Epithélioma me la mamelle et des ganglions
AXILLAIRES. EXTIRPATION. GuÉRISON. MORT, TROIS ANS APRÈS
l’opération, de pleurésie.
y..., Marie, 40 ans, mariée, Valaisanne, domestique d’hôtel.
Marie V. est une grande et forte femme ; elle dit avoir toujours eu une excellente santé ; elle a encore son père âgé de 70 ans, sa mère est morte à 60 ans. Mariée il y a 6 ans, elle a fait une fausse couche â trois mois et demi et n’a pas eu d’autre grossesse. Elle ne connaît dans sa famille aucun cas de tumeur.
Il y a six ans, elle reçut un coup violent juste au bout du sein gauche, il se forma peu à peu sous le mamelon un abcès qui prit les dimensions d’une petite pomme, s’ouvrit spontanément, suppura pendant six mois et guérit. Trois ans plus tard elle remarquait la présence sous le mamelon gauche d’une grosseur très dure, du volume d’une noix, non douloureuse, qui s’accrut graduellement jusqu’au mois de juin 1883 où tout d’un coup elle se mit à grossir rapidement ; depuis la même époque elle y ressent quelques douleurs. L’accroissement de volume continue à être assez rapide jusqu’au mois de janvier 1884 où elle quitte Paris pour se rendre dans son pays; le sein présentait alors deux bosselures recouvertes d’une peau rouge et violacée. On lui fit appliquer des cataplasmes; dans le courant de février les tumeurs s’ouvrent, il s’en écoule en abondance un liquide fétide et les bords de l’ouverture se mettent à végéter rapidement ;
1 écoulement continue et on lui fait faire des lavages désinfectants ; il faut noter que pendant le développement de la tumeur il n j a. jamais eu d écoulement d’aucune sorte parle mamelon. Depuis peu de temps la malade a remarqué qu’il s’est formé une glande dans l’aisselle gauche.
Dans ces derniers temps la malade a un peu maigri ; elle a depuis une quinzaine de jours des maux de cœur, pas de diarrhée. Les règles ont été régulières, mais ont manqué pour la première fois il y a huit jours.
La malade vient me consulter le 28 mars 1884.
Le sein gauche forme une énorme tumeur assez régulièrement hémisphérique, de consistance élastique plutôt que molle ; le centre de la tumeur, à la place du mamelon absent, est occupé par une vaste ulcération cratériforme, bordée par un bourrelet circulaire saillant, d’un rose grisâtre; le diamètre de 1 ulcération y compris le bourrelet fongueux est de 11 centimètres ; le cratère lui-même a 3 centimètres de diamètre et 6,5 de piofondeur ; au voisinage de l’ulcération principale la peau qui recouvre la tumeur en bas et en dedans en présente trois autres, mais de plus petite dimension et superficielles.
De ces ulcérations s’écoule en abondance un liquide qui em-
pèse le linge, et qui présente l’odeur fade qu’exhalent souvent les sarcomes ulcérés.
La peau qui recouvre la tumeur y adhère jusque assez loin des limites des ulcérations, elle présente des arborisations vasculaires et est soulevée par quelques bosselures.
Dans l’aisselle gauche on sent deux ou trois gros ganglions, du volume de grosses noisettes.
Du côté des viscères je note : foie normal ; pas de toux, rien de nettement anormal à l’auscultation ; cependant à la base droite il nous semble constater une légère submatité et une certaine obscurité du murmure vésiculaire. Nous portons sans hésitation le diagnostic de sarcome en masse du sein, avec dégéuérescence sarcomateuse des ganglions de l’aisselle ; quoiqu’il nous reste quelques doutes sur la présence possible de noyaux métastatiques dans le poumon droit, en face de l’absence de signes positifs, vu l’état misérable de la malade par le fait du volume de la tumeur et de l’écoulement qu’elle fournit, nous lui proposons l’extirpation ; elle l’accepte et entre dans notre clinique particulière, le 28 mars 1884.
Le soir du 28, la température axillaire est de 38°.
29 mars. Avant l’opération, T. a. 37°9, la malade est éthérisée ; pulvérisation phéniquée. La peau est d’abord incisée à la partie supérieure et à plusieurs centimètres au-dessus des parties adhérentes ; cette incision est conduite jusqu’à l’aponévrose pectorale; la tumeur disséquée par sa face profonde est renversée en bas ; les artères sont saisies à mesure; puis la peau est incisée au-dessous de la tumeur qui est ainsi complètement enlevée, l’aponévrose mise à nu et couservée en partie paraît suspecte, elle est épaissie, de couleur jaunâtre; je la dissèque et l’enlève avec soin ; le muscle pectoral paraît sain.
