‹ Recueil de contes populaires grecsChapitre 18 sur 53 · LE FILS DU ROI · texte numérisé non relu

LE FILS DU ROI

IL était un roi qui avait un fils. Ce roi avait fait étudier toutes les sciences à son fils ; il ne restait plus que la philosophie, et il voulut qu'il l'apprît aussi. Il fit donc venir les philosophes, et l'enfant se mit à étudier. Il allait très bien, et ses maîtres se réjouissaient de ce qu'il avait tant d'intelligence et apprenait si rapidement. Le roi avait l'habitude d'aller chaque jour voir si les professeurs étaient contents de son fils. Les philosophes ne se rassasiaient pas de faire au roi l'éloge de son fils, et le roi était satisfait d'entendre ces louanges. Enfin, un jour que le roi était venu, suivant sa coutume, pour interroger les philosophes, il les trouva très .affligés. Ne pouvant supporter cela, il voulut

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Savoir la cause [de leur tristesse]. Mai» ceuxci ne voulurent la lui dire en aucune fo;on.

Le roi les ayant mis à la torture, ils se décidèrent à lui faire connaître le motif de leur affliction.

Que te dirons>nous , roi notre maître? nous avons trouvé dans la philosophie que, à vingt et un ans, ton fils serait tué par une balle, a

En entendant cela, le roi fut si vivement affligé qu'il s'évanouit. Quand il eut recouvré ses sens, il réfléchit à ce qu'il devait faire, Aussitôt il paya les maîtres et les congédia. Ensuite il donna ordre à tous les maçons de la ville de se réunir et de lui construire un palais près de la mer. Les maçons se mirent à l'œuvre, et, au bout de quatre ou cinq jours, ils eurent fini. Alors le roi se rendit dans cet édifice. Il donna ordre de lui faire une cage vitrée, tout en or, et munie d'une chaîne aussi longue que la mer était profonde et garnie à son extrémité d'un crochet d'or pour l'attacher à l'endroit accoutumé, puis de lui apporter cette cage au palais.

Quand le roi vit la cage, il fut satisfait. Il appela son fils et lui dit ; o Eh! mon fils, aie

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ma bénédiction, et observe les recommandations que je vais te faire. •

« Avec joie, mon père, dit-il. N'importe ce que lu me diras, que ta volonté soit accomplie! o

Aussitôt le roi lui donna des vivres pour huit jours et toutes sortes de livres pour s'amuser k lire. Le prince étant entré dans la cage, le roi la ferma soigneusement et dit :

■ Si, d'ici k huit jours, il l'arrivé quelque chose, tu remueras U cage vitrée, afin d'avertir les surveillants, et nous te remonterons pour voir ce qui t'est arrivé. >

Incontinent on descendit le prince dans la mer. Le roi mit une sentinelle en observation, pendant toute ta durée des huit jours, pour remonter l'enfant, dans le cas où il serait survenu quelque chose. Pendant son séjour au fond de la mer, le prince lisait tantôt un livre, tantôt un autre.

Bientôt il les eut tous lus, et il ne lui resta plus qu'un Psautier. Il se dit : Lisons-le aussi, puisque mes huit jours ne sont pas encore expirés. Or, comme il le lisait, il vit dans un psaume les paroles suivantes : Dans les profondeurs de la mer, là est la main, Seigneur ! Mo'TS ti se dit : Ehlkquoi bon

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rester confiné dans les profondeurs de la mer, puisque Dieu est partout?

Il fît aussitôt un signal, et on tira la cage en haut, avant l'expiratioo des huit jours.

Le roi, qui ne savait pas pour quel motif son fils était remonté, se montra très affligé. Il l'interrc^ea, et son fils lui dit :

< Lis ce psaume, mon père, o

Le roi le lut, et lui dit : « Et, mon enfant, que te proposes-tu donc maintenant? •

<■ Je me propose, lui dit-il, de ne plus rentrer dans la mer. ■

Le roi employa tous les moyens pour le décider h y rentrer, mais son fils lui dit :

• II m'est impossible de descendre dans ta mer. >•

(T Mais, mon enfant, quelles sont donc tes intentions? » lui dit-il.

Il lui dit : « J'irai à l'église. » Et, a partir de ce jour, il y allait quotidiennement.

Un samedi, après midi, quelques amis vinrent le voir, et leur visite l'empêcha d'aller aux vêpres, ce dont il fut vivement contra- ■rié. Après leur départ, il voulut faire une promenade pour oublier sa peine. Tout en se promenant, il vit venir un marchand qui parlait tout seul et disait : < Maudite soit

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l'heure où je suis allé aux vêpres , cela m'a fait perdre tant de piastres que je voulais gagner! o

Le jeune prince, ayant entendu. ces paroles, appela aussitôt le marchand. « Viens ici , lui dit-il ; combien as-tu perdu de mille piastres, je te les donnerai.»

* C'est tant de mille que j'aurais pu gagner, » dit-it.

n Cède-moi tes vêpres, lui dit le prince, et, moi, je vais te donner ces milliers de piastres. v

e Je ne puis rien faire de mes vêpres, dit le marchand, je vous les abandonne, n

Alors le prince lui donna les milliers de piastres qu'il avait perdues; puis, très satisfait, il continua sa promenade. I.e marchand, qui cheminait plus vile que le prince, prit les devants. Comme le prince se promenait, il entendit un coup de pistolet [dont la balle) lui passa près de l'oreille. Quand les gens du palais entendirent la de'tonation, ils coururent à la recherche du prince. Ils le trouvèrent évanoui dans te chemin. Ils le relevèrent, et, quand il eut repris ses sens, il leur dit : * Courez en avant et voyez si tel marchand (il leur dit le nom) ne se trouve

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pas sur la route. « Ils vont, et ils trouvent le marchand tué et baignant dans son sang. On remarqua qu'il accomplissait sa vingt-etunième année, âge [déclaré] dangereux à atteindre pour le prince, qui échappa ainsi [k la mort]. Le prince ayant fait le récit de ce qui lui était arrive' relativement aux vêpres, [le roi et la reine] firent célébrer un office d'actions de grâces pour remercier Dieu d'avoir sauvé leur fils du danger qu'il avait couru ; ils distribuèrent aussi des aumônes, etc.

Alors je les quittai et je vins ici.

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