‹ Recueil de discours prononcés au Parlement d'Angleterre (volume 4)Chapitre 8 sur 10 · EXPOSÉ SOMMAIRE DES DEBATS · texte numérisé non relu

EXPOSÉ SOMMAIRE DES DEBATS

Dans un comité d'état , M. Dowdeswell fit la motion d'empêcher certains fonctionnaires publics d'être électeurs.

Le lord maire et l'alderman Beckford , rappelèrent à M. Rigby , que la révolution avait eu lieu, pour avoir rendu les places de juges amovibles; et qu'un magistrat distingué , le procureur-général (M. Dunning), avait reçu sa démission en raison de son vote dans la Chambre.

M. Fox dit :

Je m'oppose à la motion : corrigez les abus, vous ferez bien ; mais pour en corriger un seul , n'en créez pas une foule d'autres. Remédiez à l'influence des pairs aux élections : c'estlà la fatale influence de la couronne. Quant à l'amovibilité des juges, dont il est question, je me rappelle ce que disait un grand ministre: « Celui qui ne remplacerait pas un homme 5 dont les principes seraient contraires au bien

( te )

» de l'État , serait lui-même un pauvre homme » d'Etat. » Un honorable membre s'est élevé contre l'idée de rendre les juges amovibles ; un autre a représenté cet acte comme inconstitutionnel et arbitraire; mais il est à regretter que ni l'un ni l'autre n'ait établi de différence entre un juge et un chancelier; les juges ne sont d'aucune Chambre , conséquemmcnt ils ne peuvent ni influencer , ni agir contre l'État. Un chancelier peut au contraire l'un et l'autre. Le chancelier peut donc constitutionnellement et avec équité être remplacé; mais un juge impossible l

6 Décembre.

Motion de M. Giynn , pour la formation d'un Comité de recherches 9 sur l'administration du tribunal criminel , et sur (es actes des juges de Westminster, en ce qui concerne la liberté de la presse et les droits des jurés,

M. Fox établit l 'indépendance des membres de ta

Chambre.

— Détails curieux sur ta liberté de la presse.

EXPOSÉ

M. l'alderman Oliver appuia la motion , et demanda que le comité eut pour but de faire une enquête sur la conduite du délinquant principal , le lord chef de la justice (Mansfleld).

Sir Georges Savile soutint cette motion d'une manière extrêmement chaude, ajoutant : « Si vous rejetez «cette motion, vous deviendrez non - seulement » odieux, mais encore méprisables; on vous regardera » comme manquant d'honneur, de foi et de conscience. Vos noms deviendront des objets de ridicule »et de honte. La Chambre sera tournée en dérision, »et des chansons populaires annonceront danstoutes » les rues le mépris qu'elle inspire. La presse gémira

»sous le poids des reproches, et les journaux, les «pamphlets abonderont dans toutes les parties du «royaume. »

La motion fut combattue par Tavocat-général (de Grey), et sir Gilbert Elliot; le caractère de lord Mansiield fut défendu par lord Clare et M. Jenkinson.

M. Burke et M. Wedderburn , tout en appuyant la motion , désapprouvèrent toutes les injures exhalées contre le chef de la justice (lord Mansiield), et rendirent un hommage éclatant à son rare mérite , et à son intégrité.

M. Fox dit :

Monsieur,

On nous dit, en appuyant cette motion, que la jalousie, les murmures et le mécontentement augmentent et s'étendent partout le royaume; que le peuple appréhende que nos lois ne soient renversées ; que les jurés ne soient privés de leurs pouvoirs constitutionnels; que les tribunaux sont loin d'être purs et intacts; en un mot , que les juges , comme des géans affreux, ont dévoré, ou vont dévorer l'Evangile et les lois. Et comment ces orateurs prouvent-ils cette allégation? La manière en est, Monsieur, très-extraordinaire. Ils en réfèrent à leurs propres libelles, à leurs satires infâmes, qu'ils ont bien eu le soin de répandre partout; ils se regardent eux-mêmes comme la nation , et appellent modestement leurs plaintes, celles

de l'Angleterre. Leur méthode est claire, et il est facile d'entrevoir le seul moyen de redresser les torts dont ils parlent.

