LES DEUX FRERES 20~J
L'aubergiste prit ses jambes à son cou et courut chez le roi,
— Nous avons ici, dit-il, le premier médecin du monde. Il vit chez moi à l’auberge.
Le roi, enchanté, ordonna de faire venir Janko le Cendrillot.
Janko vint, et fit prendre à la princesse un verre d’eau merveilleuse, et aussitôt elle se sentit mieux. Peu de jours après elle guérit.
Mais elle n’avait aucune envie d’épouser le médecin Janko. Ses parents la pressaient d’accomplir la royale parole qu’ils avaient donnée au premier médecin du monde. La princesse résistait.
— Soit, dit Julienne, je l’épouserai, mais h condition qu’il accomplira trois choses que je lui dirai.
— Bien, répondit Janko; si ces choses sont possibles et si Dieu me vient en aide, je les accomplirai.
La princesse fit deux sacs de petites graines de pavot et deux sacs de cendres. Elle mêla le pavot et les cendres, et dit :
— Janko, d’ici à demain matin, sépare le pavot des cendres, et je suis à toi.
Janko était fort inquiet. A peine, chez lui,
CONTES SLAVES
savait-il écosser des haricots, et on lui donnait un tel travail à accomplir ! Que faire?
Il s’en alla dans la prairie, et se mit à pleurer comme un enfant, priant Dieu de lui venir en aide.
Tout à coup les fourmis s’empressent par milliers autour de lui :
— Ne désespère pas, Janko; tu nous es venu en aide autrefois; nous allons te le rendre aujourd’hui; d’ici à demain matin, nous aurons séparé le pavot de la cendre.
En effet, les fourmis se mirent à l'œuvre, et, le lendemain matin, tout était fini.
La princesse fut bien étonnée et même affligée. Elle ne voulut pas encore épouser Janko, et dit à ses parents qui l’y engageaient :
— C’est bien, c’est bien; nous irons à la noce, mais seulement quand Janko m’aura rapporté du fond de la mer la perle la plus précieuse.
Janko se résolut encore à la satisfaire ; il alla au bord du lac et pleura amèrement. Toutàcoupun poisson saute hors de l’eau et lui dit :
— Janko, pourquoi pleures-tu ?
— Comment ne pleurerais-je pas? répond