‹ Recueil de conversions remarquables nouvellement opérées dans quelques protestantsChapitre 15 sur 22 · PROTESTANTE ANGLAISE · texte numérisé non relu

PROTESTANTE ANGLAISE

Lettre écrite de Boulogne sur mer , à un Directeur du grand séminaire de Saint- Sulpice de Paris. ^

« Monsieur ,

» Je vous envoie la relation que je vous avois promise. J'aurois pu la rédiger plus tôt ; mais , vous le savez , les événemens singuliers enflamment souvent l'imagination. Comme je me défie de la mienne, j'ai voulu lui donner tout le temps de se refroidir. J'en serai moins exposé à défigurer les faits par des exagérations qui pourroient bien ajouter au merveilleux qu'ils présentent , mais qui par-là même ne feroient qu'affoiblir la croyance qu'ils méritent. Je crois donc pouvoir vous répondre de mon exactitude la plus scrupuleuse à vous rendre l'oeuvre de la droite du Seigneur , dont j'ai été plus que le témoin , selon la vérité. J'ai au reste

assez de garans de ma fidélité , pour vous envoyer cette relation avec la plus grande confiance de n'essuyer aucun reproche d'in^ vention ou d'embellissement. Veriiatem dico , non mentior (i).

Catherine Wilson ( c'est le nom de la dame convertie), d'une.famille honnête , originaire de Londres , et élevée dans les principes de It religion anglicane , avoit adopté dès son enfance , et jusqu'à la révolution dont je vais vous tracer l'histoire , avoit cru toutes les calomnies dont les protestans ne cessent de noircir la religion catholique et de charger l'Eglise romaine. Peu zélée toutefois pour sa secte , elle en négligeoit beaucoup les exercices , et assistoit rarement aux prêches. Elle a même avoué que jamais elle n'avoit fait la cène. Engagée dans le mariage , elle essuya de bonne heure plusieurs accidens qui donnèrent atteinte à sa fortune. Après avoir délibéré sur le parti qu'elle prendroit pour tâcher de la rétablir , elle conçut avec son époux le dessein de quitter sa patrie et de se transporter aux Pays-Bas autrichiens. Cétoit le lieu qui lui donnoit le plus à espérer les ressources qu'elle cherchoit. Mais que la divine Providence est admirable dans ses voies ! Elle la conduisoit dans une terre étrangère pour lui

(») I. Tira. 2 , 7.

offrir d'autres richesses que celles dont elle x-egrettoit la perte , et la mettre en possession d'un trésor que les revers de la fortune ne poudroient lui ravir. Elle se fixa à oruxelles. La curiosité lui fit parcourir les édifices de cette ville , les plus riches en monumens remarquables. Etant entrée un jour dans une église qu'elle croyoit être sous l'invocation de la trèssainte Vierge , elle sentit en elle-ïnême une impression qu'elle n'avoit jamais éprouvée , et conçut , sans pouvoir s'en défendre , un grand désir d'embrasser la religion catholique. Quelque violent que fût d'abord ce mouvement secret , elle le combattit avec tant d'opiniâtreté , qu'elle vint à bout de l'étouffer dans son cœur: non que la réflexion lui eût fourni aucun motif raisonnable pour mépriser cette impression qu'elle ressentoit , mais le préjugé ordinaire lui tint lieu de raisons. Pourquoi , se disoit-lle à elle-même , pourquoi meferois-je catholique , puisque ma mère est protestanfe F

L'idée néanmoins de se faire catholique demeura si profondément gravée dans son esprit , que , malgré la résistance qu'elle lui opposoit , elle se réveilla souvent , jusqu'à la jeter enfin dans une inquiétude et un trouble dont , au bout de quelque temps , elle ne fut plus la maîtresse. Combattue d'un côté par les poursuites ' secrètes de la grâce , retenue de rauti:e par le préjugé de la naissance et de l'éducation , tantôt

( 264 ) elle vouloit être catholique , et tantôt elle vouloit demeurer protestante. Durant plusieurs mois elle flotta ainsi entre ces deux mouvemens contraires , sans jamais oser rompre les liens qui Fattachoient à la religion de ses pères. Plusieurs fois la grâce lui livra des assauts auxquels son cœur étoit au moment de se rendre ; toutes les forces lui manquoient pour lutter davantage ; mais autant de fois le démon gagna sur elle de remettre la première démarche au lendemain. '