Pour moi, Monsieur, je suis loin de me sentir disposé à prendre la voix d'une misérable faction, pour celle de mon pays. Si le peuple est véritablement mécontent, il faut chercher comment nous pouvons en avoir la preuve ? J'avoue franchement que je n'entrevois pas d'autre manière de le savoir, que de consulter cette Chambre. Ici , est la vraie représentation nationale; ici, la voix de la nation peut se faire entendre. La majorité de cette assemblée est le seul oracle que nous puissions consulter, pour obtenir le vœu de la nation. Celui-ci, afin d'atteindre son but; cet autre, pour servir ses projets, vous diront qu'un cri général se fait entendre, même jusqu'à l'étranger, contre certains hommes, contre certaines mesures : mais oserez-vous le croire, celui dont vous avez reconnu les vues intéressées, et qui vous sera signalé comme le premier instrument de toutes ces clameurs?

Je pourrais aisément, Monsieur, dévoiler les auteurs de ces plaintes contre les juges; et je les démasquerais sans doute , si déjà ils ne s'étaient découverts eux et leurs coupables intentions.

Pourquoi donc hésiterions - nous a nous opposer à une telle motion, puisqu'elle part d'une source si impure? Qu'elle retourne au néant d'où elle est sortie !

Pour moi, je vote contre la motion, car je ne regarderai point comme majorité de la nation, ce qui n'est pas la majorité de cette Chambre; et je ne vois pas ici que la majorité parmi nous conserve aucune crainte, aucune appréhension contre les juges ; il est cependant à présumer que, s'il y avait lieu de craindre, nous en serions mieux informés que le peuple.

En honneur, Monsieur , si l'adoption de cette mesure pouvait tendre à aucune utilité, vous ne me verriez pas m'y opposer si fortement, convaincu comme je le suis de l'innocence des juges. Mais je suis totalement persuadé du contraire; car, comme je l'ai dit, ce serait un effort pour réprimer des torts qui n'existent que dans l'imagination de ceux qui veulent les présenter, et qui ne seraient point satisfaits , quand la justice , quand Astrée ellemême descendrait du ciel pour venir disculper nos juges. Il y a mieux; cette mesure , d'après leurs propres principes , serait illusoire , même en supposant le peuple vraiment mécontent: car qu ont-ils fait depuis deux ans , que nous parler du mépris que nous inspirons au peuple? N ont-ils pas, même dans cette en-

(47) ceinte, répété ces expressions de reproches, qu'ils affirment nous être adressés par toutes les classes, pauvre, riche, instruite et ignorante? N'étions-nous pas, et ne sommes-nous pas encore , selon eux, détestés partout? Tout l'empire d'un point à l'autre ne nous regardet-il pas comme aussi faibles que mçchans?Tel est cependant le langage des membres de la minorité. Et comment peuvent-ils après cela nous proposer sérieusement cette enquête, afin de satisfaire le peuple? ce peuple qui, selon eux, ne peut recevoir aucun bienfait, aucun acte de justice de notre part !

Quelle est la conclusion à tirer de tout ceci? une seule. Agissons selon notre honneur et notre conscience , et reposons-nous sur l'idée que nous agissons bien. C'est ainsi que nous regagnerons tôt ou tard la confiance de nos commettans , si toutefois il était vrai que nous l'eussions perdue ; et non pas en cédant arbitrairement aux fantaisies de la multitude.

Le caractère de cette Chambre doit être de poursuivre hardiment et avec fermeté un plan d'utilité générale , et non d'écouter les conseils multipliés et irréfléchis qu'on lui donne. Si nous ne devons pas juger nous-mêmes ce qui est bien , et si , au contraire , nous nous soumettons à attendre les applaudissemens ou les reproches du vulgaire , alors je ne conçois plus

l'avantage que la nation pourrait retirer d'un corps représentatif, qui ne différerait pas d'une assemblée tumultueuse réunie dans la plaine de Salisbury, ou à Runny-Mede; et il est bien certain, Monsieur, qu'une telle assemblée serait peu propre à juger de ce qui lui est utile, et encore moins à l'obtenir, quand bien même elle aurait pu le discerner. Le peuple est un gardien infidèle de ses libertés et de ses propriétés. Si vous en voulez des preuves, consultez l'histoire d'Angleterre, vous les trouverez à toutes les époques.

