‹ Recueil de dissertations sur différens sujets d'antiquité, par m. Quatremére de QuincyChapitre 6 sur 17 · PRÉAMBULE · texte numérisé non relu

PRÉAMBULE

Il existe un moyen d'augmenter nos richesses en fait d'ami quitus, dont on n'a pas encore tiré un grand parti, mais qui n'a pas ciilicrcnu-nt ii!i;i|ip,' an ;ile et k i'ambilion de ceux qui nous ont précédés ; c'est de faire revivre par ie dessin tous ceux des monnmens et des ouvrages de l'art que les écrivains Grecs ou Romains oui décrits d'une manière aaiex précise et assez circonstanciée, pour qu'il soit possible , avec le secours Je ia critique et des points de comparaison, d'en retrouver te goûl el [es deuils , d'en recomposer l'ensemble et ia forme générale.

mêlée d'un peu de divination, rend toul-è-h- foi] périlleux et attrayant, il ne faut pas se dissimuler tour ce qu'on doit y apporter de réserve er de précaution , pour échapper oui écueifs dont M est entouré. Avant tout , In théorie géné-

jvrt.^>l]l.lo, r-l, l'on pi i.c ilii:', rLiliiulLIi; ur.r' io: nucertaine , de ceux dont le langage ne peut jamais rendre et exprimer que ce qu'on appelle l'effet moral ou sentimental.

Malheureusement c'est à celte dernière manière défaire saisir les objets, qu'appartient le plus grand nombre des des;rip[iiins des ouvrages de la peinture et de la sculpture. Les plus rares productions de ces arts peuvent ne donner aucune prise directe i.i>: cnV.nç iVcrivain qui encreprendroit d'en rendre la forme sensible et la composition

corps, un genre de beau dont la description échappe an pinceau intellectuel du poète.

Que peut faire , par exemple, tout le génie descriptif, d'apris le plus grand nombre de ces statues antiques, dont la manière d'être est si simple, qu'on ne peut dire, ni qu'elles

beauté lient A une harmonie de formes que i'ceil seul peut entendre! C'est en vain que, rempli du sentiment de cette beauté qui le périènv. lYirivain . 'imaginera que son discours peut en offrir la copie. Je ne le défie pas de nous

communiquer la vive impression qu'if a reçue, ni Je donner, dans un autre an, un cqui valent de la beauté attac h je aux formes corpoti'lle^ : m.::s i:n id cernaient ne saurait même se comparer à une traduction pour la fidélité; et la plus chétive version aura infiniment plus de moyens de communication el de rapprochement ai-ec w>n original.

En effet, l'échange qui a lieu d'une langue à une langue, repose généralement sur une certaine uniformité de moyens, parce que les langues, malgré leurs diversités, tiennent h un principe positif commun à toutes, qui est le principe naturel du langage, et parce qu'il y a effecti-

ports fort ressemblans à ceux qui établissent une commu-

fois ces rapports n'ont rien de positif, et ifs n'existent que dans la région sp^c.ibii.i: L k :'.-,!■■[ r.K lion, L-e mécanisme de chaque art met entre eus de bien plus fortes barrières qu'il ne peut y en avoir entre les Langues, Les points de communication cessent d'exister entre eus, là où commence le domaine matériel de chacun. Ainsi la connoissance vraie d'un ouvrage en peinture ou en sculpture ne peut s'acquérir el se transmettre que par le secours de ce qui en est le corp-; m.:i> ce ""rv-.rd en précisément ce que Ni d^rription verbale ne peut que 1res -car'.- m cm i.iire

reà l'égard seuleme

l'art. L'iicmaiat ne peut décrire qu'en décomposant, et la dcco m position d'un snjel en en souvent la dissolution. La division, qui, dans la nature, aide les yeux du corps à voir, dans le récit , empêche les jeun de l'esprit de saisir les objets. Trop diviser produit souvent le même effet que de ne pas diviser assez. Un corps réduit en fragmens n'ofiie

aux descriptions de certains ouvrages de l'art : ils valent par leur tout, et la description le détruit ; ils valent par

comment ces sortes d'ouvrages sont plus faciles a décrire, ci comment tcurs descriptions ï;i;h d'un cnyini ',:in[ autrement utile à celui qui prétend y retrouver les éiémens constitutifs des mo nu mens.

