‹ Recueil de contes populaires grecsChapitre 40 sur 53 · VOLEUR PAR NATURE · texte numérisé non relu

VOLEUR PAR NATURE

ciel » Le laboureur se figura que l'enfant avait fait une trouvaille, et il quitta ses bœuk pour aller voir ce que c'était. Quand il eut le dos tourné, l'oncle de'ieU un bceuf et l'emmena sur la montagne. Quand le laboureur fut arrivé auprès de l'enfant, il lui demanda ce qu'il avait à crier : • Miracle 1 •

« C'est que, dit l'enfant, je n'ai jamais vu un homme faire un attelage avec un seul bceuf. B

Alors le laboureur se retourna et vit qu'il ne lui restait plus qu'un bœufj il alla k la recherche de l'autre, maïs ne le trouva pas.

L'enfant fit un tour, se rendit sur la montagne, où ils tuèrent le bœuf et le mangèrent.

(Maintenant, mon enfant, dit l'oncle, qu'allons-nous faire ? ■

a Laissons-là ces bagatelles, mon oncle, dit l'enfant , et allons . ouvrir la caisse du roi. »

« Et comment pouvons-nous faire pareille chose, mon enfant? ■

■ Viens avec moi, dit l'enfant, et ne t'inquiète pas. Achète-moi seulement un sac, quelques cordes et deux grappins, et avec cela je me charge de grimper. ■ Ils se reodi-

l;,GOOt^l>J

rent nuitamment au palais, l'enfant grimpa sur le toit ; ensuite il tïra son oncle à lui et le hissa jusqu'en haut. Alors l'enfant souleva une plaque, descendit et remplit son sac d'argent. Ils recommencèrent trois nuits de suite.

Au bout de quelques jours, le roi alla h sa caisse pour prendre de l'argent et payer ses ouvriers. Mais, dès qu'il vit la caisse vide, il appela tous les gens du palais et commença une enquête.

Le vizir dit au roi qu'il fallait consulter un voleur qui se trouvait en prison. On lit donc venir ce voleur et on l'interrogea. Celui-ci leur dit : i Fermez bien toutes les portes et tes fenêtres et examinez par où il entre de la lumière, et alors je vous dirai ce qu'il faudra faire. »

Quand ils eurent fait Ce que leur avait dit le voleur, ils virent qu'il venait du jour de par en haut, et ils le dirent au voleur. Le voleur leur conseilla de mettre au dessous du trou un chaudron plein de poix bouillante. On le fit immédiatement.

La nuit, les deux voleurs vinrent; mais l'enfant, ayant senti l'odeur de la pois, ne voulut pas descendre, et alors son oncle des-

l;,GOOt^l>;

cendit. Il ne fui pas sitôt descendu qu'il se colla dans la poix et qu'il cria à l'enfant de le remonter, mais l'enfant ne put y réussir.

Il appelait son oncle, mais celui-ci, qui avait été brûlé, ne sonnait mot. Alors l'enfant descendit, coupa la tête à son oncle, la prit et s'en alla.

De retour à la maison , il raconta à sa tante le grand malheur qui leur était arrivé, et il lui dit d'avoir soin de ne pas pleurer, car ils seraient tous perdus.

Le lendemain, le roi alla à sa caisse et vit un corps sans tète. On alla aussitôt trouver le voleur et on lui demanda ce qu'il y avait à faire pour le moment. Le voleur leur conseilla de prendre ce corps, de le pendre sur la place du marché, et de faire cacher des hommes pour examiner de tous côtés qui pleurerait. Celui que l'on verrait verser des larmes, il fallait le saisir.

