‹ Recueil de documents sur l'Asie centraleChapitre 8 sur 26 · HISTOIRE · texte numérisé non relu

HISTOIRE

DR

L'INSURRECTION DES TOUNGANES

sous LE RÈGNE DE TAO KOUANG

Cbup d'œil sur V histoire du TurkeMan fïrierUal depuis rinvasion deJi Mcnufoh. — Établissement de fa religion maJimnéfane dans le Turkvjtfan. Guerre rfes Chinais contre les Eleutes et les deux K'odjas. — Création d'une administration chinoise dans h pays conquis; incapacité des (/ouverneurs ; leur mauvaise conduite; révolte d' Duché.

Lorsque les Mongol*, comme les eaux débordées d'un fleuve impétueux, s'élancèrent de leurs steppes pour fondre sur l'Asie occidentale d'abord, puis sur l'Europe même, le Turkestan oriental, dont les États n'avaient jusqu'alors été que tributaires de l'Empire chinois sans en taire partie intégrante, fut obligé de suivre la destinée des autres pays de l'Asie centrale, et passa sous la domination de

1 Le récit de OneY Yuann ()ccui)e le chapitre V du livre IV de son histoire. Les détails qui suivent, jusqu'à la création d'une administration chinoise dans le Turkestun, sont extraits des (quatre premiers chajntres renfermant l'histoire de la soumission des Dzongars et des Mahométans sons Tç'icnn long.

4 HISTOIRE DE LUNSURRECTION DES TOIJNGANES.

J^ ^ ^*fF Tcllinggis k'an. A la mort de ce redoutable conquérant, il constitua une partie de la yourte ou apanage de son second |ils 5^ ^ p Tchagat^aï, * dont il vit régner les descendants et les princes vassaux pendant de longues années, dans le temps même que TEinpire mongol avait cessé d'exister.^

Cependant, la religion de Mahomet, ou comme disent les Chinois, la secte, fleurie^ ^ s'était répandue dans toute l'Asie, avait pénétré dans le Turkestan du temps des dynasties des Soueï et des T'ang, * avait fini insensiblement par en expulser, ou comme parle Oueï Yuann, par balayer la religion bouddhique, '' et y régner presque complètement. Vers, la fin de la dynastie des Ming, ^ un descendant de Mahomet à la vingt-sixiémtî génération, nommé I^ ^ ^ Ma mo t'o (Mahmoud), attiré sans doute par les Mahométans fixés dans la contrée, vint s'étiiblir à Kachgar et fut le premier chef ou roi maho-

» Ce nom eat ordinairement mieux transcrit par ^^ -^ "j^ .

2 Sur cette période de l'histoire^ voyez : D'Ohsson, Hiatoire dejt Montjola, tome I, pa^. 320^ Erskine, History of India under tlie two Jirst ftovercùrns of the JTouse of Taimur, Bâher and IIumâi/itn, Ix)ndon 1854, Introduction; passim, princip. Section III et Apinmdix B; Major David l*ricc, Chronologiccd lielrosperf., London 1821, tome III.

' >j!Ê fH 'Iï^"î^ meunn. Les Chinois désirent plus ordinairement la reli^on de Mahomet sous le nom de [gî 3g^ 'Houeï tçiao, relijarion des 'Iloueï ou Mahométans.

* La <lynastie des ^ Soueï a rô^né sur la Chine de 581 à 618 de notre ère; celle des S" T'ang, de 018 à 907.

La dynastie des 1^ Ming a occui)é le trône de 1368 à 1644.

II1STOIRE.de L'INSURRECTION DES TOUNGANES. 5

métau.^ Toutes les villes recoiinui'eut bientôt ses lois et chassèrent les derniers princes mongols qui se retirèrent au-delà des Monts Célestes. Lors s'éleva la redoutable puissance des (El et ou Eleùtes, tribu mongole établie au nord des T'ienn chann, qui descendit dans les plaines du Turkestan, assujétit toute la contrée et fit envoyer les principaux chefs mahométans en otage à Hi. Le chef de cette tribu, le célèbre ^ ^ ^ Galdan, désireux de renouveler les exploits de Tching gis k'an, étendit ses conquêtes vers l'Est, mais là il eut à se mesurer avec les armées chinoises que les Mongols Kalkas avaient appelées à leur secours. Battu non sans difficulté, il ne put empêcher ses troupes de se disperser, et voyait le moment où il allait être contraint de se livrer entre les mains de l'empereur K'ang chi, quand il mourut subitement.^

Un des chefs mahométans resté en otage à Ili,

Pï flï |[5 fir ^ A pou tou ché t'o, fit sa soumission à l'empereur K'ang chi, qui le fit reconduire à Yarkand (lG9f)). Son fils ï^ ^ TfC i^ Ma'hann mou t'o (Mohammed) souflrait avec peine les lois que les Chinois lui avaient imposées, mais ses deux fils, gardés en otage, furent les gages de sa fidélité. L'aîné de ses

* Voyez Tappondice III.

2 L'empereur J^ ËE K*aug clii qui fut contemporain de Louis XIV et qui a mérité d'être comijaré au Grand roi tant par son long régne que par ses talents, a occupé le trône de 1662 à 1722. La guerre ([u'il eut à soutenir contre les Eleutes fut terrible et sanglante; on en peut voir les détails dans V Histoire générale de la Chine du P. de Mailla, tome XL Voyez également Kémusat, Nouveaux MUaivjea Asiatiques, tome IL

fils s'appelait j§ ^ ft |[|5 Po lo ni tou (Boronitou)/ le cadet ^ ^ ^ 'Houo tsi tdcliann (K' odzidclian) : ils sont connus dans Tliistoire sous le nom de Grand et Petit K'odja. * Mis en liberté en 1755, K'odzidchan revînt à Yarkand pour y gouverner tandis que Boronitou restnit à Ili. Lorsqu'éclata la révolte d'Amoursanan, Boronitou embrassa le parti des rebelles, et, ceux-ci vaincus, chercha un refuge auprès de son frère. Le général chinois Tchao 'Houeï exigea qu'il revint se constituer prisonnier; les deux frères répondirent en levant l'étendard de la révolte : la guerre fut acharnée et sanglante, mais les Mahométans, malgré leur courage, malgré leurs prodiges de valeur, ne purent triompher de l'habileté de Tchao 'Houeï, ni de la disciplme de ses troupes. Les deux K'odjas, défaits, durent chercher leur salut dans la fuite et crurent trouver un asile dans le Badak- 'clian; leur espoir fut déçu : le K'an de ce pays vint à leur rencontre avec toutes ses forces, livra bataille aux débris de l'armée mahométane, et n'eut pas de peine à être victorieux et à s'emparer des deux K'odjas. A cette nouvelle Tcliao 'Houeï exigea que l'on les lui livrât: la tête de K'odzidchan lui fut seule présentée; quant au cadavre de Boronitcni, enlevé sans doute par quelqu'un des siens, il ne fut retrouvé qu'au bout de quelque temps et sur le champ livré au général chinois.^

' Certains auteur» écrivent ^ ^^ ^h Pou na tounn et ^ j^ \S^ ^r Pou la ni touuu.

' :Ac /h ^ ^

3 »Sur ces faits, consultez le P. de Mailla, loco ciUUo; Klaproth, Magasin Asiatû/ue, toiue U.

UISTOIRE DE L'INSURRECTION DES TOUNGANES. ^

Une fois la conquête du Turkestau terminée et la contrée entièrement assujétie, il fallut établir une administration civile et militaire, qui permit de tenir en bride la population mahométane. A cet effet tout en laissant en charge les >fQ ^ Po k'o (begs), ou magistrats indigènes, on établit dans chaque ville un ^ ^ ;^ g Pann ché ta tch'enn ou gouverneur, ayant sous ses ordres un certain nombre de receveurs de taxes, de magistrats subalternes et de commis, et, pour les aider dans les affaires à traiter avec les indigènes, plusieurs ^ l|^i| ^ Pi tié ché ou interprètes.^ Tous les gouverneurs relevaient du ^ ^ Ts'ann tsann ou secrétaire résidant à Kachgar, lequel était lui-même placé sous la juridiction du ^ ^ Tsiang tçiunn, ^ maréchal commandant à Ili. ^

Le choix de ces gouverneurs ne fut pas fait dès l'abord avec beaucoup de soin, et si dans la quantité il y en eut qui surent être à la hauteur de leurs fonctions, il y en eut aussi qui faillirent soulever la population mahométane contre la domination chinoise. Ainsi le gouverneur d'Ouché, ^ J^ Sou tch'eng, adonné à la boisson, plongé dans la débauche, s'était attiré le

1 Pi Ué ché est la transcription chinoise du mot mandchou hit k*esi, lettré ; les Pi tié ché jouent aussi le rôle de greffiers.

2 Le titre officiel complet de ce haut dignitaire était ââ Ûk ^ ^d

^F )Ê ^^ 5? ^^''^c'^** gouvernant en chef THi et autres endroits; ce poste a été créé la vingt-septième année Tç'ienn long (1762).

3 Ili est le nom donné tant à la contrée située au noi*d des Monts Célestes, qu'à sa capitale même [3 SB i[^ Kouldja; la ville chinoise, qui porte le nom de HL Jâ *Houeï yuann, a été bâtie la vingt-neuvième année Tç/ienu long (1704).

mépris et la liaine des habitants; un beau jour il fut assassiné dans son prétoire, les Mahométans coururent aux aimes et en un moment le pays fut en feu. La défaite du gouverneur d'Aksou, qui avait cru pouvoir réprimer ce mouvement avec le petit nombre de troupes dont il avait le commandement, ne contribua pas peu à étendre la rébellion et toutes les villes de l'est auraient peut-être même secoué en peu de temps le joug des Chinois, si le maréchal commandant à Ili |Q Jtj^ Ming Joueï, celui-là même qui devait périr dans les plaines de la Birmanie quelques années plus tard,* n'était accouru avec toutes ses forces et ne s'était après un bonil)ardement de plusieurs jours, emparé d'Ouché, dont il passa tous les habitants au fil de l'épée. ^

^ Voyez Jlistoire de la conquête de la Birmanie par les Chinois nous le rhjnc de Tç^ienn Umg dans lo Journal Asiatique, Février-Mars 1878, pag. 159. Tirage à ])art, pag. 29.

2 Lès guerres entre les Tounganes et les Chinois sont toujours faites avec une cruauté inouïe^ lorsque les premiers se révoltent, ils massacrent lei< garnisons chinoises; quand les Chinois reprennent le-dessus, ils tuassent au lil de Tépée les habitants des villes dont ils s*emparent : c'est ainsi qu'il y a ()uelques mois, Ton a appris par les journaux les massacres accomplis par les Chinois vainqueurs après la répression par le général Tso Tsong t'ang de la redoutable insurrection de 1862; ce n'étaient en sonmie que des représailles.

IIISTOIBE DB L'INSUIUtECTION DES TOUNOANE8. 9

Mauvaise administration des fonctionnaires; leurs exactions. — Soulèvement de quelques tribus Bourouts. — Leur chef; qui était: sa famille. H est battu dans une première rencontre^ — Pi Tsing y gouverneur incapable, est remplacé. — DjUtanyuir infeste la frontière (1824 — 1825), défaite de Pa yenn t*ou. — Djikanguir, à la tête de forces co}isidérables, franchit la frontière; arrive à Kachgar; triomphe des troupes chinoises. — Conclut un traité d'alliance avec K^okaïul; sa mauvaise foi; s'empare des

quatre vill^ de r ouest.

Le gouvernement cliinois, éclairé par cette révolte et sachant quelle en avait été la cause, choisit dès lors avec le plus grand soin les gouverneurs des villes mahométanes parmi les dignitaires mandchoux recommandés par leurs supérieurs et parmi les grands fo;ictionnaires qui, pour quelque faute, avaient été abaissés d'un rang : c'était pour ces derniers une sorte d'exil, mais un exU honorable qui leur permettait d'être encore utiles à leur pays. Ces gouverneurs, en conciliant les intérêts des Chinois et des Mahométans surent se faire aimer des populations, à tel point qu'Us furent considérés par elles comme des envoyés du ciel/ La tranquillité régna donc dès lors dans tous le Turkestan.