La motion de M. Glynn est rejetée,

savoir :

Pour, 7G Contre, 184.

27 Février

Bill pour annuler une clause dans l'acte de Nullum tempus.

Sauve-garde des propriétés.

EXPOSÉ

Le bill de Nullum tempus , ou acte pour garantir les propriétés des sujets contre tout prétexte de recherches, fut présenté à la Chambre par sir Georges Savile, en 1768, et passa Tannée suivante. Le véritable motif de ce bill était qu'une concession considérable , faite par le roi Guillaume à la famille de Portland , et qui depuis était toujours restée dans cette famille , avait été donnée par la trésorerie à sir James Lowther. Une des clauses de l'acte portait que les parties avaient un an , à partir de la promulgation de l'acte , pour leurs réclamations. Ce bill fut proposé par les amis du duc de Portland , et ne rencontra aucune opposition. Le motif supposé et généralement adopté avait été de servir à faire élire au Parlement une personne que l'on désirait ; or, les élections étant terminées , il n'y avait plus de causes pour s'opposer.

U ne procédure fut entamée contre le duc de Portland, et les suites en furent terribles , en raison de l'étendue de ces propriétés , et des privilèges qui y étaient attachés. Cette affaire occasionna des troubles dans

(5o) quelques parties de l'Angleterre ; en conséquence, le 1 1 février 1771 , sir W. Meredith fit la motion du bïll.

Elle fut appuyée par MM. Phipps et Cornwall , et combattue par MM. Dyson, Leigh, lord North , Johnstone, et M. Fox.

M. Fox dit :

Monsieur,

Je me sens vraiment honteux de n'avoir pas encore pris la parole, pour faire connaître mon opinion sur cette question; car je sais que celui qui peut parler dans une telle circonstance, ne saurait rester muet sans mériter une espèce de blâme. Mais mon silence provient de mon étonnement. Oui, j'ai été surpris, stupéfait. Quoique j'aie considéré ce bill, dès le commencement, comme je le considère à cette heure, cependant, en jetant les yeux autour de moi, en voyant quels sont les membres de cette Chambre qui l'ont proposé, en reconnaissant que tous sont des hommes qui jouissent d'une juste réputation de mérite et d'intégrité, je balançais, et me défiant de moi-même, je me persuadais presque que j'étais tombé dans quelque erreur. Pouvais-je supposer qu'une idée aussi fausse, aussi violente, aussi contraire à la justice, je le dirai, aussi monstrueuse, put être émise

(5, ) par des hommes que j'estime et que j'honore? Mais je ne puis rester plus long-temps dans le doute: j'ai vu la question dépouillée de tous ses artifices, et autant j'étais frappé d'étonnement, autant suis- je maintenant saisi d'horreur et d'indignation ! Car quel est celui qui , avec le respect dû à la justice, avec le sentiment véritable de la liberté et de l'inviolabilité de notre constitution, peut entendre, sans éprouver le besoin de la combattre, une proposition qui tend à la fois à détruire notre constitution, notre liberté et nos lois? Ces membres font retentir de vives clameurs contre le ministère et contre son influence. J'avoue que j'approuve le ministre dans tout son système, et que je suis déterminé à le soutenir; mais je l'abandonnerais sur-le-champ, si jamais il osait proposer ce que ces membres, si glorieux de leur opposition, proposent.

C'est sous la sauve-garde de la loi, que chacun jouit de sa propriété et de sa liberté. Je pense formellement que personne ne peut jouir d'une manière plus positive que sir James Lowther, de la propriété que la munificence royale lui a accordée. Si un acte du Parlement la lui enlevait, pourquoi des actes ne nou$ enlèveraient-ils pas aussi ce que nous possé-* dons? Si ce bill, enfin, a pour but de faire passer la propriété d'un homme aux mains

d'un autre , il n'y a plus rien de sacré , rien de certain.

