PREFACE
La conversion de trois proies tans qui se sont dévoués au service de l'Eglise, dans le désir de gagner des âmes à Jésus - Christ , sont des événemens trop précieux à la religion , pour n'être pas mis sous les yeux de tous ceux qui sont vivement touchés de ses gains et de ses pertes. L'Eglise, qui pleure amèrement celle des enfans dont elle est abandonnée , et qui ne peut s en consoler tant qu'elle les sait hors de son sein , tressaille de joie lorsqu'elle les voit revenir entre ses bras. C'est la destinée de cette tendre Rachel , de s'affliger et de se réjouir ainsi tous les jours, parce que tous les jours l'incrédulité lui enlève quelques-uns de ses enfans, comme tous les jours elle en acquiert dans la personne de ceux qui , du schisme ou de l'hérésie , viennent s'humilier à ses pieds , en la reconnoissant pour leur unique mère. Mais
YJ PREFACE.
entre ceux qu'elle regagne sur les sectes qui y en là désertant y ont conspiré contre Dieu et son Christ , il s'en trouve dont le retour présente des traits plus remarquables et plus frappans. Tels sont les néophytes dont on fait ici Thistoire.
La relation de la conversion de M. Thayer est connue depuis dix ans. On l'a jugée si édifiante , qu'elle a été imprimée en anglais , en français , en italien et en espagnol. Les fruits qu'elle a opérés déjà font espérer que plus elle se répandra y plus elle en produira de nouveaux. Cet ancien ministre protestant , aujourd'hui prêtre et missionnaire apostolique , étoit , il y a quelques années , une branche morte de l'olivier franc , qui appartenoit à l'olivier sauvage. La grâce , après l'avoir entée sur sa première racine , en a fait une branche vivante, sur laquelle ont été entés déjà plusieurs rameaux étrangers y qui ne sont plus nourris maintenant que de la sève de la plus pure doctrine.
C'est pour la cinquième fois qu'on imprime sa, relation. Dans les éditions précédentes , elle se terminoit au second voyage qu'il fit
Paris , lorsqu'il eut quitté Rome où Dieu
PREFACE. vT]
l'avoit éclairé et fait enfant de son Eirllse, Pins on a été satisfait de la lectnre de cette relation , plus on a désiré être instruit de la vie qu'il a menée depuis son retour en France jusqu'à son départ pour rAmérique. C'est ce qu'on trouvera dans cette nouvelle édition. On y Terra encore Faccueil qu'on lui a fait à Boston y et les succès du ministère qu'il y rempli.
Son histoire et celle des deux jeunes protestans qui , après avoir embrassé la vraie foi, ont été appelés à l'état ecclésiastique , est suivie , dans ce recueil , de plusieurs autres conversions , dont la première opérée dans la personne de mademoiselle Pitt , et la seconde dans celle de madame Wilson , toutes deuz anglaises , sont déjà connues. Quelques autres n'avoient pas encore vu le jour. Elles sont trop curieuses et trop édifiantes pour ne pas avoir leur place dans ce recueil. Toutes présentent des traits de la grâce , où un esprit droit ne peut méconnoître l'opération de l'Esprit de vérité. Celle de M. de Haller en particulier offre trop de preuves de l'action de la divine Providence , pour que les détails n'en soient pas accueillis avec le plus vif in-
viij PREFACE.
térêt. Enfin , pour complëler autant que possible l'ouvrage que Ton présente aux fidèles, et contribuer de plus en plus à l'édification des âmes pieuses et zélées , on a cru devoir faire à cette nouvelle édition des additions assez considérables ; elles se composent , i .° d'une lettre de M. de Haller à M. Paul Latour , ex-ministre réformé , pour le féliciter de son abjuration ; 2.° de la relation du retour à la religion catholique du duc et de la duchesse d'Anhalt-Coethen ; 3.° d'une lettre de N. S, P.
Pie Vil au prince Frédéric- Auguste-Charles, pour le féliciter de son retour à l'Eglise universelle ; 4'° d'une lettre de M. Jean- Daniel Tourn , à son père , sur les motifs de son retour à la religion catholique. Dieu veuille que ceux d'entre les protestans qui liront cet ouvrage, ne ferment pas plus long-temps les yeux à la lumière , et suivent les secrètes inspirations qu'un tableau si lumineux et si frappant , dans tous les personnages qui le composent, ne peut manquer de faire naître dans leur cœur !