Malheureusement, cet état de choses ne devait pas subsister longtemps; la bomie administration, et, par

suite, la tranquillité de la contrée, ne devaient être

t qu'éphémères, et les^ troubles allèrent éclater de nouveau, parce qu'à la longue on n'observa plus le même

soin dans les nominations. On en vint à employer des officiers de la garde impériale et des garnisons temporaires au-delà de la Grande Muraille; ceux-ci, ne considérant leur charge que comme un moyen de s'enrichir ^ et sachant bien que leur séjour dans les villes mahométanes n'était pas de longue durée, se hâtaient de pressurer les begs, et les populations déjà surchargées d'impôts, les voyaient chaque jour en créer de nouveaux. Les impôts s'élevèrent à Kachgar à huit ou neuf enfilades de poul par an;* à Yarkand à dix mille environ, à K'oten à cinq mille. Joint à cela les impôts en nature ou productions du pays tels que tapis, satin, toile, lingots d'or et autres contributions extraordhiaires exigées des habitants. Les officiers et les begs se partageaient le fruit de leurs exactions : les deux dixièmes des impôts seulement étaient réservés aux gouverneurs qui, indépendants les uns des autres, éloignés d'Ui, où résidait le maréchal et par suite ne craignant ni contrôle ni surveillance, ne laissaient pas d'en prendre une part pour eux-mêmes. Les interprètes, voyant leurs supérieurs s'enrichir, voulaient agir de même, s'emi)araient de tout ce qu'ils pouvaient, cherchaient par tous les moyens possibles à gagner des richesses, ^ et, se sai-

^ Le "W" 9m pott. eul, i)oul, en arabe feh, est une monnaie de cuivre valant 1 centime et 3b millième; 55 pouls valent une teuga (en chinois H^ ;^ t'eruj ko) ou pièce d'argent de 76 centimes. Les Tounganes donnent à la monnaie chinoise le nom de K'ara poul, 2^il8 iwirs. Nous ignorons combien une j|^ minn ou enfilade ])eut valoir.

HISTOIEE DE L'INSURRECTION DES TOUNGANES. H

sissant des femmes ou filles indigènes, les traitaient comme des esclaves et se les passaient tour à tour. Les Chinois en étaient ainsi arrivés à se faire mépriser et haïr des populations; les Mahométans n'attendaient qu'une occasion pour se soulever : cette occasion ne tarda point à se présenter.

Un homme incapable, plongé dans le vice, j^ ^ Pi Tsing, était, la vingt-cinquième année du règne de ^ ]g Tçia tç'ing (1820), ts'ann tsann ou gouverneur du Turkestan : il s'était aliéné l'esprit des populations par ses vexations et ses injustices. Quelques tribus Bourouts, ^ qui avaient eu des démêlés avec lui crurent la conjoncture favorable et vinrent, au nombre de plusieurs centaines de cavaliers, faire des incursions rapides sur les frontières, espérant bien que si leurs attaques étaient couronnées de succès, nombre de Mahométans de l'intérieur se joindraient à elles. A la tête de ces Bourouts était un homme, qui méritait d'en être le chef autant par sa naissance que par ses talents, et qui allait dans

1 Les :fj[] :g ^ Pou lou t'o (les ^ ^ Po Hu ou :f|j ^ ]j|;

Pou lou tchô des anciens temi)S. Conf. T*ang chou, Annales des T'anj/; Si yu tchouann, Description de VAsie centrale) ou, comme récrivent les Mandchoux, Bourouts, sont les tribus nomades connues sous le nom de K'ara Kirghiz, Kirghiz noirs, qui errent sur les confins montagneux du territoire de Kachgar et du K*anat de K'okand. Ces Bourouts sont divisés en deux hordes : celle de l'est et celle de Touest. La première, qui comprend cinq otok ou tribus, habite au sud-ouest de la Dzongarie, au nord-est du K'anat de K'okand : elle est soumise à la Chine depuis 1758. L'autre, qui compte quinze otok, réside dans la région montagneuse située au nord de Kachgar: depuis 1769 elle est tributaire de la Chine. (Ta tainyy Cong tché; Si yu t'ou tché; voyez aussi le Voyage à Khokand de Nazarov^ traduit du russe et publié par Klaproth dans le tome premier du Magasin Asiatique,)

peu de temps contrebalancer la puissance chinoise dans le Turkestan; c'était un descendant des deux K'odjas:

Djilianguii\ * Son père, ^ tK ^ ^^ ^^^^ ^^^ ^ï® ^^ Boronitou, s'était réfugié à la mort de ce deniier, d'abord dans le Badak'chan, puis dans l'Afghanistan;* des trois fils qu'il eut, le second fut Djihaiiguir. Ce dernier, palivre et exilé, fut réduit à gagner sa vie en chantant des psaumes de tribu en tribu pendant longtemps : grâce à sa naissance il venait d'être choisi par plusieurs tribus Bourouts pour les commander. Son parti alla croissant peu à peu, et la conduite des autorités chinoises ne contribua pas peu à l'augmenter. Ainsi un chef indigène ^ M ^ Sou lami tçiu était venu annoncer à Pi Tsing les incursions des Bourouts et les indices certains d'une insurrection encore latente mais qui grondait sourdement : repoussé, chassé par les secrétaires auxquels il s'adressa, il réunit les siens et fut grossir le parti des rebelles. Cependant, malgré toutes les forces qu'il avait, Djihaiiguir n'eut pas un début heureux : battu daui^ une rencontre qu'il fit des troupes chinoises mieux disciplinées sinon plus braves que les siennes, il fut obligé de chercher son salut dans la fuite. Suivi d'une trentaine de ses partisans à peine, il put échapper aux troupes

* Le nom de ce célèbre chef matiométan est écrit S^ >fe^ Sw Tchangko-eul (lu syllabe euf rei)ré8eute le plus souvent r dans les transcriptions chinoises de mots étrangers); les Mandchoux prononcent Tsanggar. Les Anglais ont écrit ce nom Jehangir qui doit se prononcer Djihanguir. Djihanguir, (jui en persan signifie «conquérant du monde», a été le nom du célèbre fils d'Akbar qui régna à Delhi de IGOô à 1G27.

2 Les Chinois écrivent jÈfr .S Ao'hann ou ®f J^ .S Aï-vou-'haun.

qui le poursuivaient; il manqua même d'être pris en repassant la frontière : les Chinois arrivèrent à son bivouac peu après son départ et y trouvèrent ses feux flambant encore.

Pour que les causes de cette révolte ne i)arvinssent point aux oreilles de l'empereur, Pi Tsing ordonna, au milieu d'un festin qu'il donnait à Kachgar à l'occasion de la fête de la mi-automne, que les prisonniers, au nombre d'une centaine environ, dont on s'était emparé, fussent mis à mort : ce qui fut fait. Ce massacre ne lui sernt de rien : l'empereur ^ -^ Tao kouang,* qui venait de monter sur le trône, trouva le rapport de Pi Tsing diffus, ambigu, et s'étonna de ce que les causes de la rébellion n'eussent pas été expliquées. Ses soupçons naissants furent confirmés par de nombreux placets envoyés par des magistrats indigènes ou des officiers mandcboux où étaient dévoilées l'incapacité, la conduite injuste et tyrannique de Pi Tsing. Le maréchal commandant alors à ni, ]^ j^ Tçing Siang, reçut l'ordre d'aller faire une enquête minutieuse sur tout ce qui s'était passé et examiner si les plaintes étaient fondées. Dès son arrivée à Kachgar, Tçing Siang reçut de tous côtés des placet« et mémoires où l'on accusait Pi Tsing de laisser ses sul>ordonnés et ses domestiques accabler d'insultes chaque jour les begs, de se livrer à la dé-

* L'emperenr Tçia Tç'ing, en faveur de qui son père Tçienn long avait abdiqué en 1796, mourut le 2 septembre 1820; son successeur Tao Kouang, sous le régne duquel a eu lieu la première guerre européenne avec la Chine, e«t mort en 1850.

14 HISTOIRE DE L*INSIJRRECTION DES TOUNGANES.

bauclie la plus désordonnée, et à toutes sortes d'injustices et de vexations; il vérifia l'exactitude de ces accusations et adressa son rapport à l'empereur : Pi Tsing fut dégradé et appelé à Péking pour y passer en jugement. Il fut remplacé par ^ ^ Yong Tçinn, mais celui-ci, n'étant pas non plus à la hauteur du poste qui lui avait été confié, céda peu après la place à Tçing Siang ; le ministre d'état ^ ^ Tchang Lïng remplaça celui-ci comme maréchal commandant à Ili.

Sur ces entrefaites, Djihanguir, à la tête de quelques corps Bourouts, avait infesté les frontières et semé l'alarme dans les garnisons (1824 — 1825); de temps en temps, lorsqu'il était trop pressé par les troupes envoyées à sa poursuite, il amusait les autorités chinoises par des paroles de soumission ; puis, dès qu'il avait réuni quelques troupes, n recommençait la lutte. H échappait toujours aux poursuites, averti à temps de l'arrivée des troupes chinoises ou de la direction qu'elles prenaient, par les Mahométans de l'intérieur, dont la plupart lui servaient

d'espions. C'est ainsi que ^ ^ |[5 ^ ^ P^^^ ^^^ ^^ (Abdallah), oncle maternel de Tçing Siang, en qui ce dernier avait pleine confiance, servait sous main la cause des rebelles et transmettait à Djihanguir des renseignements, qui ne laissaient pas de lui êti'c utiles. Cependant que les forces des révoltés allaient croissant, un petit succès vint augmenter tout ensemble et leur audace et leur nombre. Un jour du neuvième mois (octobre 1825), le commandant Q ^ ^ Pa yenn t'ou, .averti de la présence de Djihanguir dans. les environs, franchit la

frontière et se mit à sa poursuite : il fit quarante lieues sans pouvoir le rencontrer. Il se contenta de massacrer jusqu'au dernier les femmes et les enfante d'une tribu Bourout dont le campement s'était trouvé sur sa route et, satisfait de cet exploit, reprit le même chemin par où il était venu. Le chef de la tribu, à la nouvelle de ce massacre, voulut en tirer vengeance : réunissant à la hâte deux mille des siens, il se lança à la poursuite des troupes chinoises et les atteignit dans le temps qu'elles traversaient une vallée : les Chinois, marchant à la débandade, sans observance de rang, surpris à l'improviste et combattant avec le désavantage de la position, ne se défendirent pour ainsi dire pas et furent tués jusqu'au dernier. Ce succès eut des résultate considérables : de nombreux Mahométans vinrent se joindre aux Bouroute et un corps de troupes d'Andidchan^ vint se ranger sous

1 Andidchan on Endidjan, en chinois ^r ^g jfc Ann tsi yenn, actuellement Tnne des principales villes dn R'anat de R'okand, a été la capitale de l'ancienne province de Ferghanah ; le sultan Baber a donné la description de la contrée au commencement de ses mémoires (voyez traduction française de M. Pavet de Courteille, Paris 1871, tome I, pag. 1—10); quelques détails extraits des auteurs chinois ne seront peut-être pas déplacés ici : « Sous la dynastie des 'Hann (206 avant J.-Chr. — 264 après J.-Chr.) le territoire d' Andidchan fit partie du royaume de -yc !m Ta 3mann (Im lu ici t/uann et non auarm selon le dictionnaire de K'ang chi^; sous la dynastie des Wb OueY (386—535) il fut connu sous le nom de JS^ ^ H Lo &» Rouo,

royaume de Lo na; du temps do la dynastie des ^ 8(meï (581—618) il fut connu sous le nom de ^è ff^ Po *hann; sous les ^5 T'ang (618