Je demande, Monsieur, que pour l'honneur de ces membres, ils retirent leur proposition; il y va du repos de ma conscience de ne pas contribuer à perpétuer l'injustice par l'adoption de ce bill. Je m'opposerai donc, et cela dans tous les momens de ma vie, à son acceptation, chaque fois qu'elle sera demandée; et si, contre mon attente enfin, il devait passer ici, il est un autre endroit où certes il ne passerait pas. J'en appelle à la justice et à l'honneur de la Chambre, pour que nous ne donnions pas le scandale de voir adopter ce bill , en laissant à une autre Chambre l'honneur de le rejeter.

Pour, i54- Contre, 164.

a5 Mars.

Débats sur (a proposition d'arrêter et de conduire à la Tour ie lord maire et l'alderman Oliver , comme s' étant opposés à l'arrestation > ordonnée par (a Chambre des communes , de deux Imprimeurs - Libraires 9 et les ayant même déchargés de leurs accusations.

Véritable sens dans lequel l'opinion du peuple doit être considérée dans un gouvernement représentatif.

EXPOSÉ

Le 8 février, le colonel Georges Onslow se plaignit à la Chambre de ce que deux imprimeurs , Thompson et Wheble, avaient rapporté inexactement les discours des orateurs , en y ajoutant même des réflexions contre les membres de la Chambre. Les passages cités ayant été lus, le colonel Onslow fit la motion, « que ces imprimeurs fussent arrêtés et traduits de- »vant les tribunaux. » Après quelques débats , cette motion fut adoptée. Ces imprimeurs s'étant cachés , le colonel Onslow proposa une adresse au Koi , pour que S. M. ordonnât une proclamation , afin de faire saisir les coupables. Par l'effet de cette proclamation, Wbeble fut arrêté et amené devant Taldermai*

"Wilkes, qui non-seulement le fit relâcher, mais se mit en mesure de poursuivre les personnes qui l'avaient arrêté. Thompson , arrêté pareillement, fut mis en liberté par l'alderman Oliver.

Le 1 2 mars , le colonel Onslow porta la même plainte contre six autres imprimeurs : il leur fut ordonné de se présenter à la barre. Quatre seulement s'y rendirent ; le cinquième ne put obéir à cet ordre , étant déjà en prison par ordre de la Chambre des pairs. Le dernier , nommé Miller, refusa de comparaître : l'ordre fut aussitôt donné de l'arrêter et de l'enfermer. Quand le messager se présenta pour exécuter cet ordre , Miller opposa la force ; un constable , au lieu de seconder ce messager, l'arrêta lui-même, et le fit conduire à Guide-Hall, pour répondre sur sa conduite.

M. Wilkes siégeait, mais il ne voulut pas connaître de cette affaire. Les parties furent conduites à l'Hôtelde- Ville : là, le lord maire, accompagné des aidermen Wilkes et Oliver, reçut les parties. M. Miller porta sa plainte, et le lord maire demanda au messager de quelle offense il avait à se plaindre contre cet imprimeur , et de quel droit il avait voulu l'arrêter? Le messager montra l'ordre du président de la Chambre.

Alors un officier de la Chambre se présenta de la part du président , venant réclamer, non-seulement le messager, mais Miller, comme étant son prisonnier. Sa demande fut rejetée, et Miller acquitté.

L'officier vint rendre compte à la Chambre de ce qui se passait. On envoya ordre au lord maire et à Falderman Oliver de comparaître. Le lord maire plaida sa défense > après quoi on arrêta : que c'était avoir

porté atteinte aux privilèges de Chambre, que d'avoir acquitté Miller, et d'avoir voulu arrêter le messager. L'alderman Oliver fut entendu : « il dé- » clara, qu'il avouait les faits énoncés dans l'accusation » portée contre lui , et qu'il s'en glorifiait ; il savait y> que quelque chose qu'il pût dire, il n'échapperait «point à la punition qu'on lui réservait; et que, «comme il espérait peu de la justice de la Chambre, »il défiait ses pouvoirs. »

Sur cela, M. Welbore Ellis fît la motion que Richard Oliver fût arrêté et mis à la tour , pour avoir manqué au respect dû à la Chambre.

