‹ Recueil de contes populaires grecsChapitre 27 sur 53 · I.E DRACOPHACR · texte numérisé non relu

I.E DRACOPHACR

ses lumières furent tout à coup éteintes. Réduit à l'obscurité la plus profonde, il promenait ses regards'autour de loi avec inquiétude, lorsqu'il parvint à distinguer au loin une grande et vive lumière ; il s'achemina avec empressement de ce côté, qui était plus éloigné qu'il ne lui avait d'abord paru à cause de la nuit.

Malgré ces difficultés, le prince, sans se déconcerter, avançait toujours. Bientôt il rencontra dans l'obscurité une femme qu'il pouvait à peine distinguer. Lui ayant demandé par quel hasard elle se trouvait à cette heure-là dans un endroit aussi écarté, elle répondit que c'était là qu'elle se tenait, parce que c'était elle qui gouvernait le jour et la nuit, en tenant dans ses mains deux pelotons, l'un blanc et l'autre noir, qu'elle dévide successivement, suivant qu'elle veut produire l'obscurité ou la lumière.

A cette nouvelle inattendue, le prince se mit à la supplier de dévider le fil noir un peu plus lentement, afin qu'il eût le temps nécessaire pour terminer ses prières avant le jour. La déesse lui objecta qu'elle ne pouvait agir contre les lois de la nature. Prenant alors le parti de la force, il la lia h un arbre,

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et, s'emparant de ses pelotons, il continua son chemin. Après une course des plus pénibles ; il arriva enfin au lieu d'oti partait la lumière. Là, à son grand étonnement, il trouva quarante dragons couchés sur la terre, et surveillant une chaudière d'une grandeur énorme qui bouillait sur un grand feu. A cette vue, sans perdre courage, il enlève d'une seule main la chaudière, allume ses cierges et la remet sur le feu.

Les dragons, étonnés d'une pareille force, l'entourèrent aussitôt et lui dirent : < Toi qui as la force de lever une chaudière que nous pouvons à peine porter à nous tous, tu es le seul capable d'enlever une fille que nous tâchons depuis longtemps d'avoir entre nos mains, et qu'il nous est impossible de saisir à cause de la grande hauteur de la tour où son père la tient enfermée. Suis-nous donc 1 1

Le prince vit l'impossibilité où il était d'échapper à ces monstres. Accompagné de quarante dragons, il se rendit près de la tour; et, après l'avoir bien eiaminée, Il se fit donner de grands clous, qu'il enfonçait dans le mur en guise d'échelîe, et qu'il retirait à mesure qu'il montait, afin que les dragons ne pussent le suivre. Parvenu à la plus grande

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hauteur, où se trouvait une petite fenêtre par laquelle il pouvait k peine entrer, il proposa au dragons de monter de la même manière qu'il l'avait fait lui-même, mais chacun séparément : ce qu'ils firent ; de telle sorte qu'il eut le temps de tuer le premier qui se présentait pendant que l'autre montait, et de le jeter de l'autre côté de la tour, où il y avait une très grande cour, un jardin superbe et un château magnifique. S'étant ainsi défait de tous ses incommodes gardiens, il pénétra seul dans la tour pour voir si ce que les dragons lui avaient dit était vrai. En effet, à peine introduit dans les appartements, il vit dans une chambre magnifique un lit très riche sur lequel était couchée une jeune personne qu'on pouvait nommer plutôt une divinité qu'une morKlle. A sa vue, il se sentit brûler d'un amour si ardent qu'il s'approcha involontairement du lit, leva le voile qui la couvrait, lui donna un baiser sur le front, échangea sa bague contre la sienne, et sortit aussitôt de la même manière qu'il s'était introduit. La jeune fille, entendant du bruit autour d'elle, ouvrit les yeux ; mais elle eut à peine le temps d'apercevoir le jeune prince, qui se pressait d'arriver sur la tombe de son

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père, qu'il quitta après la tîn de ses prières pour aller délivrer la de'esse de la nuit et du jour qu'il avait liée et lui remettre ses pelotons pour la continuation de son travail.

Toutes ses affaires étant achevées, il retourna à la maison paternelle, rêvant à ce qui lui était arrivé pendant cette nuit.

Mais laissons pour le moment le prince se reposer de ses fatigues, et voyons ce qui arriva dans le château. I.a princesse, à son réveil, commença par demander k ses suivantes et aux gens de sa maison pourquoi ils avaient permis l'entrée de la tour à un inconnu pendant la nuit ; mais, tous s'excusant de leur mieux et prouvant qu'ils n'avaient pas la moindre connaissance de l'aventure, la princesse se rendit dans les appartements du roi son père, et lui raconta tout ce qui s'était passé, en le priant de faire les recherches nécessaires afin de découvrir l'homme assez hardi pour oser s'introduire dans ses appartements. Le roi, irrité de ce qu'il venait d'entendre, fit venir le portier de la tour, el lui demanda avec colère pourquoi il avait permis à l'étranger l'entrée du château, exigeant, sous peine de mort, que ce malheureux lui dévoilât tout ce qu'il savait