Une longue incision est alors faite au milieu du creux axillaire et rejoint l’incision d’ablation de la tumeur ; l’aisselle est vidée en bloc de tous les tissus qu’elle renferme, y compris ciuq ou six gros ganglions ; cette partie de l’opération est pratiquée suivant la technique de Volkmann ; les vaisseaux et nerfs axillaires sont à nu.
Hémostase au catgut ; suture de la plaie axillaire, après que deux drains, dont l’un sort par une contre-ouverture en arrière de l’aisselle, y ont été placés. La plaie d’ablation de la tumeur est laissée ouverte ; un seul point de suture profonde rapproche à l’angle externe ses bords, mais sans les amener au contact.
La plaie est du reste infiniment trop vaste pour qu’il puisse être question de la réunir. Pansement de Lister. Soir. 37° 8.
30 mars. 37°4, pansement, suintement modéré, bon aspect de la plaie. Soir. 39 "8.
31 mars. 38°6. Soir. 39°3, douleurs assez vives. l“r avril. 38°4. Soir. 39°2, pansement.
2 avril. 38' 2. Soir. 39°6.
3 avril. 38"4, pansement ; plaques couenneuses sur les bords de la plaie. Soir. 39°9.
4 avril. 38°6, pansement; suintement assez abondant et persistance de l’odeur sarcomateuse. Soir. 40,2.
L’abondance du suintement nous oblige à panser la malade tous les jours.
5 avril. 38°5. Soir. 39 7.
6 avril. 38°, 3. Pendant le pansement il se produit par la contre-ouverture une hémorragie assez abondante; le docteur Auguste Reverdin, qui me remplaçait, agrandit l’ouverture et lie un vaisseau dans la plaie. Soir. 39°fi.
A partir de ce moment l’état de la malade s’améliore, les couleurs reviennent ainsi que l’appétit, la plaie bourgeonne rapidement ; des enduits coucnneux qui la recouvraient par place tombent et la cicatrisation commence ; l’opérée se lève dans l’ après-midi et, à partir du 15, elle sort dans le jardin. La température revient peu à peu if la normale, après quelques oscillations.
20 avril. La cicatrice s’avance, les bourgeons sont superbes partout; l’appétit est excellent, la suppuration de l’aisselle diminue ; on l’irrigue par le drain.
21 avril. Je place douze greffes sur la grande plaie qui est déjà beaucoup rétrécie et présente sur ses bords un liséré cicatriciel de 1 centimètre de largeur; six des greffes ont pris.
23 avril. Douze nouvelles greffes ; j’enlève le drain axillaire diminué et raccourci ces derniers jours.
24 avril. L’opérée quitte la clinique en bonne voie de guérison.
La malade vient ensuite se faire panser à la clinique tous les deux jours, puis tous les quatre jours, le 20 mai on commence à faire des pansements au styrax ; le 6 juin la cicatrisation est achevée, mais une petite ulcération s’y forme le 21 ; le 24 juin la malade vient pour la dernière fois. La cicatrice est large, il n’y a pas trace de récidive ni à la poitrine, ni du côté des 'ganglions ; l’état général est excellent.
Je n’ai pas revu la malade depuis ; elle a perdu son mari peu après de phtisie laryngée.
J’ai appris par le Dr V. Gautier que le 12 juillet 1886 elle est entrée à l’hôpital Butini pour une pleurésie du côté gauche, la matité remontait jusqu’au sommet ; notre confrère considérant la pleurésie comme symptomatique d’un néoplasme n’a fait qu’un traitement médical ; il a constaté de plus qu’il n’y avait aucune récidive ni au niveau de la cicatrice, ni dans les ganglions ; elle a quitté l’hôpital, le 28 septembre 1886.
