‹ Recueil de documents relatifs à la convocation des États Généraux de 1789 (volume 3)Chapitre 138 sur 226 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

FAC-SIMILÉ DE L'ETAT DE DISTRIBUTION DE LA MEDAILLE DU à AOUT ET DE CETTE MEDAILLE ELLE-MEME, AVEC LISTE PARTICULIERE DES VINGT-QUATRE PLANCHES COMPOSANT VETAT DE DISTRIBUTION.

NOTE PRELIMINAIRE

Le document qui sert de base au présent chapitre est un manuscrit de vingtquatre pages, de la dimension exacte de la reproduction que nous en donnons, conservé aux Archives nationales (1). Gomme l'indique son titre : Etat de distribution

des médailles frappées en vertu du décret du (sic), en mémoire de l'abandon des

privilèges, cette pièce, rédigée dans les bureaux de l'Assemblée nationale, a servi pendant plusieurs mois à recevoir la décharge constatant la remise des médailles aux destinataires.

Une singulière ignorance du rédacteur (nous en relèverons d'autres) se voit tout d'abord dans le titre; il a dû laisser en blanc la date du décret, ou plus exactement de la série de décrets réunis , qui avait prescrit la frappe et la distribution de cette médaille.

La décision première de l'Assemblée relative à cette affaire forme l'article 1 6 du rrdécretdes h, 6, 7, 8 et 11 août 1789, sanctionné par le roi les 21 septembre et 3 novembre 17891. Il est ainsi conçu : «L'Assemblée nationale décrète qu'en mémoire des grandes et importantes délibérations qui viennent d'être prises pour le bonheur de la France, une médaille sera frappée, et qu'il sera chanté en actions de grâces un Te Deum dans les paroisses et églises du royaume. *

La fabrication de cette médaille ne fut pas sans soulever quelques difficultés. Voici, en effet, ce que nous apprend le décret de l'Assemblée nationale, portant la date du 3o septembre 1790 au soir : «■ L'Assemblée nationale décrète: i° que les deux coins qui ont été gravés pour frapper une médaille en mémoire de l'abdication des privilèges, faite dans la nuit du li août 1789, seront payés au moyen d'une contribution établie sur les membres de l'Assemblée; 2° que lesdits coins seront apportés et mis en dépôt aux archives de l'Assemblée nationale, qui se réserve de statuer sur l'usage qu'il conviendra d'en faire m.*

Ce même jour, 3o septembre, le duc de Liancourt avait fait une motion pour demander «qu'il soit donné des ordres pour acquitter sur le trésor public le prix

(l) Carton coté C, 1 33. — M Procès-verbal de la Constituante, 11" /137, p. 5 (Bibl. nat., Le 27/10, in-8°).

que peuvent coûter les deux coins nécessaires pour l'empreinte de cette médaille» , mais cette proposition avait soulevé des réclamations, et c'est alors que fut rendu ce décret.

L'affaire revint devant l'Assemblée quelques semaines plus tard, et le décret suivant, daté des 8 et 9 décembre 1790, sanctionné le i5 décembre, nous donne le résultat des débats :

"L'Assemblée nationale, ouï le rapport de son Comité des finances, ordonne, en exécution de ses décrets des k août 1789 et 3o septembre 1 790, que les médailles en cuivre qui doivent être frappées en mémoire de l'abandon de tous les privilèges seront exécutées jusqu'au nombre de 1,200, y compris les i3o qui sont déjà frappées; qu'à cet effet, les coins ainsi que les médailles, actuellement déposés aux archives de l'Assemblée nationale, en seront retirés pour être remis à la Monnaie et aux artistes chargés de l'exécution, jusqu'à l'entière perfection de l'ouvrage. Ces médailles seront distribuées à chacun de MM. les députés; après quoi, les coins seront brisés en présence de commissaires. Ordonne en outre que le prix de ces médailles sera payé par une retenue'1' faite sur le montant des premiers mandats à délivrer à chaque député'8'».