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là-dessus. Le portier jura qu'il n'en avait }>as la moindre connaissance, et, se donnant pour otage, si l'on venait à le reconnaître coupable, il ajouta que, à sa grande surprise, il avait aperçu le matin les quarante dragons qui, depuis bien longtemps, lâchaient d'enlever la princesse, étendus morts dans la cour. Le roi courut aussitôt pour voir ce prodige de ses propres yeux, et, persuadé du fait, il rendit grâces au ciel de cet e'vénemeni aussi heureux qu'inattendu, et pria Dieu de lui découvrir celui qui l'avait délivré de tant d'ennemis, dans l'intention de lui faire épouser sa fille, qui lui assurait pouvoir reconnaître le jeune homme dès qu'elle le verrait.

Le roi, rassuré par les paroles de sa fille, résolut de donner de grandes réjouissances et des fêtes magnifiques avec tous les divertissements les plus dignes d'attirer la curiosité des étrangers. Il publia l'annonce de ces fêtes en disant qu'il priait ceux qui se rendraient chez lui, pour prendre part à ces réjouissances, de lui raconter, pour toute récompense, l'histoire de leur vie.

Aussitôt que cette annonce se fut répandue, il y eut grande aftluence tant des États voisins que des pays les plus éloignés. Les

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trois princes, informés de la magnificence de ces fêtes, se décidèrent aussi comme les autres, soit comme voisins, soit pour les liaisons amicales que leur père avait eues avec le roi, de s'y rendre, et de raconter tout ce qui leur était arrivé durant leur vie.

Après s'être amusés pendant quelques jours dans le château, au moment de partir, ils eurent chacun une audience particulière du roi, qui, au récit du plus jeune des princes, reconnut bien vite les circonstances que sa fille lui avait racontées ; mais il voulut, par précaution, la confronter avec le prince, qu'il invita à diner avec ses deux frères. En effet, dès que sa fille le vit, elle le reconnut, et, s'approchant de son père, elle l'assura que c'était celui-là même qui était entré dans sa chambre pendant la nuit ; mais le roi, pour s'en assurer davantage, demanda au |eune "prince la bague qu'il portait, et reconnut l'échange. Il lui proposa aussitôt la main de sa fille et la succession au trône, ce qu'il fit en présence des deux frères aînés.

Le bonheur des nouveaux mariés ura quelque temps, njais ensuite il fut tr iblé de la manière suivante. Un jour que princesse était couchée à côté de son mari.

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celui-ci aperçut dans les cheveux de son épouse une petite clef d'or. Excité par la curiosité, peut-être aussi par le soupçon jaloux que cette clef ne cachât quelque mystère, il la prit avec beaucoup d'adresse, et chercha à s'assurer si elle ne pouvait point aller à quelqu'une des serrures différentes des meubles de l'appartement. Enfin, après avoir essayé partout, il remarqua une armoire dont la serrure était très petite ; il y mit la clef, et la porte s'ouvrit. D'abord il ne put rien distinguer à cause de l'obscurité ; ensuite, ayant entendu des plaintes et des gémissements, il se mit à fouiller partout, persuadé qu'il était d'avoir trouvé son rival. A force de chercher, il découvritun anneau scellé dans une plaque de marbre. Il le tira et vit sortir un noir d'une figure hideuse, qui, monté sur un cheval ailé, à peine hors de sa prison, courut dans les appartements de la princesse, la fit monter sur son cheval, et s'échappa du château en un clin d'œit. Le prince, au désespoir du résultat de ses recherches, courut les larmes aux yeux chez son beau-père, et lui raconta l'événement, en le priant de trouver les moyens d'y remédier. Mais le roi, désespérant de revoir sa fille, lui reprocha *on

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imprudence, en lui déclarant que ce noir était le plus habile magicien du siècle, et que, par conséquent, tout effort contre lui serai! inutile.

■ Le jeune prince, au lieu de perdre courage, résolut de faire l'impossible pour parvenir à ravoir une femme qu'il aimait plus que lui-même. Il mit sur ses épaules un sac qu'il remplit de pain pour unique provision et partit sans savoir lui-mSme oîi il allait précisément. Après une longue course, la nuit l'ayant surpris près d'un grand château, il s'y arrêta. Près de là une esclave puisait de l'eau à une fontaine ; il lui en demanda, et, après avoir apaisé sa soif, il la pria de solliciter de sa part, auprès de la maîtresse du château, la permission d'y passer la nuit. Cette permission lui fut accordée, et, l'esclave ayant ajouté que sa maîtresse le priait de monter pour souper avec elle, il accepta cette aimable invitation et monta chez elle. Maïs quelle fut sa surprise quand il reconnut sa sœur aînée ! Il ne pouvait en croire ses yeux ; il l'embrassa, lui demanda ce qui s'était passé depuis leur séparation, s'informa de l'heureuse situation dans laquelle tl la trouvait, et, satisfait d'avoir été la première cause de

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