Ayant appris par hasard que Mme V... était morte à l’hôpital de Sion, je me suis adressé au médecin qui l’a traitée et j’ai appris que rentrée dans son pays à sa sortie de l’hôpital Butini, elle y était restée jusqu’en avril 1887 sans recevoir de soins médicaux ; elle n’est entrée à l’hôpital de Sion que le 26 avril, pour y mourir le 3 mai. Le ï)r Schacht diagnostiqua une pleurésie gauche avec épanchement remplissant toute la poitrine de ce côté ; température élevée, pouls à plus de 120, faciès hectique avec rougeur circonscrite des joues; il insiste sur l’absence du teint carcinomateux, et des autres caractères de la cachexie cancéreuse, il note l’absence de toute récidive soit dans la cicatrice, soit dans les ganglions et considère la pleurésie comme simple et indépendante de métastases carcinomateuses du poumon ou de la plèvre ; malheureusement, l’autopsie n’a pu être faite. Cette lacune dans l’observation est très regrettable ; comme on le verra tout à l’heure, la tumeur que nous avions prise pour un sarcome était eu réalité un exemple rare d’épithélioma de la glande mammaire ; il y aurait eu un grand intérêt à savoir si la pleurésie était bien réellement symptomatique de la formation de foyers néoplasiques dans les plèvres ou les poumons ; la longue durée de cette pleurésie, dix mois au moins, ne me paraît pas très favorable à cette manière de voir, d’autant plus que d’après le Dr Schacht, de Sion-, l’état général était caractérisé par des phénomènes d’hecticité, mais non par ceux de la cachexie cancéreuse; j’insiste encore sur le fait que le Dr Gautier et le Dr Schacht ont tous deux indiqué dans les notes qu’ils ont bien voulu me remettre, l’absence de toute récidive locale ou ganglionnaire ; ce serait un fait peu ordinaire que le développement aussi tardif de noyaux pleuraux ou pulmonaires, sans infection préalable des ganglions sus-claviculaires. . A
Passons maintenant à l’examen anatomique ; aussitôt apres
l’opération, la tumeur enlevée fut examinée et nous avions écrit dans nos notes : la tumeur du sein de volume énorme est formée sur la coupe d’un tissu blanc, assez dur, d’aspect un peu fibreux, avec des foyers de ramollissement renfermant une bouillie puriforme ; quant aux ganglions, ils présentent une coloration blanchâtre. ,
Lorsque le Dr Mayor, à qui des fragments de la pièce avaient été remis, trouva dans un ganglion une inflammation simple, dans les fragments de la tumeur, là du tissu conjonctif adulte, dans d’autres points de l’épithélioma, il nous parut nécessaire de revoir la pièce conservée en totalité dans l’alcool ; cet exa-
!men fait tout dernièrement encore, nous permet de donner la description suivante : la tumeur du sein est composée de deux parties différentes que la macération prolongée dans l’alcool a rendues très distinctes :
1° Une masse fibreuse considérable qui formait la base de la tumeur et s’appliquait directement sur le grand pectoral ; à la périphérie le tissu fibreux est entremêlé de lobules adipeux ; ses limites sont diffuses.
2° Dans cette masse fibreuse s’enchâsse en quelque sorte le néoplasme proprement dit au centre duquel s’enfonce l’ulcération ; sa limite du côté du tissu fibreux est nettement tranchée et présente un contour festonné ; la masse néoplasique a autour de l’ulcération une épaisseur de 3 à 4 centimètres suivant les points ; elle forme un manchon complet à l’ulcération, aussi bien au fond que sur les côtés ; tout en se distinguant par sa coloration du tissu fibreux qui l’entoure, elle fait corps avec
Ilui ; la coloration du tissu macéré est d’un gris blanchâtre sur lequel tranchent des îlots à contours arrondis ou festonnés de coloration jaunâtre ; autour de l’ulcération ce tissu adhère à la peau.
Comme on va le voir, l’examen histologique rend compte de la présence des deux apparences différentes que nous signalons dans l’épaisseur de la tumeur; on verra aussi que dans certains des ganglions il y avait autre chose que de l’inflammation simple. J.-L. R.
La tumeur, dans sa totalité, semble donc constituée par une espèce de gâteau fibreux supportant, en quelque sorte, un néoplasme dont l’aspect varie suivant ses régions, et qui traverse
la peau pour s’étaler à l’air libre sous la forme d’un volumineux fou gus.
Nous avons donc à étudier:
1° La tumeur proprement dite, dans la zone où l’on v reconnaît facilement creusées dans le tissu conjonctif, des cavités pleines d’une masse friable et comme caséeuse.
2“ Cette même tumeur dans la zone où, molle et friable dans sa totalité, elle s’appuie sur le socle fibreux par un ligue festonnée.