Il falloit à cette ame rebelle un de ces coups que la main de Dieu a portés tant de fois sur celles que sa voix intérieure ne pouvoit attirer à lui. Il la frappa d une maladie qui la força de méditer plus sérieusement que jamais sur les moyens de faire son salut. Ayant alors tout le loisir de se livrer à ses réflexions, elle se sentit de nouveau fortement pressée d'embrasser notre religion , quoiqu'elle n'en eût qu'une connoissance vague et superficielle. Mais elle n'eut pas encore le courage de prendre une détermination. Le moment de sa conversion n'étoit pas encore venu. Lorsqu'elle fut rétablie , Dieu , qui vouloit ramener cette brebis égarée comme malgré elle , et qui sembloit vouloir disputer avec son cœur jusquà ce qu'il en eût fait la conquête , lui inspira la pensée de retourner dans la même église où il

lui avoit parlé intérieurement pour la pr^*"

mière

mière fois. A peine y fut-elle entrée , qu'elle éprouva une secousse encore plus violente que celle dont le souvenir lui étoit si présent et laffectoit si vivement. Transportée hors d ellemême, elle ne savoit comment expliquer ce qu'elle sentoit ; et toute étonnée de ce qui se passoit dans son ame et dans ses sens , elle ne pouvoit , quoi qu'elle fît , sortir de cette espèce de crise. Ce fut bien autre chose lorsqu'une sueur froide se répandit sur tout son corps , et que tous ses membres furent saisis d'un grand tremblement. Le désir de se faire catholique lui revint , et pour cette fois il fut efficace. A peine jusque-là avoit-elle formé une demi-résolution de renoncer à sa secte :

dès ce moment la résolution fut aussi sincère et aussi pleine que généreuse et inébranlable. Non , se dit-elle à elle-même , toute confuse d'avoir balancé et résisté si long-temps , non , rien ne me fera changer , et je suis disposée à faire tous les sacrifices nécessaires pour en venir à la démarche que Dieu me demande.

Elle Tauroit entreprise dès-lors , si elle eut trouvé quelque personne capable de l'instruire; il lui falloit un guide qui sût parler anglais , la seule langue qu'elle parlât et qu'elle entendît ; et il ne s'en rencontroit point parmi les Prêtres catholiques où elle le cherchoit. Cet obstacle étoit dans les desseins de Dieu. Leçez-vous , dit autrefois le Seigneur à Saul ,

prévenu de la lumière de la grâce , et rendezcous dans la ville de Damas. Là on vous dira ce que vous avez à faire (i)- Boulogne étoît le lieu où cette néophyte devoit trouver son Ananie ; car il faut bien que j'appelle ainsi celui que Notre -Seigneur a daigné choisir pour lui enseigner la doctrine, de son Eglise. Mais plus i'ai à le bénir de m'avoir confié un ministère dont j'étois si indigne , et une œuvre si précieuse , plus j*ai honte de vous dire qu'elle m*étoit réservée. Oh ! combien , en l'instruisant , . j'ai reçu d'excellentes leçons pour ma propre conduite ! Dieu veuille que je sache en profiter , et que je n'éprouve pas ce que redoutoit pour lui-même l'Apôtre des Qentils , d'être réprouvé après avoir montré aux autres la voie du salut I

Nous n'en sommes pourtant pas encore au moment de conférer avec cette dame , ni même de la connoitre. Elle demeuroit toujours à Bruxelles , isolée dans un pays dont elle ne savoit même pas la langue ; catholique dans le cœur , et vivant au sein de la vraie Eglise sans pouvoir en apprendre les dognles et les lois : quelle triste situation ! Chaque jour la jetoit dans de nouvelles perplexités , et il lui tardoit de pouvoir se faire instruire. Elle tâchoit de se consoler , dans l'espérance de voir

(i) Act. 9 , 7,

succéder dés jôuré plus heureux à ceux qu'elle passoit airïsî dans une inquiétude et des agitations continuelles , lorsque dèà affaires' domestiques l'obligèrent de repasser à Londres. Ce voyagé fut un nouveau contre-temps , et ne'lais&à même pas de ralentir sôri ardeur.

