‹ Recueil de documents sur l'Asie centraleChapitre 12 sur 26 · TRADUITE DU SI YU T'OU TCHÉ · texte numérisé non relu

TRADUITE DU SI YU T'OU TCHÉ

La description suivante et la carte qui raccompagne sont traduites du Si yu fou tché ou description des pays de l'Asie centrale, ouvrage sur lequel nous avons donné une notice détaillée dans l'appendice de Y Histoire de H insurrection des Tounganes qui précède. Les étymologies des noms étrangers que nous donnons en notes sont extraites du Si yu f ong ouenn tché, ou dictionnaires géographique et historique de l'Asie centrale en six sortes d'écritures (mandchou, chinois, mongol, tibétain, kalmouc, turc oriental). L'orthographe des noms propres est celle admise par ce même ouvrage.

^ -^ TÇINN LiNG-

Les Tçinn ling (Monts dorés) sont situés sur la frontière septentrionale de Pidchan. Cette chaîne est une ra-

mificatioii des Moûts célestes : elle s'étend du Tokla ola\ qui se trouve sur la frontière orientale de Ti 'houa tchéou (Ouroumtsi), dans la direction de l'est où elle sort sous le nom de Doulou daba ^, et passe au nord de la ville de Tourfan. Du côté de l'est, elle est à quatre cents 11 en- • viron de Pidchan. Toutes les villes qui sont sous la juridiction de Pidchan considèrent cette chaîne comme leur rempart. Les habitants font couler les cours d'eau qui en descendent autour de leurs cités afin de pouvoir arroser les champs et les jardins.

Extrait des Annales des Soueï. Description du pays des Kao tch'ang (Ouïgours)^ : «Au nord se trouve la montagne Tch'é ché (aux pierres rouges); à soixante -dix li au nord de cette montagne est le mont T'ann 'hann qui, même en été, est couvert de frimas. »

Extrait des Annales des T' ang^ Section géographique : «Le gouvernement de Si tchéou tçiào'ho fut appelé dé-

* Voici la liste des mots appartenant à une langue étrangère que l'on trouvera souvent à la fin des noms propres : ola ou oda et daba signifient montagne en mongol; tak ou t^ a le même sens en *houèi ou turc oriental. Kouî ou gol signifie rivière en mongol {déria en 'lioueY).

2 Doulou, mot 'houeï est traduit en chinois par "^ ^& ffip •^ omoplate^

3 Le ^ ^É Souéi chou ou Annales de la dynastie des Soueï qui régna sur la Chine de 581 à 618 de notre ère a été composé, sur l'ordre de l'empereur T'aï tsong des T'ang, par une commission de lettrés et de savantB sous la haute direction de ^^ ^j[ Oueï Tch'eug, duc de ^[J Tch'eng;. L'ouvrage, en 85 livres, comprend tmis parties : *jK* jpP Ti tçi ou Chronique impériale; ^^ Tché ou Mémoires sur la chronologie, l'astronomie, l'économie politique, la géographie; 1?|J -« Lié tchouami ou Recueil de vies d'hommes célèbres et de notices sur les pays étrangers.

* La célèbre dynastie des T'ang a régné de 618 à 907 de notre ère. Les Annales de ces dynasties ont été écrites par plusieurs auteurs, revues et corrigées plus tard ; ce qui fait i\vC\\ en existe trois éditions. La première,

partement du gouvernement de Tçînn chann durant les années K'aï yuann (713 à 742 de notre ère)».

Extrait des Annales des Song\ Description des pays étrangers : « De nombreux cours d'eau prennent leurs sources dans les Tçînn ling. Les habitants les dirigent avec art autour de leurs villes afin de pouvoir arroser leurs champs et leurs jardins ; ils élèvent sur leurs rives des moulins. »

Extrait de la Relation de voyage de Ouang Yenn- TO dans le pays des Kao tch'ang (Ouigours)* : «En passant par Tçiao 'ho tchéou, on arrive au défilé des Tçinn ling au bout de six jours. C'est par là que passent les marchandises précieuses. Après avoir encore voyagé deux jours on arrive à la Station des familles chinoises^; à cinq jours de marche de cet endroit on gravit les Tçinn

qui porte le titre de ^M, »* ^S Tçiéau Tarû[ chou, originairement composée par ^L t£ Vou Tçing:, fut publiée au dixième siècle ; la seconde,

^3f ES* ^Ë Smn T'arig chou, publiée au onzième siècle, forme le supplément de la précédente : Ë|h D|r j& Ngéou-yang: Siéou et -^ IfR Son^ Tç'i en furent les auteurs. Enfin la troisième et dernière édition qui porte le nom de T'any ehou est tout simplement la refonte et la combinaison des deux éditions précédentes. Voy. Wylie, Note* en chinese lUeralure, p. 17.

> Le 5|^ ^ Sony ché on Annales de la dynastie des Song (960 — 1279)

est dû à Jlj^ Jlj^ T'o t'o, d'origine mongole, à qui on est également rer devable des Annales des Tçinn et des Léao. Cet ouvrage, qui n'est pas beaucoup estimé, est divisé en quatre parties, formant 496 livres : 2E ^jR Peurm tçi ou Chronique; ^j^ Tché ou Mémoires divers; ^^ Piao , Tableaux chronologiques; ^J ^tt Lié ichouann. Biographies et notices sur les pays étrangers.

' ^ ^K ^JS Ouang Yenn-to, de la dynastie des Song, visita divers pays de TAsie centrale, entre autres la contrée des Kao t'chang (ouYgour), voyage dont il a laissé la relation sous le titre de '^ S ^j^ j^ Récit d'un voyage dans le pays de Kao tch'ang.

^ ^ 'Hann tçia tchaï.

74 DESCRIPTION OROORAPHIQUE

ling. Au sommet se trouve une pierre déposée dans la Salle du dragon où se lit l'inscription suivante : Petite montagne de neige. On y trouve en effet des amas de neige considérables. Le froid s'y fait sentir à tel point que les voyageurs sont obligés de revêtir des vêtements de laine et de s'envelopper de couvertures. Une fois que l'on a traversé les Tçinn ling on ne met plus qu'un seul jour pour arriver à Peï t'ing (Ouroumtsi). »

Observations. La description du Si yu^ donnée dans les Annales des 'Hann fait mention du royaume de Pi lou qui a sous sa dépendance l'Etat de Kann tang situé à l'est des Monts célestes ; du royaume postérieur de Pi lou qui a sous sa juridiction la vallée de Fann tçiu leï; du royaume de Yé li ché, dont dépend la vallée de Neï tchou; du royaume occidental de Tsié rai dont dépend la vallée de Yu t?t située à l'est des Monts célestes ; du royaume oriental de Tsié mi, dont dépend la vallée de Toueï chiu, située également à l'est des Monts célestes ; du royaume de Tçié, dont dépend la vallée de Tann tçiu à l'est des Monts célestes, et enfin du royaume de " Hou ' hou dont dépendent Tch'o ché et la vallée de Léou. Après un examen approfondi, nous trouvons que les anciennes frontières de ces différents pays ne sont autre chose que celles des pays de Soubachi, de Chennim et de K'annkoro qui dépendent de l'actuel Pidchan. Les pays de Kann tang, de Fann tçiu leï, de Neï tchou, de Yu ta, de Toueï chiu, de Tann tçiu et de Léou, devaient se trouver dans la contrée située

* Le nom de ^ ^£ Si yu (conti-ées occidentales) répond généralement fort bien à notre expression d*Asie centrale.

au nord des Tçinn li)i^ et dana les vallées nombreuses que l'on rentonti'e au sud-est du Bogda ola. Et les pays de Kann tang, de Yu ta, de Toueï eliîu et de Tann tçiu, qui, dit-on, se trouvaient à l'est de» Monts célestes, devaient être encore bien plus p^^» du Bogda ola.