D'abord, ii faut dire des ouvrages d'architecture et de décoration, jeteurs élérnensou leurs parties constituâmes

menti de choses en partie géométriques, soit en ellesmêmes, soit dans leurs rapport* ; Je choses plus ou moins tributaires du calcul ; d'objets enfin dont l'image peut tire, sous plus d'un point de vue, complètement rq'roc:! ;<■'<.■ nu lecteur par les mots qui Ja désignent, sur-tout lorsque le lecteur connnît ie style, le goût, te caractère et le genre de bâtir et d'orner du peuple qui fit ces monument.

Ainsi un temple Grec circulaire ou quadnuiguUire . un frontispice de huit ou din colonnes de telle ou telle autre ordonnance, se présentent tout d'un coup à l'imagination

l'est, pour deviner un' tableau, l'appréciation des diversités que l'art peut établir entre une figure et une figure.

Enfin, dans l'architecture, l'ensemble est un composé

colonne dans l'édifice le plus nombreux en colonnes? il n'y a qu'un chapiteau dans une i.ilunr.ade ; il n'y a qu'un seul ornement dans une frise, dans une corniche: de sorte que la restitution des plus vastes compositions peut résulter de la eonnoissante d'une seule de ses parties, d'un seul

à l'égard îles com position s Je la peinture el de la sculp-

uri fra^iui-nt , lorsqu'il aurii: il'iirn: ^lour rétablir

quand elle en indique 1= genre et l'ordonnance , te peinl

paux membres el h la décoration générale, il ne faut pas Sire fort habile pour retracer, a l'aide des monumens semblable qui nous sont parvenus, l'image approximative du monument décrit. On convient qu'il y a aussi en ce genre des beautés qu'aucune espèce de narration , et , disons-le,

ce qui lient 4 la disposition de l'ensemble, à k/distribulion du plan, au mode de l'élévation el au style de l'ordonnance, un dctJLn O.^'IU- d',T|i.-,-- n : I -i ilc'CMpiioU tiiî^'L'

tt avec les conditiu",. in^i'[u<..': s\ loi priera aussi peu de l'original, et (à cela près des petites mesures de détail) n'eu différera pas beaucoup plus, que les dessins faits d'àpris les monumens encore existans.

ainsi qu'à son histoire, des dates importâmes cl authentiques.

quisïlion de simple curiosité', que la restitution d

connoissoit encore peu les ruines de la lis Poleni fl tenté usseï heureusement la mpla d'Éphése, d'après les doc u mens 1m-

Contemporain de Foleni, M. de Caylus me paroît avoir été moins heureux que lui dans l'art de reproduire les mcnumens de l'antiquité, J'.Lj'itr. les Ji'. copiions des écrivains. Ju ['L-niï qu'il lu: jjNinqiiu rjut-lq:'^ a; 1 1 m> r,i:j tu- :> d:i «où: de l'aie h i lecture des anciens, de ce qui ronsliiuoit leurs

jamais entièrement de voir el de juger plus d'une partie -des ans de l'autiquitc à [raven la prévention! des habi-

quité, soit eu égard à la disposition Je l'ensemble, soit dans le style des détails, que les dessins des deux tnonu-

de faire sortir du teste deDiodore de Sicile; je veux parler du char funéraire d'Alexandre, el du bûcher ifEpheMlon. Dans un sujet où la connaissance des choses pouvoit seconder ou rectifier l'intelligence des mots, on devoit s'attendre au moins que le commentaire suppléerait ledeïsiri ; mais l'un el l'autre s'accordent à faire voir que M. de Cayltii ll'avoil pùiélré d'aucune manière dans son sujet; et l'on doit dire , en un mot , de tes deux restitutions, qu'elles sont des i raves tissemens , plutôt que des démonstrations du goût de l'antiquité 1 .

Il est de la justice de déclarer que cette censure, si elle est fondée, ne tombe pas uniquement sur M. de Cayius, mais aussi sur l'état général des connaissances critiques de i'art et des mooumens en France, à l'époque où il vécut, 11 en es. do la science de l'antiquité comme de toutes celle,

fectionner les anciennes. Or, tant qu'il reste à acquérir, ie meilleur lot doit être pour ceux qui arrivent tard : ils n'ont pas plus de mérite, ils oiuse:ik'nn;nt plus de facilité à bien voir. On a beaucoup plus de peine, et de gloire par conséquent, à se fr:.;,vr dm;: les lJiklires une rouie incer-

commun, qui parle tant d'hommes à se juger plus grands que leurs devanciers, par cela qu'ils sont montes plus haut queux, et à se croire de meilleurs yeux, lorsqu'ils n'ont que de meilleures lunettes: mais je l'ai crue, cette remarque, applicable sur-tout à une discussion dans laquelle je me trouve force d'attaquer e! de combattre de point en point l'opinion et (a manière de voir d'un homme justement célèbre, auquel la science de l'antiquité a de grandes obli- ■;.,(ijns, Ll Jim] l le /tie |Ki L ir I'. 1 : prêtes de l'art mérite