Elle ne changea cependant ^às de dispositions touchant le piarti d'embrasser la religion catholique. Durant tout lé temps de son séjour dans sa patrie , jamais elle, ne mit le pied dans les temples des prptestans. C'étoit dans la chapelle de l'ambassadeur de Sardaigne qu'elle atlôit assidûment faire des actes de religion. Quoique résolue toujours d'abjurer ses erreurs , elle sentit renaître encore line fois ses anciennes incertitudes. Elle vouloit se déclarer catholique , et quelques* momens après elle ne le vouloît plus : non qiie le préjugé ni le respect humain eussent repris, jsur^soh' esprit et sur son cœur. leur., prejâaier '.eidjJire ; mais toute attirée cra'elle. étôit. à profitei? des .ressources qu!ellé avoit aaji^'lé- grand: nombre de Prêtres anglais qui se. trouvent à.LondrçSf' elle ne pouvoit franchir lé pas ;..et encore à présent, elle ne peut ni .donn^er/r^qn-, m comprendre comment , à* force de différer d'un joui* k l'autre., elle a fini par quitter Londres.

sans s'aboucher avec un des Prêtres qu'il lui •

étoit si facile de consulter.

Quoi qu'il en soit , au commencement de

cette année 1788 , elle vint à Boulogne. Elle y ëtoit à peine arrivée , que la grâce livre de nouvelles attaques à son cœur.* Mais vivant encore dans un pays étranger où elle étoit inconnue à tout le monde , elle n*osoit con[imuniquer à personne ses agitations intérieures , et le dessein qu'elle se sentoit fortement pressée de mettre en exécution. On la voyoit triste et rêveuse , sans rien soupçonner de la véritable cause des inquiétudes qui étoient peintes sur son visage et dans ses yeux. Elles furent si grandes pendant trois semaines , qu'elle ne passa pas un seul jour sans verser beaucoup de larmes. On s'en aperçut souvent , et l'on attribuoit son chagrin à des revers domestiques. De temps en temps on la voyoit à Téglise , et c'étoit toujours avec Iç plus grand recueillement. Elle y étoit portée par celui qu elle remarquoit dans la plupart des fidèles; qu-ellç- y rencontroit. Ce spectacle la touchoitVïvémènt ; Lair dé paix et de contentement qu -il- lui. 3ômblôit lire sur leur front la ravissbit . . et lui faisoit dire avec envie : Que rùûi'^je donc le bonheur ide vivre aussi contente, l Chaque jour elle sentoit croître en elle le' désir de consommer enfin la démarche qu'elle méditoit.; et la serule espérance de goû-' ter alors les consolations spirituelles qu'elle cherchoit , étoit pour elle déjà une consolation qui la fortifîoit dans son dessein. Grâces

( 269 ) immortelles soient rendues au Dieu des mî-^ séricordes , qui dispose toutes choses avec autant de suavité que de force , et qui daigne attendre les momens les plus favorables pour triompher enfin de nos résistances à sa grâce. Cette dame ouvrit enfin son cœur à son époux , et ne lui cacha rien de ce qui se passoit en elle depuis le séjour qu'elle avoit fait à Bruxelles. Chose étonnante ! loin que cette confiance Tindisposât contre elle , comme il étoit naturel de le craindre ; loin même qu'il montrât la plus petite émotion , il lui laissa toute liberté de suivre son penchant. Encouragée par un accueil aussi peu attepdu , elle s'empressa de faire part de ses dispositions à des personnes vertueuses , qui n'eurent elles-mêmes rien de plus pressé que de m'en donner avis.

Une affaire aussi importante ne pouvoit manquer d'intéresser toutes les âmes zélées qui en eurent connoissance. Plusieurs , après l'avoir recommandée à Dieu , m'engagèrent à instruire cette dame. J'y consentis de grand cœur. Il nous falloit un interprète ; j'en trouvai un qui convenoit' parfaitement ; je n'eus pas de peine à le faire entrer de moitié dans la bonne œuvre. Il étoit trop bon chrétien pour laisser échapper une si belle occasion de contribuer au salut d'une ame. On se réunit , et l'on eut bientôt fait de' part et d'autre les premières, avances. On ne s'étoit vu

encore et Ton n*avoit conféré qu'une fois ^ qu'elle se trouva fort soulagée intérieurement. A la tristesse qui jusque - là avoit répsuida ramertume dans son apae , succéda upe loie qu'elle nous exprima en des termes capatiles d'émouvoir les cœurs les plu3 in^nsibles.