L'enfant passa par là, et, voyant son oncle pendu, il alla à la maison et dit à sa tante : n Ma tante, aie soin de ne point passer par le marché, où l'on a pendu mon oncle, et de ne pas pleurer, sinon nous sommes tous perdus. Seulement, je vais te dire ce qu'il faut que tu fasses, si tu veux pleurer

l;,GOOt^l>J

3 1 1 CONTES rorUIJlIRRS GRECS

pour le soulager. Prends quelques tasses tle lait aigre, et crie dans la rue : Voilk du lait aigre. Quand tu seras arrivée prés du corps de mon oncle, jette tes tasses par terre afin qu'elles se cassent, ensuite assieds-toi là et fais semblant de les pleurer, jusqu'à ce que tu sois rassasiée de larmes, i

La tante exécuta ce que son neveu lui avait conseUlé. La nuit on commença à interroger ceux qui avaient fait le guet. Ils dir rent qu'ils n'avaient vu personne, sauf une vieille qui avait cassé des tasses et qui s'était assise pour les pleurer. Alors le voleur leur dit : a Cette vieille était la femme du pendu et vous avez eu tort de ne pas l'arrêter. >

Alors le roi dit au voleur : « Que nous conseilles-tu de faire maintenant ? ■

■ Mettez, dit le voleur, quelques pièces d'or sous le cadavre du pendu; son compagnon ne pourra s'empêcher d'aller les voler, qu'on ouvre l'œil alors et qu'on s'empare du larron t ■

Le lendemain, l'enfant passa par là et aperçut les pièces d'or. Aussitôt il alla trouver un autre enfant et lui dit : ■ Jouons aux chevaux et passons par dessous le cadavre du pendu, je te donnerai dix paras à chaque fois.i

cGoo^k

VOI.EUH PAR KATUKE 2l3

L'enfant mit un peu de colle sous ses souliers, et, chaque fois qu'ils passaient par dessous le corps, il enlevait à ses semelles une dizaine de pièces d'or. Les gardiens voyaient bien deux enfants courir et passer sous le cadavre du pendu, mais ils étaient loin de soupçonner deux pareils moutards.

La nuit venue, on compta les pièces d'or, mais on trouva qu'il en manquait. Le roi punit les gardiens, pour s'être laissé bafouer par les enfants, et il interrogea de nouveau le voleur sur ce qu'il y avait à faire.

■ Prenez une chamelle, dit le voleur, chargez-la de toutes sortes d'objets précieux, ensuite faites bien attention, car le voleur ne pourra se retenir.

Ils chargèrent la chamelle et la conduisirent par la ville ; l'enfant, les ayant vus, changea aussitôt de vêtements, se déguisa en homme qui transporte du vin, et il allait débitant sa marchandise. Il se rendit sur le chemin que suivaient les chameliers.

■ Combien veux-tu pour nous donner à boire? • dirent ceux-ci à l'enfant.

■ C'est un para la tasse, • répondit-il.

Trouvant que c'était bon marché, les chameliers burent et s'enivrèrent. Cependant la

l;,GOOt^l>;

chamelle marchait en avant, et Is tante de l'enfant ouvrit sa porte et la fit entrer. Une fois ivres, les chameliers se couchèrent dans les mes et s'endormirent. L'enfant lira son rasoir, leur rasa la moitié des cheveux et la moitié de la barbe, puis les laissa là vautrés comme des cochons, ivres-morts.

Il retourna h la maison, arrangea la chamelle, prit tous les objets, tua la bête, fît fondre la graisse et en remplit deux jarres.

Quand les chameliers se réveillèrent, ils s'en allèrent chez le roi tout penauds. Celuici les interrogea et les fit jeter en prison; ensuite il alla de nouveau trouver le voleur et lui demanda ce qu'il fallait faire.

t Envoye2, dit-il, une vieille femme de maison en maison demander de la graisse de chamelle pour remède ; et, là où elle en trouvera, là aussi est le voleur. •

On envoya donc une vieille femme demander de la graisse de chamelle de maison en maison ; elle alla chez la tante de l'enfant et celle-ci lui en donna plein une assiette. Afin de ne pas oublier la maison, quand la vieille sortit, elle plongea sa main dans la graisse et en marqua la porte. Lorsque la vieille fut

l;,GOOt^l>J

VOLEUR PAR NATUHE ll5

Page 1