D est fait mention dans la biographie de Sié Yenn-to, contenue dans les Annales des T'ang, de Tçi pi ko leng, K'ann (roi) de Y vou tchenn mo, qui alla s'établir sur la montagne T'ann'hann. Or, nous voyons dans les Annales des Soueï qu'à soixaiit-dix li au nord de la montagne Tcli'é ché (aux pierres rouges) il y a une montagne nommée T'ann 'liann, laquelle, d'après l'aspci-t des lieux, doit être le Bogda ola de nos jours. Et la montagne Tch'é ché (aux pierres rouges) qui en est à soixante-dix li au sud doit être le T^iim ehann (Mont d'or) dont fait mention la Description géographique des T' ang, et le Tçinn Hng (Monts dorés) dont parlent les Annales des Soiig. On voit que le nom est resté le même jusqu'à nos jour».

Cependant nous trouvons que dans les Annales des T'ang il est dit qu'à quatre-vingt li au nord de Tçiao 'ho chienu se trouve l'Auberge de la Source du Dragon', et que, de plus, en pénétrant dans les vallées et en parcourant l'espace de cent trente li, on traverse successivement les pays de Léou, de Tou tçinn, et les Cha Hng (Mont sablonneux); il y a donc deux cent dix li de Tçiao'ho chienn aux Tçinn ling et aux Clia ling. Dans la relation du voyage de Ouang' Yenn-to il est dit qu'on met six jours de Tçiao 'ho tchéou an défilé des Tçinn

' M M, 1Ê ^"S ^^°n kouann.

76 DESCRIPTION OROORAPHIQUE

ling, et qu'à deux jours de là se trouve la Station des familles chinoises : cinq jours après, est-il ajouté, on commence à gravir les Tçinn ling; il y a donc treize jours de marche de la ville de Tçiao 'ho aux Tçinn ling. Nous soupçonnons qu'alors la région située entre le Doulou daba jusqu'au Tokla ola portait le nom général de Tçinn ling, nom qui n'est plus donné de nos jours qu'aux montagnes situées au nord des diverses villes placées sous la juridiction de Pidchan.

115 @ ^ Ci Doulou daba\

Le Doulou daba est à cent vingt li au nord-ouest de la ville de Tçiao 'ho; cette branche est une ramification du Tokla ola qui se trouve à l'est de Ti 'hona tchéou (Oui'oumtsi) : elle se dirige dans la direction de l'est. Elle appartient aux Tçinn ling et a une étendue de cent li de l'est à l'ouest. A l'ouest il y a un marais de plusieurs li de circonférence qui porte le nom d'olan nor; il est formé de cours d'eau qui coulent danf les vallées des Tçinn ling. Le Doulou daba constitue le rempart des différentes villes situées à l'ouest de Ya mouch.

Observations. Nous voyons dans la Relation du voyage de Ouang Yenn-to de la dynastie des Song dans le pays des Kao tch'ang (ouïgours), qu'en passant par Tçiao 'ho tchéou on arrive au défilé des Tçinn ling au bout de six jours, et que deux jours après on arrive à la Station des

1 Voyez, pour l'étymologie de ce nom, la note 2 de la page 72.

familles chinoises. Si nous comparons ce dire avec l'aspect actuel de la contrée, il est évident que la Station des familles chinoiaea devait être proche du DohIou daha.

Mf^if^'Ês SOUBACHI TAK'.

Le Soubachi tak est au sud de Pidclian : se détachant du Borotou tak et duNariu kira tak, il a' étend dans la direction de l'est, passe par la frontière méridionale du territoire de Pidchan, traverse la frontière orientale, et s'arrête. C'est le rempart méridional du territoire de Pidchan.

Une fois que l'on a traversé cette montagne on trouve au sud -est le désert de sables. L'entrée de la vallée septentrionale est à cinquante H au sud-ouest de Toksan : il y a dans cette vallée deux immenses rochers; dès que l'on a pénétre dans l'intérieur d'une dizaine de li ne trouve plus que peu d'eau et peu de végétation. tC'est par cette vallée que passait la route qui allait

is du pays de Tch'o ché à celui de Yenn tçi.

Extrait des Annales des t ang, Section géographique.

Depuis les deux villes de Nann p'ing et d'Ann tch'ang

[ui sont situées au sud-ouest de Si tchéou, jusqu'à l'en-

Sdroit oii l'on entre dans la vallée, au sud-ouest des Monts

icélestes, c'est-à-dire pendant l'espace de cent vingt li,

lOn ne traverse que des pays rocailleux et sablonneux. »

Observations. Le Si tchéou des T'ang est le Souibaehi tak du Pidchan actuel, lequel est à cent soixante- 8tM, mot 'boueï = eau; bachi = Bource,

dix li au sud-ouest de Pidchan. Quant à la vallée située au sud-ouest de Si tchéou dont parle la Section géographique des Annales des T'ang, elle ne doit pas être autre chose que la vallée de Soubachi. Nous pensons qu'en disant que le pays est rocailleux elle fait allusion aux deux grands rochers qui se trouvent dans la vallée. Nous remarquons de plus qu'en sortant de Toksan on trouve à l'ouest trois routes : l'une sort d'Iralik, passe par le Alatsi ola et pénètre dans la vallée; puis elle traverse le Kour Tous pour arriver à Ili. L'autre passe par le défilé du Narin kira tak, traverse la vallée de Borotou, et se dirige vers le sud pour atteindre Tch'ou 'hounn; la dernière enfin entre au sud-ouest dans la vallée de Soubachi, traverse le Kumuch akma tak et arrive aussi à Tch'ou 'hounn.

JÉft # "tP B*!) :^ :^ Narin kira TAK^

Le Narin kira tak est à cinquante li à l'ouest du Soubachi tak; l'entrée de sa vallée orientale est à quatrevingt-dix li au sud-ouest de Toksan. Le pic le plus élevé de cette chaîne est l'Orgoun daba. Depuis l'entrée de la vallée s'étend dans la direction du sud-ouest une longue chaîne de pics.

1 Narin, en dzongar (dialecte mongol de la Dzongarie) signifie fin, menu; kira = leftnf , cime, sommet de montagne.

DU TUBKESTAN CHINOIS. 79

If IS H :^ :^ BOROTOU TAK^

Le Borotou tak est à cinquante li à l'ouest du Narin kira tak; il se trouve sur la frontière nord-est du pays de Karachar. Des amas de neige couvrent la montagne. Le Borotou koul prend sa source à la base septentrionale du Borotou tak. La vingt-sixième année du règne de Tçienn long (1761), un fonctionnaire y fut envoyé pour y faire un sacrifice, et depuis cette époque on n'a cessé chaque année d'y faire des sacrifices deux fois par an, au printemps et à l'automne. Si on passe par l'entrée septentrionale de la vallée et si l'on se dirige vers l'ouest, on arrive au Koul Tous ; si l'on sort par l'ouverture sudouest de la vallée et si l'on se dirige vers le sud-ouest, on arrive aux frontières du territoire de Karachar.

(Id se trouvent deux morceaux de littérature sur le sor crijice dont il vient d être fait mention; comme leur traduction ne pourrait présenter aucun intérêt au lecteur, notis avons jugé à propos de F omettre.)

Observations. Le Borotou tak touche au nord et au sud à l'Alatsi ola; il a la forme d'une clef; au sud il forme la limite du territoire des tribus mohamétanes : c'est le point le plus important des frontières sud-ouest du territoire de Pidchan.

< Baro en dzongar signifie pinie ; Um est la terminaison adjective ^t a, on i? y a : le nom vient de ce qu'il y plent continuellement.

80 DESCRIPTION OROGEAPHIQUE

"f^^ y^L TCHOui k'oui takK

Le Tchoui k'oui tak est à dix li au nord de la ville de Karachar : c'est une branche de TAlatsi ola. Le Kirkouitou koul prend sa source à sa base méridionale et coule vers le sud jusqu'à l'est de la ville de Tchoui k'oui, où l'on se sert de ses eaux pour arroser les champs.