Elle témoigna la plus grande confis^ocç «vu vertueux juteppfète qui lui rcndoit toute? ipes paroles ; et vivejnent touchée du désir de faire partager les douceurs de §qn m)iiyel ét^t à son époux y elle s'occupa de s;^ CQnver^ioipi avec autant d'ardeur que de la sienpp ppç|pr(e. Pour l'obtenir du Seigneur ^ elle prit î^ jré^pr lution de lui offrir tous les jours des prières ardentes ; dès-lors elle commiepça d'observer fidèlement la loi de l'abstinence , et d'assi$.ter au saint sacrifice de la Messe où elleadoroit Jésus-Christ réellement présent dans le mystère de l'autel , avec les effusions de la piété la plus tendre, ^Elle savoit que la foi sans les œuvres ne sert qu'à nous rendre plus coupal^les devant Dieu ^ «au^si elle s'appliqua a^eç le plus grand soin à réprimer ses pQpchanç* Ce ne fat pas-sai^s fruit. Elle nous racontojt avec \me candeur et une naïveté admirabl<ç^ les petites victoires qu'elle remportoit sur ellemême , et en particulier sur sa viyacité naturelle. Nous voyions, ayeç le plu§ grand plai3ir la gr4cp faire en elle des progrès sepsibles , et le temps que nous çpn^iacrioiis tous

( 271 ) les jours à Tinstruire étoit plutôt un délas-* isement qu'un travail.

lies instructions que je lui faisois étoienb d'autant moins pénibles , qu'il ne falloit point employer beaucoup de raisonnemens pour la persuader et la convaincre. Déjà toute convaincue par le simple exposé de la véritable doctrine de l'Eglise , il ne s'agissoit pour nous que de lui en dcHiner l'éclaircissement, et elle comprenoit tout avec une facilité étonnante. * Je m'attendois d'abord à trouver en elle beaucoup de répugnance à croire certains dogmes contre le^uels les protestans ont écrit et déclament tous les jours avec une chaleur qui tient de la fureur et de l'emportement. Je fus bien surpris , au contraire , de l'entendre nous dire que ces articles de notre Foi la remplissoient de consolation. Dans l'Eucharistie 9 par exemple , elle admiroit la charité de Notre- Seigneur Jésus- Christ qui demeure jour et Huit dans nos églises pour écouter nos prières , et répandre sur nous toutes sortes de bénédic^' tioas. Sa modestie et ses anéantissemens au pied des autels , surtout pendant la sainte Messe ^ étoient pour les assistans un spectacle de la plus grande édification. Lorsqu'on pottoit le saint Viatique aux malades , on là voyoît se prosterner dans sa maison ou au milieu de la rue , avec toutes les marquea ^e la foi la plus vive; et en toute occasion

( ^72 ) on s'apercevoit aisément que peu de catholiques croient aussi fermement et goûtent aussi sensiblement la vérité du grand mystère de Tautel. Il en étoit de même de tout ce que TEglise nous enseigne sur les autres sacremens, et je ne pourrois vous rendre les impressions que faisoient sur elle les explications que je lui en faisois successivement. Ce n'étoient que douces élévations vers Dieu , qu'actions de grâces , que témoignages de surprise et que saintes exclamations , accompagnées de regrets de n'avoir pas connu plus tôt des vérités si consolantes et si sublimes.

La confession , qui paroit si dure et si im- , praticable aux protestans , ne Tarrêta point. Dès qu'elle en connut les précieux avantages , elle ne regarda plus le confesseur que Comme un père tendre qui soulage nos peines , un ami charitable qui compatit à nos foiblesses , uu dispensateur des trésors de la grâce qui , en appliquant aux âmes la vertu du sang de Jésus-Christ , opère en elles toutes sortes de prodiges , et renvoie les plus grands pécheurs comblés des dons du Ciel. Elle eut néanmoins sur cet article une inquiétude qui peut servir de leçon à un grand nombre de catholiques.

Elle comptoit si peu sur elle-même , qu'elle craignoit de ne pouvoir jamais réformer son cœur, et de ne point assez découvrir les péchés dont elle vouloit obtenir le pardon. Cette peine

lafatiguoit beaucoup , et nous eûmes à travailler un peu avant que d'avoir rendu le calme à sa conscience.

