‹ Recueil de documents diplomatiques relatifs à la SerbieChapitre 18 sur 18 · XXIV. Déclaration de la Sublime Porte (46 juillet · texte numérisé non relu

XXIV. Déclaration de la Sublime Porte (46 juillet

isne.j

Au moment où la Serbie, oubliant ses devoirs de vassalité envers S. M. le Sultan et méconnaissant les obligations qui lui sont imposées par les traités, cherche k envahir les provinces ottomanes limitrophes, le gouvernement impérial se doit à lui-même, comme il doit aux populations placées sous le sceptre de Sa Majesté, d'exposer les motifs qui ont déterminé sa ligne de conduite dans ces graves conjectures.

Tout le monde a pu apprécier la haute valeur des

privilèges et des ioimunités si généreusement octroyés & la Serbie par la Subliire Porte. Oa se souviendra également des dernières concessions que la Porte a faites à cette Principauté, après que la position de celle-ci a. été réglée par un acte international. En vérité, Thistoire même de la Serbie, depuis le jour de la conquête, ne présente qu'une longue série d*actes généreux et de fa^ veurs souveraines accordés à cette province avec une libéralité que personne ne saurait nier. C'est ainsi que la Serbie se trouve mise en possession d'un régime tout exceptionnel, pendant que des institutions adaptées m degré de culture de sa population lui permettaient d'en tirer profil pour réaliser des progrès sérieux.

.Ce développement normal et régulier du bien-être de la Principauté, qui promettait les meilleurs résultats, s'arrêta tout-k-coup, le jour même où quelques hommes remuants et ambitieux, qui sacrifiaient à une vaine popu-larité les véritables intérêts de leur pays, étant arrivés au pouvoir, modifièrent, dans le sens de leurs vues personnelles, les bases fondamentales de l'ancienne constitution et laissèrent une liberté presque absolue à la presse, afin de s'emparer plus facilement de l'opinion publique, de faire naître l'agitation dans les esprits et de faire briller, aux yeux du peuple serbe, les perspectives trompeuses d'un avenir qu'il n'avait jamais rêvé, le détoprnaat ainsi de ses paisibles travaux, pour en faire l'instrume0t docile de projets téméraires et coupables. Dès le début de l'insurrection de l'Herzégovine, ces hommes ne négligèrent rien pour imprimer k leur attitude un caractère d'hostilité, que leurs vaines protestationa de loyauté et de stricte neutralité n'ont pu déguiser un seul instant. Ce sont eux-mêmes qui par leurs émissaires répi^dus dans les cotitrées voisines, ont fomenté l'innur-

rfclîoD, ToDt soutenue, alimentée, développée par fous les moyens moraux et matériels en leur pouwir ; ee sont eux seuls qui lui ont donné celte consistance et eetle organisation dont la répression entraîné tant de ruines, fait couler tant de sang et impose tant de sacrifices. Ce sont encore ces hommes coupables qui ont fourni aux insurgés des secours en argent, des armes, des munitions et de nombreux auxiliaires et qui, abusant sans scrupule de la situation qui était faite à leur pays par les traités, convertissaient la Serbie tout à la fois en un pays de rébellion et en un lieu do refuge et un eentre de ralliement pour les insurgés fuyant devant nos troupes.

Il est aujourd'hui acquis que les chefs des insurgés prenaient leur mot d'ordre à Belgrade et que de nombreuses bandes, organisées dans le pays, sous 1^ yeux des autorités, venaient attaquer nos soldats, piller et incendier nos villages, massacrer les habitants paisibles et inoffénsifs, promener partout la ruine et la dévBSH tation.

Malgré cette attitude déloyale et provocatrice, on sait quelle a été, depuis bientôt un an, la longanimité dk)nt la Sublime Porte a fait preuve et la modération qu'elle a opposée aux agissements incessants du gouvernement serbe. Mais loin de rien changer à leurs déterminations, les hommes qui précipitaient ainsi la Serbie dans la voie des aventures, mettant h profit le» dispositions pacifiques de la Sublime Porte, épuisaient te trésor et les ressources du pays en armements considérables et lais* saient entendre qu'ils se préparaient à prendre ouverterment une part active à TinsurrectioD.

Us soutenaient ainsi les insurgés berzégovinieus et bosniaques par l'espérance d'une prochaine iibtevveptio» 9fmée de la Prineipauté.

Jostemént préoccupée da cette situation qui devenaient de plus menaçante, la Sublime Porte ne pouvaient éviter plus longtemps de diriger quelques corps d'observation sur ies confins de la Serbie et du Monténégro, dans Tunique but de rassurer les populations alarmées et de mettre un terme aux incursions et aux déprédations des bandes.

Les choses en arrivèrent enfin à ce point, que le gouvernement impérial s'est trouvé dans la nécessité de demander officiellement à Belgrade des explic ations précises et catégoriques sur ces préparatifs extraordinaires et sur la concentration des troupes princières à proximité de nos vilayets.

Dans la réponse qu'il nous a faite, le prince Milan» pour justifier sa conduite et donner le change à l'opinion publique, s ebt appliqué à intervertir les rôles et à déplacer les responsabilités, en s'élevant contre les me* sures militaires que nous avions prises et qui étaient le résultat d'une situation que les actes coupables de son administration avaient déterminée.

Le prince de Serbie a poussé l'audace plus loin. Il nous a adressé uoe lettre pour nous demander l'autori'sation de faire entrer ses troupes en Bosnie, en vue, dit-il, de concourir à la pacification de cette province et pour nous déclarer, en dernière analyse, qu'en cas de refus, il était résolu à donner quand même suite à cette proposition. En même temps, l'agent du Prince à Ck)nstantinople recevait mission de demander que la Serbie fat chargée de l'administration de la Bosnie, contre paiement d'un tribut annuel.