Le char funéraire qui transporta de Babylone en Êgypte

; le bûcher deDenys le Tyran, abre de Perses, par Pofyctètc; nsporta le corps d'Alexandre,

Nous devons i Diodore de Sicile un détail infiniment e*actdece dernier monument. Le teite de celle description ne me semble offrir aucune fou Te ni aucune obscurité. Pour peu qu'on veuille appliquer à son interprétai ion les

tiques de cet art, et des usages de ladécoration , on s'étonne de la facilité avec laquelle toutes les phrases de l'écrivain

M. de Cnylus me puroît s'être mépris sur presque tous les pdinls de son projet de restitution, parce qu'au lieu d'avoir eu l'avantage d'être tou t-à- la- fois dessinateur et traducteur, il n'a probablement été ni i'un ni l'autre : il est à

opéré sans le «cours de l'autre. Lorsque la double opéra-

secours pour l'intelligence des mots qui le désignent, et respectivement la forme de l'objet doit recevoir, dans un dessin, une plus grande justesse , de la compréhension intime et personnelle qu'a le dessinateur des mots de la

mais celle qu'on s'est efforcé de lui rendre sensible, comme

point l'idée de J'au leur, rraiicdk'dij trsiluacur: ci itIi i-i-ï, ayant traduit sans s'être fait une image positive et arrêtée des choses si unifiées par les mots, ne peut transmettre au dessinateur que J^s mucils v.i^ih, sujets i équivoque,

mises. EnsuiiE P , te n'eJpzs un médiocre avantage, dans une matière toujours plus ou moins^sournire à l'esprit

défectueux, auquel nn ^'.i;-'-^ riijifr.iinçr sa manière de voir. L'es péri en ce de l'erreur est d'un puissant secours dans la recherche de la vérité. Ce seul point de vue m'auroil engagé à mettre la restitution de M. de Caylus en pendant avec celle que je vais proposer: ce nue je ferai

pour objet que ifoBnr un aperçu plus conforme au» paroles de Diodore et au goût Je l'antiquité, n'avait reçu ni par l'application d'une échelle, ni par le développement des détails, la correction générale et partielle que j'ai tichc

accompagnoit non plus et n'en r.ppjyoii [il composition: c'éloit enfin uniquement l'esquisse arrêtée d'un travail, que

l'établissement de mon hypothèse; es que je ferai par l'analyse des passages de la description , comparés [oui-à- la-foi s à ['juil: et à l'autre manière tic icir. Cl l |tlkOjl, neui-are un peu monotone, m'a paru propre i simplifier la discussion, à abréger l 'ar^uini-niriti™ , i Nu iliier les comparaisons : il me procure l'avantage de réunir irnis opérations critiques ensemble, celle de réfuter, celle de comparer, tulle ili' prouver el de démontrer.

Tontes les difficulté ayant clé plus ou moins heureusement aplanies dans la discussion qui comprend la première partie, la seconde contiendra, avec beaucoup moins d'étendue, la remise ensemble ou la recomposition du monument, selon k'jyilinie nrécédemiiienl Établi ; t'csl-a-Jire que celte partie expliquera le dessin que je présente, et fera considérer le monument sous les points de vue de l'art et du goût, du genre de matière et de travail, des ptoportltma et des mesures de chaque partie, de la disposition et de la décoration de l'ensemble, de sa structure

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Je dois, avant tout, rapporter en son entier le passage de Diodore de Sicile ; j'ai j-.ict à ytuyai d'accompagner ce texte de la traduction Latine de Rhodomannus , qui m'a paru assez fidèle. Quant à la traduction Françoise, ne pouvant adopter ni celle de l'abbé Terrasson, ni celle

de M. de Cpylits. <;*" est irLi-p-^t'Jrablc. mais qui, ayant servi de modèle à (a restitution que je combats, est souvent aussi rn opposition avec mon sentiment, je me suis détermine à présenter ici ma propre version.

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