à 907) il fit partie du royaume de SS ^ Ning yuann. Situé h cinquante lieues au nord-ouest de Kachgar, à Test il touche aux frontières de Kachgar, au sud il touche aux Ts'ong ling, au nord il est baigné i>ar le fleuve Naryn (^9R ^ Na linn, ainsi les Chinois appellent le SyrdériaV, au nord-ouest il est limitrophe du territoire de Namanghan.> Sous le nom d' Andidchan

ir> HISTOIRE DE L'INSURRECTION DES TOUNGANES.

les drapeaux de Djihanguir. Celui-ci, se voyant à la tête de forces suffisantes, franchit la frontière et envahit le territoire des villes raahométanes ; il se rendit d'abord au tombeau des anciens K'odjas pour y faire un pèlerinage : ce mausolée, appelé Matea par les Mahométans, ^ est situé à huit lieues de Kachgar; il se compose de trois enceintes et a deux kilomètres de tour. ^ A la nouvelle de rapproche de Djihanguir, Tçing Siang ordonna au vice -gouverneur ^ j^ ^ ^ Choy eul 'ha chann et au commandant J^ *^ JlSôf Vou ling a d'aller l'attaquer avec mille hommes environ. Le combat se livra non loin du mausolée : quatre cents Mahométans y perdirent la vie; les autres parvinrent à se réfugier dans le tombeau ; la position était forte, les Mahométans auraient pu tenter une résistance vigoureuse et arrêter longtemps les efforts des assiégeante; mais, attaqués de plusieurs côtés à la fois, ils profitèrent de ce que les troupes chinoises étaient disséminées pour faire une sortie et franchir leurs lignes.

les Chinois comprennent souvent aussi le K'anat de K'okand tout entier, parce que c'est la \ille «avec laquelle ils ont le plus de relations commerciales; depuis 1759, époque à laquelle le général Tchao 'Houeï, poureuivant K'odzidchan, arriva à Andidchan, toute la contrée a été considérée comme soumise â la Chine. (Ta tamîi y ConîJ tché; Siyu Cou tché. Voyez aussi Histoire de VAaie Centrale par Mir Ahdoul Kerim Dmikhary, publiée , traduite et annotée par M. Schefer, Paris 1876.)

] Les deux mots 3^ 2EË| Ma tsa sont la transcription du mot arabe Mezar tombeau d'un saint ou d'un grand personnage que l'on visite en pèlerinage. Le Mezar le plus célèbre de la Kachgario est celui de Hazreti Afaq mort en 1693.

* Les Chinois comptent les distAuces par H ou dixième de nos lieues. Dans le cours de notre traduction nous n'entendrons i)arler que de lieues françaises.

Djîhangiiir, ainsi échappé, réunit les débris de son année, puis, recevant un secours de dix mille hommes environ, se porta de nouveau hardiment en avant. Les Chinois, trop inférieurs en nombre pour résister, abandonnèrent les postes-frontières et se replièrent sur Kachgar. Tçing Siang établit trois camps autour de cette ville et en donna le commandement à Vou ling a et à ^ ^ ^ ^ Mou k'o teng pou; mais, au lieu d'attendre les insurgés de pied ferme, il commit la faute d'aller à leur rencontre et de leur livrer bataille. Le combat eut lieu sur les bords de la rivière ^ 'Hounn : Tçing Siang périt dans l'action avec un grand nombre des siens. Les survivants, coupés dans leur reti-aite par les vainqueurs, ne purent rentrer à Kachgar ; sept cents des leurs purent seulement s'enfuir à Aksou.

Tout victorieux qu'il fut, Djihanguir craignit que les troupes en garnison dans le T'ienn chann peï lou ne fussent rapidement réunies et envoyées au secours de Kachgar : il songea à se procurer des alliés et dépêcha un émissaire pour signer un traité d'alliance offensive et défensive avec le K'an de Kokand. Les troupes de Kokand et surtout celles d'Andidchan sont réputées les plus braves et les plus courageuses des troupes mahométanes; à tel point que l'on dit en proverbe: «Un seul guerrier d'Andidchan vaut cent soldats mahométans».* Ce devait donc être un grand secours pour Djihanguir, s'il pouvait attirer le K'an dans son parti.

Son émissaire réussit dans sa mission an -delà de toute espérance et conclut avec le K'an un traité aux termes duquel ce dernier promettait un secours actif aux insurgés, à la condition de garder les enfants et les filles que Ton prendrait dans les villes, et de recevoir en cession la ville de Kachgar et son territoire. En conséquence de ce traité le K'an de Kokand arriva au camp de Djihanguir durant le septième mois (août) à la tête de dix mille hommes. Djihanguir, qui avait appris par ses espions que Kachgar ne serait pas secourue, s'était repenti d'avoir signé le traité : il ne voulut \ïSLH remplir les conditions y insérées. Le K'an, outré d'un tel manque de foi, ordoima à ses troupes d'attaquer la ville ; l'assaut n'ayant pas réussi, il craignit que les troupes insurgées ne lui coupassent la retraite et qu'il neut ainsi à combattre des ennemis de deux côtés, en conséquence il se retira avec ses troupes durant la nuit. Djihanguir, apprenant cette retraite, dépécha des émissaires pour tâcher à faire revenir quehiuesuns des corps Kokandiens : deux ou trois mille hommes environ reçurent faire cause commune avec l'insurrection: le descendant des K'odjas en fit sa garde d'honneur.

Incontinent après, le 20 du huitième mois (septembre), Kachgar, attaquée par des forces supérieures, n'ayant plus d'esjmir d'être secourue à temps, se rendit aux insurgés; et en peu de temps Yenghi Hissar, Yarkand, K'oten, tombèrent également au jwuvoir de Djihanguir.

HISTOIRE DE L'rSSlIREECTlOX PE^ TVM-NGASE?. 19

Le temiOTe des qiutre ville;^ Je r<me$i êtaîi dvHH* j^nlu pi>«r les Cbînofcîw"

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PrrpanEti/4 <fmme ftampa^r^f a^mw^fil*, — Ar** df Tcàtâm^ Jmjt, — /.^ .Va.k*-

A la nouvelle des sncces de pins en plus eonsîdênibles qne remportait rinsnrrection, renii>erenr Tao kouan^

> Le» C1iiiMkî$ apftelknt |^ DPR 'U^ Si ï^seo trb*oii^. Ie$ quain^ villes de l'ouest, le» cîtt^ di- KacIkTar. Yen^ Hb$ar. Y«rkaD«i et K\»ten. K;ieh^r« en chÎDOî» P^ 4^ fS ^S K';i cbê ko «*aL U e^^^nde du ixA-^nuK^ de j^ B[ Sou lo de rêjii^ue tie» 'Habu vi^yei r«()|)(^ndîee IV , est :fiituèe à quatre-TÎn^-donze lieue» au $ud-oue»t d\>uebè : elle etMuv^e 6<V41S habitant»; c'est la Tille la |ilu5 |)opuleu5e et la (4u» im^Kwrtante du Turke»tan. La ganiis«.>n ne compte que 9r»9 lK>iuuii^ à »aviMr :k>4 fantassins et cavalier» mandcbttux sons le» tftrdre» d'un Tsann lin^ ou chef de liatailKni. et Ciô fantassins et cavalier» chinois sous un Tsann tsian^ ou ct^lom'l. S>us le règne de K'an^ chi. Rachsar fut le quartier panerai du K'odia Inm^nitou.

Yenîrhi Hissar. ^ "^ ^^ ^S Yn^ tçi cha eul ou ^ ^L Ë| ^S Yn^ ko sa eul, est une p^*tite ville situ«>e à mi-chemin de Kach;^ et de Yarkand, il s'y trouve une garnison de :îSo hommt^ 8i> niandclunix et SOO chinois.

Yarkand. ^^ ^S 4^ Yé eul tçiang, est à cinquante lieues au sud-est

de Kacbsfar. C'est le ^^ ^[ B| Cha t^iu kouo, f\\vaume de Oha t^^iu, des 'Hann. Les Chinois ne la ci>unaissiMit sous le m>m de Yarkand que depuis la dyn;istie des Min«î: 1308 — U»44 . Ia*s indipMies lui donnent le nom de lE |S ^^ ^ Yerkiui. La ville, bâtie sur une ênùnenoe, a une assiette très forte; les mes en sont tortuensi^s, les uiaisi^ns nonihnMist\s mppnKhées les unes des antrt^s; elle a une lieue envinm «le tour. I-a garnison est de 891 hommes : 211 Mandchoux sous un tso liiig ou capitaine» 680 Chinois sons un foug tsian ou lieutenant-colonel. I^ priuci|>ale pnv

ordonna ^ ^ ^^ Yang Yu-tch'ounn, alors vice-roi par intérim du Chânn kanii * de se mettre, avec le titre de commissaire impérial, à la tête des cinq mille hommes cantonnés dans la vice-royauté, d'aller à marches forcées

duction de la contrée est le jade dont on trouve des blocs dans la rivière (le Yarkand déria); les morceaux ont différentes ^osseurs depuis celle d'un boisseau T-^ j jusqu'à celle du poing ou d'une prune; il y en a qui pèsent jusqu'à trois et quatre cents tçinn (livres chinoises), les couleurs en sont variées : il y en a de blanc comme la neige, de jaune comme la cire, rouge de cinabre, noir d'encre, vert de saphir. Le coton et la toile sont des objets d'exportation.

La quatrième des quatre villes de l'ouest est 5ftl ffî 'Ho tienn, l'ancienne -r WB Yu tienn dont-il est parlé dans le Ta*ienn *Hann chou ou Annales des 'Hann antérieurs; ce nom est écrit quelquefois ^ BH Yu tienn, ^ Yu signifiant jade, sans doute par allusion à cette pierre précieuse, l'une des principales productions de la contrée; ^B K| J3, PU5 Tçiu sa tann na est la transcription de son nom sanscrit Koust^na, mamelle de la terre. Sur les cartes publiées récemment en Chine et au Japon elle porte le nom de >^ £ ^ I li tsi ou |g || ^ H tsi (litchi) qui est le véritable nom de la capitale de la contrée appelée K'oten. La population de K'oten s'élève à 44.603 habitants; la garnison n'est que de 232 soldats chinois et mandchoux commandés par un Tou sseu ou major. On trouve dans la contrée du millet, du chanvre, des mûriers, des troupeaux de mulets et de chameaux. Le jade de K'oten est réputé le plus beau et par suite le plus estimé : il en est déjà fait mention dans le ^^ g^ Ché tçi ou Mémoires historiques de 3 ^ ^^ Sseu ma Tç *ienn. On y trouve aussi de l'or. (Voyez Tal8*ing y t*ong tché et Siyu Cou tché; le voyage à Péking de Timkouski dout le tableau du Turkestan est traduit du ffi ^^ M >M« ^^ ^'^ ^^ ouenn tçtenn lou / Résumé de ce qid a été vu et appris de l'Asie centrale, par l'officier mandchou J^ -4-* — Ts'i ché y. Voyez en outre le Report of a mission to Yarkand by Forsyth, Iligh Tar- ^ry ^y Shaw, les Notices sur les pays et les peuples étrangers de M. StHuislas Julien dans le Joumal Asiatique, Août-septembre 1846, et Abel Rémusat, Histoire de Khotan.

' La vice-royauté du [&)^ "tt* Chànn kann comprend les deux provinces chinoises du [âfe ^ Chânn si (que l'on écrit ordinairement Chenn si, encore que l'on prononce Chann, ])out distinguer cette province de celle du NI ^^ Chann si qui se prononce de même) et du "tt' '^Ê Kann sou.

à 'Hamî ^ se réunir aux troupes qui s'y trouvaient et de là marcher en avant. En même temps il nommait ^ lij Ao chann, alors gouverneur par intérim du |^ jg Chânn si, vice-roi du Chânn kann par intérim, et enjoignit à j^ i^ Lou k'ouann, gouverneur par intérim du Chânn si de se rendre à j^ ^ Sou tchéou, ^ pour y préparer les subsistances nécessaires à l'armée pendant la campagne qui allait gi'ouvrir.

