‹ Recueil de contes populaires grecsChapitre 53 sur 53 · LA BOULANGERS · texte numérisé non relu

LA BOULANGERS

Alors la boulangère lui répondll sans perdre de temps :

J'ai donné la tourte et j'ai reçu la bénédiction;

U11 mi i'âpouMrii,

El trois boisKRiix de ad Sur loa fronl je broierai ; J'y en ai déjà broyé un, 11 ne Ene reste plus maintenant que les deux autres

Quand le roi entendit cela, il se trouva embarrasse ; il se creusait la tête à chercher ce que signifiaient ces paroles. Il se plongea dans de telles réflexions qu'il résolut de faire un nouveau voyage, afin de se distraire un peu l'esprit. Cette fois, il voulut aller à Ichristan. Quand la boulangère l'apprît, elle se rendit de nouveau sur le bord de la mer, et dit : « Viens, bénédiction de mon père et de ma mère, afin que je me trouve à Ichristan. 1) Et elle y alla sur son tapis. Elle y loua une grande maison qu'elle meubla, et elle fit toilette. Le roi arriva ; i! la vit et ne la reconnut pas plus que la première fois ; il en devint amoureus et fit avec elle un second garçon, qui reçut le nom d'Ichristan. Quand le roi voulut retourner dans sa ville, il laissa

pour signe sa montre à cet enfent, et s'en alla. La boulangère laissa aussi son fils à une nourrice, et, grâce au tapis, elle retourna chez elle.

Quelque temps après, le roi revint dans son palais, et se mit à la fenêtre. Quand il vit la boulangère en face, il voulut de nouveau la taquiner, pour voir ce qu'elle lui répondrait, et il lui dit :

Tu as donné la tourte et tu as reçu la bénédiction :

Mais celle-ci lui répondit sans perdre de temps :

J'ai donné la tourte et )'ai reçu la bénédiction;

Un roi j'fpouKni,

m front je broierai :

ai déjil brsyé deai, m'en reslc plus qu'un.

lua ainsi pendant deux ou trois jours et chaque fois il la taquinait.

Mais, finalement, irrité de la réponse de la

boulangère et incapable de comprendre de quelle façon elle pouvait lui avoir broyé deux boisseaux de sel sur le front (l'imbécile ne comprenait pas que la boulangère voulait parler des enfants), il commença de nouveau à être mélancolique et à ne vouloir ni boire ni manger, de sorte que ses médecins, craignant pour sa vie, firent une consultation, et décidèrent que son seul salut était de se mettre en voyage pour une autre fois. Le prince suivit le conseil de ses médecins, et, cette fois-ci, il partit pour Constantinople.

Quand !a boulangère sut où allait le roi, elle se rendit sur le bord de Ja mer, et, grâce il son tapis et à la bénédiction de ses parents, ' elle arriva en un instant à Constantinople. Là, elle fît comme les autres fois, Elle loua une maison dans le plus beau quartier, comme qui dirait à Péra ; elle se para et se tint toute la journée à sa fenêtre. Il advint que le prince passa par là ; il la vît, elle lui plut, et il l'aima sans la reconnaître non plus cette fois-là. La boulangère le reçut chez elle, et eut de lui un troisième enfant, mais une fille cette fois , qu'elle appela Constant! nopoli ta i ne

Au bout d'un certain temps, le prince par-

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17° CONTBS POPULAIRIS GRKCS

dt et laissa, k son départ, un solitaire à sa fille. La boulangère donna sa fille à une nourrice, et, une, deux, grâce à son tapis, elle fut bientôt arrivée chez elle. Quand le roi fut arrivé, il alla de nouveau k la fenêtre, et, lorsqu'il aperçut la boulangère en fece de lui, il ne put se contenir, et lui répéta :

Tu as donné la tourte et tu as reçu la bénédiction ;

La boulangère lui répondit a

J'ai donné la tourte et j'ai reçu la bénédic-

Gette fois, le roi fut tellement irrité de cette réponse, qu'il ordonna à l'instant de prendre la boulangère et de la descendre dans un puits sans eau, et de lui jeter là pour manger les balayures des mets du palais. >

Du fond de son puits sans eau, la pauvre

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LA BOULANGERE I7I

boulangère fit venir ses enfants ; elle les lava, les peigna, les revêtit de beaux habits, remit à Ale'pien le poignard, à Ichrtstan la montre, et à Conslantinopolitaine le solitaire, que le roi leur père leur avait donnés. Ensuite elle les envoya à la promenade royak , après leur avoir expliqué ce qu'ils avaient à faire. Quand les enfants virent passer le roi à cheval près d'eus avec ses courtisans, ils dirent tous ensemble assez haut pour que le prince les entendît ; a Alépien, Alepien, Ichristan, prends notre sœur Constantinopolitaine, de peur que le cheval de notre père ne marche sur elle! «

Quand le roi entendit les noms des enfants, et les mots le cheval de notre père, il demeura interdit et ne sut quoi penser. Il les envoya aussitôt chercher et leur demanda à qui ils appartenaient.

Ceuï-ci lui dirent qu'ils étaient ses trois enfants, l'un né à Alep, l'autre à Ichrtstan, et le troisième h Gonstantinople.

Et oïl est votre mère ? «

Ils lui dirent que leur mère, sa femme, était la boulangère d'en face, qu'il avait fait jeter dans un puits sans eau. Alors le roi comprit ce que signifiaient les trois boisseaux

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de sel ; il ordonna aussitôt de tirer la boutaagère du puits sans eau, de lui faire prendre un bain, de la parer, et de la conduire avec honneur au palais royal. Ils célébrèrent le mariage, avec des réjouissances et des divertissements magnifiques; et ainsi se vérifia la bénédiction de la pauvresse.

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