Un jour , pendant que je lui expliquois la doctrine de TEglise catholique sur le culte des images , et que je m'appliquois à la prémunir contre les fausses imputations des protestans , je vis avec une extrême satisfaction combien sa foi étoit vive et sa piété délicate. Elle nous raconta' ce qui lui étoit arrivé dans une église de Bruxelles dont elle admiroit les peintures. Entre beaucoup d'autres choses qu'elle disoit alors à son époux qui Taccompagnoit , elle se sou venoit d'avoir laissé échapper cette parole : Voilà des tableaux -gui conçiendroient bien pour décorer une salle de spectacle. A peine nous l'eut-elle rapportée qu'elle en témoigna ses regrets par une grande abondance de larmes ; et après avoir soulagé son cœur par cette marque de repentir , elle protesta qu'elle étoit résolue de réparer cette injure par les témoignages les plus assidus de son respect pour les saintes images qui sont exposées à la vénération des fidèles. Ce qui la rendoit inconsolable , c'étoit particulièrement la crainte d'avoir outragé l'image de la très-sainte Vierge , et irrité par-là la Mère de Dieu.

Sa foi croissoit et se manifestoit de jour en jour , au point que je me disois à moi-même ce que disoit Notre-Seigneur à la louang^e du

Centurion : Non înveni ianiam fidsm ia Zsrael ( i ). Plus d'une fois elle me déclara ouvertement , ainsi qu'à l'interprète , que la considéraHon deç soins que nous nou3 donnions pour lui enseigner la foi de TEg^lise , n*entroit pour rien dans les motifs de sa conversion.

Pour mieux m*as$urer toutefois de la droiture et de la sincérité de ses dispositions, je lui fis plusieu^-s qqe$tion3 différentes auxquelles elle me répondit de manière à 'ne riep* me laisser désirer. J- allai jusqu'à lui demander si , à l'exemple des Martyrs , elle êtoit disposée à donner sa vie même pour la religion qu'elle vouloit embra3ser. Elle ne bal^ofa point à me répondre , mais avec une humble simplicité : J'espère que JOieU ni! çtccordemt cette grâce.

J'aurois bien désiré qu'elle fît dès-lors son abjuration ; elle étjoit as^ez instru^î^e , et sa foi me paroisspit assez affermie pour çonsQpimer ainsi l'oeuvre qu'elle désiroit elle-même avec ardeur de ne pas différer plus long-t^i^P^ î mais de nouvelles affaires de famille l'appeloient à Londres et sans retardement " fallut donc suspendre l'ej^écution de 3011 projet. Ce contre-temps ne laissa pas de m'affliger ; je craignois les suities de ce voyage ; ms^^ il ne lui porta aucun préjudice. Elle se mit

(1) Mattb. 8; 10*

saus la protection de la Sainte Vierge , et arrivée ii Londres elle usa de la plus grande dîlîg^noe pour expédier tout ce qui mettoît obstacle à son entreprise. A peine se vit-elle délivrée des sœns qui l!avoient rsqipelëe au sein de sa famille , . et en toute liberté de s'occuper de son Salut, qu'elle se prépara à repasser en France* Dieu voulut aupatavant qu'elle su^t une nouvelle épreuve. Elle tomba dans uoe tristesse et un d%oût dont elle ne pottvoît découvrir la cause , et qu'elle ne pouvoit surmcmter. Ses amis , qui ignoroient son changement , ne la reconnoissoient plus , et ne savoient à quoi attribuer Tennui^qui la desséchoît ; car en peu de jours sa santé en fut altérée, et on la vit menacée d'une maladie sérieuse. Ce qui la désoloit davantage, c'étoit de n'avoir pas fait son abjuration. Cependant le mal augmentbit , et pour se soulager elle .fit venir auprès d'elle un de ses amis qui étoit catholiqite. Après lui avoir communiqué ses peines et pris son conseil , elle se détermina à demander un Prêtre. Elle eut en même temps la pensée ^'écrire à Boulogne y OÙ elle étoit sans cesse en esprit , pouF se recommander aux prières des per-^ sonnes qui s'intéressoient à son salut. Les mesures étoient prises pour faire au plusjtôt son abjuration ; mais se trouvant fort soulagée intérieurement , elle changea d'avis.