Extrait des Annales des 'Hann postérieurs. Description de l'Asie centrale *. « Le royaume de Yenn tçi est environné de tous côtés par de hautes montagnes. »

Observations. Le Karachar de nos jours est l'ancien royaume de Yenn tçi; le Tchou k'oui tak en est au nord : c'est la montagne septentrionale de l'ancien royaume de Yenn tçi. Quant à ce que nous trouvons dans les Annales des Tchéou et des Soueï, à savoir que le royaume de Yenn tçi est à soixante-dix li au sud de la montagne Po (blanche), il est évident que ce dernier nom désigne la branche même des T'ien chann (Monts célestes). De plus comme cette montagne Po (blanche) est située au nord du Tchoui k'oui tak, elle doit correspondre au Mengko tou daba de nos jours, car la position et la situation données de ces deux montagnes s'accordent parfaitement.

• Tchoui k'êui, mot houeï, est traduit en chinois par ^K* "Wf ^ |Ê^ jeune plant, ou pousse.

2 Le ^^ ]g| ^É 'Héou ^Hann chou, ou Annales des 'Hann postérieurs, dû pour la plus grande partie à ^fij ^ffî Fann yé, et qui va de Tan 25 de notre ère à l'an 220, est divisé en trois parties, comprenant 120 livres : Ti tçi ou Chronique; Tché, Mémoires divers; Lié Ichouann, Biographies et notices sur les pays étrangers.

M ^^% K MDOU TAK^

Le K'aïdou tak se trouve à deux cent cinquante li à l'ouest du Tchoui k'oui tak, au sud du K'aboutsî kaï tak, au nord de K'arachar. Le K'aboutsi kaï koul et le Koul Touz koul unissent leurs eaux, se dirigent vers le sud et, sortant par le défilé du K'aïdou tak forment le K'aïdou koul. La chaîne du K'aïdou tak se sépare du Tengkiri ola^ à l'ouest et arrive ici après un parcours de neuf cents li. C'est le rempart septentrional du territoire de K'arachar.

Extrait du Commentaire du Choueî tçing ou Livre CANONIQUE DES EAUX ^ : «La montagne Tounn 'hong est au nord du royaume de Yenn tçi, à l'ouest du pays habité par les Chiong nou (Huns), à l'est des Ousounn^»

1 JCaidou, en 'houeï, si^ifie sinueux ; jjj^ ifff [Jj .

2 Tengkiri ola, monts célestes, est la traduction mongole de ^ MJ .

3 Le ^tc jjj^ Chouei tçimjf, OU livre canonique des eaux, est le plus ancien traité d'hydrographie qui existe en Chine. On en attribue la rédaction primitive à ^& ^Mf Sang Tc'inn, qui vivait au commencement de l'ère chrétienne, et nous voyons cet ouvrage mentionné dans l'Inventaire général de l'historien Pann Kou de la dynastie des 'Hann. Cependant il paraîtrait que le Choueî t^ing actuel serait postérieur et daterait (Jp l'époque des trois royaumes. (Voyez Wylie, Notes on the chinese lUereUure, p. 43). Le lettré B||{ ^ 7C ^^ Tao-yuann, des OueY septentrionaux (386—632) a écrit sur cet ouvrage un commentaire estimé.

* Les Ousounn habitèrent primitivement l'extrémité septentrionale de la province actuelle du Rann sou, puis, par suite de mignrations et de guerres, allèrent s'établir au nord des Monts célestes. (Klaproth, Tableaux historiques de VAsie, p. 163.)

Observations. K'arachar est rancienne Yenn tçi : le K'aïclou tak, étant juste au nord de K'arachar, doit être la montagne Tounn 'liong des anciens temps.

>^ if ^ ^^^ % KoUMCm AKMA TAK\

Le Koumclii akma tak est à cent quarante 11 au sudouest de l'entrée de la vallée septentrionale de Soubachî tak. Lorsqu'on quitte la vallée septentrionale de Soubachi et que l'on dirige sa marche vers le sud-ouest, on entend peu à peu au bout de dix li environ le murmure des eaux: la vallée elle-même est en effet' couverte d'une nappe d'eau peu profonde. Les deux chaînes de montagne qui enserrent la vallée se rapprochent l'une de l'autre, la chaîne occidentale s' élevant perpendiculairement comme un mur, à tel point que les voyageurs ne voient plus au dessus de leurs têtes qu'un mince lambeau de ciel*. A un li environ plus loin se trouve une plaine de sable; à vingt li de là sont d'immenses rochers au travers desquels circulent de dangereux sentiers où les voitures ne peuvent passer. C'est le défilé de la frontière occidentale de l'ancien royaume de Tch'o ché^. Si l'on marche encore pendant vingt li on arrive à Aikar boulak, et cinquante li plus loin on sort de la vallée par l'extrémité

1 Koumchi, en *houeY = argent (turc : gumuch) ; ohna^ en 'houeï, signifie accumulé.

5 Le royaume de Tch'o ché BL ^[p n est identifié avec Koutché de nos jours.

méridionale. Là s'arrête la chaîne qui se détache du Soubachi tak et se dirige vers le sud-ouest.

Extrait des Annales des T'ang, Description de l'Asie centrale : «Le roi du pays de Yenn tçi, Long tou tç'i tché, n'ayant pas envoyé de tribut à la cour, il fut ordonné à Kouo Chiao-ko, gouverneur d'Ann si, de prendre, en qualité de gouverneur en chef de la province de Si tchéou, le commandement des troupes, et d'aller le soumettre en passant par la route de la montagne Ynn (d'argent).»

Extrait du même ouvrage. Section géographique : «Au sud-ouest de Si tchéou on ti'averse des pays rocailleux et sablonneux, et, après avoir fait deux cent vingt li, on arrive à la montagne Ynn (d'argent). »

Observations. En 'houeï ou turc oriental, koumchi signifie <i argent» et akma a le sens d'«ê^re accurmdé et ne pas se disperser». Le Koumclii akma tak est donc la montagne Ynn (d'argent) dont font mention les Annales des T'ang, et c'est évidemment le Koumchi akma tak que les troupes de Kouo Chiao-ko traversèrent, puisque, au dire de ces mêmes Annales elles prirent par la route de la montagne Ynn (d'argent).

^^^^^% Egerdsi tak\

L'Egerdsi tak est situé à cent trente li au sud-ouest du Koumchi akma tak. Lorsqu'on part du défilé oriental du Koumchi akma tak, on arrive, après avoir fait qua-

1 Egerdti tak signifie en 'houeï montagne en forme de selle.

rante li daiis la direction de l'ouest, au défilé septentrional de la montagne méridionale. Là, si on tourne au sud-est, et si l'on fait trente li dans la direction du sudouest, on sort par le défilé méridional ; si, à cet endroit, on tounie de nouveau à l'ouest, on arrive, après soixante li de marche, au pied du penchant occidental de la montagne où se trouvent des rochers étranges sculptés avec soin. Le sol est couvert de roseaux et d'herbes, et, si on le creuse, on trouve de l'eau. Si de là on se dirige vers le sud-ouest, on entre dans le désert de sables.

Extrait des Annales des Tsinn\ Description des barbares occidenta,ux : «Le royaume de Yenn tçi est entouré de tous côtés de hautes montagnes; les chemins qui les traversent sont excessivement dangereux, et cent hommes suffiraient pour empêcher mille ennemis d'y* passer. »

Extrait des Annales des T'ang, Section géographique : «A quarante li de la montagne Ynn (d'argent), lorsqu'on arrive à l'Auberge (ou station) de Lu kouang,-^ on passe égalenient par des rochers courbes.»

Observations. Le nom actuel de Koumchi akma se traduit par montagne OU argent (Ynn chann). L'Egerdsî tak où se trouvent des rochers extraordinaires est à l'extrémité sud-ouest du Koumchi akma tak. Ces rochers sont les rochers courbes desquels il est fait mention dans

* Le ^- ^S Tmm chou ou Annales des Tsinn (265—419) fut compilé sur l'ordre de l'empereur T'aY tsong des T*ang par une commission de lettrés. Cet empereur ne dédaigna pas de collaborer lui-même à l'ouvrage. Il se compose de 130 livres en 4 sections : Chronique impériale: Mémoires; Biographies et notices des pays étrangers; Histoire contemporaine.

les Annales des T'ang. Encore que sa position et sa situation exactes ne puissent être vérifiées, l'Auberge (ou station) de Lu kouang devait se trouver à Test de TEgerdsi tak. En nous appuyant sur ce que disent les Annales des T'ang, à savoir que le royaume de Yenn tçi avait six cents li de longueur, et en comparant ce dire avec Tétat actuel des lieux, nous trouvons que ce pays de Yenn tçi devait occuper le territoire qui s'étend entre le Koumclii akma tak et le Kourle tak à l'ouest, et que la montagne Ynn (d'argent), en formant la frontière orientale, l'ancienne auberge (ou station) de Lu kouang devait évidemment s'en ti'ouver à l'ouest.

fcl^ lU Cha chann.