Le surlendemain de la réception de cette lettre, et sans attendre notre réponse, les Serbes envahissaient une partie de nos provinces. Le même jour, le prince

Nicolas de Monténégro, dont TattUndo envers la Sublime Porte n'avait pas été marquée aux coin de la fidélité, nous télégraphiait que la situation équivoque de ses relations envers la Sublime Porte allait faire place \ des hostilités déclarées.

Les deux princes, ayant fait suivre de près leurs déclarations par des actes de rébellion ouverte, la conduite du gouvernement impérial était toute tracée. Il devait repousser Tagression par la force.

Signataire du traité de Paris, qui règle la position des Principautés vassales vis-à-vis de la Cour suzeraine, la Sublime Porte a tenu k respecter jusqu'au bout et religieusement cet acte international. Aussi, ne s'est-elle décidée k sortir des limites de la modération dans lesquelles elle s'était renfermée, que lorsqu'elle a été violemment attaquée.

En ouvrant les hostilités, le gouvernement serbe a perdu, ipso facto, les avantages qui découlaient pour lui des privilèges et immunités qui lui ont été octroyés par la Sublime Porte et garantis solennellement par le traité de Paris. Le prince de Serbie et le prince de Monténégro ont repoussé, avec une obstination aveugle, les conseils de l'Europe, et ils ont forfait k tous leurs engagements, k tous leurs devoirs ; ils ont voulu en appeler aux armes ; et ils doivent attendre de l'issue de cette lutte insensée le sort qu'ils se sont eux-mêmes préparé.

L'Europe entière nous rendra cette justice, que nous avons poussé la modération jusqu'k ses dernières limites. Nous l'avons fait dans l'intérêt de la paix, bien que notre attitude conciliante nous ait imposé des sacrifices considérables. Nous avions espéré jusqu'k la dernière heure que le gouvernement serbe et le prince de Monténégro, mieux avisés, se rencontreraient avec nous dans

là ttéme pensée poar éviter une plus grande eStisiôn de sang et les maux incalculables de la guerre ; qu'ils reculeraient devant la grave responsabilité de la lutte dans laquelle ils se sont précipités et dont on ne saurait prévoir les conséquences.

Mais, puisqu'il en a été autrement, forts de notre droit comme de notre conscience, et confiants dans la justice de notre cause, nous mettrons tous nos efforts à poursuivre Yi^oureusement la lutte qu'on vient d'engager avec nous et à tâcher de la rendre la plus courte possible. Par ce moyen, il nous sera permis de mettre un moment plus tôt à exécution les réformes et les améliorations que notre auguste Souverain a la ferme volonté d'introduire dans l'Empire et qui procureront à nos populations le bien -être matériel et moral qu'elles Sont en droit d'attendre du gouvernement de S. M. le Sultan.

Nous sommes convaincus que tous nos sujets, sans distiction aucune, soutiendront de leurs vœux et de leur concours l'Empire dans la guerre qu'il a été forcé d'engager avec les ennemis' de leur pays et de leur repos.

XXV. Dépêche de Savfet pacha aux représentants de la S. Porte à l'étranger^ concernant Vouverture des hostilités.

Çlonstantinople, le 2 juillet 4876.

Le prince de Serbie a adressé à S. A. le grand vizir une lettre assez longue, datée du 22 juin, dans laquelle, après avoir articulé certains griefs non fondés, et parlé

de la coQcenlration des troupes du côté de la ligne de démarcation, il finit par déclarer sa résolution de coopérer, par l'emploi des forces militaires de la Serbie, à l'établissement d'un état de choses favorable aux intérêts communs de l'empire et de la principauté.

Le prince prie, par conséquent, la Sublime Porte de lui faciliter sa mission en donnant aux autorités impériales l'ordre de renvoyer dans leurs foyers ce qu'il appelle des bandes de pillards, faisant allusion aux irréguliers, et d'enjoindre aux troupes impériales de ne pas mettre obstacle à ses efforts, afin de lui permettre de professer hautement le principe de l'intégrité de l'Empire.

En même temps, dans une dépêche adressée à Tagent de la principauté, M. Ristitch l'invite k proposer à la Sublime Porte de confier au gouvernement princier l'administration de la Bosnie contre le payement annuel d'une somme fixe et invariable.

Cette étrange proposition ne pouvait évidemment être admise. Cependant, nous nous proposions de répondre à cette lettre du prince Milan pour réfuter une à une les accusations qu'il avait formulées contre la Sublime Porte, lorsque, aujourd'hui même, nous avons reçu de nos autorités civiles et militaires des vilayets de la Bosnie et du Danube l'avis officiel de l'entrée des troupes serviennes, avec leur artillerie, le l""' et le 2 juillet, sur trois points différents, sur le territoire ottoman, ce qui a motivé l'envoi immédiat contre eux des troupes impériales.

D'autre part, le prince de Monténégro, dans un long télégramme adressé à S. A. le grand vizir, parlant d'une foule de griefs imaginaires déclare, à son tour, que la situation équivoque des relations toujours ten-

âu68 fait place dès aujourd'hui à la situation plus nette des hostilités déclarées.

Ainsi, ces deux principautés ont mis fin à leurs^ tergiversations et sont, à l'heure qu'il est, en guerre ouverte avec la cour suzeraine.

Je me ferai un devoir de vous télégraphier le résultat des engagements qui ont lieu sur tous les points différente entre nos troupes et les serviennes.

Je vous communiquerai également par le télégraphe, au fur et à mesure, l'issue des divers combats qui pourraient avoir lieu.

Page 1