On ht encore au procès-verbal du lendemain 9 décembre : rr Après la lecture du procès-verbal de la séance précédente, il s'est élevé une contestation relativement au décret concernant les médailles, prononcé dans la séance d'hier; les uns voulaient que les coins en fussent déposés aux archives de l'Assemblée nationale; les autres prétendaient au contraire qu'ils devaient être brisés, afin qu'il ne fût plus frappé de semblables médailles qui rappellent une distinction d'ordres et de costumes inconstitutionnels; l'Assemblée consultée a décrété qu'ils seraient brisés'3' en la présence de commissaires. »

L'exécution des coins de cette médaille fut confiée à deux artistes, Duvivier et Gatteaux. Elle a été reproduite déjà dans X Histoire numismatique de la Révolution française de Hennin (4), qui la décrit ainsi :

rr 5 août 1789. Louis XVI , restaurateur de la liberté françoise. Buste de Louis XVI, à droite. Dessous : B. Duvivier, s. — Abandon de tous les privilèges. La salle de l'Assemblée nationale à Versailles. Au milieu est un autel avec cette inscription : A la Patrie. Les députés des trois ordres y font serment d'abandonner tous les privilèges dont les titres sont jetés au pied de l'autel. Exergue : Assemblée nationale, iv août mdcclxxxix. Au-dessus de l'exergue à gauche : Gatteaux [64 mm].

ff L'Assemblée décida qu'une médaille serait frappée pour éterniser la mémoire de cette séance. C'est celle décrite dans cet article et c'est la médaille la plus remarquable de cette époque par sa dimension et le soin de sou exécution t5)».

''' On peut voir ci-après, planche XXIV, M Ces coins br'.sés sont conservés aux

dans la note relative à Sainle-Aldegondc, Archives nationales, dans la collection cotée

qu'une retenue de 12 livres fut faite aux AE vi". députés pour le prix de celte médaille. W Paris, 1826, in-4°, Bibl. nat. ,

(2' Procès-verbal de l'Assemblée consti- Lj 27/25. Planche 8 , n° 5o. tuante (Bibl. nat., Le 27/10, in-8°). <5> Op. cit., p. 44.

Les deux auteurs de cette médaille, Duvivier11' pour la face, et Gatteaux (2) pour le revers, ont laissé l'un et l'autre un nom très estimé dans l'histoire de l'art; nous avons cru pour ce motif devoir reproduire cette médaille: le travail en a été fait d'après un très bel exemplaire conservé aux Archives nationales.

Nous voyons dans le décret du 9 décembre 1790, ci-dessus rapporté, deux détails intéressants. L'Assemblée, d'une part, n'est pas satisfaite de la distinction des ordres qu'on relève dans l'œuvre de Gatteaux; en second lieu, le travail n'était pas à celte date complètement achevé. Sur le premier point, il y aurait peut-être lieu de se demander si l'on ne pourrait pas reporter ainsi aux mois d'août et septembre 1789 la commande et le travail au moins préparatoire du graveur; le décret portant abolition formelle de la distinction des ordres est du 5 novembre 1789 (1); mais quand on sait, d'autre part, combien peu les artistes et le public sentaient le besoin de la précision historique, quand on sait surtout que la distinction des ordres survécut, dans l'opinion, à l'abolition légale, on ne peut tirer de ce fait aucune déduction certaine.

Le second point nous apprend du moins un détail positif: en décembre 1790, le travail des médailles n'était pas achevé. Nous arrivons ainsi à la date possible de l'établissement de M Etat de distribution.