Les Cha chann (Monts sablonneux) sont à cent vingt li au sud du Bosteng nor : ils forment le rempart méridional du territoire de K'aracbar. Cette chaîne se détache de l'Egerdsi tak et vient se terminer ici après avoir traversé le désert de sables; elle consiste en une série de pics qui forment une ligne droite. A l'ouest les Cha chann touchent aîi Kourle tak.

Extrait des Annales des 'Hann, Description de TAsie centrale : «Il y a deux cent quarante li du royaume de Chann (Montagneux) au royaume de Oueï li* en se dirigeant vers l'ouest. Jusqu'au royaume de

1 Otiéi li kouo est le nom qu*a porté le territoire de 'Ha lo kou mann depuis les 'Hann occidentaux jusqu'aux Oueï septentrionaux (206 av. J.-Ch. à 532 ap. J.-Ch.).

86 DESCRIPTION OROGEAPHIQUE

Yeiin tçi il y a cent soixante li en se dirigeant vers le nord-ouest; en allant vers l'ouest il y a deux cent soixante li jusqu'au royaume de Oueï siu ; du côté du sudest il est limitrophe des royaumes de Clienn cliann et de Tsié mo. Les montagnes produisent du fer. Les habitants vivent dans les montagnes; ils habitent en plein air et achètent dans les royaumes de Yenn tçî et de Oueï siu^ les grains qui sont nécessaires à leur subsistance.

Extrait des Annales des Tsinn, Description des barbares occidentaux : «Yang Chuann - tçiang, préfet de Cha tchéou et tout à la fois gouvenieur de l'Asie centrale, mit le général Tchang Tché à la tête de son avant-garde. Tout se soumit à la nouvelle de son approche. L'armée arriva au royaume de Yenn tçi : Chi (roi de ce pays) livra bataille sous les murs de la ville de Feunn lounn; il fut battu par Tchang Tché qui s'avança jusqu'aux Portes de fer*. 11 n'en était plus qu'à dix li environ quand Chi, à la tête de ses troupes, se décida à l'attendre dans la vallée de Tchou léou : Tchang Tché allait entrer dans la vallée lorsqu'on lui dit qu'une embuscade y était préparée. Tchang Tché fit seul à cheval une reconnaissance, et, en effet, à son approche, des soldats ennemis sortifent des lieux où ils s'étaient embusqués; Tchang Tché se lança en avant avec ses

* Ouéi siu kouo est le nom sous lequel le territoire de Tchagan tongge fut désigné, depuis les *Hann occidentaux, jusqu'à Tépoque des Irois royaumes (206 av. J.-Ch. à 266 ap. J.-Ch.).

P^ T'ié meunn.

troupes et défit rarmée ennemie, puis, profitant de sa victoire, conquit le pays de Oueï li.»

Observations. Nous voyons que dans le royaume de Chann (Montagneux) la population habite dans les montagnes. Le commentaire de Ché kou^ dit : «Les habitants demeurent constamment au pied des montagnes et ne construisent pas de villes pour y résider.» De plus, comme le pays de Yenn tçi, de Oueï siu et de Oueï li sont limitrophes, nous trouvons, d'après le calcul des distances, que Yenn tçi est le K'arachar actuel, Oueï siu le Tchagan tongge, et Oueï li le Karako aman de nos jours; en conséquence le royaume de Chann (Montagneux) devait se trouver dans les vallées qui sont à la base orientale des Cha chann (Monts sablonneux); c'est ce que signifie la phrase : le royaume de Chann (Montagneux) est limitrophe à l'est et au sud des états de Chenn chann et de Tsié mo. Si l'on traverse les Cha chann (Monts sablonneux) et si l'on se dirige vers le sud-est, on entre dans le désert de sables : c'est justement là oîi se trouvaient jadis les états de Tsié mo et de Chenn chann.

Quant à Tchang Tché de la dynastie des Tsinn, lorsqu'il se mit en campagne pour conquérir le royaume de Yenn tçi, il se dirigea de Cha tchéou vers le nord-ouest et dut arriver à la frontière sud-est de Yenn tçi. Or, les Cha chann (Monts sablonneux) sont situés au sud de K'arachar et les territoires situés à l'est et à l'ouest

* JH |$[6 ik Yenn Ché-kou, de la dynastie des T'ang, a écrit un excellent commentaire sur les Annales des 'Hann.

88 DESCRIPTION OROGBAPHIQUE

(le ces monts sont sous la juridiction de K'arachar; de telle sorte que l'ancienne vallée de Tchou léou devait se trouver aussi à la base sud-est des Clia chann (Monts sal)lonneux) de nos jours. C'est pourquoi, lorsque Tchang Tché se dirigea vers l'ouest et fit la conquête du royaume de Oueï li, il dut nécessairement passer par la frontière méridionale du royaume de Yenn tçi; quant à la position de l'ancienne ville de Feunn lounn, il est impossible de la déterminer.

Clio. chann (Monts sablonneux) est le nom chinois qui a été transmis de génération en génération; ce n'est ni un nom djoungar ni un nom turc.

J^ fii i& ^ ^ KOURLE TAK\

Le Kourle tak est à cent quatre-vingt li au sud-ouest de^K'arachar. Cette chaîne, qui se détache des Cha chann (Monts sablonneux), se dirige vers l'ouest pendant l'espace de cent li environ : à son extrémité occidentale elle est fort élevée et d'un passage fort dangereux : c'est par là que l'on se rendait de l'ancien royaume de Yenn tçi dans les autres états de l'ouest.

Extrait des Annales des t'ang. Description de l'Asie centrale : «Pour aller de Yenn tçi au royaume de Koueï tseu on fait d'abord deux cents li dans la direction du sud-ouest, on passe une petite montagne, on traverse

* Kourle f en 'hoiieï, signifie regarder; voici l'étymologie chinoise du nom de cette montagne \\\ ^ ^ ^^ ^f^ ^ ^ ^.

deux grandes rivières, puis enfin Ton fait encore sept cents li.»

Observations. A l'époque de la dynastie des 'Hann, Kourle faisait partie du royaume de Oueï li ; et en effet le Kourle tak et l'Egerdsi tak embrassent le territoire de Fancien royaume de Oueï li à l'est et à l'ouest. Aussi a-t-on pu dire «que ce pays est entouré de montagnes de tous côtés». Le Kourle tak est à cent quatrevingts li de K'aracliar : c'est évidemment la petite montagne (Siao chann) dont parlent les Annales des T'ang.

Toutes les montagnes qui se trouvent entre le Narin kira tak et le K'aïdou tak forment la frontière septentrionale du territoire de K'arachar; toutes celles qui sont entre le Koumchi akma tak et le Kourle tak en constituent la frontière méridionale. La frontière occidentale s'étend jusqu'au K'aïdou koul.

M M Q Dalan daba\

Le Dalan daba est situé à quatre-vingts li à l'ouest du K'aïdou koul, à cent quatre-vingts li au nord-ouest de la ville de Karako aman. Cette chaîne se détache du Tengkiri ola et se dirige vers le sud-est : elle a une étendue de sept cents li environ. A l'est, elle touche au K'aïdou tak.

1 Dedan signifie soixante-dix en djongar : dalan daba signifie donc les soixante-dix montagnes, parce que sans doute la chaîne se compose d*un grand nombre de collines.

90 DESCRIPTION OBOGRAPHIQUE

^1^%^^ Baïlak tak \

Le Baïlak tak est à trois cents li au nord-ouest du Dalan dal)a. La brandie occidentale du Koul tous prend sa source au pied septentrional de cette montagne.

Mif^%^% OUCHIGAK TAK*.

