‹ Recueil de documents diplomatiques relatifs à la SerbieChapitre 2 sur 18 · V INTRODUCTION · texte numérisé non relu

V INTRODUCTION

le choix qae noas avons fait parmi les docameDts en notre possession ; an simple coup d*œil snr la table des matières placée comme d'nsage à la fin du volame montre dans Tordre chronologique la Principantè naissante pour le droit international par le Traité de Bacharest, Tinstitation de sa dynastie, le développement de son autonomie, son affranchissement successif par le concert des grandes Puissances on par la généreuse bienveillance du Suzerain, et enfin la correspondance qui a abouti i la guerre actuelle. Sans grossir le volume par la reproduction de toutes les correspondances, négociations, protocoles qui ont précédé, accompagné et suivi chacune de ces phases, nous nous sommes attaché à ne rien omettre de ce qu'il importe de connaître, nous avons visé surtout à offrir au lecteur un moyen aisé de se rendre compte du caractère particulier inhérent à chacun de ces Actes, parce qu'il nous semble que dans leur étude comparative on peut découvrir Tindice d'une solution, la seule peutôtre, à la crise présente.

Ce n'est pas, en effet, une guerre comme une autre. Partout, Touverture des hostilités suspend Texeicice des traités ; partout, Tissue de la campagne aboutit à des négociations où le vainqueur et le vain-

INTRODUCTlOIf. T

eu établissent sûaverainemeot entre eux les Doavelles

conditioDS de leurs relations futures : frontières mutuelles et rapports généraux sont sujets à variation, la décision appartient aux parties belligérantes, et, aussitôt arrêtée^ elle entre dans le Gode des Nations. Ici, rien de semblable. La Principauté vassale porte la guerre dans les Etats de l'Empire suzerain, mais les traités créant la Principauté sont conclus avec les Puissances, et ils n'ont rien perdu de leur valeur légale. Les armées respectives sont aux prises, mais la victoire ou la défaite d'un côté ou de l'autre ne permettra pas de modifier la ligne des frontières ni d'altérer sous aucun rapport le status qw antè, tant que les Puissances signataires du Traité de Paris, garantes de l'intégrité de TEmpire Ottoman et en même temps héritières des traités de Bucharest, d'Ackermann et d'Andrinople, n'auront pas approuvé le sort que le vainqueur voudra faire au vaincu. Eu un mot, ce n'est pas une guerre, la sanction manquant à la force ; c'est une rébellion, et à la suite de cette rébellion même, la répression n'aura pas la liberté du châtiment, tout comme au rebelle heureux il manquera le pouvoir absolu d'entrer dans la jouissance de son succès : à l'un et à l'autre, il faudra l'assentiment préalable des grandes Puissan-

m, mnomcmm.

€«, qui sont simaltaoémeût et pioteotriceB de la Serbie et garantes de la Turquie.

Cet état de droit strict, dont notre Recueil fournit Tample démonstration, joiot à la dirergence d'appréciation de la part des Cabinets sur la priorité à donner à Tune ou à l'autre des deux missions que le Traité de Paris leur attribue, pèse d'un poids eon- •idérable dans les conjonctures actuelles. Plus d'une fois déjà la Serbie en a profité ; le Protoçc^ de Canlidja et le Firman de 1867 (4) sont là pour prouver combien cet état de droit et de fait infloe sur la politique des Paissances et sur celle de la S. Porte. Dans les é?èDements qui nous occupent, nous te IroQvons encore exerçant sa puissante influence. Quand, au début des troubles en Bosnie et en Herxégovine, la S. Porte avait manifesté quelque velléité d'étouffer Tînsurrection dans les ressources de ceux qu'elle accusait alors déjà d'en élre les fauteurs et les complices, les grandes Paissances la contenaient « au nom de la paix européenne », et elle9 étaient fondées à s'exprimer de la sorte, toute crise tant soit peu aigaê en Orient étant un danger d'ordre public. Ainsi s'explique cette ténacité vraiment étonnan-

(4) Voir Documents XII, p. 38, et XVI, p. 54.

IMTRODDaffim. TII

te avec laquelle le gouTerDemeiit tare s'eit attaehé à laiiaer an agitateurs serbes le loisir de défelop* par tontes lenrs hardiesses ; ainsi oo eompreod eet édiaoge de dépêches (1) où le graod-fizir s'efforce de calmer la Serbie et où le Prince Milan e'épnise en protestations de loyauté, ponr 1er miner par oo brnsqoe a âte-toi de là que je m'y mette n /

Les admonestations des Consuls généraux à Mgrade échouaient chnnt la couTiction où pooTait être le gouTemement serbe que Tarticle 29 le protégera toujours contre toutes les mesures coercitives, à OMmis que son différend avec la Porte ne produise une guerre générale dont il sera le premier à profiter. Quant à la Turquie, pour agir et pour réprimer les velléités belliqueuses de son vassal, elle cet eu besoin du consentement préalable des Puissances: c'est l'article 29 du traité de Paris (2) qui le lui impose. Gomment le demanderait-elle, comment l'obtien* drait-elle, quand tout lui prouve ipi'un conflit diplo^ miAique concernant la Serbie menacerait d'éveiller les rivalités bien connues des Puissances autour de la question d'Orient et de provoquer une goerte gé^

(1) Voir Document XX, p. 63.

(2) Voir Documrnt IX, p. 34.

vin INTRODUCTION.

Dérale? Elle laissait donc faire, crainte de pis ; elle se bornait à réserver ses droits, (1) et quand la lettre dn ^2 juin arrivait au grand- vizir, la Serbie étant prôte jetait le masque, et la Turquie annonçait (2) encore à l'Europe qu^elle se prépare à répondre au Prince Milan.

Noos voyons fort bien ce que le gouvernement turc a perdu, et ce que le gouvernement serbe a gagné à cette passion des cabinets de localiser l'insurrection au nom de la paix : ia Turquie sacrifiait à la paix générale les facilités que le faible étal d'armement de la Serbie lui eût, dans le début, laissées pour la répression ; la Serbie restait libre, durant toute une année, de se préparer activement à la guerre. Mais on chercherait en vain ce que le principe de paix a gagné à cette conduite de la haute diplomatie; nous avons moins de peine à indiquer ce qu'il y a perdu : Tinsurrection s'est maintenue, la guerre a éclaté, de nouveaux désastres ont désolé les provinces turques, et un nouveau facteur est apparu sur la scène, un nouvel ordre d'idées s'est fait jour au milieu de la lutte: de la sorte, et l'insurrection

(4) Voir Document XXI, p. 68.

(2) Voir Document XXA^, p. 85,

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