Constatons toutd'abord que cet état, que nous nommerons par abréviation Y Etat du â août, fut copié sur une pièce imprimée, intitulée : Liste de MM. les députés par bureaux pour décembre^1, que nous avons déjà eu l'occasion d'étudier15', et qui lut imprimée en décembre 1789. C'est la dernière des listes par bureaux imprimées pour le service de l'Assemblée nationale. Le copiste a tenu compte de quelques modifications survenues dans l'Assemblée en 1790 et au commencement de 1791, mais il a reproduit servilement aussi la plupart des erreurs contenues dans cette liste imprimée. C'est ainsi que nous voyons dans l'État du à août les noms de Vivié et de Pavée de Villevieillc, députés de Navarre, qui ne parurent à aucun moment à l'Assemblée nationale. On remarque d'autre part que tous les noms suivants, incorrectement orthographiés, se retrouvent avec les mêmes incorrections sur Y Etat du ?i août : Corentin (plancheXIVj, au lieu de Le Floch, dont le prénom était Coreutin ; Gouiltard (plancheXIII), au lieu de Goullard; Flieger (planche XVI), au lieu de Pflieger : Hannot (plancheXVI), au lieu de Hannoleau ; Raimond (plancheX VI), au lieu de Ducastaing (Raymond); Paulain ( planche XXIII), au lieu de Poulain de

M cr Pierre-Simon-Benjamin Duvivier, né à Paris en 1780, mort en 1819, académicien en 1774, auteur de la plupart des médailles hisloriques du règne de Louis XVI, depuis celle de son mariage jusqu'à celle de son Entrée à Paris en 17831, etc. Renouvier, Histoire de l'Art pendant la Révolution, Paris, 1 863 , in -8° (Bibl. nat., Inv., V, 5 1,1 88), p. 385.

M tt Gatteaux Nicolas-Marie, né à Paris en 1751, mort en i832, graveur des médailles du roi dès 1781, avait fait, avant la

Révolution, la médaille du Corps des marchands à l'avènement de Louis XVI; il fit, depuis, V Abolition des privilèges, la Fédération des départements et fut employé à la gravure des sceaux de l'État et de la plupart des administrations, à la confection des assignats, etc.') Renouvier, op. cit., p. 386.

M Voir ci-dessus, t. 1, p. 69.

W Arch. nat., AD, I, /10, et Bibl. nat. , Le 26/9, in-A°, s. 1. n. d.

W Voir ci-dessus, Avertissement , p. 19.

Corbion, etc. L'ordre, enfin., est identique dans les deux pièces, et c'est grâce d'ailleurs à cette circonstance que nous avons pu identifier sûrement un certain nombre de noms. Il ne peut donc y avoir aucun doute sur ce fait : en 1791, les employés des bureaux de la Constituanie n'avaient à leur disposition d'autre liste par bureaux que celle imprimée en décembre 1789.

A quel moment de 1791 peut-on reporter l'établissement de cet Etat du à août? On peut à peu près sûrement déclarer que c'est dans le courant de mai 1791. Voici les preuves : on ne trouve à YEtat du û août ni le nom de Mirabeau, décédé le 2 avril 1791, ni même celui de Le Cesve, curé de Saint-Triaize de Poitiers, décédé le 2 3 avril, dont la mort ne fut connue à l'Assemblée que le 28 avril; ces noms, qui figuraient à la liste par bureaux de décembre 1789, ont été retranchés de Y Etat du à août. Autre fait : Lasnier de Vaussenay, démissionnaire le 1 G avril 1791, fut remplacé à l'Assemblée par de Murât le a3 avril 1791; or, seul le nom de Murât figure sur YEtat du ù août (planchelX). On peut conclure sûrement, par suite, que l'établissement de cet état n'est pas antérieur à la fin d'avril et au plus tôt au commencement du mois de mai 1791.

Le comte de Rochechoûart , décédé le 8 juillet 1791, se trouve sur YEtat du à août (planche XXIII); de Paroy, dont la date de démission n'est pas connue, mais qui fut remplacé à l'Assemblée nationale par Billy, le 17 mai 1791, s'y trouve également (planche XX). De ces deux détails, la disparition du nom de Le Cesve, décédé le 23 avril 1791, le maintien du nom de Paroy remplacé le 17 mai, on pourrait conclure que cet état fut dressé entre ces deux dates; mais il faut tenir compte de l'esprit d'inexactitude et de l'ignorance qui présidaient alors à la plupart des travaux de ce genre; cependant la conclusion qui s'impose, c'est qu'il fut établi en mai ou au plus tard en juin 1791 (l).

