‹ Recueil de contes populaires grecsChapitre 43 sur 53 · NI BIEN NI MAL · texte numérisé non relu

NI BIEN NI MAL

IL était une fois un roi qui avait une fiile et un fUs. Le père était très vieux et allait bientôt mourir. li appela sa fille et son fils et il leur dit de ne faire ni bien ni mal, sinon qu'il leur laissait sa malédiction dans ce monde. Quand leur père fut mort, les deux enfants restèrent seuls; ils observaient la recommandation paternelle et ne faisaient ni bien ni mal. Un jour le frère prit sa sœur et la conduisit k la promenade. Tandis qu'ils se promenaient, ils entendirent sortir d'un buisson les vagissements d'un enfant. Ils s'approchèrent du buisson, et aperçurent dedans un enlant qu'on y avait jeté. La jeune fille, émue de compassion, voulait le prendre ; mais son frère s'y opposait en disant : n Ne te rappelles-tu pas la malédiction de notre père ? »

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Mab la jeune fille fut tellement touchée et elle pria tant son frère avec larmes de la laisser emporter l'enfant, afin qu'il ne fût pas mangé par les bêtes sauvages, que le jeune homme, qui refusait d'abord, le laissa enfin prendre à sa sœur pour lui faire plaisir. De retour chez eux, ils prirent une nourrice et élevèrent la fillette. Elle grandit, et la sceur l'aimait beaucoup. Quand elle eut seize ans, la jeune fille dit k son frère de la prendre pour femme, et celui-ci l'épousa.

Cependant il aimait plus sa sœur que sa femme. Le soir, quand il revenait de son ouvrage à la maison, il embrassait sa sœur avant d'embrasser sa femme. Cette dernière devint jalouse de la sœur de son mari, et voulait la chasser. Que fit-elle donc? Elle prit des œufs de serpent, les fit cuire dans la poêle et les lui donna à manger. La jeune fîlle les mangea, et son ventre commença i gonfler et à s'arrondir. Alors la femme dit à son mari : « Vois donc ta sœur, comme elle a te ventre, elle doit être enceinte! * Et son frère ne voulait ni la voir, ni la laisser se mettre à table. La femme disait à son mari :

d II faut que nous la tuions, a Et ils envoyèrent un homme de la maison avec elle

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dans la montagne, comme pour la promener, Quaad ils furent loin, la jeune fille lui dit ; a Où me conduis-tu dans ces endroits sauvages ? » Cet homme eut pitié d'elle, et il lui dit : n Que vous dirai-je, ma reine ? Votre frère m'a dit de vous tuer. « Alors celle-ci lui dit : ( Ne serait-ce pas dommage de me tuer? Laisse-moi plutôt dans cette montagne, et que les bêtes me mangenil ■

Ému de compassion, cet homme la laissa, et, de retour à la maison, il dit qu'il l'avait tuée. Quant ii la jeune fille, elle se prit à pleurer et s'en alla dans les montagnes désertes. Elle aperçut de loin un berger qui paissait ses brebis. Elle alla auprès de lui, et, quand le berger la vit, il lui dît : « Gomment te trouves-tu ici ? Viens-tu pour que je te prenne avec moi et que je t'adopte pour fille, car je n'ai qu'un fils? •

« Je ne suis pas venue exprès pour cela, > dit la pauvre fille.

Le berger la prit cependant dans sa taaïson, et la jeune fille se mit aussitôt à laver leurs habits et à les rapiécer. Et ils l'aimaient beaucoup.

Un jour, le bei^er lui demanda à la suite de quoi son ventre avait grossi. L'infortunée

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ne savait quoi répondre. Alors le berger lui dit qu'il pouvait la guérir. Il iît bouillir une ctiaudronnée de lait, pendit la jeune fille à un arbre au-dessus du chaudron, et la vapeur du lait lui fit rendre des serpents par la bouche, et elle se trouva gue'rie.

Son frère fut tellement afiligé du crime qu'il avait commis en la faisant mettre à mort, qu'il tomba malade de chagrin. Sa maladie consistait en trois branches qui lui étaient poussées sur le cœur. 11 envoya dans toutes les villes un crieur pour dire que quiconque saurait des contes allât les lui raconter afin de passer son temps. Sa sœur entendit le crieur et dit au bêcher : ■ Père, allons, nous aussi, dire un conte. Seulement mettez-moi des habits de pâtre, et que ton fils vienne avec moi. •

Quand Us furent arrivés dans la chambre du roi, la jeune fîlle lui dit : « Nous sommes venus dire un conte. >

a Bravo, répondit le roi, dites-le. »

« Je vous dirai le conte, répondit la jeune fille, mais il faut que la porte soit fermée et qu'on ne l'ouvre pas avant la fin. »

Elle commença donc et lui narra le présent conte depuis le commencement jusqu'à

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la fin. Et, tout en racontant, elle disait :

■ Si )e dis la vérité, ô mon roi, que l'un des rameaux qui est sur votre cœur se casse, * et aussitôt il se cassa. La reine, entendant raconter cette histoire, cherchait à sortir; mais la jeune fille l'en empêchait, et, tout en débitant le conte, elle disait : ■ Si je dis la vérité, qu'un autre rameau se casse! • De cette façon les trois rameaux se cassèrent.

Le roi, tout en l'écoutant, se disait que ce conte devait être l'histoire de sa sceiir. A la fin, elle se fît connaître; son frère la prit dans SES bras et l'embrassa. Ensuite il demanda à ceux qui se trouvaient là ce qu'il fallait faire à sa femme, alors tous dirent qu'il fallait l'attacher à la queue d'un cheval et la traîner de façon à laisser à toutes les portes un lambeau de sa chair. Ainsi fit-il.

Et il maria sa sœur avec le fils du berger. Il fit du père et du fils de grands personnages, et ils vécurent tous ensemble dans le palais, au sein de l'affection et du bonheur.

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