MARIE A L'HABIT DE BOIS
IL dtait une fois un roi et une reine qui avaient trois lilies. Se voyant près de mourir, la reine recommanda k son mari de chercher, quand il voudrait se remarier, une femme à qui iraient ses robes et de l'épouser. Un jour, ta plus jeune fîlle, qui avait grandi, était allée secouer les robes de sa mère; sans connattre la recommandation de celle-ci, elle mit ses robes, qui lui allaient parfaitement bien. Son père, l'ayant vue, lui dit: « Je l'épouserai, car les robes de ta mère te vont, b
La jeune lille pleure et se lamente; elle ne veut pas devenir la femme de son père.
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ii8 CONTES roruLAiREs GRECS
Mais, voyant bien qu'elle ne pourrait faire autrement, et qu'il était décidé à l'épouser, elle lui dit : c J'ai d'abord à te demander Trois présents, ensuite tu m'épouseras. Faismoi faire trois robes : le ciel avec les étoiles, la campagne avec les fleurs et la mer avec les poissons. ■
Le roi lui dit : • Bah I mais avec plaisir. Je vais te les faire faire à l'instant. >
Il alla les commander. On fit à la jeune fille ses trois robes et on les lui apporta.
Mais, pendant que son père était occupé à les faire faire, elle appela un ouvrier et lui dit : Fais-moi une gaîne de bois à ma taille, pour que je puisse me mettre dedans et marcher sans être vue. »
L'ouvrier lui fit aussitôt la gaîne et la lui porta. Elle se met dedans, prend ses trois robes et gaghe les montagnes. Elle errait d'une montagne à l'autre, pour que son père ne la trouvât point et ne pût pas l'épouser. Tandis qu'elle errait de la sorte, elle rencontra le prince d'un autre pays qui était allé à la chasse. Celui-ci, voyant marcher devant lui une gatne en bois, fut saisi d'é< tonnemcnt, appela ses courtisans et leur demanda ce que c'était. Ceux-ci jugèrent à
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XYLOMAUIE OU UARIi; A I.'hABIT DE BOfS 1 I IJ
propos de la prendre avec eux t>our la conduire au palais. Ils la prirent donc, la conduisirent au palais, et la reléguèrent à l'écurie, dans un coin où étaient les chevaux. Ils placèrent devant elle de la nourriture dont mangent les bètcs. Elle ne mangea rien. On lui donna de la nourriture dont mangent les oiseaux ; elle ne manga rien. On lui donna de ce dont mangent les hommes, puis on s'en alla; elle en mangea. On comprit alors que c'était un être humain, et on continua ainsi à lut donner chaque jour à manger.
Ayant fini par s'enhardir, elle sortait revêtue de sa gaîne de bois et marchait dans la cour. On lui donna le nom de Xvlomarie, et on ne l'appela plus autrement dans le palais.
Un jour que la mère du prince faisait la cuisine, Xylomarie alla autour d'elle faire sa promenade. La reine , trouvant mauvais qu'elle la regardât, leva le gril et lui en donna un coup. Un autre jour que la reine préparait le four, Xylomarie alla lui tirer les bourrées ; la reine enfourna les pains, et lui donna un coup avec l'écouvillon qui lui servait à nettoyer le four. Un autre jour que la reine tissait de la toile, Xylomarie se rendit près d'elle, et lui mêla ses bobines et ses tils.
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aïo CONTES i'OPui.ArREs grecs
La reine, itripatientée, lui donna un coup de bobine. Alors Xylomarie se retira, et retourna dans son écurie. Les gens du palais se demandaient tous avec étonnement ce que cela signifiait.
Il vint une époque où l'on maria un autre prince dans un autre pays. On invita notre prince à la noce. Il partit pour s'y rendre.
Alors notre bonne Xylomarie sortit de sa gaine de bois, fit toilette, et mit pour robe le ciel avec ies étoiles ; elle monta sur un beau cheval et, une, deux, ta voilà arrivée à la noce. Quand les princes la virent, sa beauté leur fit tourner l'esprit. L'ua d'eux s'avança pour l'aider à descendre de cheval ; elle refusa ; un autre s'avança, elle refusa également ; le prince, dans te palais duquel elle habitait, s'avança h son tour, elle descendit ; il lui donna le bras, ils entrèrent, s'assirent et se mirent à parler. 11 lui demanda de quet pays elle était. Elle lui dit : a De Grilville. r Le prince ressentit pour elle un tel amour qu'il en perdait la raison. Tant que dura la noce, ils ne cessèrent de parler ensemble. Après l'avoir conduit par ci et par là, elle l'endormit sur ses genoux, lut retira sa bague du doigt, lui posa tout dou«
cément la tête par terre, puis i cheval et retourna chez elle. Le prince revint tout pensif au palais. * Quelle est donc cetie femme [se demandait-il], elle m'a dit qu'elle était de Grilville; où se trouve ce village? i II ne put répondre à cette quËsdon.
