeune fille, et alors cette dernière s'assit et se mît k raconter au roi toute l'histoire dans ses plus petits détails. Le roi fut ravi de son esprit éveillé et se repentit d'avoir emprisonné son frère, car il comprit bien que tous les rapports qu'on lui avait faits contre lui n'étaient que mensonges et calomnies.

Ils demeurèrent ainsi parfaitement, et nous mieux encore.

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