On exhorte les pasteurs des âmes à le mettre dans les mains de ceux qu^ils ont
pAÉï'ace. it
)a douleur de voir habiter au milieu de leurs brebis , sans être de leur troupeau.
Lisez , peuvent-ils leur dire , mais lisfez avec le désir sincère de connoître la vérité , et dans la disposition de vous rendre à elle dès que vous l'aurez connue ; et vous croirez comme les enfans dociles de TEglise dont on vous présente l'histoire : quorum intuentes-exitumeorwersationis y imitamini jxdem*
Les livres de cbntrèterse dont lès théo^ logiens ont enrichi nos bibliothèques ^nt un puissant moyen , sans doute , de ramener ffli berçait les brebis égarées ; mais on sait que les exemples font plus d'impression que les raisonnemens ; et la réunion des faits que l'on met ici sous les yeux des ennemis de l'Eglise romaine , qui ne le sont que par le malheur de la naissance ou les préjugés de l'éducation , est capable de persuader avec autant d'efficacité que de douceur et de ménagement l'esprit le plus prévenu.
On ne sauroit donc trop recommander aux disciples de Luther et de Calvin la
TREFACE.
lecture de cette collection , ne ful-ce que pour oflfrir à leur vive curiosité de quoi la captiver par la nature des éyéneistens qu'elle renferme. Plusieurs , peut-être , après l'avoir parcourue en curieux , fîniroût - ils par se prosterner la face contre terre , et dire , en adorant la main invisible qui aura fait tomber le voile de leurs yeux : Mon Seigneur et mon Die^ y je crois à voire Eglise ; venez à mon secours , et faites qùè je croie davantage. Credo , Domine , adjui^a incredulitatem m^am (i).
Paroles qui présen];e;^t le vw cî^r^ctèrç de \à conversion de M. Thayer. Elle commença par des démarches de siniple curiosité , et acquit , par l'évidence des faits , une solidité proportionnée à la nature <le sa conviction. Le fait suivant en fournira la preuve..
Lorsqu'il eut donné la première édition de sa relation , un ministre de la religion anglicane lui écrivit qu'il Tentendoit avec étonnement, dans cet âge éclairé, parler de la cure miraculeuse d'une religieuse.
(i.) Marc , 9 , 23.
phéface. xj
Il lui répondit : «c Des faits , monsieur , » sont des faits dans un âge éclairé aussi » bien que dans un âge d'ignorance; et w les preuves de faits que nous n'avons » point VUS nous - marnes , sont toujours » les mêmes ; c'est-à-dire le témoignage » des hommes. Je vous prie d'observer )> que dans un âge éclairé tel que le nôtre , r> il est bien plus difficile de faire croire » au monde de fûux miracles , à cause de » la facilité de découvrir leur fausseté.
yy Cependant , c'est précisément dans ce » temps que l'Eglise propose au public y> une infinité de faits pareils , et cela à « Rpiîâé 5 le point de réutiioh des curieux y> et critiques de toutes les nations de » protestans et de catholiques, Rome où » les discussions les plus ouvertes et les >) plus hardies sont aussi libres que dans » toute autre partie du monde ( j'en appelle » ici à tous les Anglais qui sont allés dans î> cette ville ) ; et elle défie les critiques >> les plus subtils d'affoiblir leur réalité. » De tels faits, monsieur, doivent être « crus , ou il faut mettre fin à toute foi w humaine. Puisque les protestans mettent » ainsi en question le témoignage humain
Xlj PREFACE.
y> le plus grand possible , sur des faits si
y> publics et en* même temps si impor-
» tans , je ne m'étonne plus qu'un de vos
» savans entreprît de prouver que tous les
» miracles de TEvangile étoient faux. Il
» fut au moins plus conséquent que ses
» frères , car il raisonna de Jla sorte : »
# L'Eglise romaine se vante de miracles » aussi grands que ceux qui sont rapportés » dans l'Evangile , et les prouve par une T» infinité de témoins compétens : nous re- » jetons ceux-ci ; donc , pour être consé- » quens , il nous faut aussi rejeter ceux » de TEvangile , qui également sont apr » puyés sur le témoignçige des hommes, »
RELATION
RELATIOiV
DE LA
CONVERSIOIV DE M. THAYEB,