3U Le champignon, qui s’échappe pour ainsi dire du centre du néoplasme, et les rapports qu’il a offerts avec la peau.
4° La masse fibroïde nacrée qui supporte le néoplasme et qui au premier abord, paraît se confondre intimement avec lui.
I. — La région qui offre les caractères les plus saillants, et dont l’interprétation est la plus simple, c’est celle où se remarque la présence d’amas caséeux plus ou moins volumineux.
Ici, à un faible grossissement, la néoplasie se montre constituée par une trame fibreuse adulte, s’infiltrant cependant en certains points de cellules embryonnaires, et creusée d’une infinité de loges, les unes volumineuses, les autres fort petites, les unes arrondies, les autres lobées, les unes isolées, les autres communiquant entre elles plus ou moins largement.
Ces loges sont tapissées, à leur face interne, par un épithélium assez régulièrement cubique ou cylindrique, sain sur une ou plusieurs couches à partir de la paroi, mais envahi bientôt par la dégénérescence granulo-graisseuse qui finit par le réduire en cette bouillie caséeuse dont se trouve rempli le centre de chaque cavité.
En étudiant les cavités les moins volumineuses, on rencontre toutes les formes de passage entre le lobule presque sain, et la loge isolée," ou confondue avec les voisines pour former une sorte de kyste athéromateux. Au début, le lobule est à peine déformé ; mais entre ses acini sont répandues des cellules rondès embryonnaires, et les acini eux-mêmes sont dilatés, remplis de cellules épithéliales cubiques, disposées sur plusieurs couches. Puis ces culs de sac glandulaires se gonflent, s’accolent, se confondent, et leurs points d’abouchement s’élargissent considérablement. Bientôt ils ne forment plus qu’une vaste cavité, à la périphérie de laquelle des festons, plus ou moins réguliers, indiquent la structure, primitivement acineuse, du lobule transformé en loge. Enfin, ces festons eux-mêmes disparaissent plus
pu moins complètement ; et ainsi, comme nous le disions tout à l’heure, se trouve constituée une vaste cavité, dont la surface interne est tapissée d’une ou plusieurs couches de cellules assez régulièrement cubiques. Ces cellules, on les voit dégénérer à mesure que l’on se rapproche du centre de la loge ; elles se chargent de granulations protéiques ou graisseuses, pour se résoudre enfin en un magma granuleux contenant encore quelques débris cellulaires informes.
Décrire cette lésion c’est classer notre tumeur: il s’agit d’un épitliélioma ayant pris naissance par altération des acini et des canaux glandulaires du sein.
II. — Mais bientôt la tumeur, tout en restant franchement épithéliomateuse, prendra un aspect un peu spécial (PI. X, fig. 5). En effet, en un point, voici une masse molle, découpée en festons, au niveau de sa face profonde, par laquelle elle repose sur le socle fibroïde, confondue d’autre part avec le gigantesque champignon qui. au céntre du néoplasme, s’élève vers la peau, la transperce, et s’étale en partie à sa surface.
Cette région, molle et fragile, n’est composée, pour ainsi dire, que de cellules épithéliales cubiques ou cuboïdes, disposées parfois, dans le même amas, sous formes de couronnes entourant des espaces vides plus ou moins régulièrement arrondis et simulant, par conséquent, des coupes de canaux glandulaires.
En y regardant de près, on remarque que cette masse d’épithélium est soutenue, de place en place, par des travées conjonctives. Elle s’appuie d’un côté sur le tissu fibroïde sousjacent à la tumeur, et nous avons vu que la limite entre les deux tissus se faisait en forme de festons. Or, des angles de rencontre des festons, s’élèvent, en se dirigeant en général vers le fongus, des travées conjonctives assez considérables qui, bientôt, s amincissant et se divisant, se perdent dans la masseépithéliale ou dans le magma de dégénérescence qui lui fait suite. En effet, les cellules, ici comme dans les lobes de tout à 1 heure, se transforment bientôt en une masse sans structure définie, composées de granulations de volume variable et de natures diverses, au milieu desquelles se rencontrent des globules rouges plus ou moins altérés, ainsi que les noyaux des cellules epithéliales détruites ou des leucocytes dégénérés qui sont entrés dans la constitution delà masse (fig. 6).
La dégénérescence granulo-graisseuse qui a envahi les cellules les fait disparaître parfois jusqu’à celles qui tapissent les
travées conjonctives, et finit même par envahir les travées et les détruire. On les voit alors s’infiltrer de fines gouttelettes graisseuses, et dégénérer jusqu’à se confondre avec la masse de détritus qui, à elle seule, constitue le fongus.