C'était témérité que d'enti'eprendre avec si peu de troupes une campagne difficile contre un ennemi supérieur en nombre et rendu plus entre])renant par ses victoires. L'empereur Tao kouang qui en traçait le plan du fonds de son palais ne pouvait être au courant des obstacles nombreux dont la route était semée ; heureusement que le maréchal commandant à Ili, Tchang ling, homme d'Etat remarquable, avait déjà résidé pendant longtemps dans le Turkestan et était rompu aux aifaires mahométanes : connaissant parfaitement le champ clos où la lutte allait s'engager, il adressa un mémoire à

* L'importante ville de K'amil ou 0^ ^ 'Hami est située à l'extrémité orientale des Monts Célestes. C'est l'ancienne ^ ^ J^ Y ou lou. Elle forme deux villes : la vieille et la nouvelle. La première, réparée en 1717, est située au milieu d'une plaine et a deux kilomètres environ de tour; les maisons y sont bâties de terre. La seconde, construite en 1727, n'a pas cinq cents mètres de circonférence : c'est dans cette dernière que résident les autorités chinoises et la garnison qui se compose de 800 hommes, tant chinois que mandchou x.

2 Sou tchéou, la Siccui de Marco Polo (v. Pauthier, édit. de Marco Polo, p. 163), est une ville départementale de la province du Kann sou, située sur la route qui mène du Turkestan en Chine, elle est un grand entrepôt de commerce, un vaste emporium.

l'empereur sur la conduite à tenir en ces conjonctures: c Toute la contrée est en feu,v y disait-il, «tous lefe Mahométans sont en mouvement. Kachgar, qui est devenue le quartier général des insurgés, est à deux cents lieues d'Aksou et la route qui relie ces deux villes, ayant à traverser une grande partie du désert de Gobi, offre de sérieux dangers. Ce n'est pas avec les six mille hommes cantonnés à Hi ou à Ouroumtsi ^ que Ton pourra triompher des insurgés et leur reprendre les villes tombées en leur })ouvoir. Il n'est qu'un seul moyen, c'est d'agir avec des forces supérieures : il faut envoyer le plus tôt possible quarante mille hommes : avec quinze mille on gardera les villes ou bourgs où seront les dépôts de subsistances et de munitions, tandis qu'avec les vingt-cinq mille autres on marchera en avant.»

Tao kouaug vit bien que Tchang ling était le seul homme capable de diriger les opérations : il le nomma général en chef. En même temps il ordonnait à Vou ling a, gouverneur de la province du Chann tong, de prendre le commandement de trois mille cavaliergr des provinces mandchoues de "^ jj^ Girin et de |^ f| >i. 'HeY long tçiang et d'aller opérer sa jonction avec Yaug Yu-tch'ounn sons les murs d'Aksou. Tous les préparatifs de la campagne furent faits ave(* soin et diligence

^ Ouroumtsi Çj^ î@ -^ ^R Ou lou mou tsi), dout le uom chiuois

^^* JE 'fli îH^ ^^ '^^^"* tchéou, le ;j(^ J^ Peï t'iuè de la dyuastie des T*ang, le Bichbalik du moyen îi^e, est une ville importante située dans le T'ienn chann peï lou, au nord de Pidehan. (''est là (|ue passe la grande route qui mène à Ili; un ^ )^ 'l'on t*(mg ou général, i)lacé sous le commandement du Maréchal d'ili, y réside.

sur les avis de l'empereur lui-même : Tao kouang veilla à tout. D'après ses ordres, l'intendant général^ traça sur des cartes les routes que les troupes devaient suivre, les étapes qu'elles devaient faire, les endroits où elles devaient faire halte. Le même soin fut apporté aux subsistances : on avait d'abord commencé à rassembler à Sou tchéou des vivres et des munitions qui, de là, par la route qui passe par Tçia yu kouann^ et mène à 'Hami, auraient été transportées en cette dernière ville; mais on jugea ensuite avec raison que Sou tchéou était beaucoup trop éloignée du théâtre des opérations. En conséquence on décida de faire transporter à Aksou les vivres rassemblés à Ouroumtsi et les grains achetés à Ili; l'on économisait de cette façon plus de la moitié du temps qu'il aurait fallu pour les faire venir de Chine même. Quant aux armes et aux munitions elles furent transportées par la route septentrionale d'Ouroumtsi, à travers les ^^ ^ Ping ling (Monts de Glace). ^ Des

ïâ ^^ ^ ^^'"^ ^" kouann, la passe ou poste-frontière de la Belle vallée, qui dépend de Sou tchéou (vide suprà), est située dans la partie occidentale de la province du Kann sou et constitue l'une des principales portes du "S S^ -^ ^|^ Ouann li tch'ang tch'eng, k long mur de dix mille li ou Grande muraille, du côté de l'ouest.

3 Pin^ ling signifie proprement passage de montagne couvert de glace, en mongol musun dahaghan. Ce passage a dix lieues de longueur; il est formé de blocs de glace entremêlés de larges rochers; lorsque la glace se fend et s'entr'ouvre, on aperçoit des abîmes sans fond. On ne peut gravir la montagne qu'avec des échelles que l'on est obligé de transporter avec soi d'un endroit à un autre. Hiver comme été on ne voit que monceaux de neige; on n'y rencontre ni oiseaux, ni quadrupèdes; on n'y trouve ni plantes ni arbres. (Sinn içiang tché lio. Livre I.)

pièces (le raoïinaies furent fondues avec le cuivre extrait des montagnes. Plusieurs milliers de chameaux, vingt mille chevaux, trois mille dromadaires offerts en tribut par les princes mongols furent rassemblés dans les établissements coloniaux d'Ouliyasoutaï * et d'Ili, afin de les avoir sous la main si besoin était. Enfin, poiu* augmenter encore le contingent de l'armée, on demanda à Tempereur l'autorisation de choisir deux mille hommes parmi la population flottante et les exilés des provinces du p3 )\\ Sseu tch'ouann et du ^ ^ 'Hou nann, dont la plupart, ayant fait partie de la garde nationale ou milice bourgeoise, étaient déjà accoutumés au métier des armes.

En ce temps les Mahométans, maîtres des quatre villes de l'ouest, se livraient à toutes sortes de désordres et mettaient le pays à feu et à sang. Poursuivant leurs heureux succès, ils s'avancèrent graduellement 'vers le nord : les corps de troupes qu'ils rencontrèrent furent massacrés; les populations des villes et villages situés sur leur route furent passées au fil de l'épée. Ils arrivèrent ainsi jusqu'aux bords de la rivière ^ El ff 'Hounn pa ché (K'ounbach), à huit lieues à peine d'Aksou. A l'avis de leur approche, cette ville, en même temps qu'Ouché et Koutché, se prépara à une

^ é^ =^ 3iË ^^ ^t ^" ^^ y^ ®^" ^^*^' située dans le territoire de la tribu mongole des P§ ^ P§ ^ ^ ^ ^ ^î»" Noin Kalkas, est

la capitale du ^ ^ ^ Kobdo. C'est le tsiêge du ^ ^ ^fe SlI H& ^S 'Ping pienn tso fou tsiang tçiunn ou sous -maréchal ganlien des marches (ou frontière»), le gouverneur militaire de la contrée.

résistance vigoureuse. Le gouvenieur d'Aksou Tchang Tsing, tenta d'arrêter la marche des insurgés: la bataille fut livrée à, ^ ^ Tou tsi et perdue par les Chinois. A la suite de ce succès les troupes de Djihanguir occupèrent les deux rives de la rivière : déjà elles n'étaient plus qu'à une lieue d'Aksou. Encore qu'il y eut seulement dans cette ville une garnison inférieure à mille hommes, deux cents en furent de nouveau détachés pour arrêter momentanément les ennemis. Durant le huitième mois (septembre) cinq ou six mille soldats de Yarkand furent défaits par les troupes chinoises et dans le même temps des secours arrivèrent à propos de Koutché sous le commandement de ^ i^ ^ Ta ling a, et de K'arachar sous El 0^* ^ Pa 'ha pou. Ces généraux secoururent d'abord Aksou, puis, divisant leurs troupes, coururent au secours d'Ouché assiégée; un combat eut lieu sous les murs de cette ville : il tourna à l'avantage des Chinois; trois cents Mahométans y perdirent la vie; les autres prirent la fuite. Mais, alors que l'on croyait leur troupe en déroute, ils se reformèrent en plusieurs corps, traversèrent la rivière en amont pendant la nuit et vinrent ravager les environs de la ville.

Tchang tsing envoya contre eux une centaine de cavaliers : les chevaux, galopant sur le sable, faisaient voler autour d'eux des tourbillons de poussière et faisaient un bruit épouvantable. Les ennemis, croyant qu*un corps considérable de troupes marchait contre eux, se retirèrent sur la rive méridionale de la rivière:

Les Cliinois traversèrent celle-ci après eux, mais à la me (le troupes considérables qui s'avançaient, ils se retranchèrent en un camp. Deux fois les Mabométans attaquèrent les retranchements, deux fois ils furent repousses. Ils se décidèrent alors à rester en observation en face des troupes chinoises sans oser désormais s'aventurer sur la rive septentrionale. Dans ces différents combats ils perdirent onze cents des leurs qui périi-ent dans l'action ou auxquels les vainqueurs tranchèrent la tête.

L'armée chinoise qui, à l'origine, était de beaucoup inférieure à celle des insurgés, reçut de temps à autre des renforts, et vers le dixième mois (novembre) elle présenta un effectif de dix mille hommes, établis à Aksou et dans les environs. Les Mabométans n'en étaient pas loin : ils occupaient ^vj j^ i^ eul p'ing, (Orping) à trente lieues d'Aksou, endroit par lequel passait la route que les Chinois devaient prendre. Là se trouvent des collines, obstacles naturels, défendues par les insurgés, et qui ne semblaient ne pouvoir être enlevées qu'avec difficulté : le général ^ ^ Yang fang, détaché avec ciuelques troupes réussit cependant à s'en emparer et à s'y maintenir.

A peu près dans le même temps le beg de K'oten, ayant pu réunir deux mille des siens, s'empara tout d'un COU]) du gouvenieur mahométan qui y commandait et le livra pieds et poings liés aux Chinois; il rendit en même temps à ces derniers le sceau de l'ancien gouverneur chinois. 11 pourrait sembler étrange dès l'abord

que les Mahométaiis de K'oteii, unis aux insurgés par la religion, rintérêt, l'amour de rindépendanee, se eonduisissent ainsi à l'égard de leurs compatriotes. C'est que le beg de K'oten et les habitants de cette ville étaient des Mahométans à turbans noirs, tandis que Djihanguir et ses partisans étaient des Mahométans à turbans blancs;' et l'on sait quelle rivalité existe entre ces Mahométans, quelles querelles, quelles luttes incessantes ont lieu entre eux. A Torigine les Mahométans de K'oten avaient embrassé avec ardeur la cause de Djihanguir encore qu'ils ne portassent point la même couleur que lui; mais, voyant renaître bientôt entre eux et ses partisans des querelles continuelles, subissant avec peine la tyrannie de Djihanguir, ils voulaient se rejeter entre les bras des Chinois. Le beg d'Aksou

* Il serait i)Out-êtrê luidunlé de prêteodre que ces apiK^llations de ou ^ [ôl Maliométauâ uoirs ou blancs, S ou â ibn [^ Mabométans à turbaus noirs ou blancs sont des vestiges des deux grandes tribus turques les Kara Koinlon et les Ak Koinlou ou tribus du Mouton noir et du Mouton blanc, noms qu\*lles prenaient parce que leur étendard était orné tle la figure de ces animaux ivoy. Malcolm, Uiêtoire de la Ferttj trad. frany. chap. XIII, tin . Nous croyons plutôt que ce sont là des restes de la querelle qui s'éleva entre la maison d'Abbas et l'imposteur Mocanna. Les sectateurs de ce dernier, qui se soulevèrent dans le Khorassan contre le Khalife Medhy, affectèrent en effet de porter des vêtements et des turbans blancs pour se distiniruer de ceux qui obéissaient au Khalife, dont la coideur, aussi bien que celle de tous les Abbasides, était le noir 'voyez D'Herbelot, BiU. Oriental, tub toce Mohaiedhoun ; et une savante note de Silvestre de Sacy, ChresCmnathie Arabe, trad. tome I. p. 49. note AS; cf. également Gust. Weil, Oeschichte der Ckali/enj Mannheim, 1846 — ôl, tome II, p. 216, à la note.