( 276 ) Son ami la pressoit d'exécuter enfin sa résolution ; elle crut devoir suivre le désir qu'elle avoit d'abjurer sa religion , et de faire profession de la foi catholique en présence de son époux qui étoit rentré en France. Il a bien paru depuis que la main de Dieu dirigcoit ses pas ; elle s'en tint à ce dernier parti , et s'eitibarqua.

De retour à Boulogne , elle fit paroître un nouveau zèle à se faire instruire plus à fond. Dieu , qui vouloit perfectionner ses dispositions,

lui ménagea aussi de nouvelles épreuves , mais bien plus délicates et bien plus périlleuses que toutes les autres. Les Anglais abondent dans notre ville ; ce fut de leur part qu'elle eut à essuyer toutes sortes de contradictions; elle étoit devenue l'objet continuel de leurs dérisions et de leurs plaisanteries. Us alloient même de temps en temps dans sa propre maison décharger en sa présence le fiel qu'ils nourrissoient contre elle dans leur cœur et l'accabler d'injures. Déjà conduite par l'esprit de douceur , qui est le propre caractèredes brebis que le Fils de Dieu rassemble dans sa bergerie , elle ne répondoit que par des paroles de charité , et aux menaces qu'on lui faisoit elle n'opposoit qu'un vœu , celai de les voir tous entrer , à son exemple , dans la voie où elle étoit sûre d'avoir trouvé la vérité. Ils firent leurs efforts pour mettre son époux

( 277 ) dans leurs Intérêts. Plusieurs fois ils le pressèrent d'arrêter la démarche qu'elle se proposoit de faire , tantôt en le chargeant d'injures comme elle , tantôt en vomissant contre notre religion toutes sortes de blasphèmes. Mais , bénissons-en la miséricorde du Seigneur qui gouvernoit le cœur de Vépoux au gré de celui de réponse , il ne fut point assez sensible aux reproches et aux outrages qu'on lui prodigua , pour apporter le moindre obstacle à l'oeuvre de la grâce. Tout ce qu'on lui avoit dît , il le racohtoit à son épouse ; et loin de la détourner, il Tencourageoit de plus en plus , jusqu'à lui faire espérer qu'il se feroit lui-même catholique à son exemple. C'est ainsi que l'épouse fidèle dans le cœur commençoit déjà la sanctification de son époux infidèle.

Durant les premières années de leur union , ils s'étoient vus dans l'opulence , et leur fortune avoit essuyé des revers qui les avoient réduits à la médiocrité. Cette décadence , qui pendant long-temps avoit été pour la vertueuse néophyte un sujet continuel de chagrin et d'ennui , n'avoit plus rien d'onéreux. Elle trouvoit dans sa foi des trésors qui la dédommageoient amplement de ses pertes , et qui lui rapportoient bien plus qu'elle n'avoit possédé autrefois ; aussi elle s'exerçoit tous les jours à la pratique des vertus chrétiennes. Son humilité étoit profonde , mais sans gêne et

sans sdTecUtioa ; son zèle étoit vif ^ mais sage. Elle parloit sans cesse de ia coBirersioa de son époox , et s^ea occapott devant Dieu avec autant d'ardeur qucr de son pro|)re sainte EUle gémissoit à la vue des scandales des maavaia catholiques ; mais sachant bien discerner le mérite de la religion j dii vice de ceux qoi la pft>feasent , elle se gardoit bien de faire re* tomber sur elle la dépravation de nos mœurs , qu'elle condamne au contraire sous les plus grandes peines. Voici un traft que |e ne dois pas omettre.

Comme elle se trouvbit un |our dans une boutique , Von s'aperçut que Ton venoit d'être volé ; on l'accusa du larcin. Une imputation si outrageante la choque vivement ; die ne fut pas la maîtresse de contenir sa grande viva-^ cité , et elle repoussa la calomnie en des termes trop peu mesurés pour une ame qui , assez justifiée par le témoignage de sa conscience , devoit s'en tenir au langage de l'Evangile :

Non , cela n'est pas (i). De retour chez elle , et rendue à elle-même , elle se ressouvint de ce que )e lui avois dit en l'instruisant sur le pardon des injures ; le trouble vint tout aussi* tôt s'emparer de son esprit : quoiqu'il n'y eût pas le plus petit levain d'aigreur dans son ame ,

(t) SU strmo vester ,- est, est ; non, non. Mattà. 5, 3;.