L'Ouchigak tak se trouve à cent li à l'ouest du Baïlak tak; une branche occidentale du Koul tous prend sa source au pied septentrional de la montagne.

^ V^lS^W ^ B K'ara kour daba^

Le K'ara kour daba est à cent li au sud-ouest de rOuchigak tak, à l'ouest d'Opor et au nord de Yugour. La montagne est élevée et les précipices y sont très profonds : c'est la ramification la plus remarquable de la chaîne des Mont« célestes. Le Tinar koul et l'Ilan boulak prennent leur source sur le penchant méridional de la montagne.

* Bailak = homme riche, en 'hoiieï.

2 Ouchifjak tak — cn 'houcï : montagne dangereuse et glissante. MI

3 En 'houeY kwLr a le sens de fonnant des gradins successifs, s'élevant en étages. K\\ra = noir.

^ ^ :Mif^% Ai KOUMCHI TAK^

L'Aï koumehi tak est à cent cinquante li à Touest (lu Kara kour da])a. L'aspect de la montagne est humble et mesquin. C'est aussi une branche des Monts célestes.

i¥ ^ ^ ^ M El KOUKE NAK DABA^

Le Kouke nak daba est à cinquante li à l'ouest de l'Aï koumehi tak; l'Ocliikbachi koul y prend sa source sur le penchant méridional. Le Kouke nak daba se détache de la chaîne des Monts célestes à la liauteur de rOchikbaclii ola, se dirige vers l'est et parcourt une étendue d'environ soixante li.

^ M 1S ;^ P? :^ :^ 1^<^URI BOUKDSI TAK \

Le Bouri boukdsi tak est situé au sud de la ville de Saïrim, sur la rive méridionale du Mousour koul. Cette ramification, qui va aussi de l'ouest à l'est, vient du Touk'ana daba.

* En 'houcï ai = bouche, et koumehi — roseau (quamich en turc).

2 KouJce nak daba signifie en 'houcY : Montagne de l'hirondelle bleue.

3 Bouri = loup, et boukdsi = COU, en 'houeY.

92 DESCRIPTION OBOGBAPHIQUE

fP;^l^#i¥^^OK ATKOU TAK\

L'Ok atkou tak est à l'ouest du Bouri boukdsi tak, et au sud-ouest de la ville de Baï, sur la rive méridionale du Mousour koul.

^W^^^ KlYORGU TAK^

Le Kiyorgu tak est à l'ouest de l'Ok atkou tak, au sud-ouest du Mousour koul : de plus il touche à l'ouest au Touge k'ana daba.

fê ''n ^ M El Touge k'ana DABA^

Le Touge k'ana daba est à quarante li à l'ouest du Mousour koul : cette ramification se détache de la chaîne même des Monts célestes à la montagne de Sawaboudsi; elk se dirige^ vers le sud-est et à un parcours de deux cents li. Le Touge k'ana daba produit du sel blanc; la couleur en est excessivement claire et brillante. L'usage de ce sel est très répandu dans la contrée et même dans les contrées éloignées.

1 En 'houcï ok signifie flèche (trait), en turc og; et atkou tirer, en turc âtmak : le nom de Montagnes ou Von tire de» flèche» vient de ce que les indigènes y vont à la chasse.

2 Kiyorgu tak signifie en 'houeï Montagne de la cascade. ' Touge = chameau; k*ana = fatigué.

^f^^]^Wt^^% K'ara youlgoun tak\

Le K'ara youlgoun tak est à quarante-cinq li au sudouest (lu Touge k'ana daba : c'est aussi une petite montagne.

Extrait des Annales des T'ang, Description de F Asie centrale : «A trois cents li à Test du royaume "de Koueï tseu on traverse une contrée rocailleuse.»

Observations. Le K'ara youlgoun tak dépend du Touge k'ana daba : il est à trois cents li à l'ouest de K'outché; or, K'outché étant l'ancien Koueï tseu, il en résulte que la région rocailleuse dont parlent les Annales des T'ang doit être proche du K'ara youlgoun tak. Depuis le Dalan daba jusqu'à cette montagne les pics et les cimes s'élèvent graduellement en étages. Au nord du K'ara youlgoun tak sont les sources du Youl tous; le Youl tous koul est l'ancien Yng so tch'ouann (Ruisseau du saut de l'aigle)*. Il en résulte que la chaîne du K'ara youlgoun tak doit être le rempart méridional du gouvernement de Yng so (saut de l'aigle) de l'époque des T'ang.

* Toulffoun = saule; k'ara = noir. Ici il y a beaucoup de saules qui donnent de Tombrage.

' H ^ jll Yng so tch'ouann.

W^^^^l^ ^ Erdsis k'ara TAK^

L'Erdsîs k'ara tak est à l'ouest d'Ouché, à cinquante lî au sud-ouest de Choparpaï. L'aspect de la montagne est mesquin. Une grande route y passe. Si de là on traverse les Monts célestes on trouve, au nord de ces monts, le Potolik ola; puis si Ton tourne à l'ouest, on arrive sur les frontières du territoire occupé par les tribus Bourouts (Kirghiz).

^ ^ if ^ ^ S^NG TACHÉ TAK ^

Le Song taché tak se trouve à quarante lî au sudouest de l'Erdsis k'ara tak; il est une grande route au nord. On appelle Song taché toute la contrée, du nom de la montagne qu'elle renferme.

@ i@f tl Q ff M Q GULDCHA BACHI DABA ^

Le Guldcha bachi daba est à cent li au sud-ouest du Song taché tak. Il forme le rempart occidental du terri-

* Erdêis, mot djongar, est traduit par Texpression chinoise Sj Uiéou tçinn : cette expression a plusieurs sens que Ton ne trouve pas dans les dictionnaires et que nous croyons utile de relever ici : 1^ elle se dit de quelqu'un qui agit avec promptitude; 2** elle signifie «serrer fortement», comme une corde par exemple; 3"^ enfin elle désigne une chute d'eau se précipitant du haut d'un monticule en bas; en d'autres termes une cascade. C'est évidemment dans ce sens qu'elle est donnée comme équivalent du mot erdaia.

2 Song taché = cime OU pic en 'houeï.

' GuldcJia, mot *houeY, est traduit par ^St jâÊ p'ann yany. C'est l'argali, mouton que l'on trouve dans la Mongolie et la Sibérie.

toîre d'Ouclié. La chaîne du Guldcha bachî, qui se compose d'une série de collines se succédant sans interruption, est une branche du Kakchar ola : elle se dirige vers le sud-est et traverse la contrée située au sud du T'ochekan déria. Là, les penchants des collines sont plus abruptes, et l'élévation du Guldcha bachi y atteint plusieurs centaines de Tchang.^ Les pics, s'élevant en étages, semblent vouloir percer de leur sommet la voûte céleste.

En se dirigeant vers l'orient on trouve le Song taché tak, l'Erdsis K'ara tak. A quatre cents li environ à l'est d'Ouché, on arrive à la limite occidentale de la vallée du T'ochekan déria : la chaîne du Guldcha bachi finit à cet endroit.

Observations. Nous voyons que , dans les Annales des 'Hann, il est dit que le royaume de Oueï t'éou* est limitrophe du royaume de Sou lo ^, mais que les routes passant à travers les montagnes ne permettent pas de communications entre ces deux états. Oueï t'éou est le moderne Ouché, et Sou lo le Kachgar de nos jours. Or le Guldcha daba, qui vient du sud-ouest d'Ouché et se dirige vers le sud est, traverse la contrée à l'est d'Ouché et y termine sa chaîne. Au sud du Guldcha bachi est un désert de sables d'une étendue de mille li. D'ailleurs, dans toute la contrée, les parties sablonneuses ont une bien plus grande étendue que les terrçs arables. Il ré-

1 Un tchang vaut dix pieds.

* Le royaume de Oueï t'éou est identifié avec Ouché.