Cette motion fut appuyée par le procureur-général Thurlow et par M. Fox, et combattue par sir Georges Savile et autres.

M. Fox répondit au dernier orateur, et dit : Monsieur ,

Malgré toute l'éloquence de l'honorable préopinant , et ses efforts pour établir une distinction entre les vues et les intérêts de la Chambre et les intérêts du peuple, il n'a pu me convaincre que l'autorité de la Chambre ne soit pas le meilleur garant de la liberté nationale, ou que notre prospérité personnelle puisse être séparée de la prospérité publique.

L'honorable membre a dit que le vœu de la Chambre diffère de celui du peuple , et nous a présenté les clameurs du public en opposition avec les délibérations de cette assemblée;

( 56) comme si nous n'étions pas positivement chargés par notre constitution d'être les régulateurs de l'esprit publie, et les seuls juges des sentimens de la nation. Je dis , Monsieur , ce qui devrait être, parce qu'il faut, pour rendre au peuple toute sa sécurité, créer à cet égard plusieurs lois.

Si , pour faire passer une loi , il fallait la sanction populaire, jamais nous n'aurions un revenu fixe pour soutenir l'établissement de notre Gouvernement, ni les moyens de nous défendre contre l'invasion ennemie. Vdus n'avez jamais vu établir un impôt sans entendre de fortes plaintes contre l'intégrité du Parlement. Ceux qui paraissent les partisans les plus zélés, même enthousiastes, du bien de leur pays, nous accusent de les avoir vendus au ministère, et nous sommes de même accusés de vénalité , pour avoir imposé ces charges, que nous reconnaissons absolument nécessaires , et d'après lesquelles , si toutefois on reconnaît que la Chambre est une assemblée des plus grands propriétaires, nous devons toujours être les plus fort imposés.

11 paraîtra toujours étrange , Monsieur, d'entendre dire que les représentans du peuple n'éprouvent pas plus de satisfaction à seconder les vœux de leurs commettans , qu'à les contrarier. On pourrait, en quelque sorte, dire

(57 ) au contraire, que leur devoir dans toutes les occasions, est d'agir conformément à ces vœux, quelque opposés qu'ils puissent être à leur propre opinion.

Je ne différerai pas avec l'honorable membre sur l'idée qu'il a conçue du mot le peuple. J'avouerai même que les quatre-vingt-dix-neuf centièmes du peuple sont en ce moment opposés au Gouvernement; mais je prétends que nous avons encore des obligations plus grandes à remplir, que celles envers nos commettans : nous sommes les délégués des électeurs de la nation , pour son salut et non pour sa ruine ; pour préserver des atteintes inconstitutionnelles de l'autorité royale , la liberté et les privilèges de ceux que nous représentons. Nous sommes chargés spécialement de considérer leurs véritables intérêts de préférence aux désirs particuliers qu'ils pourraient manifester ; et la constitution nous établit les seuls arbitres de ses véritables intérêts , contre l'infaillibilité imaginaire du peuple.

Pour montrer la vérité de ce raisonnement, supposons, Monsieur, que le peuple nous donnât ses instructions , à nous , ses représentai , pour établir, au lieu de cette monarchie constitutionnelle, qui fait l'envie de l'univers, une forme démocratique de gouvernement; agirions-nous en bons et loyaux sujets de notre

(58) Roi , en amis de notre pays, si nous accédions à de telles instructions? Nous avons juré de maintenir cette constitution telle qu'elle est, de défendre les privilèges du Parlement, comme partie nécessaire de cette constitution , de ne jamais intervenir dans la juridiction légale de la Chambre des pairs , de n'apporter aucun obstacle aux justes prérogatives du souverain. Ferons-nous donc ce que nous saurons être opposé à ces principes , seulement parce que le peuple le désire ? Ferons-nous le sacrifice de notre raison , de notre honneur , de nos consciences , dans la crainte d'éprouver le ressentiment du peuple ?