( 279 ) elle ne put la cs^lm^r qvi*en prenant la réso* lutioo dç se r^^pODcilier 9Ji pJlus %Qt ^yec celle qui r^^vpit £(ççusée. jL'opçasîion ^ présenta d'eUe-ia|i9«t Peu de jours «tprès , ayant rcnt^ co^t^é cçtte pçrsonpe dan3 son çbemiix , elle s'en^pres^ de l'aborder ) la, sali)^a avec toiiten les 4éi^Qnstration$ de 1 amitié la plu£i sincèire , et lui donna 1^ plu^ haute idée de $a y^rt^ ^ en se procurants^ elle - piémç , par cet aote ^ géjiéro;5Îté , Mne paix interiiBur^ dont le Sf^ntimçnt la ipemplit de joie,

\k y ayoit bi\g-temps qu'elle diésiroit faire son abjuration ; et d'après la connoi$sance qv^e î'avois de s^s dispositioi^s , je Ty encou'rageoi^ to,u,$ le^ jours. Elle yit approcher le jour indiqua avec la plus douce çon3olatU>A.

La cereinpi^ie s^ fit ^ans ^lat , mais elle n'en fut qu0 plusçdifianlje. Soa époux l'accompagna^ et se tint à sa droite pendant qu'elle récitoit sa profession de foi. Ge fut un spectacle aussi curieux qu'édifiant. La piété et la modestie de Catherine Wilson d'une part , de l'autre la présence et Tacquiescement de son époux à une démarche qu'il n'avoit pas le courage de faire à son exemple, donnèrent lieu d'admirer le doux empire de la grâce sur les cœurs ; et chacun 9 au sortir de la cérémonie , forma des vœux pour la réunion des deux époux dans la doctrine. Le lendemain , la nouvelle catholique reçut des mains de notre vénérable

Prélat la G>afirmatioQ et la sainte oommoiikn!. On ne poovoit rien Toir de pins .toocbant que cette nouvelle cérémonie. Abîmée et comme .

anéantie an bas de Vantel pendant la sainte Messe , on eût dit quelle étoit tonte absorbée en Jésns-Christ , tant sa foi paroîssoit vive et sa religion profonde. Le saint Evéqne fondoit en larmes^ L époux de la vertueuse néophyte étoit placé à côté de lautel. Il fnt si frappé du spectacle auquel je ne puis penser encore en ce moment sans éprouver une douce émotion dans mon ame et dans mes sens , qu^il tomba en défaillance. Il fallut le conduire hors de l'église pour le faire revenir à* lai. Après son action de grâces , madame Wilson alla se présenter à monseigneur notre Evêque , pour lui demander sa bénédiction , et recommander son époux à ses prières. Nous espérons de le voir embrasser à son tour la religion catholique. Joignez , Monsieur , vos instances auprès du Seigneur à toutes celles qu'on lui fait ici pour obtenir cette nouvelle conquête de la grâce. Personne ne la sollicite mieux que celle dont je viens de vous tracer l'histoire. Elle édifie toutes les personnes qui la connoissent et la fréquentent j par sa grande piété et son estime singulière pour tout ce qui appartient au culte dont elle fait profession.

Son désir le plus ardent, c'est que Dieu ne permette pas que deux cœurs unis par les

liens du mariage demeurent plus long-temps séparés de religion et de mœurs. Je supplie toutes les personnes qui liront cette relation , d'adresser à Dieu quelques prières j et de lui offrir quelques bonnes œuvres pour attirer du ciel le rayon de lumière qui peut opérer un second prodige aussi efficacement que le premier , afin que les deux époux glorifient à jamais le Seigneur dans un même esprit , et disent pendant tous les siècles des siècles : <( Chantez avec moi les louanges du Dieu » tout - puissant qui nous a fait passer des » ténèbres à la lumière ; et n'ayons qu'une » même bouche pour exalter son saint nom :

» Magnificate Dominum mecum , et exalte'^ » mus nomen ejus in idipsum (i). »

J'ai l'honneur d'être avec respect ,

Monsieur ,

Votre très-humble et très-obéissant serviteur ,

Baauhe , vicaire à Boulogne.

(i) Ps. 33 , 4.

Page 1