LE LANGAGE DES ANIMAUX
père, il t’offrira tout ce que tu voudras, de l’or et de l’argent; 11’accepte pas et demande seulement de comprendre le langage des animaux; il ne t’accordera pas cette faveur du premier coup ; mais il finira par y consentir.
Ils entrèrent dans le palais; le vieux serpent, quand il vit son fils, s’e'cria :
— Ah ! mon enfant ! où as tu été si longtemps?
L’autre raconta le danger qu’il avait couru et comment il avait été sauvé. Le père alors se tourna vers le berger et lui dit :
— Mon fils, quelle récompense veux-tu que je te donne ?
Le berger répondit : Je ne demande qu’à comprendre le langage des animaux.
Le roi des serpents lui dit : Cela n’est pas fait pour toi. Si je t’accorde ce don et que tu te vantes de l’avoir devant quelqu’un, tu mourras à l’instant. Demande-moi autre chose.
— Je ne veux rien autre, répliqua le berger. Accorde-moi cette faveur, sinon adieu.
Et il se mit en devoir de partir.
— Attends, cria le roi des serpents, reviens. Puisque tu y tiens, je te l’accorde. Ouvre la bouche.
Contes slaves
Le berger ouvrit la bouche et le roi des serpents lui cracha sur les lèvres, puis il lui ordonna de cracher sur les siennes. Et ils crachèrent ainsi par trois fois.
Quand cette cérémonie fut finie, le roi des serpents dit au berger :
— Tu as maintenant ce que tu désirais ; va-t’en en paix; mais garde-toi d’en rien dire à personne ; sinon, tu mourras.
Et le berger s’en alla. En repassant par la forêt, il comprenait ce que disaient les oiseaux dans. les arbres et les insectes dans les herbes, tout en un mot. Arrivé auprès de son troupeau, il le trouva au complet et s’assit pour se reposer. Survinrent deux corbeaux qui se posèrent sur un arbre voisin et se mirent à converser en leur langue :
— Si ce berger savait que là où est couché son agneau noir, il y a dans la terre un caveau plein d’or et d’argent, il le déterrerait.
Ayant entendu ces paroles, le berger alla dire la chose à son maître; ils attelèrent une voiture et déterrèrent le trésor. Le maître était un homme pieux; il donna le tout au berger : C’est Dieu, dit-il, qui te l’a envoyé. Va, bâtis une maison, marie-toi et vis heu¬
reux.
LE LANGAGE DES ANIMAUX I l3
Le berger, en peu de temps, devint si riche qu'il n’y avait personne de plus riche ni dans son village, ni dans les villages voisins. Il avait des bergers, des bouviers, des porchers, des garçons d’écurie en quantité. Un jour il ordonna à sa femme de préparer du vin, de l’eau-de-vie et tout ce qu’il fallait pour la fête du lendemain. Il voulait, le lendemain, aller trouver ses bergers et les régaler pour qu’iis se réjouissent aussi. Sa femme fit tout ce qu’il avait ordonné.
Le lendemain, ils se levèrent, préparèrent tout, et allèrent les trouver : Mes enfants, dit le maître réunissez-vous, asseyez-vous, mangez et buvez ; c’est moi, cette nuit, qui garderai les troupeaux. Ils firent comme il disait et il alla auprès des troupeaux et s’endormit.
Survinrent des loups qui se mirent à hurler et parler dans leur langue. D’autre part, les chiens aboyaient et hurlaient dans la leur. Les loups disaient : Si nous pouvions étrangler quelque pièce de bétail. Les chiens leur répondirent : Venez, nous nous régalerons avec vous.
Mais, il y avait parmi eux un vieux chien qui n’avait plus que deux dents. Il dit
CONTES SLAVES
aux loups : Tant que j’aurai ces deux dents, je ne vous permettrai point d’approcher pour faire tort à mon maître.
Le lendemain au jour, le maître appela les bergers et leur ordonnade tuer tous les chiens, hormis le vieux brèche-dent. Les serviteurs eurent beau intercéder : Ne fais pas cela, maître. Pourquoi? C’est un péché. — Faites, répondit le maître, comme je vous ai ordonné et non autrement.
Puis il partit avec sa femme, lui sur son cheval, elle sur sa jument. En route, le cheval dépassa la jument, se mit à parler en sa langue et lui dit : Va donc plus vite. Comme tu te traînes!
— Eh ! mon frère, cela t’est très facile à dire; tu ne portes qu’un cavalier; moi, j’en porte trois; la maîtresse, l’enfant qu’elle a dans son sein, et un poulain qui est dans mon ventre.
Le maître, en entendant ces paroles, éclata de rire et se retourna ; la femme vit qu’il riait; elle pressa la jument, rattrapa son mari et lui demanda pourquoi il avait ri.
— Quelque chose, dit-il, m’a. passé par l’esprit.
Cette réponse ne la satisfit pas; elle se mit