‹ Recueil de documents diplomatiques relatifs à la SerbieChapitre 17 sur 18 · TO · texte numérisé non relu

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dés intérêts communs de l'empire et dé la Principauté.

L'armée serbe, composée d'éléments de môme natio^ nalité que les populations insurgées, serait certainement reçue à bras ouverts par la grande majorité des habitants. Ceux-ci ne pourraient être, en effet, que sympa*thiques k la création d'un état de choses basé sur l'ordre et la justice et qui offrirait des garanties suffisantes que toutes les confessions seront placées sur le pied d'une parfaite égalité. Je me ferais un titre de gloire, Altesse, de contribuer à son établissement sans m'écarter du principe de conservation et d'intégrité de l'empire.

Les avantages que l'empire retirerait de cette combinaison sous les rapports financier, politique et militaire sont évidents.

Le peuple serbe, Tapôtre le plus zélé de l'intégrité de l'empire ottoman, n'est pas sans comprendre la nécessité de mettre ses intérêts d'accord avec les intérêts généraux de l'empire et les exigences de la politique européenne. En allant.au-devant des vœux des Serbes, la S. Porte les mettrait en état de propager dans l'Orient chrétien les principes de conservation, d'intégrité et d'indépendance de l'Orient, à l'ombre du trône de S. M. L le âultan, et la Serbie deviendrait ainsi l'auxiliaire donné par la Providence à la S. Porte, pour l'aider à la régénération de l'Orient par rOrient loi-même.

Convaincu que la voie proposée est la plus sûre pour prévenir le retour des calamités qui affligent en ce moment les provinces insurgées et par eontre-coup les principautés, j'ai dû découvrir à Votre Altesse le fond de ma pensée. Les considérations que j'ai eu l'honneur de lui exposer m'en ont fait un devoir impérieux, et d'autre part je ne puis renoncer à la conviction qu'il entre dans les intenUons ^éùéreuse^ de Sa Majesté le Soltan d'ar-

rèter Teffusion du sang de ses sujets et U dévastatioû des contrées qu'un de mes vœux les plus chers est de rendre h là prospérité.

Je déclare donc à Votre Altesse que dans le but de coopérer par remploi des forces militaires de la principauté à rétablissement d'un état de choses favorable aux intérêts communs de l'empire et de la principauté, je suis résolu à donner suite à cet ordre d'idées.

En conséquence, je prie Votre Altesse de me iitciliter la mission que j'entreprends en donnant aux autorités impériales l'ordre de renvoyer dans leurs foyers les bandes de pillards et en enjoignant aux troupes impériales de ne pas mettre obstacle à mes efforts, pour me permettre de professer hautement, comme je le désire, le principe du maintien de l'intégrité d!e l'empire.

Agréez, Altesse, l'expression de ma très haute considération.

XXIIL Proclamation du prince Milan,

A mon cher peuple !

il y a déjà un an que nos frères de Bosnie et de rHerz<^govine ont pris les armes pour se défendre contre un arbitraire et des violences effrénées.

Leurs souffrances ont toujours trouvé un écho dans nos cœurs fraternels, et lorsque, l'iinnée dernière, leur plainte s'éleva de nouveau, je déclarai à notre Skouptcbina populaire que pour ma part, dans la limite de

DOS faibles forces, je chercherai à découvrir un moyeu efficace pour amener la pacification définitive des contrées insurgées, dont le sort ne peut nous être indifiTé-^ rent. Je dis alors que la Serbie, comme voisine immé* diate de ces provinces, plus que personne éprouve le contre-coup douloureux, au double point de vue moi al et économique, des insurrections périodiques ; c*e8t pourquoi il est dans notre intérêt de mettre fin, une fois pour toutes, à un tel état de choses.

Mais comme en môme temps la Sublime Porte, de concert avec les grandes puiss ances, a entrepris Tœuvre de pacification, et cela en excluant toute autre coopération, il était de notre devoir d'attendre avec respect et patience le résultat de l'entreprise tentée avec tant d'empressement par les grandes puissances en faveur de nos frères opprimés. Toutefois, l'expérience qu'ont faite de* puis des siècles les malheureuses populations qui se sont soulevées les armes à la ma*n ne leur inspirait au-^ cune confiance dans les mesures que la Sublime Porte a prises en vue de la pacification ; elles n'y trouvaient pas de garanties contre le retour des abus qui les ont pous* sées si souvent à la révolte.

L'héroïque combat a donc continué dans l'Herzégovine et 'de terribles boucheries, d'horribles cruautés continuèrent de tous côtés, particulièrement en Bosnie. Pendant que nous attendions la fin de ce qui se passait sur nos frontières orientales, une autre insurrection éclata près d'un autre point de notre principauté. La Bulgarie est devenue le théâtre d'actes d'extermination et de destruction inconnus dans notre siècle.