A quelque temps de là, on l'invita de nouveau à une noce. Il dit à sa mère : • J'irai, mais c'est uniquement pour voir celle qui m'a dit être de Grilville. Je veux voir si je la retrouverai. Ainsi fut dit, ainsi fut fait. Le prince alla à la noce. Xylomarie se leva de nouveau, fit toilette, mit son autre robe : la mer avec les poissons, et se rendit h la noce. Derechef unprince s'avança pour l'aider à descendre, puis un autre, il n'y eut pas moyen.
Notre princeyalla de nouveau, et elle descendit; il la prit avec lui, et ils se mirent à parler. Le prince lui dit r « Comment m'as-tu dit ?
De quel village es-tu ? « — n Je suis d'ÉcouvillonviUe, s lui dit Xylomarie. Pendant qu'ils parlaient, elle l'endormit de nouveau, lui prît sa chaîne de montre, puis le laissa aller tout doucement à terre, et partit. De nouveau aussi le prince partit et s'abandonna à ses réflexions; il se désolait et disait :
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« Qu'elle me tombe entre les mains, et )e la laisserai partir 1 » Et il lui venait des enyies de se tuer.
A quelque temps de là, il fut de nouveau invité à une noce. Il partit, mais uniquement avec l'intention de ne pas labser échapper Xylomarîe, Le prince une fois parti, Xylor marie agit de la même façon ; elle mit son autre robe : la camp^^e avec les fleurs, et se rendit à la noce. Quand le prince la vit, il courut à elle, l'aida à descendre de cheval, et la iît entrer; ils se mirent à parler. II lui dit : IX Veux-tu me dire de quel village tu es? »
• Je suis de Bobineville, ■ lui réponditelle. De nouveau elle le condubït par ci, elle le conduisit par là ; de nouveau aussi elle l'endormit sur ses genoux ; elle lui prit sa clef de montre, partit et retourna chez elle. Le prince revint au palais, et se mil au lit, malade de chagrin. Où la pourrait-il retrouver? Cette pensée lui coupa l'appétit; il ne mangeait plus rien, et restait étendu sur son lit. Un jour entre autres, pendant qu'il était malade, le reine eut l'idée de lui faire deux gSteaux. Peut-être les mangerait-il. Tandis que la reine pétrissait les
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XVLOMARIE OU MARIE A L'IIABIT DE BOrS 133
gâteaux, Xylomarîe ne cessait de rôder autour d'elle, et ne la laissait pas tranquille. La reine coupa un morceau de pâte et le lui jeta. Xylomarie le prit, retourna dans son écurie et fit trois gâteaux avec cette pâte. Dans l'un, elle mil la bague du prince, dans l'autre la chaîne, et dans le troisième la clef. Quand la reine mit ses gâteaux au four, Xylomarie alla la trouver et lui donna les siens pour les lui faire cuire. La reine entra de nouveau en colère, elle les prit cependant, et les plaça à l'une des extrémités du four, pour les lui faire cuire. Pendant que les gâteaux étaient à cuire, ils furent tous brûlés, je ne sais comment, et il ne resta que les trois de Xylomarie. La reine fut fort contrariée de ce que ses gâteaux avaient été brûlés. Que pouvait-elle faire ?
Elle prit les trob gâteaux de Xylomarie et les porta k son fils qui attendait. Le prince en prend un, le coupe pour le manger, et sa bague s'en échappe \ il coupe l'autre, il en sort sa chaîne ; il coupe le troisième, il en sort sa clef.
• Ehl dit le prince, voilà les trois objets que m'a pris à la noce cette fille pour laquelle je suis malade. Où la retrouve rai- je
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maintenant? » Il appela sa mère et lui dit : • Mère, dis-moi qui a fait ces gâteaux ? »
a C'est moi, mon fils, b lui dit-elie.
« Non, Dis-moi la vérité. »
Sa mère eut peur, car elle ne savait pas ce que Xylomarie avait mis dans les gâteaux.
Peut être était-ce quelque ordure; elle l'ignorait elle-mSme, Son fils la questionna une seconde fois, et elle lui dît la vérité : «-Xylomarie est venue, je lui ai donné un morceau de pâte, elle l'a pris et est retournée dans son écurie. Ensuite elle m'a apporté trois gâteaux pour les lui faire cuire ; je les lui ai mis au four ; le hasard a voulu que tous mes gâteaux fussent brûlés et qu'il ne restât que ceux de Xylomarie. Que devais-je faire pour que tu pusses man^r un peu? Je me suis décidée à te les envoyer, B
A l'instant même, te prince se sentît guéri ; il quitta son Ut, s'habilla, descendit à l'écurie et attendît l'heure oîi l'on apportait de la nourriture à Xylomarie. Quand on lui eut apporté des aliments,. elle ouvrit la gaine de bois pour les prendre, ainsi qu'elle le faisait chaque jour. Le prince la vit et lui dit :
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■ Ah ! tu es ici I ■ Puis il la prit et l'introduisit dans le palais. Ils se marièrent, et leurs noces furent accompagnées de réjouis-
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