Nous avons dans le @f .£. T'awJ chou ou Annales des T'ang, un texte chinois sur ces faits : il a été traduit et annoté par M. Bretschneider diuis son opuscule On the Knowledge po99e»*ed by the ancient Chmese cf the

28 HISTOIRE DE LINSURRECTION DES TOUNGANE8.

'^ ^ ^ I sa k'o (Isaac) se hâta d'envoyer des émissaires à K'oten pour entretenir les habitants dans ces dispositions et les ramener tout à fait à la cause chinoise; il engagea même le général chinois à envoyer des troupes pour reprendre possession de la ville. Malheureusement l'hiver était venu et les neiges qui couvraient les pays montagneux par oîi devaient passer les troupes, empêcha celles-ci çle se porter sur K oten ; les Mahométans à turbans blancs, avertis de ce qui se passait, profitèrent de ce que le beg de K'oten était livré à ses propres forces pour revenir en nombre et occuper de nouveau la ville : l'occasion fut donc perdue pour les Chinois.

Campagne de 1821. — Avis de Tchang llng. — Marche des Chinois en avant. — Batailles de Yangabat, de Chàboudouv, d!Aouabat; marche sur Kachgar; combat smis cette ville. — Si^ge de Kachgar qui tombe aux mains des Chinois. — DJihanguir échappé erre parmi les Bourouts. — Prises de Yenghi Hissar, Yarkand et K^oten par les Chinois.

Au printemps de la septième année (1827) Tchang ling adressa un rapport à l'empereur Tao kouang, lui faisant part de tout ce qui s'était passé jusqu'alors.

Arabi and Arabian CoUmies, p. 9, auquel n©U8 renvoyons pour plus de détails. Il y est fait mention de ijfr :^ tt Po si linn fAbou Mouslim) qui,

prenant les armes contre tI^ ifâ. Mo'houann (Merwan II), onlonna à ses

partisans do se vêtir de noir jffi ^ :^ ^ ^ S ûjj. Élu roi, B^ i^ ^S M^ A po lo pa (Aboul Abas) conserva la couleur noire comme

Tac kouang traça k plan de la nouvelle campagne qui allait commencer : Farmée devait se diviser en deux corps; l'un, le corps principal, devait passer par la route du centre (qui mène d'Aksou à Kachgar) et s'avancer à la rencontre des ennemis; l'autre, destiné à jouer le rôle d'éclaireur, devait traverser les stepi)es d'Ouché et en sortir non loin de Kachgar pour couper la retraite aux insurgés que le premier corps aurait refoulés devant soi; des garnisons devaient rester dans les principales villes. Tchang ling fit à ce i)lan de judicieuses observations : «Au-delà des postes-frontières du territoire d'Ouclié, dit-il dans un mémoire, jusqu'à la montagne Q j^ ^ Pa eul tch'ang (Hartehang) la contrée, hérissée de collines, coupée par le désert de Gobi sur une étendue de plusieurs dizaines de lieues, présente de grands dangers ; de plus la moitié au moins des tribus Bourouts dont il faut traverser le territoire sont excitées sous main à la résistance par les insurgés : ce n'est pas avec une armée aussi i)eu noml)reuHe qu'est la nôtre que nous pourrions nous avancer au cœur du pays. En effet, si on laisse quatre mille hommes de troupes régulières à Aksou, autant à Ouché, cinq cents environ à Koutché, il ne restera, en ne comptant pas les cinq mille hommes des provinces du Shcîu

celle de son parti, et les Arabes qni jns(}u'alors avaient (*Ui appMn h'n Q ;^ "tr "^ Po y Ta ché, les Ta ché (Arabesj aux viîti'inentM blancN, furent dés lors appelés SB ;^ -tr -^ 'Ileï y Ta ché, Arabiîs aux \i'U'.-

ments n<Ar. . ^ ^^ ^ ^ ^ Z ^ ^ i^ ^ Û ^ ^.

tch'oiiann et du Yunn nann qui ne sont pas encore arrivés, que vingt deux mille fantassins et cavaliers pour tenir la campagne ; si, de plus, on divise cette petite armée en deux corps qui seront éloignés l'un de l'autre de vingt journées de marche environ et n'auront par suite que fort difficilement de leurs nouvelles réciproques, comment peut-on espérer tenniner heureusement la guerre? joint que Djihanguir a réuni à Kachgar de grandes forces, cent mille hommes au moins. Si donc l'on n'a pas une seule grande année pour agir par la route centrale et marcher directement sur Kachgar, il sera difficile de ne pas éprouver un échec. En outre, comme il est à craindre que les insurgés, une fois battus, ne cherchent à s'enfuir sur le territoire des tribus voisines, il faut ordonner secrètement aux Mahométans à turbans noirs d'aller à Kachgar les en empêcher.»

L'avis de Tchang ling fut suivi et le 6 du deuxième mois (mars) l'armée chinoise entra en campagne; le 14 elle arrivait à Q f^ ^ Pa eul t(*h'ou (Bartchouk)^ où la route se divise : l'une des routes conduit à Kachgar, l'autre à Yai*kand. Comme ce point stratégique était d'une grande importance soit pour servir d'appui à l'ar-

* A Bartchouk la route se divise en deux branches : l'une suit le cours du Kachgar déria qui porte dans cette partie de son cours le nom d'Oulan ousou 'ho ou Rivière rouge. (l\ faudrait dire (hilan ousou ou Oulan *ho, puisque owau en mongol et 7io en chinois signifient tous deux rivikre. Chdan en 'houeï ou turc oriental signifie ronfie\ h; nom chinois de cette partie du Kachgar déria est *J] 'JJC 'hong choueï, eau rouge, traduction exacte d'Oulan ousou). Cette route, qui jwrte le nom de Chou ono tseu tao, se dirige vers l'ouest et mène à Kachgar. L'autre branche se dirige vers le sud-est et conduit à Yarkand {Sinn tçianjjf tché lio, livre I).

HISTOIRE DE L7NSURKECTI0N DES T0UNGANE8. 31

mée, soit pour assurer ses communications avec le reste du Turkestan, soit enfin pour couvrir ses derrières, il y fut laissé trois mille hommes en garnison. Le 22 Tannée arriva à 3^ |f^ 3^ Ta 'ho k'ouaï.

Durant toute cette marche nul ennemi ne fut rencontré. On ne voyait qu'un pays dévasté et ne pouvant offrir aucunes subsistances aux troupes; celles-ci, les vivres qu'elles avaient emportées une fois épuisées, en furent réduites à manger leurs chameaux affaiblis par la marche ou leurs chevaux amaigris par les privations. Cet état de choses menaçait de durer encore longtemps : on en vint à craindre que les Mahométans, inutilement poursuivis, ne fissent retirer les populations à mesure que l'armée chinoise approchait, en laissant seulement dans les places des garnisons suffisantes pour les défendre, et ne dévastassent la contrée pour affamer leurs ennemis. A chaque instant les Chinois espéraient rencontrer les insurgés, car ils pensaient bien s'emparer après le combat de leurs provisions et de leurs vivres.

Dans la nuit du 22 le camp chinois fut soudainement attaqué par trois mille insurgés envh'on : ceux-ci furent repoussés avec pertes, mais ne se tinrent pas pour battus. Une première attaque ayant échoué, ils voulurent tenter de faire périr les Chinois sous les eaux ou du moins mettre obstacle à leur marche en faisant déborder une rivière voisine* : la route était devenue impraticable; il fallut que les Chinois déposassent leurs armes

1 Sans doute le Oulan ousou dont nous venons de parler.

et se missent à creuser des canaux pour faire écouler les eaux. Cette attaque ne réussit pas mieux que la première : ce que voyant les Maliométans se retirèrent. L'armée chinoise reprit sa marclie et arriva bientôt à 7^ P^ El 4^ Yang a pa t'o : à cet endroit le désert s'aplanit et s'élargit, mais une chaîne de collines barre la route ; vingt mille insurgés y étaient mngés en batiiille, occupant les hauteurs sur une étendue de plusieurs kilomètres environ.

L'armée chinoise fit ses dispositions pour attaquer : Tchang ling et Yang Yu tch'ounn prirent le commandement du centime; Vou ling a se plaça à l'aile gauche, Yang fang à l'aile droite; le combat commença dans cet ordre. Les Mahométuns, qui avaient l'avantage de la position, opposèrent une vigoureuse résistance, mais, obligés bientôt de céder devant la ténacité et l'ardeur des troupes chinoises, ils lâchèrent pied et prirent la fuite : une partie se réfugia dans les villages et hameaux voisins; l'autre s'enfuit vers le sud. La prise et le massacre de ce dernier corps, les bêtes de somme, le bétail, les grains et provisions de toutes sortes dont les vaniqueurs s'emparèrent et qui dédommagèrent amplement les soldats des fatigues et des privations qu'ils avaient jusque là essuyées, telles furent les marques de la victoire.

Les Chinois, animés d'une ardeur nouvelle, marchèrent de nouveau en avant : le 25 ils atteignaient la ville mahométane de fel^^ ^ ^ f^ Cha pou ton eul (Chaboudour). L'assiette de cette ville où s'étaient réfugiés un

grand nombre de Mahométans, était telle : tout à Tentour éta^ient des lacs et des marais; la ville elle-même était entourée d'une ceinture de bosquets et de jardins. Les insurgés avaient fait déborder les lacs de façon à rendre le terrain boueux et marécageux et à empêcher ainsi les mouvements de la cavalerie chinoise; une partie des leurs s'était rangée en bataille derrière un canal; l'autre s'était cachée en embuscade derrière la ville de façon à n'être pas tournée. Dès l'abord les troupes tentèrent, à travers mille dangers, de traverser le canal : un combat sanglant se livra sur ses bords. Pendant cette attaque des troupes de cavalerie s'étaient avancées sur les ailes gauche et droite des insurgés et, traversant le canal en des endroits peu profonds, avaient fondu sur les lignes ennemies. A ce moment même les poudrières du camp mahométan prirent feu et sautèrent; les Chinois, profitant du trouble que cette explosion occasionna dans les rangs des insurgés, tombèrent sur eux avec vigueur, les mirent en pleine déroute et poursuiyirent les fuyards pendant longtemps. Des drapeaux, des tambours tombèrent en quantité entre les mains des vainqueurs et plus de dix mille insurgés, faits prisonniers, furent passés par les armes.

Les rebelles placés en embuscade dans les bois derrière la ville en furent débusqués et les secours qui* leur arrivaient par le pont jeté sur une rivière qui le contourne furent également défaits. A l'endroit où eut lieu ce dernier combat, la route, bordée d'un côté par la rivière, de l'autre par des hauteurs, est de plus en-

caissée par d'épais bosquet^. Les généraux chinois, craignant que ce lieu ne celât une embuscade, laissèrent un corps de troupes en observation pr.ès du pont. L'armée côtoya la rive méridionale en continuant sa marche.

Cependant les Mahométans, quoique battus en plusieurs rencontres, n'en étaient pas pour cela complètement défaits; toujours vaincus, ils étaient toujours à vaincre. Divers corps de troupes, échappés des défaites précédentes et formant un effectif de dix mille hommes environ, s'étaient établis à p^ ^ Q ^ A oua pa t'o (Aouabaf ), ville située sur une hauteur et adossée à une rivière. L'armée chinoise, en marche sur cette ville, n'en était plus qu'à. cinq lieues environ lorsque tout d'un coup elle vit paraître, s'enfuyant dans la campagne, des troupeaux affolés de bœufs et de moutons; le général, dont les éclaîreurs avaient annoncé la proximité de l'ennemi, craignant que ce ne fut un piège tendu par les insurgés, défendit à ses soldats de se saisir de quoi que ce soit et de quitter leur rangs pour se mettre à la poursuite de qui que ce fût. Il fit arrêter son armée à une lieue des Mahométans et établit son camp dans une bonne position ; puis, dans la nuit, il envoya cinq cents cavaliers de la province mandchoue de Girin reconnaître les chemins sur la droite et , la gauche et arriver le jour suivant sur lés derrières de l'ennemi.

