MONTRÉAL
BEAUCHEMIN LIMITÉE 430, rue Saint-Gabriel, 430
PHLI23
nn
Enregistré conformément à l’Acte du Parlement du Canada,
en l’année mil neuf cent un, par C. O. Braucxeur & Fus,
au bureau du Ministère de l'Agriculture, à Ottawa.
————————paEEE
Les soussignés ont acquis de C, O. Beauchemin & Fils, la propriété du présent ouvrage.
Lrsrarmie BeauCHEMIN Linrrée.
Le -scubilité et le goût de la bonne compagnie, avec ses attributs inséparables, la politesse et la conversation, sont les qualités essentielles du Canadien-Français. Elles lui sont chères parce qu'il les tient de ses ancêtres; et c’est un héritage glorieux qu’il entend transmettre intact à ses successeurs.
D'un autre côté la constitution anglaise nous a dotés d’un de ses glorieux privilèges, la liberté absolue de parole dans les affaires publiques et nous en avons largement profité.
C'est assez dire que dans notre vie courante nombreuses et diverses sont les occasions où une personne se voit appelée à exprimer à haute voix ses sentiments ou ses idées.
De là, la nécessité pour chacun d’avoit toujours et en tout lieu un petit discours prêt, pour le moment décisif,
Malheureusement, la facilité d’élocution n’est pas l’apanage général. Elle tient à beaucoup de choses. Ce n’est pas seulement de l'intelligence qu’elle dérive, elle ne tient pas uniquement non plus aux connaissances et à l'esprit : très souvent des raisons physiques de nervosité, de manque d’aplomb et de maîtrise de soi-même, sont un obstacle presque invincible pour l’homme, même instruit, qui se voit brusquement appelé à dire quelques mots en public. .
Trop souvent des hommes supérieurs, mais
dépourvus du magnétique égoïsme et de la tri-
omphale assurance de personnes bien inférieures, se trouvent, dans une circonstance de ce genre, absolument mal à l'aise, rougissent, bé-
gayent et finalement subissent un regrettable fiasco.
C’est naturellement tout d’abord à cette partie du public que s'adresse ce RECUEIL, et dans ce cas, il n’y a pas besoin d’insister longtemps sur son utilité,
Avec ce RECUEIL en main, ou bien, ce qui est encore mieux, précieusement logé dans les sases d’un cerveau intelligent, une personne
mm
même ne jouissant pas de l’heureuse faculté d’obéir à l’éperon du moment et de pouvoir au gré des circonstances laisser couler le robinet d’une éloquence toujours prête, sera à même en quelques instants de trouver en toute circonstance soit quelques mots, soit une réponse appropriés et dignes d’elle
Mais il y a encore toute une autre catégorie à laquelle ce livre s'adresse. A côté de ceux qui sont incapables de mettre leur langue en mouvement et de donner carrière à l’éloquence naturelle, il y a ceux dont la langue ue fois en train et l’éloquence lancée sur la pente ne connaissent plus ni bornes, ni limites et qui se noient dans le flot auquel ils ont ouvert les digues.
En particulier, pour les réunions de société, pour les circonstances de Cérémonie, il importe que les allocutions ou les discours comme les réponses soient Courts, condensés et au point.
S'il s'agit de politique, cette recommandation n'est pas aussi indispensable, parce que le discoureur ‘.op prolixe est vite informé par la tenue de la foule ou même par des arguments plus directs, qu'il est trop long et qu’il faut couper court.
En société, ces marques de rappel à l’ordre ne sont pas possibles, aussi doit-on se faire un vrai scrupule d'épargner à ses auditeurs le martyre d’un compliment filandreux ou d’une réponse délayée et interminable.
Les différents modèles que nous donnons dans ce RECUEIL fourniront alors une base précieuse pour calculer la juste mesure à prendre dans chaque circonstance et en même temps donneront une entrée et une terminaison en chaque matière. La longueur immodérée des discours dépend autant de la difficulté de com- ; mencer que de l’embarras de terminer. Avec des formules simples pour se lancer dans un sujet et pour en sortir, il n’y a plus rien à craindre.
Maintenant il faut remarquer que les spécimens que nous donnons ici ne sont pas destinés à être appris ni surtout débités par cœur. Nous avons cherché uniquement à prévoir toutes les circonstances possibles; nous nous sommes placé autant que nous l'avons pu (lans les diverses occurrences qui peuvent se présenter. En parcourant notre table des matières on verra tous les cas prévus; mais il est néanmoins impossible
d’avoir absolument et catégoriquement satisfait à tous les besoins à survenir.
Et surtout, en prenant deux circonstances même identiques en apparence, les paroles à prononcer ne seront pas identiquement les mémes; il faudra s’écarter du texte, quelquefois même considérablement, tout en suivant le canevas, la marche des idées, la conclusion.
Chaque numéro de ce RECUEIL est un bon modèle de ce qu’il y a à dire dans la circonstance à laquelle il a trait.
C'est à ce titre et considéré dans cet esprit que ce RECUEIL peut être pris comme un guide utile, comme un vade-mecun indispensable pour l’homme public et l’homme du monde.
Cependant, il peut se présenter certaines personnes qu’un amour-propre mal placé pousserait à ne pas se servir d'un RECUEIL comme celui-ci; à ne pas user de discours préparés.
À ces personnes nous répondrons qu'il vaut certainement mieux se servir d’un ouvrage sans prétention, préparé consciencieusement et fidèlement que de s’exposer à rester en plan devant une assistance ou un auditoire. Il n’y a aucune
honte à prendre des leçons ou des conseils de ceux qui savent, mais il est pitoyable de rendre le public témoin d'une impuissance éclatante qui aurait pu être au moins cachée par un petit effort et un léger sacrifice de mauvaise fierté.
MARC SAUVALLE