‹ Recueil de documents concernant la commune et la ville de Poitiers. Tome II: de 1328 à 1380. Avec une introductionChapitre 2 sur 104 · EXTRAIT · texte numérisé non relu

EXTRAIT

des Procès-Verbaux des Séances de la Société des Archives historiques du Poitou, 1926-1928.

La Société s’est réunie les 14 janvier, 29 avril et 4 novembre 1926, 13 janvier, 5 mai, 11 Juillet et 24 novembre 1927, 19 janvier 1928.

Ont été admis les membres suivants : le R. P. dom Aubourg (14 janvier 1926), MM. le comte de Beaumont, Corderoy du Tiers (24 novembre 1927), le comte Le Camus et le baron de Lanauze (19 janvier 1928).

La Société a eu à déplorer le décès de trois de ses membres : MM. Eugène Lelong, Alfred Hérault et Camille de La Ménardière, décédés les 6 décembre 1925, 4 juillet 1926 et 17 décembre

Le 13 janvier 1927, l’article 3 des statuts a été complété par la clause suivante : « Cette cotisation peut être rachetée par le versement en une fois d'une somme de 400 francs ».

La Société a reçu en don de M. le Commandant Deliquet : un extrait manuscrit, en ce qui concerne le Poitou, du Recueil de documents relatifs à l'histoire des monnaies frappées par les rois de France [de 1179 à 1380] par F. de Sauley (1879).

La table récapitulative des tomes 31 à 40 a été imprimée pour être encartée à la fin du tome 40. Elle sera adressée à tous les possesseurs de ce dernier volume.

Par P. BOISSONNADE Doyen de la Facullé des Leltres de Poitiers Correspondant de l'Institut

La Vitre ET LA COMMUNE DE PoiriErs PENDANT LA PREMIÈRE PÉRIODE DE LA GUERRE D& CENT ANS ET SOUS LES PREMIERS VaLois (1328-1380)

Le tome second du Recueil de documents concernant la ville et la comimune de Poitiers, dû à la science précise et impeccable de M. Audouin, et dont l’appareil des notes si riche double le prix, n’embrasse qu'une période de 52 ans. Elle semble courte en regard des trois siècles et demi que couvrent les documents publiés dans le précédent volume. Mais le demi-siècle qui s’étend de l’avènement de Philippe VI à la mort de Charles V est l’un des plus dramatiques, non seulement de l’histoire de France. mais encore de celle de Poitiers. Le sort de l'unité francaise, dont le Poitou fait partie intégrante, et celui de sa capitale, ainsi que l’évolution des institutions communales, s’y décident, dans la crise terrible déchaînée par la guerre de Cent Ans, conflit de deux dynasties rivales, Valois et Plantagenets, où deux grands Etats sont en guerre.

De ces événements, le côté dramatique et l’enchaînement historique apparaissent en général fort peu dans les documents du recueil, mais on en saisit le contrecoup sur l'organisation et l’existence d’une grande commune. La vie politique et administrative, les institutions financières et militaires, le développement économique et social de la collectivité communale poitevine, apparaissent, avec leurs variations, à travers les textes en apparence secs et froids, mais de plus en plus nombreux, que les archives ont conservés,

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Rapports de la Commune de Poitiers. et du Pouvoir Central de 1328 à 1380

Au moment où les Valois succèdent aux Capétiens, la commune de Poitiers, pourvue des franchises que lui ont accordées à tour de rôle les comtes-ducs, les rois angevins et les rois de France de la dynestie capétienne (1077-1222) (1), possède une large autonomie administrative, sans indépendance politique. Elle offre le spectacle d’un essor économique et social. remarquable. Un siècle de paix lui a valu une prospérité matérielle hors de pair (2). Mais ses rapports avec le pouvoir central, depuis l’époque de Philippe le Bel surtout, sont devenus plus difficiles. L'administration royale s’efforce à étendre son emprise, à restreindre les privilèges communaux, à multiplier les charges fiscales et militaires imposées à la commune.

On constate à l’époque des premiers Valois une nouvelle poussée de la centralisation monarchique et une aggravation des exigences de la royauté. De 1328 à 1356, le gouvernement royal exagère maladroitement le régime tyrannique des derniers Capétiens. 1]! multiplie ses empiétements sur les pouvoirs municipaux ; il lasse de sa fiscalité la bourgeoïsie communale. Il se montre incapable, malgré ses mesures militaires, d'assurer la défense nationale contre les Anglais dans l'Ouest. Dès 1328, c’est la guerre de Flandre qui s'engage, mettant déjà en présence Philippe VI et Edouard III, d’une manière indirecte. Puis, de 1337 à 1339, les hostilités se déclarent, à la fois en Aquitaine et sur les frontières de Picardie (3). L’orage se rapproche peu à peu du Poitou dont les côtes sont menacées par la flotte anglaise, tandis que sur la Charente, les forces ennemies se rassemblent en Saintonge (1340-1345) (4). Néanmoins, rien n’est prévu pour conjurer le péril. Les murailles de Poitiers, négligées, sont incapables de résister à un coup de force, et pourtant le fils de Philippe VI. le duc de Normandie, est passé dans la capi-

() Arch. his{. Poitou, XLIV, Introd. p. xxx1 et sq.