Le lendemain, l'armée se rangea en bataille, en face de la position occupée par les insurgés, les fantassins des provinces du Sseu tch'ouann et du Chann si formant le centre, et la cavalerie se développant sur les deux ailes :

le combat s'engagea ainsi. Les insurgés, attaqués, simulèrent de fuir, voulant attirer les Chinois à leur poursuite et dans le dessein, dès qu'ils seraient parvenus sur les hauteurs, de faire tout d'un coup volte-face, de tomber sur eux et les rejeter en bas; mais les Chinois ne s'y laissèrent pas prendre : ils firent pleuvoir sur les retranchements ennemis une grêle de mitraille; puis une nuée de soldats vêtus de peaux de tigres et portant des boucliers d'osier \ s'élança avec bravoure et fondit sur les retranchements. Les chevaux des Mahométans, effrayés par ce costume tout nouveau pour eux, saisis de crainte, jetèrent le trouble dans les lignes; celles-ci commençaient à flotter quand survinrent les Mahométans qui s'étaient cachés derrière la ville, accourant au secours des leurs ; lors s'engagea une lutte terrible. Au milieu du fort de l'action la cavalerie mandchoue envoyée la nuit dernière apparut tout d'un coup sur les derrières des insurgés: elle tomba soudainement sur les Mahométans qui commençaient à lâcher pied : à cette attaque tout prit la faite, ce fut une déroute complète. La moitié au moins de l'armée insurgée resta sur le champ de bataille, ou, tombée aux mains des Chinois, fut massacrée après l'action. Deux généraux de la ville d'Andidchan demeurèrent sur la place. Les vainqueurs poursuivirent les fuyards jusqu'à la rivière 7^ ^ îl| Yang ta ma (Yandam), à dix-huit lieues de Kachgar, et le lendemain l'armée chinoise arri-

* ^K ]k -^ 1^ Z^ . Ce sont ces soldats que les Européens ont appelé dés tigreê,

vait sur la rive septentrionale de la rivière 'Hounn : elle n'était plus qu'à quelques kilomètres de Kachgar.

A la nouvelle de sou approche, les troupes mahométanes s'établirent solidement tant dans la ville même que dans les environs : elles élevèrent des retranchements qu'elles percèrent de meurtrières pour pouvoir y placer du canon, et, à leur abri, se rangèrent en lignes parallèles occupant une étendue de terrain de deux lieues environ; leur nombre s'élevait à cent mille hommes. Ces troupes, sans doute pour effrayer leurs adversaires, ne cessaient de battre du tambour et sonner la trompette : le bruit en remplissait l'air.

La nuit venue, le général chinois détacha quelques soldats déterminés, avec la mission d'aller inquiéter les ennemis et les tenir en éveil jusqu'au matin par de fausses attaques. Pendant la nuit* le vent du sud-ouest s'éleva, agitant les arbres, soulevant des tourbillons de poussière, à tel point que le ciel en était obscurci. Tchang ling, considérant le petit nombre des siens, et craignant que les insurgés ne profitassent de l'obscurité pour entourer son armée, voulait que l'on se retirât à quelque distance et que l'on se retranchât solidement dans une bonne position. Yang Yu-tch'ounn, appelé au conseil, fit des objections à ce plan; il fit valoir qu'au milieu de l'obscurité les Mahoraétans ne pourraient discerner le petit nombre de leurs ennemis; qu'il fallait plutôt se hâter de saisir cette occasion et de profiter de la nuit pour attaquer. De plus, ajouta-t-il, une armée offensive, entourée d'ennemis comme la nôtre, n'est bonne qu'à

porter des coups rapides et décisifs et non à rester longtemps dans l'inaction. Son avis prévalut ; en conséquence on détacha mille cavaliers naandchoux qui durent faire un détour, et aller tenter le passage de la rivière de Kachgar en aval, de façon à attirer de ce côté une partie des forces insurgées ; Yang Yu-tch' ounn lui-même , à la tête de ses troupes, effectua son passage en amont: Favant-garde, composée de soldats armés d'arquebuses, fit pleuvoir sur les ennemis une grêle de projectiles: le crépitement de la fusillade ne le cédait pas au bruit des rafales de vent; le trouble se mit bientôt dans les rangs ennemis. Au point du jour le vent cessa tout d'un coup et l'obscurité se dissipa : les Chinois, déjà presque tous passés, profitèrent de cette éclaircie et de l'indécision des troupes ennemies pour se précipiter sur elles et les mettre en pleine déroute.

Les Mahométans, chaussés de hautes bottines, comme c'est leur mode, et de plus portant leurs vivres et leurs provisions, ne pouvaient fuir commodément et tombaient à chaque pas ; aussi les vainqueurs firent-ils de nombreux prisonniers. La déroute fut complète : les Mahométans, ne connaissant ni discipline, ni aucune des ruses de la guerre, ne savent que combattre en bataille rangée; leurs lignes une fois rompues, ils ne résistent plus et cherchent leur salut dans la fuite. Cette victoire fut remportée le 1" du troisième mois (Avril).

Les Chinois, profitant de leur victoire, vinrent mettre le siège devant Kachgar où s'étaient retirés plusieurs corps insurgés. Kachgar forme pour ainsi dire deux villes :

(le même que dans les villes chinoises il y a une ville chinoise et une ville tartare, dans les villes du Turkestan il y a une ville chinoise et une ville mahométane. Au bout de quelques jours de siège la ville chinoise tomba aux mains des assiégeants et peu après la ville mahométane avait le même sort. On y fit prisonniers le neveu de Djihanguir, ^ >^ ff- Sa mou'hannqui avait pris le titre de roi (K'an) et plusieurs autres begs qui avaient embrassé le parti des insurgés. Malgré ces heureux succès et encore que les Maihométans eussent perdu beaucoup des leurs, que le nombre des prisonniers faits dans toute la campagne s'élevât à quatre mille, la guerre ne pouvait pas être considérée comme terminée, ni l'insurrection comme étouffée, puisque le descendant des K'odjas avait échappé par la fuite à ses vainqueurs.

L'empereur Tao kouang, auquel un rapport détaillé avait été adressé, fut mécontent de la façon dont cette campagne avait pris fin; à son commencement il avait espéré que ses généraux en finiraient d'un seul coup avec l'insurrection et que la victoire serait couronnée par la prise de Djihanguir, son instigateur et son chef. Les troupes diinoises étaient bien parvenues au gîte, mais le gibier ne s'y trouvait plus^ : il s'était dérobé par la fuite. L'empereur enleva à Tchang ling la Bride violette, marque honorifique qu'il avait méritée par ses exploits antérieurs, et ôta à Yang Yu-tcKounn et à Vou ling a les titres de gouverneur et vice-gouverneur de l'héritier

* ESw ^ ^ flfiî ^'*^' ^® lièvre s'éteit évadé quand l'on s'était approché de son gîte.

présomptif du troue \ Eu outi'e il fixa uu délai daus lequel ces géuéraux devaieut s'emparer de Djihauguir, mort ou vif.

Tandis que Vou ling a, malade, était obligé de rester à Kachgar, Yang Yu-tch' ounn attaquait et prenait le 5 du huitième mois (septembre) la ville de Yenghi Hissar : le 16 du même mois il voyait Yarkand tomber également entre ses mains ; maître des trois principales villes de l'ouest il envoya Yang fang reprendre K'oteii avec six mille hommes.

Dans ce contre-temps les troupes d'Andidchan que Djihanguir avait appelées à son secours, ayant épuisé les richesses pillées dans le sac des différentes villes, s'étaient mises à faire main basse sur les familles Mahométanes et leurs richesses, et Djihanguir, rendu furieux par sa défaite, massacrait au hasard les Mahométans qui se trouvaient à sa portée. Abandonné des quelques partisans qui lui restaient, voyant tout espoir perdu pour lui, il demanda asile au K'an de Kokand; celui-ci, gagné sans doute par les présents des Chinois, ou craignant de s'attirer une guerre en lui donnant asile, refusa de le recevoir. Djilianguir fut réduit à se caclier parmi les tributs Bouroutes, obligé pour vivre de mendier ça et là sa subsistance.

1 Les titres de HJ^ ^ T'aï pao et do ^ ^ chao pao, fçduvernenr

et vice-gouverneur du jinnce impérial Hj^ -^y héritier présomptif de la couronne, sont purement honoraires : celui de yj^ -^ ^* "^^ T*aï tseu chao pao est celui qui est le plus souvent conféré sous la dynastie régnante.

Combat dans les Ts*ong ling^ entre les Chinois et les Kokandiens. — Projets rfe Tchang Ung et de Vou Ihig a pour la pacification du Turkestan. — Na yenn tcJieng chargé de pacifier le pays — embuscade tendue par Tchang Ung à Djihanguir; celui-ci franchit rfc nouveau la frontière; livre et perd la bataille de ICartiékat'y est fait, prisonnier (1828). — Récompenses ojccordées aux officiers chinois; érection de colonnes commémoraiives ; réc^tion triomphale des troupes par Vempereur. — Règlement de Na yenn tch*engy nouvelle aitaque des Kokandiens (1829) ; la paix est de nouveau rétablie par Tchang Ung.

Durant le sixième mois (juillet), Tchang Ung ordonna à Yang Yu tch'ounn et à Yang fang de franchir la frontière avec huit mille hommes afin de poursuivre Djihanguir, l'empêcher de réunir des forces de nouveau, et tâcher à s'en emparer; en même temps il enjoignit aux tribus nomades des Bouroutes de le faire prisonnier si elles le rencontraient et de le livrer au gouvernement chinois. Yang fang s'établit à ^ || Alaï, dans les Tsong ling\ endroit par où passe la route qui va de Kachgar à Kokand ; et Yang Yu-tch' ounn prit position à -^ |||f j^ Cho lo k'ou, séparé ainsi de son collègue d'une dizaine de jours de marche environ. La position de ces deux corps d'observation devint bientôt critique : séparés des troupes laissées à Kachgar, ne recevant de nouvelles ni d'elles ni de Djihanguir, ils voyaient leurs vivres s'épuiser

1 Les Chinois désignent sous le nom de ^ <Sp[ Ts'ong^ ling, montagnes des oignons (ainsi appelées, lisons-nous dans une note du Tsienn *hann chou ou Annales des 'Hann antérieurs, à cause que cette plante y croît en abondance à leur sommet) tout ensemble et les Monts Bolor et la chafne du Karakon)um. 11 s'agit ici des Bolor.

sans pouvoir être ravitaillé; joint que la route de Kachgar, s'ils se décidaient à battre en retraite sur cette ville, était longue et difficile. Le K'an de Kokand, averti par ses espions de la position périlleuse des deux généraux chinois, résolut de profiter de la conjoncture pour les attaquer; à la tête de deux mille hommes il vint tendre une embuscade aux troupes chinoises : celles-ci y tombèrent, mais résistèrent avec une vigueur désespérée et livrèrent un combat qui dura un jour et une nuit. Les généraux chinois par- \inrent à tirer leurs troupes de ce mauvais pas, et, établissant des camps à chaque instant, purent effectuer leur retraite en bon ordre et sortir sains et saufs de ces périls. L'empereur blâma les deux généraux d'avoir pénétré avec une aussi petite armée au cœur d'un pays ennemi, d'être resté si longtemps dans l'inaction et d'avoir ainsi dépensé inutilement leurs subsistances. Il leur enjoignit de revenir en deçà des frontières et ordonna de laisser à Kachgar un corps de huit mille hommes. Sur ces entrefaites Tchang ling adressa à l'empereur un mémoire dont voici des extraits : «Les Mahométans vénèrent les K'odjas, de même que les Tibétains vénèrent te Dalaïlama ^ : c'est là une chose immuable. — J'ai envoyé des émissaires à la poursuite de Djihanguir dont les deux frères, établis à Kokand, pourront être encore longtemps

1 Le ^i ES ^\ j& Ta laï la ma est Tan des deux grands pontifes placés à la tête de la hiérarchie lamaïque; il est considéré comme une incarnation de Dhyani Bodhisatva Tchenresi et réside au monastère de Po ta la, prés de Lhassa. Il est appelé en tibétain rGyelva Rin po tch'é; Ta laï la ma est la transciiption du tibétain Lama, savant, et du mongol Daldi, mer, océan, signifiant que la sagesse de ce pontife est aussi vaste que Focéan.

