VOLEUR PAR NATURE
IL y avait une fois deux frères : l'un était pauvre et avait trois enfants, l'autre était riche, mais n'avait pas d'héritier. Le riche, désirant venir en aide au pauvre, lui dit : « Donne-moi un de tes enfants, pour que )e l'adopte. > Il lui envoya l'aîné. Quand l'oncle eut son neveu avec lui, il le conduisit sur le sommet d'une montagne, et lui dit :
* Que pourrions-nous bien faire de bon ici sur ces hauteurs, mon enfant? »
L'enfant répondit : « Roulons des pierres pour nous amuser. »
B C'est tout? ■ lui dit son oncle.
L'enfant garda le silence. Le lendemain, son oncle le renvoya à son père et dit à celui-ci : a Envoie-moi l'autre, car l'atné ne fait pas mon affaire. »
l;,GOOt^l>;
106 CONTES rOPUI.AJRES GRECS
Le père lui envoya son second fils, qui, lui aussi, agil de la mcme façon. L'oncle le congédia également, et le père lui envoya son plus jeune fils. Au lieu de conduire celui-ci sur la montagne, son oncle l'enferma dans une chambre, lui suspendit un gâteau à une solive et le laissa seul. Quand l'enfant eut faim, il leva la tète et aperçut le gâteau ; mais, comme il était placé trop haut, il chercha le moyen de le faire descendre. 11 fabriqua une sorte de seringue avec un roseau, et s'en servit pour lancer de l'eau sur le gâteau. Quand le gâteau fiit détrempé, il tomba b terre, et l'enfant te prit et le mangea.
Le soir, son oncle alla le voir et lui dit :
• Comment as-tu passé la journée, mon enfent? »
■ Très bien, mon oncle, « répondit-il.
■ Mais, dit l'oncle, n'as-Iu pas eu laim ? »
« Non, dit l'enfant, car j'ai fait une seringue en roseau avec laquelle j'ai détrempé le gâteau qui e'tait suspendu à la solive, et ainsi )'ai mangé tout mon content. >
Alors l'oncle prit son neveu, le conduisit sur le haut d'une colline et lui dit : ■ Que pourrions-nous bien faire de bon ici, mon enfant? •
l;,GOOt^l>J
vor.BUB PAU NATURE J07
t Volons et mangeons, > répondit-il.
• Et comment? » lui dit son oncle.
■ Voici, dit l'enfant. Vois-tu là-bas un homme qui a sur son épaule un agneau qu'il ra emporter? allons le lui prendre, n
« Et comment feras-tu, dit l'oncle, puisqu'il le tient sur son épaule ? •
* J'irai devant, dit l'enfant; quant à toi, dès que tu verras l'agneau à terre, prends-le et va sur le haut de la montagne. •
Alors l'enfant laissa glisser un de ses souliers sur la route, et, un peu plus loin, il laissa glisser 1-eutre.
Quand l'homme qui portait l'agneau vit un soulier, il ne se baissa pas pour le ramasser ; mais, quand tl vit le second, il attacha l'agneau avec une corde, et il retourna sur ses pas pour ramasser le premier soulier ; mais l'enfant l'avait déjà repris et l'homme courait pour le chercher. De son côté, l'oncle avait pris l'agneau et l'autre soulier, et était allé sur la montagne. Ils s'y rejoignirent tous les deux, s'assirent et mangèrent l'agneau.
Quand ils eurent mangé l'agneau, l'oncle dit à son neveu : ■ Qu'allons-nous faire maintenant, mon enfant? n
l;,GOOt^l>J
a Voilà de nouveau le même homme qui tient un autre agneau, répondit l'enfant, allons le lui prendre aussi. ■
a Comment? a dit l'oncle.
« Comme la première fois, mon oncle, dit l'enfant. Dés que tu verras l'agneau attaché, prends-le, et ne t'inquiète pas. •
L'enfant alla se cacher dans un fourré, et se mit à crier bê, bét S'imaginant que c'était l'agneau qu'il avait perdu, le paysan attacha à un pieu celui qu'il tenait, pour aller b la recherche de l'autre. Mais il perdit aussi le second, car l'oncle de l'enfant le lui prit et l'emporta sur la montagne.
Quand ils eurent aussi mangé cet agneau l'oncle dit à son neveu : ■ Qu'allons- nous foire maintenant, mon enfant? s
■ Vois-tu un homme qui attelle une paire de bceufs, dit l'enfant, allons lui en voler un. B
■ Et comment est-ce possible, dit l'oncle, puisqu'il a ses bœufe devant lui? ■
< Viens avec moi, dit l'enfant, et ne t'inquiète pas. •
Quand ils furent descendus de la montagne, l'enfant se tint à une certaine distance et se mit à crier : ■ Miracle, mira-
l;,GOOt^l>J