(2) Ibid. p. xLvn et sq.

(3) Ibid. p. xra1.

(D Rec. n° 342. Recueil ci-dessous n°* 282 cet suiv., 321, 337. Chroniques de Froissart, éd. K. de Lettenhove, XVIII, 84.

tale du Poitou en septembre 1345 (1). Une année plus tard, c’est le coup de tonnerre du 4 octobre 1346. Le comte de Derby, lieutenant du roi d'Angleterre, parti le 14 septembre de la Réole avec 1.000 hommes d’armes, a traversé rapidement PAngoumois, où il a pris Aubeterre et Châteauneuf (12-21sept.). Il a enlevé, dans la Saintonge septentrionale, St-Jeand’Angély (29 septembre). Il envahit ensuite le Poitou, où il investit Lusignan (le 30 sept.), qu’il prend le 1° octobre. Poiiers n’a pour garnison que six hommes d’armes, parmi lesquels Herbert Berland et Aimery de Rochechouart, seigneur de Mortemer. Les Anglais pénètrent dans la ville par la chaussée du moulin Cornet, vers le Pont Joubert, le 4 octobre ; ils la livrent pendant 8 jours au pillage et à l’incendie ; ils y massacrent 600 personnes, brülent le Palais des comtes

-et le quartier de la Regratterie et emmènent le 12, lors de

leur retraite, un immense butin (2). C’est ainsi que l’imprévoyance de la royauté avait amené une catastrophe, dont la commune de Poitiers devait se ressentir longtemps, et où le prestige des Valois subit une atteinte que le désastre de Crécy devait aggraver encore (1346).

L'autorité royale restait cependant intacte et il fallut un nouveau désastre pour l’affaiblir de telle sorte, qu’elle dut relâcher les liens dont elle continuait à enserrer la capitale du Poitou. Au moment où la province, dégagée des garnisons anglaises par la reprise de Lusignan (mai 1351), commençait à respirer, se préparait la nouvelle expédition anglaise qui aboutit à l’une des plus grandes défaites de notre histoire, celle de Maupertuis (19 septembre 1356), survenue presque aux portes de Poitiers. Le roi de France prisonnier, l’armée féodale détruite et discréditée, le Poitou de nouveau envahi, tels en étaient les résultats. Peu s’en fallut que Poitiers ne tombât encore aux mains des vainqueurs. Les bourgeois eurent le temps de fermer leurs portes, laissant les Anglais massacrer sous leurs yeux les bandes de fuyards. Pendant la nuit, l’arrivée de Mathieu de Roye avec 10 lances, ainsi que celle de Jean de Hangest, capitaine général du Dauphin, les mit à l’abri d’une surprise semblable à celle de 1346 (3). Le maire interdit les jeux et les fêtes, prescrivit des habits de deuil. Le lendemain, de même que les jours

(1) Arch. h. Poitou, XIII, 296.

(2) Arch. h. Poitou, XIII, p. xxvi, 356 — Recueil ci-dessous. n° 363. — Armorial des maires de Poitiers, B, Nat. Mss fr. n° 20.081. — Coll. Fonteneau, XXXIII. — Froissart, éd. Luce, IV, 14.

(3) Froissart, éd. Luce, V, 35, 53, 65. — B. N. Mss. Fr. 20.084.

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suivants, il fit recueillir par les moines et les habitants les corps dès morts de la bataille, qu’on ramena par charretées, et qu’on ensevelit dans les cimetières, l’église et les chapelles des couvents des Jacobins et des Cordeliers (1). Trois listes ont conservé les noms des 59 chevaliers et des 40 écuyers qui eurent leur sépulture aux Jacobins, et parmi lesquels figuraient Pierre de Bourbon, le maréchal Jean de Clermont, Jean I‘ de Rochechouart, Aymar de la Rochefoucauld, Jean de Chambes, seigneur de Vilhonneur, ainsi que Vasselot, Seigneur d’Annemarie, fils d’Isabelle de Lusignan (2). Quatre ans plus tard, le Poitou était cédé à Edouard IIL, après de nouvelles incursions anglaises, pendant lesquelles furent détruits aux portes de Poitiers, les bâtiments de l’abbaye St Cyprien et du prieuré de Ligugé (3). Le traité de Londres (1359), puis celui de Brétigny (8 mai 1360), ayant : transféré au roi d'Angleterre la province, Jean en informa ses sujèts et notamment les bourgeois de Poitiers (12 août 1861) (4). Le commissaire anglais, Jean Chandos, se rendait de Vincennes (11 août) à Tours, puis à Châtellerault, où il rencontrait les commissaires du roi de France (7 septembre). Les 22 et 28 sept. 1361, il prenait possession de la capitale du Poitou (b).