42 HISTOlbE DE L'INSURRECTION DES TOUNGANE8.

l>our nous une menace. Les huit mille hommes laissés à Kachgar ne sont pas suffisants pour tenir en bride toute la contrée, et empêcher toute insurrection future: à mon avis il serait plus convenable de partager le pays en diverses principautés et placer ces dernières sous l'autorité des begs ou cliefs indigènes qui sont dévoués à notre cause, tels que I sa k'o (Isaak) et autres, lesquels veilleraient eux-mêmes à leur propre sûreté. En outre on peut donner le commandement des quatre villes de l'ouest à Pf ^ ^ M ^ pou tou li, fils de Boronitou, qui, aprè« avoir reçu son pardon, est resté à la capitale comme otage. C'est là le seul bon moyen pour soumettre les Mahométans de l'intérieur et tenir en respect ceux de l'extérieur.»

Un autre plan de pacification fut présenté par Vou ling a; il était ahisi coniju : «Si on laisse peu de troupes dans les pays reconquis il sera impossible tout ensemble et de combattre les ennemis du dehors et de veiller à la soumission de la contrée. Si au contraire on en y laisse beaucoup, il sera difficile de les y entretenir. Il faut remarquer en outre que le temtoire des quatre villes de Touest, entouré de toutes parts de Mahométans, peut être très aisément attaqué : par suite la contrée ne peut être bien gardée, ni la soumission des populations définitive. Jetons les yeux au contraire sur les quati'e villes de l'est ^ : ces villes forment une ligne de défense pro-

* Le8 ^» pu ^jC Tong sseii toireng ou quatre ville» de Test, par opposition aux quatre ville» de l'ouest, sont Pidehan, Koutché, Aksou, Duché.

Pidchan, en chinois ^ J^ Pi tchann, est l'ancien royaume de ISj^ aH 'Hou 'hou dont font mention les Annales des 'Ilann; depuis la dynastie des 'llanu elle fut successivement connue des Chinois comme faisant partie

tégeant la route de l'Asie centrale et constituent des points stratégiques qu'il faut conserver à tout prix ; les garnisons qui y sont nécessaires n'emploient que la moitié des troupes réclamées pour la défense des quatre villes de l'ouest. D vaut donc mieux se retirer dans les quatre villes de l'est que de dépenser des subsistances utiles à l'armée dans des contrées inutiles. Nous occuperions ainsi une position solide que rien ne serait capable d'ébranler.»

Ni l'un ni l'autre de ces avis ne plurent à l'empereur : Tao kouang blâma ses deux généraux de vouloir ramener les descendants des anciens rebelles dans leur pays, et

du pays de ^C S Kao tch'ang (Ouigours), du district de ^ttD fb Léou tchong:, et enfirif sous la dynastie des Yuann ou Mongols, du pays de S "^ .^^ "^ Lou k'o tch'a k'o (Loukchak). La garnison se compose de 300 soldats chinois et mandchoux sous les ordres d*un Tou sseu (major). Pidchan est à 106 lieues à Test de K'aracliar. A 80 lieues de cette der-

niére ville est située JW ^ K'ou tch'o (Koutché): c'est le SB ^ Q Koueï tseu kouo des 'Hann. La ville renferme 4660 habitants; sa ganiison est de 200 hommes sous un Tou sseu. La troisième des quatre villes de Test, que nous trouvons ensuite, tS "â^ jË^ A k^o sou (Aksou), le i& 2b B| Ouenn sou kouo des 'Hann, renferme 24,607 habitants; cent soldats en comi)Osent la garnison. La quatrième ville de Test, J^ Y-j" Ou ché, à '20 lieues à Touest d'Aksou, est le SA SS B| Oueï t'éou kouo des 'Hann. La population s'élève à 3258 âmes. La garnison se compose de 200 Mandchoux sous un commandant (ling toueï ta tch'enn) et 750 Chinois. De plus il faut y joindre doux cent cinquante soldats employés spécialement à extraire le cuivre des montagnes; quatre cents y sont établis comme colons. Les productions de ce territoire des quatre villes de l'est sont : pèches, i)runes, jujubes, courges, raisin, riz, millet, sorgho; soufre, que l'on trouve dans les flancs des Monts Célestes, cuivre rouge, plomb, salpêtre; il y existe nombre de troupeaux de bœufs, moutons et chevaux; les habitants offrent en tribut des peaux de loutres ("^C ^j^ choueï t'a^; ces animaux sont pris dans la mer de ^ff S Pou tch'an^, ou lac Lob. (Ta taHng y t*on^ Iché; Si yu t'ou tché,)

il les dégrada tout en les laissant en charge *. Le viceroi de la province du Tché H ^ ^ J^ Nayenntcli'eng^ eut Tordre d'aller dans le Turkestan avec le titre et Tautorité de commissaire impérial, et de remplacer Tchang ling dans l'œuvre de la pacification.

Pendant ce temps, Djihanguir, réduit à mendier sa nourriture, errant de tribu en tribu, voyait sa position devenir de jour en jour plus critique; nul refuge, nul asile ne lui pouvait plus offrir de sécurité : les autorités chinoises avaient en effet promis à celui qui s'en emparerait et le livrerait entre leurs mains, le titre nobiliaire de «prince de second rang»^ et une récompense de cent mille taëls. A chaque pas Djihanguir craignait de rencontrer un traître. Tchang ling, qui voulait racheter par quelque exploit la faute dont il s'était rendu coupable aux yeux de l'empereur, imagina de s'emparer

^ ^ Ij^ ^ H' C'est-à-dire leur ôta le Jj^ tché ou titre de fonctionnaire, à titre de punition, mais leur laissa le Y^ jeim, le poste ou la charge elle-même, pour qu'ils pussent racheter leurs fautes par leur bonne conduite ou leur bonne administration.

' Ce Tartare mandchou, dont la fortune fut des plus diverses, était parent du célèbre général Akoueï qui se couvrit de gloire dans la guerre des Miao tseu sous TçMenn long. Il n'était pas sans talent, mais avait le défaut d'agir toujours à sa guise, sans prendre conseil de qui que ce fût; banni une première fois il avait été gracié à cause qu'il était parent d'Akoueï (Gazette de Péking, 20 juillet 1800); revenu en faveur il fut gouverneur du Kouang ton^, de nouveau disgracié, puis successivement gouverneur du Tché 11, du Ch&nn si, du Kann sou : nommé gouverneur de Kachgar en 1827, il fut accusé par Tchang ling, peu après la fin de ^'insurrection, d'avoir suscité une révolte par son incapacité; il fut dégradé de tous ses honneurs et charges et mourut au commencement de 1831. (Canton Begister, 16 juillet 1833.)

HISTOIRE DE I-'INSirRRECTION DES TOUNGANES.

par ruse du descendant des K odjas : sur son ordre des Mahoraétans à turbans iioîi's, gagnés à la oaiise de la Chine, et ennemis mortels de Djihanguir et de ses partisans, Mahoraétans à turbans l>IancM, franchirent la ti'ontière, se dispersèrent dans les conti'ées voisines, et répandirent le bruit que les troupes chinoises avaient battn en retraite, que Kaehgar n'avait pins de garnison et que tous les chefs mahouiétans attendaient avec impatience le retour de Djihangnir pour reprendre de nouveau les armes. En même temps le général chinois défendit de maltraiter les familles et de violer les demeures des Mahométans à turbans blancs, sans doute dans le dessein de les ramener à la cause de la Chine et de seraer la division entre les anciens partisans de Djihanguir. Ces ruses eurent un résultat inespéré : Djihanguir crut qu'il avait conservé un grand nombre de partisans secrets qui n'attendaient que son retour pour se déclarer; il voulut protiter de ce que les troupes chinoises, dans les derniers jours de l'année, n'étaient sans doute pas sur leurs gardes, pour franchir la frontière, à la tête d'un petit corps de cinq cents cavaliers, et exciter les Mahométans à se rallier à sa cause et îi marcher sur Kachgar. Le 27 du dernier mois janvier), il prit avec sa petite troupe l'ancienne route qui passe par la montagne ^ ^ K'aï tsi (K'aidji) et arriva secrètement jusqu'aux iwrtes de la ville raahométane de |î^ ^ -^ A mou kou (Amouk) ; à son approche, les Mahométans ii turbans blancs prii-ent la fuite pour n'être pas obligés de lui résister, tandis qu'au contraire les Mahométans à tui'bans noirs se

préparèrent à une vigoureuse défense. Djihanguîr ne s'attendait pas à trouver de la résistance : n'ayant pas assez de forces pour en triompher, il se retira par la même route et repassa la frontière.

Yang fang, dont les six mille hommes s'étaient réunis en grande hfite, le poursuivit jour et nuit jusqu'à la montagne P§ ^ |^ ^ K'a eul fié kaï (K'artiékaï) où il l'atteignit. Djihanguir ne put éviter le combat : battu, il chercha son salut dans la fuite, accompagné d'une trentaine seulement des siens. Poursuivi de près, il sauta à bas de son cheval pour gravir plus facilement les hauteurs, mais fut pris par le colonel "^ ^ 'Hou tchao et le major |S^ ^ $§ Touann Yong-fou \ Par la prise de son chef l'insurrection du Turkestan était définitivement vaincue (1828).

La nouvelle de la victoire parvint à la cour de Pékîng dans le courant du premier mois de la huitième année (1828) : Tao Kouang rendit aussitôt un décret par lequel il donna à Tchang ling le titre de «duc de second rang»^ avec le surnom honorifique de «Bravoure majes-

^ Djihanguir, sur le point d'être pris, tenta de se couper la gorge, mais n'eut pas le temps d'accomplir son dessein. Il fut envoyé sous bonne escorte à Péking; il y fut jugé par l'empereur en personne, condamné et mis à mort.

2 II y a en Chine neuf titres nobiliaires qui ne sont conférés qu'en récompense d'exploits militiires; en voici la liste : .^ kong, 4& 'héou, AU po, -^ tseu, ffl nann, que l'on peut parfaitement bien traduire par duc, marquis, comte, vicomte, baron, ^^ ^ iSK Bj* Tç'ing tch'o tou yu,

li IR ft T«'' ♦»" J"' # li tt Y"nn Wi yu, JH 1^ It Knn

t^'i yu, qui peuvent être rendus par chevaliers. Chacun des cinq premiers

titres comprend trois ^^ teng ou classes, que l'on est obligé de parconrir avant d'obtenir un titre supérieur à celui que r(m a, à moins que l'empereur, par une faveur spéciale, n'en décide autrement, ainsi un — ^£ 4&

tueuse», à Yang fang, le titre de «marquis du troisième rang» avec le surnom de «Bravoure qui a produit de grands résultats», et à tous deux il octroya le droit de porter la plume de paon à deux yeux \ Le beg d'Aksou, Isaak, qui durant cette longue guerre avait servi avec dévouement la cause des Chinois, reçut le titre de «prince du second rang». 'Hou Tchao et les autres officiers qui s'étaient distingués furent récompensés selon leurs mérites. Durant le même mois Yang Yu-tclfounn arriva à la capital^ : il reçut la charge de vice-roi du Chânn kann et en même temps, par un surcroît de bienfaits, celle de gouverneur des quatre villes de l'est. Des indemnités furent payés aux familles des habitants des quatre villes de l'ouest qui avaient péri dans les rangs des Chinois; un étendard destiné à rappeler cette guerre et la victoire qui l'avait couronnée, fut offert à l'impératrice. En outi-e une colonne commémorative fut élevé dans le collège impériaP et une autre au sommet de la montagne

y teng 'héou, marquis de première classe passera ^£ ^£ j^ sann teng kong:, duc de troisième classe. Aux trois premiers titres on ajoute des ^£ d^ tçia ming on épithètes élogieuses, rappelant les circonstances ((ui les ont fait valoir à leurs possesseurs, ou les exploits que ceux-ci ont accomplis. Tous ces titres, à Texception du neuvième, sont héréditaires.