La grande importance de cet Etat du ù août se tire précisément de la date de son établissement. Certains adversaires de la Révolution ont, de parti pris, essayé de faire croire que , quelques mois après sa formation , l'Assemblée nationale avait été réduite à un si petit nombre, que ses décisions ne pouvaient être considérées comme valables. Or, le document que nous reproduisons, répond irréfutablement à cette erreur voulue. Le nombre des sièges reconnus à la Constituante était d'environ 1,200 (S); après les assemblées de la convocation proprement dites (de mars à juin 1 789) , il y eut quelques assemblés partielles pour le remplacement des députés morts ou démissionnaires de juillet à décembre 1 789 ; mais, par la formation des départements, l'Assemblée nationale s'interdit à elle-même le renouvellement ou le remplacement de ses membres. H n'y eut à l'Assemblée que les députés élus au cours de l'année 1789. Un grand nombre de députés n'avaient pas de suppléants, puisque les règlements royaux relatifs à la convocation ne les avaient autorisés

'') On pourrait citer, au lieu du nom de par les règlements royaux, ao résultant

Paroy, celui de Pellissier (Arles) qui, dé- d'admissions décrétées par la Constituante,

cédé le 18 mai 1791 (voir le procès-verbal (Voir ci-dessus, t. I, p. 3n-3i6, le ta-

de la Constituante du 28 mai), figure ce- bleau des modifications apportées aux pre-

pendant à YEtat du h août (planche XII). mières décisions royales et la récapitulation

W Exactement J,ai6; 1,196 autorisés publiée ci-dessus, p. 543).

qu'en cas d'absence du député élu ; on passa outre très souvent à cette défense , mais de nombreux sièges demeurèrent vacants, pendant presque toute la session, pour ce motif. Malgré ces conditions désavantageuses, que voyons-nous en cet Etat du à août? C'est qu'en 1791 les employés de la Constituante, ayant à dresser un état de distribution d'une médaille, pour laquelle une retenue de 1 2 livres avait été faite à cbacun des députés, nous apprennent que 1,187 députés (1>, aPres décembre ijgo, devaient être inscrits pour cette distribution. Les signatures, formant reçus, données par ces députés, au plus tôt en mai-juin 1791, s'élèvent au nombre de 1,018. Il y a loin de ces chiffres à ceux de l'infime minorité dont on a si faussement parlé.

Ces chiffres se rapprochent très sensiblement de ceux qui résultent de l'appel nominal du 12 juillet 1791 : cet appel constate la présence de 1,029 membres. Malheureusement, la liste annoncée des membres présents ne fut pas publiée; seule, celle des absents nous est connue (2). C'est une preuve par la négative ; Y Etat de distribution que nous publions en est une par l'affirmative, puisque le plus grand nombre des reçus fut donné manifestement du mois de mai à la fin de septembre

Nous avons eu bien souvent l'occasion de signaler à quel point, à l'époque qui nous occupe, l'exactitude ou la précision les plus vulgaires manquent aux documents que l'on peut qualifier d'officiels. Cet Etat du à août pourrait être donné comme le type du genre. Rédigé dans les bureaux de l'Assemblée constituante, il montre en quelle ignorance ou en quel dédain on tenait alors les décrets les plus solennels de l'Assemblée.

L'article 2 de la loi des 19-23 juin 1790 était, on le sait, ainsi conçu : « Aucun citoyen ne pourra prendre que le vrai nom de sa famille. » Il est déjà plaisant de voir sur notre état des membres de l'Assemblée nationale , un an après la promulgation de cette loi, choisir inversement non pas le nom patronymique, mais celui d'une terre ou d'une seigneurie que l'usage ajoutait couramment de préférence au prénom , pour distinguer les frères ou autres membres d'une même famille. Ainsi Rertrand de Montfort signe B. deMontfort(pianche\YV); Adam de Verdonne signe de Verdonne (planche XV) ; Menu de Chomorceau signe de Chomorceau (planche XXIV) ; Cochon de Lapparent signe de Lapparent (planche VIII), etc.; mais où le fait devient presque invraisemblable, c'est quand on voit les rédacteurs de cet état inventer comme à plaisir des particules et des noms d'apparence nobiliaire. Pour ces étranges employés des bureaux, qui ne savaient pas écrire correctement les noms des Constituants, Darnaudat devient d'Arnaudat (planche VII); Raby de Saint-Médard, de

