‹ Recueil de contes populaires slavesChapitre 30 sur 47 · LA DANSE DU DIABLE · texte numérisé non relu

LA DANSE DU DIABLE

(conte polonais)

ne veuve avait une fille et une belle-

LJ fille; toutes trois étaient obligées de travailler pour vivre ; pendant tous les printemps et l'été, elles allaient bêcher dans les

Jardins ou moissonner dans les champs ; le reste du temps, elles filaient. Au commencement de l’hiver, la mère avait reçu une grande quantité de lin à filer. A cette époque, ^es jeunes filles du village allaient les unes chez les autres, et tantôt chantant, tantôt racontant des histoires, elles charmaient les heures du travail. Mais, comme nos deux ouvrières n’étaient pas sœurs par le sang, elles

CONTES SLAVES

n’allaient jamais ensemble à la même veillée; l’une allait à droite, l’autre à gauche.

A l’une des extrémités du village, il y avait une chaumière abandonnée. Un soir, la bellefille, en allant à la veillée, vit de la lumière dans cette chaumière ; elie entra par curiosité. A peine avait-elle franchi le seuil qu’un jeune seigneur, fort élégamment vêtu, la prit par la taille et voulut la faire danser. Elle eut si peur qu’elle fit le signe de la croix.

Le beau danseur la lâcha aussitôt, mais il la pria fort courtoisement de bien vouloir s’asseoir et filer; il l’aiderait, disait-il, et si adroitement que jusqu’à minuit aucune fille n’aurait autant filé. En effet, elle se mit à filer, et, bien avant minuit, sa tâche était achevée.

— C’est fini, la belle fille, lui dit le gentilhomme. Allons, dansons un peu.

— Je ne danserai pas avant de m’être reposée et d’avoir mangé un peu.

Le beau cavalier courut aussitôt lui chercher toutes sortes de friandises. Quand elle eut mangé, il lui dit :

— Tu as filé et mangé, dansons maintenant.

— Merci, lui dit-elle, j’ai filé, mangé ; mais je ne danserai pas avant d’avoir bu.

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