III. — Cette masse, semée de leucocytes, occupe le centre de la tumeur, et s’élève vers la peau en s’évasant à la façon du chapeau de certains champignons. Elle traverse les téguments et s’étale, en empiétant légèrement en dehors des bords de la perforation.
Les parties constitutives de la peau (derme, papilles, etc.) gardent, au voisinage de cette lésion, leur figure normale ; mais elles sont infiltrées de nombreux éléments embryonnaires, et les cellules épidermiques ont subi l’altération qui les atteint en général au voisinage d’un foyer d’irritation.
IV. — Reste la masse fibreuse sur laquelle le néoplasmeépithélial est déposé pour ainsi dire.
Ici il s’agit d’un abondant tissu conjonctif adulte, fihroïde, renfermant encore des lobules adipeux assez nombreux, mais fort réduits en étendue, et envahis par la sclérose qui les étouffe.
Au milieu de cette masse fibreuse, se rencontrent très clairsemés, des lobules glandulaires altérés. Tout en ayant conservé leur aspect général, ils sont infiltrés, dans leur tissu conjonctif interacineux, de cellules rondes embryonnaires. En outre, leurs culs-de-sacs sont généralement tapissés de deux ou plusieurs couches de cellules épithéliales, les unes cubiques, les autres, — celles de la couche profonde généralement, — plus ou moins aplaties (fig. 4).
C’est la figure qui se produit soit lorsque les lobules de la mamelle se trouvent noyés par un tissu conjonctif hyperplasie (fibro-adénome acineux de Ziegler), soit lorsqu’ils commencent à être le siège du développement de certains épithéliomas (Labbé et Coyne).
En un mot, on peut se demander s'il s’agit d’une région où l’épithélioma en est encore à ses débuts, ou si, au contrait e, il n’y a autre chose qu’une irritation de voisinage, une sorte de-
sclérose hypertrophique secondaire.
L’aspect que présentent, soit à l’œil nu, soit au microscope, les limites profondes des régions de la tumeur que nous avons décrite en premier lieu, semblerait plutôt favorable à cette deinière interprétation. En effet, l’épithélioma paraît déposé, ou
plutôt enchâssé, à la surface du gâteau fibroïde. Les limites en sont marquées par un changement d’aspect du tissu conjonctif. Celui-ci, dans ce qui appartient évidemment au néoplasme, est moins dense, et les éléments glandulaires qu’il renfermé offrent toujours l’aspect de cavités remplies d’un épithélium surabondant. Mais qui pourrait affirmer que, par la suite, ces éléments glandulaires du gâteau fibreux où les cellules sont déjà sur deux couches, n’auraient pas, comme les autres, pris part à la constitution de la tumeur elle-même?
Avant de passer outre disons que les vaisseaux n’ont rien présenté qui fût particulièrement intéressant à noter.
V. — Pour les ganglions lymphatiques extirpés de l’aisselle, ils offrent un aspect fort curieux.
a. Les uns, très gros, semblent simplement enflammés. — Leurs éléments cellulaires ne sont pas modifiés d’aspect. — A peine, dans certains follicules, pourrait-on découvrir de petits groupes de cellules un peu plus volumineuses qu’elles ne devraient l’être, mais qui ne semblent autre chose que des éléments lymphatiques, ou des cellules fixes tuméfiées par l’inflammation. En un mot il s’agit d 'adénite et non de cancer secondaire.
b. Mais une autre glande, plus petite, offre à l’œil nu l’aspect de la dégénérescence cancéreuse.
A première vue, et à un faible grossissement, l’altération dont elle est le siège met en lumière, d’une façon évidente, la structure anatomique des ganglions lymphatiques, et particulièrement la disposition folliculaire de leur substance corticale.
En effet le hile et la substance médullaire du ganglion sont constitués par un tissu conjonctif assez serré, coloré en rose vif par le picrocarmin et creusé de canaux sanguins ou lymphatiques, les uns sains, les autres altérés. De ce centre fibreux partent des travées de même nature qui, se dirigeant vers la capsule du ganglion, limitent par leurs ramifications et leurs anastomoses, des espaces plus ou moins régulièrement arrondis; ceux-ci contiennent le tissu qui a remplacé les follicules lymphatiques.