(1> Voir la récapitulation du nombre des ('> Le seul état du manuscrit, couvert noms compris dans YEtat du à août, des de taches, suffirait à témoigner qu'il dereçus donnés , etc. , ci-après, p. 602. meura plusieurs mois en service pour la

(2> Cf. Assemblée constituante, 1791. distribution de la médaille. Quelques reçus

Liste des députés absents lors de l'appel sont même postérieurs à la séparation de

nominal du 12 juillet 1791. Paris, Impr. la Constituante. (Voir planche XXIV, el ,

nat., (s. d.), in-4", pièce (Bibl. nat., Le planche V, le reçu donné au lieu et place de

29/1633 ). Dumas Gonthier par le législateur Quesnay.)

IMPRIMERIE KATIOSAI.R.

S' Médarcl (planche I); Chabanettes , curé , devient de Chabaneltes (planche XXIV); 1p cultivateur Dauchy devient Monsieur d'Auchy (planche III); Lepeletier de Sainl- Fargeau, qui signe alors Lepelelier (planche III), est désigné sous le nom de tfde Saint-Fargeau » ; d'Arches est dans le même cas (planche XXI); le député Florent Guiot, qui signe Guiot Florent (planche XII), est inscrit sous le nom de Guiot de Saint-Florent, etc. '''.

Faut-il après cela s'étonner des erreurs singulières qu'on relève dans cette pièce officielle? De La Valette Parizot, décédé le 26 février 1790, est inscrit en mai 1791 sur cet état; inscrits également deux députés du royaume de Navarre, l'évêque de Rayonne (planche V) et de Vivié (planche VI), qui n'ont jamais siégé à l'Assemblée nationale, sans qu'on sache d'ailleurs pourquoi on a préféré ces noms à ceux de d'Olhonce et de Franchistegui , qui étaient dans la même situation. Fournier, curé d'Heilly, démissionnaire le 1 h octobre 1 790, remplacé le 26 octobre par Lefebvre, curé de Lœuilly, figure sur cet état (planche VIII), où l'on trouve également (planche XX) le nom et la signature de celui qui l'a remplacé.

L'inscription et la signature de quelques évoques jettent un jour particulier sur l'état des esprits en 1791. Les élections pour le remplacement ou le maintien des évêques reconnus par la constitution civile du clergé eurent lieu , comme on le sait, dans les premiers mois de 1791 ; or, sur cet Etat du â août, qui, nous l'avons prouvé, ne fut établi qu'en mai 1 791 au plus tôt, les rédacteurs ont, de parti pris, maintenu l'ancien état de choses; on voit, par exemple (planche I), ce nom : l'évêque de Beauvais, suivi d'une semblable signature. Quel est donc ce signataire? Pour l'Assemblée constituante, il ne devait y avoir que Massieu, sacré évêque le 6 mars 1791, mais Massieu signe modestement : Massieu (planche XIII), et le signataire de la planche I est de La Rochefoucauld, qui, d'après les décisions de la Constituante, n'était plus évêque de Beauvais. Cet exemple n'est pas le seul; en modifiant les noms et les dates du sacre, notre démonstration s'applique à l'évêque de Coutances (planche IV), à l'évêque de Châlons (planche XII), à l'évêque de Condom (planche XI); ces deux derniers n'avaient pas été remplacés; leurs sièges avaient été supprimés. On voit (planche X) cette inscription : l'Archevêque de Tours; il n'y avait plus alors d'archevêché de Tours : Pierre Suzor avait été sacré, le 10 avril 1791, évêque de Tours en remplacement du Constituant de Conzié; d'Esponchès, évêque de Perpignan, qui se qualifie ainsi en signant (planche XII), avait été remplacé comme évêque par Gabriel Deville, sacré le 26 avril 1791. On comprendrait que de telles qualifications se trouvassent dans des actes émanant d'adversaires de la Révolution. C'est plus surprenant dans une pièce destinée à demeurer dans les archives de l'Assemblée.

