LE RENARD ET LE LOUP
Ils viendront eux-mêmes se prendre à ta queue.
Le loup alla sur la rivière et fit ce que le renard lui avait conseille*. Le renard le suivit, en répétant ces paroles : « Que le ciel soit clair, soit clair! Que la queue du loup gèle, gèle! »
— Qu’est-ce que tu dis, frère?
— Je t’aide.
Et le malin renard répétait : « Que la queue du loup gèle, gèle! »
Le loup resta toute la nuit sans bouger près du trou, si bien que sa queue gela; à la fin, il voulut s’en aller, mais il n’v avait pas moyen.
— Que j’ai pris de poissons! pensait le loup ; je ne peux pas même les tirer del’eau.
Mais voici que les femmes du village viennent chercher de l’eau.
— Au loup ! au loup ! Il faut le tuer !
Elles commencèrent à taper dessus, qui
avec son bâton, qui avec son seau, chacune avec ce qui lui tombait sous la main. Le loup saute, bondit ; il arrache sa queue et se sauve sans regarder en arrière.
— C’est bon, se dit-il, tu me payeras cela, mon frère le renard !
CONTES SLAVES
Tandis qu;il cherchait à se consoler ainsi de ses peines, le renard était en train de chercher s’il ne pourrait pas encore escroquer quelque chose. Il se glissa dans une chaumière où les femmes étaient occupées à cuire des crêpes, se fourra la tête dans un seau de pâte, se la barbouilla bien, et se sauva. — Le loup le rencontra :
— Voilà donc tes leçons, drôle ! On m'a mis tout en marmelade.
— Eh! mon pauvre petit frère, chez toi, ce n’est que le sang qui a coulé; chez moi, c’est la cervelle. On m’a encore bien plus rossé que toi : regarde, j’ai peine à me traîner.
— C’est vrai, dit le loup; où vas-tu? Vraiment tu me fais peine, et je te pardonne. Assieds-toi sur moi, je te porterai.
Le renard s’assit sur le dos du loup, qui le porta. Et le renard chantonnait tout doucement : Celui qui a été battu porte celui qui n’a pas été battu.
— Qu’est-ce que tu chantes, frère ?
— Je chante : Celui qui a été battu porte celui qui a été battu.
— Ah! c’est bien vrai, frère.