3 Sou lo est l'ancien nom de Kachgar.

96 DESCRIPTION OROGBAPHIQUE

suite de ce qui précède que les montagnes situées au sud d'Ouché, jusqu'à celles situées encore plus à l'occident d'Ouché, sont juste situées entre les deux territoires qu'occupaient les royaumes de Oueï t'éou et de Sou lo de répoque des 'Haim. C'est l'explication de gc que disent les Annales des 'Haim que les routes passant à travers les montagnes ne permettent pas de communications entre ces deux états ; et en effet, aujourd'hui, dans la partie occidentale du Guldclia bachî daba, les sentiers sont si difficiles et si dangereux que l'on ne peut pas même y passer à pied. On voit que cela s'accorde avec ce que disent les Annales des 'Hann.

^i^Wi^iYM^^ K'esel echime tak\

Le K'esel echime tak est à trente cinq li au sud-ouest du Guldcha bachi daba.

^ li # SI ^ ^ Ingge dsipan tak^

L'Ingge dsipan est au sud-ouest de Yarkand. Sa partie occidentale a pour vis-à-vis, pendant l'espace de dix li, les parties orientales et occidentales du Youl alik tak. L'Ingge dsipan est situé sur la limite occidentale du

' K*esel, mot 'houeï signifiant rouge {qt/zt/l en turc); echime signifie petite source.

2 Ou Ingichi dsipan. En 'houeï ingichi signifie au bas de la colline; dsipan est un mot persan.

DU TIJRKESTAN CHINOIS. 97

bassin du Yarkand usteng \ tandis que le Youl alik tak se trouve sur sa limite méridionale.

^ ^ tS ^ :^ MlRD^^Ï TAK^

Le Mirdaï tak (nom que Ton prononçait autrefois bir tak) se trouve au sud -est de Yarkand. Il produit du jade. A partir du Mirdaï tak, toutes les montagnes que Ton rencontre en se dirigeant vers l'est et qui sont limitrophes de la frontière méridionale du pays de K'oten, produisent toutes du jade.

^ ^ fi ^ ^ ^ K0UKIYAR•TAK^

Le Koukîyar tak est au sud-est du Youl alik tak. Le Ting tsa pou usteng prend sa source dans la partie méridionale du Koukiyar tak.

Le Boira tak est au nord-est du Koukiyar tak. Au sud du Boira tak sont les limites sud-ouest de Loutchouk.

' Ou Tarkand deria, rivière de Yarkand.

* L'étymologie de ce nom n*est pas donnée par le Si yu long ouenn tché,

' Kouke yar tak = montagne aux pentes bleues.

^ Boira en 'houeï signifie natte (en turc bourià).

98 DESCRIPf ION OROGRAPHIQUE

^ Wt ^ ^ % KiRYANG TAK \

Le Kiryaiig tak est au sud du Beila tak, à Test du Koukiyar tak. Au sud du Kiryaug tak et du Koukîyar tak sont les frontières du Ouenn tou sseu tann (Hindoustan).

^ if ^ % K'OCHI TAK-.

Le K'ochi tak est au nord-est du Kîryang tak. Le Yéchi koul prend sa source à la base orientale de cette montagne.

^^^ % Sanatchou takI

Le Sanatchou tak est au sud-est du Sanatchou (koul). Se détachant du Ingge dsipan il forme une chaîne droite qui va de l'est à l'ouest; à cette chaîne appartiennent les montagnes situées sur la frontière méridionale de Yarkand. Toutes sont des ramifications des Ts'ong ling; elles s'étendent vers le sud-est pendant l'espace de six cents li environ et touchent aux montagnes situées sur la frontière méridionale du K'oten.

* Kiryang ou KUyang signifie en 'houeï pierre à aiguiser, meule.

2 K^ochi tak signifie en 'houeï montagne a double pic.

3 Sanatchou ou Sanadchou.

M ^ ^ ^ KlENDCHOU TAK'.

Le Kieiidehou tak est sur la frontière sud-ouest du K'oten, au sud-ouest également du Tsaowar, à deux cent« li à Test du Sanatchou tak.

^ B:^ M ^ ^ K'aranggui tak^

Le K'aranggui tak (nom que Ton prononçait autrefois 'Halanggui) est situé sur la frontière sud-ouest du K'oten, au sud de Tsaowar. Au sud-est se trouve FEchime tis tak. Toutes ces montagnes sont sur la frontière méridionale du K'oten, et sont également des ramifications des Ts'ong ling. On arrive au K'aranggui tak en traversant les montagnes de la frontière méridionale du Yarkand et en se dirigeant ensuite vers l'est. Le K'oten koul sort de sa base septentrionale.

Extrait des Annales des 'Hann postérieurs, Description de l'Asie centrale : «La rivière^ a deux sources : l'une est située au pied des montagnes méridionales du K'oten» .

^ KiendcJimi ou plutôt Giandchou, mot 'houcY, sig^nifiant endroit où Ton accumule des richesses.

2 K'aranggui tak signifie en 'houeï la montagne obscure. Obscur en turc se dit qârânlu ou qarânou.

' Par 1^ 'ho, rivière (par excellence), on entend toujours le ^r |^

'Houang 'ho, fleuve jaune.

Extrait des Annales des Oueï K Description de l'Asie centrale : «A trois li au sud-ouest du royaume de Pou cliann est située le mont Tong ling».

Extrait du si yu tçi des T'ang^ : «A vingt li environ au sud-ouest de la capitale est le mont Tçiu ché leng tçia^ : il a deux sommets qui s'élèvent dans les airs. Les précipices y sont à pic et très profonds : dans l'un d'eux il y a un roclier de pierre précieuse qui attire et fait tomber dans le précipice tous ceux qui s'en approchent. Comme ce rocher baiTait le passage, le roi du pays leva des troupes pour aller l'enlever ; mais, lorsqu'on l'eut soulevé, des guêpes noires surgirent en foule dans les airs et piquèrent tous les soldats de leur venin empoisonné. Aussi jusqu'à ce jour la porte du rocher (ou de pierre)* est-elle restée fermée.» . Observations. Les montagnes qui forment la frontière méridionale de K'oten sont : le Kiendchou tak, le 'Halanggui tak, l'Echime tis tak. C'est de ces monts

1 Le 1^ ^^ Oiééi chou ou Annales des Oueï, dû originairement à A^ Oueï Chéou des Tsi septentrionaux (550— ô7 7) embrasse la période

de 386 à 550. Il est divisé en trois parties : peunn tci, chronique; lié tchouarm, biographies et notices des pays étrangers; tché, mémoires.

2 Le j^ ^ ^ù gg T'arûjf Si yu tçi ou Histoire et description de l'Asie sous les T'ang est la description de 138 royaumes d'Asie, traduite du sanscrit en chinois par le célèbre pèlerin bouddhiste jr\ ^È Yuanntchouang. L'ouvrage entier a été traduit par Stanislas Julien sous le titre de Mémoires sur lea contrées occidentale», Paris, 1857.

' >S ^ êS iffif ^^*^ chinoise : « Ce mot signifie corne *de bceuf, Ajj^ "« ^fc 'â*' ^^® quatre caractères que l'on prononce dans le sud Kiu ché leng kia, sont la transcription phonétique du mot sanscrit Oôçringa, Cette montagne est située près de K'oten, appelé alors Koustana.

' >B PÎ ^^^ méunn.

dont il est parlé dans les Annales des 'Hann postérieurs sous le nom de Montagnes méridionales de Yu tienn (K'oten).

Le royaume de Pou cliann de la dynastie des Oueï est la contrée qui comprend aujourdhui Pichinan, Piyar, Asma, et, par suite, ce que Ton appelait alors le mont Tong ling doit se trouver sur la frontière sud-ouest de cette contrée. Quant à la montagne Tçiu ché leng tçia située à vingt li environ de la capitale, dont parle le Si yu tçi, nous voyons que le territoire qui est à cent soixante li au sud-ouest de la ville d'Ilitchi (K'oten) porte actuellement le nom de Pichinan. La ville ellemême de Pichinan est située dans une vallée. Les deux noms de Pichinan et de Tçiu ché leng tçia se prononcent à peu près de même\ et de plus la position respective de chacun de ces endroits s'accorde parfaitement; les deux cimes à pic y existent encore; aussi le mont Tçiu ché leng tçia dont parle le Si yu tçi des T'ang devait se trouver au sud du Pichinan de nos jours, là où sont le Kîendchou tak, le K'aranggui tak, et FEchime tis tak.