Les explosions du fanatisme musulman, dépassant les champs de bataille ensanglantés, se produisirent dans toutes les contrées de la Turquie d'Europe, même i

GoMUialiiiopte, «a miliett des disciples et des apôtres du CoraD, et exercèrent une ioflaenoe décisive sur le sort des populations de l'empire. En face de semblables évé-^ nements, il faut abandonner toul espoir de voir bientôt se pacifier les provinces insurgées. L'avenir se trouble de plus en plus, de sorte que nous désespérons de voir la Serbie sortir de la pénible situation dans laquelle elle se trouve depuis un an déjà.

Bien que notre situation fût devenue intolérable, nous n'avons rien entrepris qui pût rendre plus difiicile aux puissances et à la Porte l'œuvre de pacification. Au contraire, mon gouvernement a fait tout ce qu'il pouvait faire pour contribuer k l'apaisement des esprits. Les fugitifs de Bosnie ont été accueillis et nourris au prix de grands sacrifices. De notre côté, un ordre admirable a été maintenu sur nos frontières, tandis que notre armée, qui s'était rendue à la fr(mtière pour calmer les appréhensions de ses habitants, a été renvoyée dans ses foyers dès L'automne de Tannée dernière.

Tout suivait dans notre noble pays un cours régulier; on évita de donner k la Porte Ottomane le moindre prétexte de prendre contre la Serbie des mesures que In défiance seule aurait pu dicter. Malgré tout, le gouvernement ottoman entoura notre pays d'une forte armée, depuis l'embouchure (du Timok jusqu'à celle de la Drina«

L'armée turque prit vis^à-vis de nous une attitude menaçante; les hordes sauvages des bechi-bozouks, des Circassiens et des Âmautes, appuyées quelquefois par des détachements de troupes régulières, firent des incursions dans notre pays, assaillirent de paisibles citoyens, saccagèrent nos saintes églises, incendièrent nos maisons, emmenèrent nos troupeaux et pillèrent nos

hkm et dos propri^s, laissant derrière elles des rvises et des cadavres.

Frères I depois un an déjà vous sonffrea que ces scènes sanglantes se passent sor le soi de la ekère patrie, que nos pères nous ont acquis au prix de leur sang.

Non seulement les habitants des différents dirtriets, mais eneor e tote ceox de la région devaient sans relèche courir h la trootière pour sauver les biens qui leur étaient «élevés par les pillards et protéger la vie de leurs i«* »ille&. Toutes les démarches tentées par mon gouvernement avprès des autorités ottomanes sont restées sans succès.

Les inoursioas k main armée ne cessèrent pas, tandis que Tarmée turque continuait h nous taire subir un blo* eus qui tuait tout commerce, tout travail; de sorte que poue avons dû recou rir à des mesures extraot diaaires pour sauver d^une ruine complète le reste de la fortune publique.

Sans taire la guerre, nous supportons toutes les coth séquences fatales de la guerre.

Ce n'est que grèce à votre grande patience, à votre respect des lois, à votre obéissance aux ordres de mes ionotkmnaires, que jusqu'à présent vous n'avez pas donné cours h vos sentiments blessés et à votre juste colère.

Peut^es, par conséquent, foire va erime k mon gom* vernement d'avoir, en exécutant les résolutkma de la Skouptchina, pris des mesures pour la défense de la secoirité ainsi menacée de notre pays ? Et eependant la Porte a reproché h la Serbie l'audaoe grande qu'elle a eue de prendre des précautions pour sa propre conser-^ vaticHU, à ceftin même Serbie que la Porte elle-même a forcée de sa mettre en éMk de légitime défense en réiH

nisÉUït toutes ses forces et en sacrifiant tous ses intérêts pacifiques.

Fràres I sans sortir un instant des voies de la modération et de la raison, et contrairement même k vos sentiments froissés, j ai prêté l'oreille aux conseils des puissances garantes, et j'ai renfermé dans mon cœur et dans le vôtre l'écho des sentiments qu'a dû produire cette conduite inouïe de la Turquie, dont on n'a pas encore vu d'exemples dans le monde civilisé. Je n'ai même pas abandonné cette voie de modération lorsque la Porte, au lieu d'écarter les causes qui ont provoqué cet état de cho3es,a trouvé bon de me demander des explications sur les mesures que nous avons dû prendre dans l'intérôt de la défense de notre patrie.

Après avoir donné d'une façon modeste et amicale ces explications à la cour suzeraine, je me suis déclaré prêt k envoyer un agent spécial k Constantinople, qui aurait, de concert avec la Porte, cherché une base sur laquelle on pût rétablir une entente durable entre nous et le gouvernement impérial.

