LE LOUP NIGAUD I 6 I
Il y a un pourceau qui broute, mange-le.
Le loup s’en va.
— Bonjour, pourceau ; Dieu m’a dit de te manger.
— - Qui donc es-tu, toi qui vas me manger?
— Un loup.
— Tu mens; tu es un chien.
— Non, un loup.
— Comment un loup n’aurait-il rien à manger ?
— Rien absolument.
— Eh bien, écoute! Assieds-toi sur moi, je te mènerai- au village; on élit en ce moment les autorités, peut-être te choisira-t-on.
— Parfaitement; mène-moi.
Il s’assied sur le cochon; on arrive au village; le pourceau grogne; le loup a peur.
— Pourquoi cries-tu ainsi?
— Je convoque l’assemblée pour ton élection.
Les paysans sortent de chaumière, qui avec un fléau, qui avec une pioche, qui avec une pelle... On tombe sur le loup; il détale à grand’peine.
Il s’en va tout droit chez Dieu et recommence son refrain :
— Seigneur miséricordieux...
— Va-t-en là-bas, lui dit le Seigneur; un tailleur passe sur la route, attaque-le et mange-le.
11 s’en va : il tenait à peine sur ses pattes. Il arrive sur la grand’route.
— Eh! bonjour l’homme.
— Bonjour.
— Dieu m’a dit de te manger.
— Qui es-tu pour me manger?
— Un loup.
— Tu mens; tu es un chien. Tu es trop petit pour un loup. Laisse-moi te mesurer.
Il empoigne la queue du loup, la tourne autour de sa main, tire dessus .. le loup est hors d’haleine. Le tailleur arrache la queue.
— Une archine ' de long, dit-il.
Fou de douleur, le loup se sauve.
— Cette fois je n’irai plus chez Dieu. Je vais aller trouver mes confrères les loups.
Il leur raconte ses mésaventures, et loups de courir après le tailleur. Que faire ? Le tailleur aperçoit un arbre, grimpe dessus. Voilà les loups furieux, ils entourent l’arbre en grinçant des dents.
i. Mesure russe valant environ 70 centimètres.