Le conflit entre les Plantagenets et les Valois est devenu au XIV*° siècle une véritable guerre nationale, À partir de 1356, Valois et Plantegenets font assaut de prévenances à l'égard de la commune de Poitiers, afin de la rallier à leur cause, dans ce différend où se joue, non plus l’avenir de deux puissances féodales comme au XIT° siècle, mais celui de deux Etats nationaux. La domination anglaise, bien qu'elle eût usé des plus grands ménagements à l'égard de ses nouveaux sujets et qu'elle eût rallié la noblesse, une partie des fonctionnaires et de la riche bourgeoisie poitevine. s’effondra au bout de moins de 12 ans. En 1369, Edouard III et Charles V entraient de nouveau en lutte. Dès le mois d'août 1370, le clergé, le peuple et la fraction française de la bourgeoisie s’agitaient à Poitiers, où un complot dirigé par Jean Boschet échouaïit (6). Le meilleur des capitaines anglais, Chandos, était tué au pont de Lussac. Duguesclin, accompagné des ducs de Berry et de

(1) Recueil ci-dessous, n°° 408 et sq., p. 164-175.

(2) Chronique de Valenciennes, dans Froissartl, éd, Kervyn, V. 50. (3) Bouchet, Ann. d'Aquitaine, éd, 1644, p. 209.

(4) Rec. ci-dessous, p. 190.

(5) Procès verbal de la délivrance, Rec. {bid., p. 192 ct su.

(6) Mélanges hist. 111, 352 (coll. Doc. inéd.).

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Bourbon, accourait à la fin de juillet 1372, averti par un agent secret de l’absence de la garnison anglaise et des dispositions favorables de la population. Le 6 août, il était aux portes de Poitiers ; une discussions orageuse s’engageait à l’échevinage entre partisans et adversaires des Anglais ; le maire anglophile ÿ était menacé de mort. Le samedi 7 août, les princes et le connétable faisaïent uine entrée triomphale à Poitiers, et le lendemain la garnison anglaise assaillie par les hommes d’armes et le peuple, capitulait (1). Le chef-lieu du Poitou rentrait pour toujours dans l’unité française.

Pendant cette période si troublée, s'était maintenue, à travers bien des vicissitudes, la conception générale sur laquelle étaient fondés les rapports entre la commune et le pouvoir royal. Cette conception est celle de la monarchie féodale, qui met en œuvre des principes du système vassalique, amalgamés avec ceux de la tradition ecclésiastique et romaine d'autorité. En vertu des premiers. le roi considère la commune de Poitiers comme uné partie dé son domaine, dont il peut disposer sans l’aveu de ses vassaux ou sujets, C’est ce que montrent les clauses du traité de Brétigny ct le procèsverbal de livraison de la ville de Poitiers au commissaire du roi d'Angleterre, Chandos, par l’entremise des commissaires de la couronne de France, Louis d’Harcourt, vicomte de Chôâtellerault, Guichard d’Angles, sénéchal de Saintonge, Guy d’Azay, sénéchal de Poitou, et le maréchal Boucicaut (2), Les commissaires anglais se présentent à la porte Saint-Lazare ; ils y font donner lecture des lettres du roi Jean « aux maire, jurés et habitants de Poitiers >» portant cession de tout le Poitou et de sa capitale au roi d'Angleterre. Les prélats, les gens d'église, le maire et les notables, après cette lecture, sont invités à se conformer aux ordres du suzerain. Le maire livre aussitôt les clefs au principal mandataire du roi Jean, Boucicaut, qui de son côté les remet au commissaire d'Edouard III, Chandos, en lui disant : « Sire, vécy les clefs e de la cité, lesquelles je vous baïlle en vous livrant la dite < cité et ville, et vous en baiïlle saisine et aussi du chastel ». Ensuite, Boucicaut, suivant le cérémonial féodal, livre successivement au commissaire anglais la porte Saint-Lazare, le château, et finalement toute la ville qu’il parcourt avec son

(4) Froissart, éd. Luce, VIII, 60, 62, 304-305. —— Chron. des quatre prem. Valois ,237. — Chr. de Duguesclin, par Cuvclier, 11, vers 20.843- 21.242. — Chr. du duc de Bourbon, 90. — Arch. hist. Poitou, XIX, 170.

(2) Rec. ci-dessous, p. 195 (22 sept. 1361).

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