Mais quel accueil pensez-vous que cette nouvelle preuve de mes sentiments de conciliation ait trouvé auprès de la Porte ? Pendant que la Porte passait sous silence ma proposition personnelle, l'armée turque fut dirigée avec une nouvelle ardeur vers notre frontière. Des hordes sauvages de bachi-bozouks, de Circassiens et d'Ârnautes recommencent à s'approcher de la Serbie ; on rappelle du fond de l'Asie les Kurdes barbares, afin que la Serbie soit livrée au pillage et à l'incendie, que sa prospérité soit anéantie, que sa dignité nationale soit brisée et effacée.

La Porte, se trouvant dans l'impossibilité de justifier devant le monde l'état pitoyable de son administration,

a conçu le projet de faire retomber sur la Serbie la responsabilité de ces méfaits, dont elle seule est responsable envers ses peuples. La Porte semble croire que la Serbie civilisée une fois disparue du globe, il ne resterait plus en Orient de pays qui, par son existence seule, démontrât rimpossibilité de maintenir l'état actuel des choses en Turquie.

Frères I si après ces mesures et ces intentions aussi hostiles de la part de la Turquie, nous persistions à rester dans la voie de la réserve, notre modération serait taxée de faiblesse, notre silence de poltronnerie, sentiments indignes des descendants des Duschan et des Miloscï. Mais quoique la guerre entre la nation serbe et la Porte Ottomane soit inévitable, je n'en ai pas moins adressé à Constantinople des représentations dans lesquelles j'ai indiqué le moyen de satisfaire les insurgés et de tirer en môme temps la Serbie de la situation dif* ficile où elle a été entraînée malgré elle.

J'ai demandé .l'éloignemeut de l'armée turque avec toutes ses horde ^^ sauvages hors de portée de notre frontière, et j'ai déclaré au gouvernement impérial que l'armée serbe, au nom de la légitime défense personnelle, au nom de l'humanité et des sentiments de fraternité qui nous rattachent à nos frères qui souffrent, entrerait dans les provinces insurgées pour y ramener la paix et y rétablir un ordre de choses basé sur le droit et l'égalité, sans égard pour la croyance religieuse des habitants.

C'est maintenant k la Porte de prononcer une parole décisive et de mettre fin à l'effusion du sang. Serbes I soldats I nous ne partons pas pour la guerre, entraînés par des sentiments de vengeance, mais poussés par une nécessité qui s'impose à nous et à nos frères de l'Est, et par les besoins de la paix générale. Fiers de la belle mia-

aion que la Providence nous a coafiée de représenter la civilation et la liberté en Orient, marchez en avant avec confiance et résolation et ne brandissez vos armes que contre ceux qui voudraient vous tmrrer le passage !

N'oubliez pas, en franchissant la frontière, que nous resterons fidèles au principe de l'intégrité de Tempire ottoman tant que la résistance de l'armée impériale ne nous forcera pas de faire dépendre du sort des armes le succès de notre sainte cause, n'oubliez pas un seul instant que le pays où nous allons est habité par vos frères, qui verront en vous des sauveurs et vous recevront k bras ouverts.

Il y en a, il est vrai, qui sont depuis longtemps séparés de nous par la religion, mais eux aussi sont réellement nos frères par le langage et par le sang. S'ils prenaient les armes contre vous, arrachez-les leur des mains ; mais, dès que vous y serez parvenus, épargnez-les, ainsi que vos autres adversaires, et protégez leur vie, leurs familles, leurs biens et leur croyance. C'est là ma ferme volonté et votre devoir sacré. Vous acquerrez ainsi Tes- (ime du monde civilisé, qui sera convaincu que vous méritez une meilleure place parmi les peuples.

Notre mouvement est purement national. Il est exempt de toute idée de bouleversement social et de tout fanatisme religieux. Nous ne sommes pas les champions de la révolution ; nous n'apportons ni la flamme ni la destruction, mais le droit, l'ordre et la sécurité. Epargnez les étrangers et montrez-leur cette hospitalité qui distingue les Serbes ; respectez les frontières de la monarchie voisine et ne donnez aucun sujet de mécontentement au gouvernement impérial et royal; qui s'est acquis des droits à notre reconnaissance en prenant sous sa protection des milliers de Bosniaques et d'Herzégoviniens dér

pourvas de tout et en les préservant du froid et de la faim.

Frères I je marcherai avec vous et à votre tète, plein de confiance dans votre patriotisme et dans vos vertus guerrières. Avec nous combattront nos courageux frères les Monténégrins, conduits par mon frère le chevaleresque prince Nicolas, et nos merveilleux héros, les Herzé* goviniens et les Bosniaques, qui ont enduré tant de souffrances.

Nos vaillants frères les Bulgares nous attendent, et nous avons lieu d'espérer que les glorieux Hellènes, les descendants de Thémistocle et de Botzaris, ne resteront pas longtemps éloignés du champ de bataille. En avant donc, mes nobles héros I marchons au nom du Dieu toutpuissant, du Père juste envers tous les peuples ; marchons au nom du droit, de la liberté et de la civilisation!

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