» La principale des récompenses conférés par la dynastie actuelle est le droit de porter une ^f^ ^ ^B k'ong tsio ling, plume de paon. Il y a trois sortes de ces plumes et par suite trois degrés : ^£ |ft ^t ^H

sann yenn 'houa ling, la plume de paon à trois yeux; ^^ Q^ ^^ ^0

chouang yenn 'houa ling, la plume de paon à deux yeux; et enfin ^^ ^A 'houa ling la plume de paon ordinaire.

2 Le "i^ ifit T'aï chio ou B| "^ ^È kouo tseu tçienn, collège impérial, dont la fondation est due à l'empereur j§^ Vou des ^* Tsinn, est

situé à Tangle nord-est de Péking, près de ^^ ^^ P^ Ann ting meunn.

48 HISTOIRE DE L7NSUBEECTI0N DES TOUNGANES.

K'artîekaï. Lorsque les troupes victorieuses revinrent à Péking, Tao kouang, à l'imitation de Tçienn long qui avait été hors de murs de la capitale recevoir les troupes revenant de la conquête de la Dzoungarie et du Turkestan, alla à leur rencontre et reçut en grande pompe le butin et les prisonniers que l'on avait faits. On dérogea ainsi à la coutume immémoriale suivant laquelle on n'offrait pas à l'empereur les dépouilles d'insurgés soumis, mais seulement celles des étrangers vaincus.

Cette guerre coûta au trésor dix millions de taëls, encore que le nombre des ti-oupes employées n'ait pas été considérable; en effet trente-six mille hommes environ entrèrent en campagne, mais il n'y en eut pas même vingt mille qui allèrent jusqu'à Kachgar. Les généraux chinois avaient été obligés de laisser dans

la Porte d'Ann tinf. Au centre de l'édifice, qui est quadrangulaire, se trouve un petit pavillon bâti sur une plate-forme de marbre blanc entourée d'un fossé circulaire assez large et à laquelle on a accès par quatre ponts également en marbre, placés aux quatre points cardinaux. C'est Timage du J^ ^Ê- ^^ y^^è ou collège impérial de l'antiquité où chaque souverain est tenu, une fois en son règne, de venir présider une réunion solennelle de tous les lettrés de la Capitale. Le nom de Pi yong est donné souvent dans le style élevé au collège impérial même, mais quelquefois il est écrit avec des caractères différents : J^ JK. J^ est pour 1^ (tous deux se prononçant de même) qui signifie un ornement de jade rond percé d'un trou au centi-e que les dignitaires portaient autrefois à la main quand ils allaient à la cour. jK a le sens de ^S marais : l'expression signifie un marais (ou fossé) circulaire au centre duquel se trouve le collège. On donne encore au Kouo tseu tçienn les noms (que nous ne voyons relevés nulle part) de :((j |g peY yong, J^ ^ 'hou oueY et Jgg Jt^ tch'eng tçiunn: ce dernier nom lui fut donné par ^ ^ Vou *hé()u, l'impératrice Vou de la dynastie des T'ang, et signifie un collège où l'on perfectionne les lettrés (jgg iMl fx ^ ^) ®* ^" ^^ ^^® ^^°^ équitables (J^ Jt ^

zmy

les villes dont ils s'étaient emparées des garnisons assez considérables de crainte d'un retour offensif des insurgés. On n'eut même pas besoin des troupes des provinces du Sseu tcli'ouann et du Ch&nn si qui, arrivées à mi-chemin lors de la fin de la guerre, n'eurent plus qu'à retourner dans leurs cantonnements.

Après la prise de Djihanguir, Tchang ling avait envoyé une dépêche au K'an de Kokand et à celui de Bok'ara, leur enjoignant de s'emparer de ses descendants et partisans qui avaient trouvé un asile auprès d'eux et de les lui livrer : le K'an de Kokand envoya un ambassadeur au général chinois pour le féliciter de sa victoire et lui annoncer en même temps que l'on pourrait remettre entre ses mains les partisans de Djihanguir dont on s'emparerait, mais que, quant à livrer les fils ou les petits fils d'un K'odja, cela n'était pas permis par les lois mahométanes. Avec cet ambassadeur était venu un officier cliinois nommé |§ jj^ T'ann lou qui s'était rendu un des premiers à Djihanguir lorsque celui-ci avait attaqué Kachgar, puis s'était soumis au K'an de Kokand et avait été durant la guerre son espion et son guide; reconnu par les Chinois il fut saisi et mis sur le champ à mort comme traître à son pays.

Comme les enfants de Djihanguir n'étaient pas à craindre et qu'en somme ils n'avaient été mêlés en aucune façon à l'insurrection, l'Empereur ordonna de ne plus s'en occuper, de se contenter de faire bonne garde sur la frontière, d'empêcher toute relation commerciale avec le K'anat de Kokand et d'attendre que le K'an

livrât de lui-même ceux qu'on lui avait réclamés et redemandât la reprise du commerce. Malgré cela Na yenn tch'eug envoya des émissaires pour tenter de s'emparer du fils de Djihanguir, ^ ^ ^ Pou sou p'ou (Bourzouk)\ alors âgé de six ans, et de plusieurs begs qui, comme lui, avaient trouvé aide auprès du K'an de Kokand. H chercha en même temps à semer la discorde entre les pays de Bok'ara, de Badak'chan et de Kokand dans le dessein de se mêler dans leurs divisions et d'en tirer profit. Tao kouang, averti de ce qui se passait, lui défendit de susciter de nouvelles querelles, et peu après lui enjoignit de revenir à Péking (sixième mois de la neuvième amiée, juillet 1829).

Quelque temps après l'empereur acquiesça aux règlements rédigés et à lui successivement adressés par Na yenn tcheng. En voici la teneur:

« 1^ Afin de mettre fin aux abus de toutes sortes qui ont pris naissance dans les villes du Turkestan, la conduite des gouverneurs sera examinée, à la fin de chaque année, par le général commandant à Ouroumtsi et le vice-gouverneur du Turkestan résidant à Kachgar. Tous ces fonctionnaires seront sous la haute surveillance du maréchal commandant à Ili.

* Plus d'un demi-siècle plus tard, lorsque les Tounganes tentèrent k nouveau de secouer le joug chinois (1862), ils appellèrent ce dernier représentant de la famille des K'odjas et Tinvitèrent à venir se mettre à leur tête. On sait que parmi les chefs k'okandiens qui suivirent Bourzouk fut Mohammed Yakoub, cet aventurier de talent qui devait prendre le commandement de rinsurrection et fonder le royaume indépendant de Kachgarie, État destiné, malheureusement peut-être, à ne pas survivre à son fondateur.

« 2® Les appointements de tous les fonctîonnaîres seront augmentés.

«S"" H sera permis à tous les fonctionnaires d'emmener avec eux leurs familles dans les postes auxquels ils seront nommés.

«4** Le nombre des agent» ou employés subalternes devra être fixe.

« 5^ Les Tchang tçîng ' ou secrétaires employés dans les bureaux devront être choisis parmi le personnel des ministères à Péking; on n'emploiera plus les officiers des garnisons pour ces offices.

« 6** Les Mahométans ne pourront plus se faire nommer begs à prix d'argent : on les nommera d'après leur rang d'ancienneté ou au choix; dans ce dernier cas il faudra agir avec beaucoup de soins et de discernement. L'on fera de même attention aux empêchemeilts dirimante* qui pourraient exister.

^V Les terres appartenant aux habitants qui ont pris parti pour les rebelles seront confisquées et affermées pour le compte du gouvernement chinois au prix annuel de 56,000 tann environ^ : 38,000 tann seront employées à subvenir aux dépenses et à l'entretien des garnisons; les 18,000 restants, sans compter les produits des terres

* Tchang tçmg -g a est la corruption du mot mandchou tchanyng, secrétaire, greffier.

' Ces empêchements, nommés 1^ j^ *houeY pi, consistent en ce qu'une personne, pour éviter qu'elle n'acquière une trop grande influence, ne peut exercer une magistrature dans la contrée qui lui a donné le Jour, ou dans laquelle résident ses parents.

' Un ^^ tann (ché, pierre, lu en ce sens tann) est une mesure contenant 10 boisseaux i^ ou cent fl- (environ 103 litres).

^^ ikf^ f& Ta ho yeuii et de ^ ^ ^ Léang ko eul, dépendant, les premières de Kachgar, les secondes de Yarkand, seront employés à augmenter les appointements des fonctionnaires. Le surplus sera transporté à Aksou et déposé dans les greniers d'abondance.

« 8"" On reconstruira les murailles des villes, on augmentera les postes-frontières ; on exercera les troupes en garnison et Ton fera revenir peu à peu les troupes envoyées de Chine. Tels sont les meilleurs moyens pour rétablir l'ordre à l'intérieur.

« 9"* Quant aux pays étrangers, il n'en est pas qui soit un plus grand repaire de nos déserteurs et du rebut de nos populations que le K'anat de Kokand. Huit villes sont sous la juridiction du K'an : Andidchan est l'une des principales. Elle est située à trente-huit lieues à l'est de Kokand, à cinquante de Kachgar. Ses habitants ont retenu dans leurs murs le fils de Djîhanguir, uniquement dans le dessein de s'en faire un otage, garant de la soumission des tribus Bourouts dont ils craignent les incursions. Depuis que nous avons cessé toute relation commerciale avec eux, leurs finances se sont épuisées; pour achever de les ruiner il nous suffira d'empêcher les ballots de thé et de rhubarbe, objets de notre commerce avec eux, de franchir les frontières.

« 1 0"" En outre il faudra chasser de Chine tous leurs concitoyens qui s'y trouvent, afin qu'ils ne leurs servent pas d'espions, et soumettre les Bourouts qui pourraient leur servir d'appui. Cela une fois fait, on attendra qu'ils viennent d'eux-mêmes faire leur soumission et oflWr

tribut. Tel est le meilleur moyen pour établir l'ordre au dehors. »

Durant l'automne de la neuvième année (1829) les habitants d 'Andidchan, de colère d 'avoir été chassés de Chine, se réunirent au nombre de dix mille environ, franchirent la frontière et vinrent assiéger Kachgar et Yarkand. Ils brûlèrent et saccagèrent le pays tout à l'entour. Le fils de Na yenn tch'eng, ^ ^ Yong ann, qui, sur Tordre du gouverneur de l'Ili, marchait au secours des assiégés, fut effrayé par le nombre des ennemis à peine arrivé à Aksou, n'osa pas s'avancer et se dirigea sur Ouché. De la sorte, les ennemis, gorgés de butin, purent sortir des frontières sans être inquiétés. Yong ann fut arrêté et mis en jugement^; son père fut dégradé. Tchang ling, nommé commissaire impérial, se rendit à l'armée, pacifia le pays et somma le K'an de Kokand de promettre de nouveau d'offrir tribut; puis il transporta le siège du vice -gouverneur du Turkestan de Kachgar à Yarkand.

* Yong ann était le fils de Na yenn tch'eng (vide supra page 44). A la suite de cette invasion il fut mis en jugement et condamné à la peine capitale. Prenant en considération les services rendus par sa famille, l'empereur Tao kouang le bannit pour la vie à Girin; il en revint cependant à la mort de son père, mais disparut de la scène politique (Canton Regiater, 15 juillet 1833).

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