Peut-être le préopinant me dira-t-il que personne ne peut, sans absurdité, soupçonner le peuple de vouloir agir contre son propre intérêt. Je suis loin de supposer au peuple une telle intention; mais je ne puis admettre qu'il soit le meilleur juge de son propre intérêt; je pense, au contraire, qu'il est en général, crédule, facile, s'attachant plus aux apparences qu'aux choses essentielles , et toujours disposé follement à croire que ceux qui sont le plus intéressés , par leurs grandes propriétés, à défendre la sûreté publique, sont sans cesse occupés à concerter et à préparer l'oppression de leur propre postérité. Si l'on en croit cette clameur populaire , n'avons-nous

(59) pas toujours été, depuis le premier moment de notre existence comme nation, chancelans, et penchant vers notre ruine? Il est de fait qu'au moment de notre révolution , nous étions perdus sans notre patriotisme. Consultez tous les écrits de nos grands politiques, tout était fini : notre libérateur lui-même, à peine était-il sur le trône , et avait-il rendu la liberté au peuple , qu'aussitôt ce même peuple osa le considérer comme ennemi de la constitution. A chaque règne suivant, notre perte était de même regardée comme inévitable; et dans ce moment enfin , où nous jouissons d'une félicité inconnue à nos ancêtres, on nous assure gravement que nous sommes tout près de tomber dans le plus profond abîme.

Qu'il nous suffise, Monsieur, de regarder autour de nous les monumens de notre détresse, et nous jugerons le crédit qu'il faut donner à ces cris perçans de nos grands politiques. Contemplons la magnificence de notre capitale, l'étendue de notre empire , l'immensité de notre commerce, l'opulence du peuple; observez les plus simples citoyens de Londres, et vous les verrez tous , jusqu'aux boutiquiers , aller chacun à leur maison de campagne, et chacun dans un commode équipage.

Pour vous prouver encore mieux l'état de ruine de ce royaume > permettez-moi de vous

(6a) rappeler que notre territoire est composé de la portion la plus riche des quatre parties du monde ; que notre commerce est proportionné à l'étendue de notre empire , et que nos sujets s'étendent depuis les brûlantes régions de l'Inde , jusqu'aux montagnes glacées du Canada, excédant en nombre la population des plus grands Etats, comme nous les surpassons tous en richesses.

Et voilà, Messieurs, les preuves de notre décadence ! Puissent les calamités de ce genre augmenter journellement , dût le peuple continuer ses murmures I et puissions-nous toujours être la plus heureuse des nations, en dépit de nos patriotes , irrités de ce que nous n'avons pas encore plus de bonheur qu'il n'est permis au genre humain d'en avoir l

De ce que j'ai avancé, par rapport à nos devoirs , comme représentans du peuple , il résulte que nous ne pouvons pas agir contre notre propre jugement , pour satisfaire le caprice et la mauvaise humeur.

Sous Charles Ier., l'indulgence illimitée accordée à ce peuple, a occasionné la destruction de la constitution ; et il ne faut pas un plus grand exemple, pour montrer combien le peuple est un mauvais juge de ce qui peut convenir à la prospérité publique. Le dernier Parlement, Monsieur, était tout autant dans

la sujétion du peuple que celui-ci. Les membres ont approuvé l'infâme paix, comme il est d'usage de la qualifier; ils ont expulsé un diffamateur méprisable de leur loyal souverain; et cependant, malgré ces délits pesant sur leurs têtes, exécrés et insultés par le peuple, voyez ici ceux que ce même peuple a choisis. Si nous en exceptons ceux que la mort et les absences ont pu enlever, ne sont-ce pas les mêmes traîtres qui composent cette législature , de même honorés de la confiance du peuple, appelés de même par les élections populaires? Quand on réfléchit à cela, Monsieur, il faut être frappé de cette vérité : ou le peuple n'est pas un juge convenable dans ses propres intérêts , ou il s'est vendu lui-même à ses propres membres; et, dans l'un et l'autre cas, on voit quel peu d'attention méritent ses plaintes.