Quant à ce qui est dit dans les Annales des 'Hann, que Tune des sources du fleuve (jaune) est au pied des montagnes méridionales (du K'oten) on peut le vérifier ici.

En se dirigeant vers le sud-est à partir des montagnes méridionales du K'oten, on voit les pics se succéder en chaîne continue sur les bords du désert de

^ Voilà qui est bien hasardé. Le texte est formel : Pichinan JE Tçiu ché leng tçia ^ ^ ;|ig jg;.

sables. Cette chaîne, après avoir parcouru une étendue de cinq mille li environ, touche aux montagnes méridionales du circuit sud d'Ami si.

^ ^ Matsar tak\

Le Matsar tak est à trois cents li à l'ouest du K'oten koul; il forme le rempart septentrional du territoire de K'oten. Cette montagne n'a pas une grande élévation: elle produit du salpêtre. Il n'y passe pas de route.

Extrait des Annales des Oueî, Description de l'Asie centrale : «Le territoire de Yu tienn (K'oten) a une étendue de mille li : les montagnes s'y succèdent sans interruption. ^

Observations. Depuis Martchan oloti jusqu'au Matsar tak, en allant dans la direction de l'ouest, les montagnes se succèdent sans interruption jusqu'au Yarkand usteng qui se trouve sur la frontière septentrionale du K'oten. C'est évidemment à cela qu'ont fait allusion les Annales des Oueï en disant que les «montagnes se succèdent sans interruption».

jg ^ Ts'ONG LING^

Les Ts'ong ling, que l'on appelle aussi Tçi y chann (Monts du doute extrême) ^, se trouvent au sud-ouest des

* L'étymologie de ce nom n'est pas donné dans le Si yu Cony ouenn tché. 2 Sous le nom de Ts'ony liny les Chinois désif^ent tout à la fois les Bolor et le Karakoroum.

' S l§^ lU '^^ç' y ^^*°"-

Monts célestes. C'est là que viennent se réunir les montagnes méridionales. Les pics des Ts'ong ling s'élèvent en étages sur une étendue de plusieurs centaines de li, puis tout à coup la chaîne se termine en pentes douces. Les plus hauts pics ont leur sommet entouré de nuages. Sous les 'Hann, c'était le rempart de la frontière occidentale de l'Asie centrale. Aujourd'hui c'est celui de la • contrée où se trouvent Kachgar, Yarkand, et de la région qui en est juste à l'ouest. Les deux rivières de Kachgar et de Yarkand y prennent leurs sources; le territoire qui se trouve compris entre ces deux rivières porte différents noms suivant les localités; autrefois on donnait le nom de Ts'ong ling à la contrée tout entière.

Extrait des Annales des'Hann, Description de l'Asie centrale : «Les trente-six états de l'Asie centrale ont pour barrière à l'ouest les Ts'ong ling.

«Le fleuve (jaune) a deux sources : l'une se trouve dans les Ts'ong ling.

«La route méridionale traverse à l'ouest les Ts'ong ling et entre dans les pays des Grands Yué te (Gètes) et des Ann si (Parthes). La route septentrionale traverse également les Ts'ong ling à l'ouest, et entre dans les états de Ta ouann (Ferghana), de K'ang tçiu (Sogdiane) et d'Ann ts'aï (Alains)».

Extrait du Livre canonique des eaux : «Les Ts'ong ling ont mille li d'élévation. > On lit dans l'ouvrage intitulé Si 'ho tçiéou ' ché (ancienne histoire de la rivière de l'ouest) : «La chaîne des Ts'ong ling est à huit mille li à l'ouest de Tounn houang. Elle est très élevée. Au

sommet il y pousse des oignons, d'où le nom de Ts'ong ling, montagnes d'oignons qui lui a été donné. Le fleuve (jaune) y prend secrètement sa source : ses eaux, en en sortant, se divisent en deux branches.»

Extrait des Annales des T'ang, Description de l'Asie centrale : «Le nom vulgaire des Ts'ong ling est Tç'i y chann (Monts du doute extrême). Les Ts'ong ling enceignent le royaume de K'o pann t'o\ Durant les années K'aï yuaim (713 à 742 de notre ère) on établit un Ts'ong ling chéou tsou ou gouverneur du Ts'ong ling qui fut chargé de veiller sur la frontière extrême d'Aim si.»

Extrait du Si yu tçi des T'ang : «Les Ts'ong ling sont au sud, dans le continent de Chann pou*. Au sud ils touchent aux grandes montagnes de neige (Himalaya) ; au nord ils s'étendent jusqu'aux mille sources de la mer

1 On écrit 1^ J^ |£Ë, mais on trouve aussi ^ J^ |£Ë Tçié (Kié) pann f o, transcription phonétique du nom sanscrit Khavandha. Cet ancien royaume était au sud-est du Sirikoul, là où se trouve aujourd'hui le territoire de Kartchou.

2 Suivant la cosmogonie bouddhiste il y a quatre grands continents ou îles (chinois : fM tchéou; sanscrit : dwîpa) qui sont situés autour du Mont Mêrou ou Soumêrou, l'axe de l'univers. Ces quatre continents sont au sud du Mont Mêrou, le lÊ "pK |^^ Chann pou tchéou ou Djambou dwîpa (tibétain : Djambou gling; mongol : Djambou dip); à l'est, le ^k ^& j^ Fô p'o t'i ou Pûrvavideha (ou Vidêha; tibétain : Tchar gii lous pag dwip; mongol : Dorona Oulam dsi beyetou dîp); au nord, le 1^ ii jjhS Yu tann yué ou Outtarakourou (ou Kourou dwîpa-, tibétain : Byang gyi sgra mi sfian; mongol : Môh dôhtou); enfin à Touest le jS ^ B. T^u to ni

ou Gôdhanya (ou Aparagodâna). Tels sont les Ptj -^r ^j^ quatre grands continents, qui, suivant les bouddhistes, forment l'univers. Voyez Ëitel, Handhook for the êtudenl of chineae buddhism, pp. 11, 36, 100, 158).

chaude^; à Fouest jusqu'au royaume de 'Houo*; à Test jusqu'au royaume d'Outclia\ Ils ont plusieurs milliers de li d'étendue de l'est à l'ouest, du sud au nord; il y a des précipices et des défilés sur une étendue de plusieurs centaines de li; les vallées, sombres, sont très dangereuses.

Ils sont constamment couverts de glace et de frîmas; le froid et le vent y sont extrêmement violents. Ces montagnes produisent beaucoup d'oignons, aussi leur a-t-on donné le nom de Ts'ong ling, monts des oignons. Mais aussi comme les précipices de ces montagnes ont la couleur bleuâtre des tiges d'oignons, il se peut que leur nom vienne de là.»

Observations. Les Ts'ong ling sont les plus considérables des montagnes renommées de l'Asie centrale. Comme on avait lu da^ns les Annales des Oueï que Yu tienn (K'oten) était au nord des Ts'ong ling, on avait dans la suite indiqué les Nann cliann (montagnes méridionales) comme étant les Ts'ong ling. Mais nous lisons dans les Annales des 'Hann ce qui suit : «Il y a de hautes montagnes au sud et au nord de l'Asie centrale. A l'est ces montagnes touchent à l'empire des 'Hann (la Chine) : là les deux forteresses de Yu meunn et de

1 ^fc 1^ Jo 'haï, mer chaude, est Tun des noms donnés par les Chinois au lac Temourtou ou Issikoul.

2 iÊ: B| 'Houo kouo (Ghûr ou Ghôri). Cet ancien état se trouvait dans les environs du moderne Khindjan (350 41' latitude nord; 680 59' longitude est).

' L'ancien royaume de J^ ^E| Ou tcha est identifié avec le Badak'chan de nos jours.