La reproduction en photogravure de l'Etat de distribution de la médaille du ù août n'avait d'abord dans notre pensée d'autre but que de permettre d'écrire correctement à l'avenir les noms des Constituants; on voit qu'elle présente aussi un intérêt historique.

M Détail curieux à rapprocher de ces particule de placée par le rédacteur avant singulières inscriptions : Alexandre Beauhar- son nom et lui substitue la finale dre du nou en signant ainsi (planche XXI) efface la prénom Alexandre.

Nous avons vu que la pièce qui avait servi de base à cet Etat était un imprimé de décembre 1 789 , intitulé : Liste de MM. les députés par bureaux; l'ordre identique des noms dans ces deux documents nous a particulièrement servi pour identifier certaines signatures douteuses, en raison des doubles emplois; mais il est difficile de savoir d'autre part sur quels actes, sur quelle décision les rédacteurs de cet Etat se sont appuyés pour retrancher certains noms ou pour en ajouter d'autres. Il semble qu'en principe cette médaille, souvenir d'un jour mémorable, n'eût dû être remise qu'aux députés ayant pris une part réelle aux décisions dites trdu h août» ou, en cas de décès, à leurs ayants droit; or, ce n'est certainement pas sur cette base que la répartition a été établie (1). Les députés suivants qui figurent sur notre état n'ont été admis à l'Assemblée que de longs mois après le 4 août 1789 : Rcederer, de Jessé, Gornilleau, Palmaert, de Beylié, de Missy, Louis Monneron, Pierre Monneron, Coquille, Nadal de Saintrac, etc.

Ce qui paraît plus vraisemblable, c'est que les seuls députés auxquels on avait fait, en exécution du décret du 8 décembre 1790, une retenue de 12 livres m, reçurent cette médaille, mais nous n'avons en cette matière aucun renseignement positif.

Il serait impossible de même de tirer quelque déduction certaine du fait qu'un certain nombre de députés n'ont pas réclamé la médaille du U août, ou du moins que le reçu qu'ils en purent donner n'est pas joint à l'état qui nous occupe. Pour montrer combien il serait puéril de chercher là une indication quelconque sur le classement des partis dans l'Assemblée nationale, il suffirait de renvoyer à la planche V de notre reproduction ; on y voit en effet, (6e bureau), que Robespierre n'a pas donné reçu de la médaille; quelques lignes plus bas, on voit la signature du comte de Faucigny-Lucinge , celui-là même qui , dans la séance du 2 1 août 1 790. montrant la majorité, avait dit : rrll faut tomber le sabre à la main sur ces gaillards-là. »

Observons, pour finir, que, dans le cours de cet ouvrage, nous avons adopté, en principe, pour les noms des députés, l'orthographe qui résulte de leur signature, particulièrement de celle qui se trouve suri 'Etat du à août; mais cette règle n'est pas absolue; ce que nous avons cherché, en effet, c'est l'orthographe exacte des noms en 1789, époque de la convocation, et non en 1791. Le décret du 19 juin 1 790 a apporté de nombreux changements à cet égard; nous n'avons pu les suivre tous. C'est la raison des différences que l'on pourra remarquer entre l'orthographe des noms, telle qu'elle est établie au chapitre 1 , et celle de Y État du à août.

(1) Baudouin, imprimeur de l'Assemblée cette retenue de îa livres; dans le décret nationale, a reçu cette médaille. Son reçu du 8 décembre 1790, le principe de la redaté du ai juillet 1791 est joint au dossier tenue était mentionné; la somme de 1a lides Archives nationales. vres ne fut évidemment fixée que lorsque

<sl Voir, ci-dessus, ce que nous disons de le prix total de la dépense fut connu.

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