On affirme, du côté de l'opposition, que la Chambre des communes étant composée des créatures du peuple, elle n'a le droit d'exercer aucune autorité sur ses commettans. Cette assertion, Monsieur, annonce un esprit de licence et non de liberté, car elle détruit d'un seul coup toute idée de subordination, et annulle complètement le système de gouvernement constitutionnel.

Nulle doctrine ne saurait être plus dangereuse que celle qui établirait que la Chainbre,

(6« ) comme résultat d'élections, ne peut avoir de juridiction, et que le peuple, étant la cause première de tous pouvoirs, doit, en conséquence, être exempt de toute soumission. Les lois sont créées par le peuple, puisque le peuple crée cette Chambre qui les fait. Mais est-ce à dire pour cela qu'une fois créées il les faille mépriser, et retourner à l'état sauvage , quand on a formé un pacte social?

Le seul point delà question est donc de bien reconnaître lequel du peuple en masse, ou de la Chambre des communes, est le meilleur juge des moyens de prospérité publique. Pour moi, Monsieur, je n'hésite pas un seul instant à me prononcer en faveur de la Chambre, et j'appuie mon opinion sur l'impossibilité où est le peuple de pouvoir connaître tout ce qui doit constituer cette prospérité publique ; les rapports politiques entre les nations, les ressources de la force nationale, les moyens et les talens des ministres, et même ses propres dispositions. Si nous en croyons les pétitions présentées dernièrement au gouvernement , il est même incapable, ce peuple, de remplir le pouvoir qui lui est délégué par la constitution: il a celui d'élire ses représentans; et vous voyez qu'il abuse constamment de ce pouvoir, et qu'il nomme pour gardiens de ses droits les plus précieux, des hommes qu'il accuse en-

(63) suite de conspirer contre l'intérêt national. C'est-là ce qui fonde mon opinion de n'écouter en rien, qu'avec discernement, la voix du peuple. Notre devoir est de faire ce qui est bien, sans chercher ce qui peut être agréable ou non. Le devoir du peuple est de nous nommer; le nôtre, d'agir constitutionnellement, et de maintenir l'indépendance du Parlement; que cette indépendance soit attaquée par le peuple, ou qu'elle le soit par la couronne, cela devient indifférent; c'est l'attaque que nous devons repousser, et non la personne de qui elle vient; et si nous devons être troublés dans notre juridiction, peu importe que ce soit une faction populaire, ou un régiment de la garde royale qui nous menace. Si nous sommes détournés de nos devoirs par les clameurs de la populace, que sommes-nous alors? Les outrages suivront bientôt ses cris, elle obtiendra ce que les argumens n'ont pu effectuer, et le peuple sera son propre représentant, quoiqu'il nous ait élu pour le représenter au Parlement. Quelles en seraient les conséquences? une anarchie universelle, Monsieur l D'après de semblables considérations , comme nous sommes commis pour prévenir le désordre, mon avis est que les magistrats qui ont tenté de l'occasionner, soient envoyés à la Tour.

Je m'appuie sur la constitution et non sur le peuple. Si le peuple veut porter atteinte à la constitution, il devient ennemi de la nation. Convaincu comme je le suis, Monsieur, que nous devons, avant tout, faire le bien, sans considérer s'il peut être agréable ou non au peuple, je me prononce pour maintenir Findépendance du Parlement, et je déclare ne vouloir être rebelle ni à mon roj, ni à mon pays , ni à ma propre conscience , par considération pour les applaudissemens de la multitude.

La question mise aux voix de savoir si l'aiderman Oliver serait envoyé à la Tour :

Pour, 170. Contre, 38.

La même détermination presque unanime fut prise le 27 , pour envoyer le lord maire à la Tour.

9 Mars.

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