Yang^ les commandent. A Fouest l'Asie centrale a pour limite les Ts'ong ling.» Or les deux forteresses de Yu meunn et de Yang sont situées juste à Test de l'Asie centrale, vis-à-vis des Ts'ong ling; il en résulte que les Ts'ong ling sont juste à l'ouest de ces forteresses. ' Nous lisons de plus dans ces mêmes annales : «Le fleuve (jaune) a deux sources : l'une est dans les Ts'ong ling, l'autre sur le territoire de Yu tienn (K'oten), au pied même des Nann cliann (Montagnes méridionales); les eaux qui sortent de cette dernière source coulent vers le nord et se réunissent à celles qui descendent des Ts'ong ling : il n'y a plus dès lors quun seul cours d'eau qui va se jeter dans la mer de Pou tcli'a^g (Pac lob)^.» Les Annales des 'Hann faisant allusion aux Nann cliann (Montagnes méridionales), il est évident que les Ts'ong ling sont les Si chann (Montagnes de l'ouest). De même, en disant que le fleuve de Yu tienn (K'oten) coule vers le nord, il est évident que celui-ci qui descend des Ts'ong ling coule vers l'est, et cela prouve encore davantage que les Ts'ong ling sont à l'ouest. On peut appuyer cela de preuves tirées de l'orographie : on lit dans le commentaire du Livre canoniqtie des eaux que le fleuve (jaune) prend secrètement sa source dans ces montagnes et se divise en deux branches. Or les deux rivières de Kachgar et de Yarkand prennent justement leur source dans les Si chann (Montagnes de l'ouest) et

' 3Ê P^ ^ SS ^'^ meunn yang kouann.

jM- Pou tchang *haY.

forment en effet deux branches. De plus on lit dans la préface de la Description de l'Asie centrale des Soueï le passage qui suit : «La route du centre passe par les états de Kao tcir ang (ouïgours), de Yenn tçi (K' arachar), de Koueï tseu (Koutché) et de Sou lo (Kachgar), puis traverse les Ts'ong ling, le pays de P'o hann (Fergliana) et arrive jusqu'à la nier de l'ouest (d'Aral). La route du sud passe par Clienn diann, Yu tienn (K'oten), Tchou tçiu po (Yenglii llissar), Ko pann to (Kartcliou), traverse les Ts'ong ling, le pays de Hou mi et auti*es et aboutit également à la mer de l'ouest (d'Aral). » Cela s'accorde parfaitement avec les routes du sud et du nord qui traversent les Tsong ling dont il est fait mention dans les Annales des 'Hann; et c'est aussi une preuve évidente que les Si cliann ou Montagnes de l'ouest sont les Ts'ong ling.

Il est dit dans la Description générale de l'empire^ que, du temps des ' Hann, on désignait sous le nom de Tsong ling les montagnes d'où sort la rivière K'aïdou qui coule à l'ouest de Tourfan; mais, après un examen approfondi nous trouvons que la rivière K'aïdou n'est autre chose que le K'aïdou koul qui coule au sud de K' arachar. Cette rivière n'a nul rapport avec les Ts'ong ling qui sont à l'ouest de Yarkand : rien de tel ne se trouve dans les Annales des 'Hann.

1 Le -ir "^ — • j^ ^^ Ta i8*%n[j y Cong tché OU Description historique et géographique des états des Ts'ing ou Tart^ires raandchoux. Ouvrage très important, non seulement pour l'empire chinois, mais aussi pour ses états tributaires, qui est malheureusement assez rare et d'un prix coûteux.

Nous lisons dans le même ouvrage : «Du temps des 'Hann on désignait sous le nom de montagnes méridionales de Yu tienn (K' oten) le territoire d'où sort la rivière Tarim. » Cela n'a pas encore été examiné à fond : nous • examinerons minutieusement la question au livre 28, Article sur le Yarkand usteng ou rivière de Yarkand.

^5(îPffJ^^;^^ B KOCHIKOU TCHOUK DABA^

Le nom de Kochikou tchouk se prononçait autrefois Kouos koulouk. Cette montagne est située au milieu des Ts'ong ling, à cent li à l'est d'Artchour; la base en est large et les pics fort élevés.

La vingt -quatrième année Tç'ienn long (1759), le Tsann ts'ann Ta tch'enn Ming Joueï, duc de Y yang, battit en cet endroit un corps ennemi. On peut voir les détails de cette affaire au livre 17 de la Description des frontières.

Extrait des Annales des T' ang, Description de l 'Asie centrale : «En passant au sud-ouest de Soulo (Kachgar) on entre dans la vallée de Jenn mo, et l'on voit la montagne Pou jenn.»

Observations. Le Kachgar de nos jours est l'ancien Sou lo. En allant de Sou lo dans la direction du sudouest, on rencontre une suite de montagnes : le Koch-

' K'ochi, mot 'houeï = à double pic ou cime; Koutchouk est expliqué par brancard. L'explication chinoise du nom de cette montagne est ainsi

koiitchouk daba est la plus élevée de toutes. Quant à la vallée de Jenn mo et à la montagne Pou jenn, elles

devaient en être proches.

i^ # W #J 4^ M B OULOU ARAT DABA\

L'Oulou arat daba est à la frontière nord-ouest du Kachgar : c'est l'endroit où une chaîne de montagnes se détache des Ts'ong ling et se dirige vers le nord-est où elle forme la chaîne même des Monts célestes.

f^ ^Wl%^^ Ï^'^N TEREK TAK^

Le K'an terek tak est. à cent li environ à l'ouest de la ville d'Inggasar (Yenghi Hissar) : c'est une branche orientale des Ts'ong ling. Les Tolgi tak et Tsitok tak en dépendent. Les montagnes situées au sud d'Inggasar portent les noms d'Ouratsi tak, de Youl tak, de Tiao yel tak, d'Atsik tak; à l'ouest et au sud sont deux défilés par lesquels on pénètre dans le Badak'chan.

* Oulou, en 'houeï = grand (olou en turc) : arat = ^^ ^j& monter et descendre.

* JET an = prince, roi; terek = peuplier.

'^iÙWi^^^ Kebenek daba^

Le Kebenek daba est à cent li au-delà de la frontière occidentale du territoire de Kacligar. A cinquante li à Test de cette montagne se trouve le K'ara tak-.

^ M !^ M B DSIDSIK LIK DABA l

Le Dsidsik lik daba est à cent li à Test du K'ara

tak. H est au nord de la grande route.

# J® ]^ M B Terek daba*.

Le Terek daba est à cent li à Test du Dsidsik lik daba. Il est au nord également de la grande route.

>^ PrT R$»J # M El K'ANG ARAT DABA^

Le K'ang arat daba est à cent li à l'est du Terek daba. Il est aussi au nord de la grande route. De plus, se dirigeant vers le sud-est, il touche aux diverses mon-

* Kebenek j en 'houeï = vêtements de feutre.

2 La montagne noire.

' Daidêiky en djongar = fleur.

* Terek = peuplier.

* K'ang QBt le nom d'un homme; aval signifie \ieillard : la montagne du vieux K'ang.

togiies situées sur la frontière méridionale du territoire de Yarkaud.

Observations. Comme les Ts'ong ling s'étendent au loin, il est difficile de citer tous les noms des différents pics qu'ils renfennent. Il en est ainsi pour toutes les montagnes qui se trouvent au-dessous du Koclikoutchouk daba : parmi les plus importantes de ces dernières sont les monts Kang ti sseu qui s'étendent à l'ouest de La tsang, se dirigent vers le nord-est et forment une chaîne horizontale qui vient aboutir aux Ts'ong ling. Les ramifications qui se dirigent vers le sud-est constituent les Nann chann ou Montagnes méridionales situées au sud de Yarkand et de K'oten. En allant vers le sud-est on ti'ouve le Chatoutou daba, dont la chaîne est enclavée dans le désert de sables.

^ @ @ M Q Chatoutou daba \

Le Chatoutou daba est au sud-est de K'oten. A partir des hameaux situés sur les montagnes de la frontière orientable du K'oten cette chaîne se dirige vers l'est, traverse le Yéchil nor, puis le désert de sables sur l'espace de six cents li. Les pics se succèdent sans interruption jusqu'à l'extrémité septentrionale du Chatoutou daba.

* Chaiou est un mot djongar qui si^ifie échelle; ton est la terminaison adjective qui a, ou il y a. La montagne est si abrupte que Ton ne peut la gravir qu'à l'aide d'échelles.

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