Ce tissu, qui tranche par sa coloration jaune rougeâtre, sur le rose vif des travées conjonctives qui l’encadrent, est d’aspect réticulé. En effet, il est constitué par de fines fibrilles conjonctives qui, parties des parois de chaque logette, sous forme de trousseaux assez lâches, se résolvent bientôt en fascicules et en
filaments ; ceux-ci entrecroisés et anastomosés en divers sens, forment un réseau d’autant plus élégant que les éléments cellulaires y sont rares, et représentés seulement par quelques cellules fixes à gros noyaux ovoïdes. En un point de cet amas sphéroïde de tissu réticulé, se rencontre constamment un boyau sur lequel viennent s’insérer, normalement à sa surface, les fibrilles constitutives du réseau conjonctif, et dont la paroi interne est tapissée d’une élégante couche des cellules épithéliales cubiques ou cylindriques.
Ce boyau est parfois disposé comme un cadre parallèle k l’enveloppe conjonctive de chaque follicule; il en est cependant toujours séparé par une très mince couche de tissu réticulé. Néanmoins, en ce cas, il figure fort bien le sinus lymphatique qui entoure normalement le follicule, d’autant plus, qu’a l’état physiologique, les trabécules du réticulum ganglionnaire qui s’insèrent sur le sinus périfolliculaire, le font suivant une direction normale à sa surface. Or c’est là, nous l’avons vu, la disposition qu’affectent, à l’égard du canal que nous décrivons, les fibrilles du tissu réticulé qui semble occuper la place du follicule. L’on pourrait donc supposer que ce dernier a été simplement transformé, en ce sens que toutes les cellules lymphatiques qu’il contient ont été chassées, et ont ainsi laissé apparaître, merveilleusement dessinées, la trame réticulée, semée çk et là de ses cellules fixes et parcourue par quelques fins capillaires sanguins.
Mais que devient cette explication lorsque, comme cela est le cas fréquemment, le boyau tapissé d’épithélium occupe le centre de l’amas de tissu réticulé? — ou bien lorsqu’on le-voit, parti du centre du follicule, s’ouvrir directement dans une des lacunes de la région médullaire qui doit représenter un lymphatique efférent, et qui alors, se tiouve elle-même tapissée du même épithélium prismatique. Faudrait-il donc admettre que, au lieu de se vider de ses cellules lymphatiques, le follicule a totalement disparu, laissant en place le sinus afférent’, et que le tissu caverneux qui entoure normalement celui-ci a pris un développement considérable, pendant que les éléments sphériques qu’il contient habituellement s’écoulaient sans êtie îemp lacés par d’autres ? Faut-il, au contraire, conclure, de ce cas
i Cependant, dans ce cas, ce sinus serait devenu un véritable canal, oïl Ion ne .retrouve point le système de travées qui s'y remarquent â l’état normal.
pathologique, que l’anatomie normale du ganglion n’est pasencore fixée autant qu’on le croyait? J’avoue être incapable de trancher cette difficulté. D’autant plus qu’il m’a été impossible de trouver dans les auteurs que j’ai consultés la relation d’un cas semblable.
C’est pourquoi j’ai cru devoir indiquer par le dessin cette disposition toute spéciale — et, pour moi, toute nouvelle, — de l’infection secondaire épithéliomateuse des ga'nglions lymphatiques (Voir PI. X, fig. 7). A. M.
Il s’agit donc dans notre cas d’un épithélioma du sein; je crois que la description que l’on vient de lire et les figures qui l’accompagnent 11e peuvent laisser aucun doute sous ce rapport; ce n’est évidemment pas un carcinome du sein ni au point de vue anatomique, ni au point de vue clinique. Malheureusement nous sommes jusqu’ici fort peu au clair sur cette question de l’épithélioma de la mamelle. Billroth 1 en avait signalé et figuré un cas, examiné par Rindfleisch autrefois et concluait en disant qu’il le rangerait dans les cancroïdes; Labbé etCoyne* ont donné à certaines tumeurs bénignes du sein, dont ils publient trois observations complètes, le nom d’épithéliomas intracanaliculaires ; sous le rapport anatomique notre tumeur se rapproche certainement de celles-ci. Enfin Malassez et son élève Deffaux ont rangé les tumeurs du sein d’origine épithéliale en trois groupes : épithélioma typique, métatypique et carcinome; notre tumeur pourrait probablement être rangée dans le second groupe.
C est aussi à ces variétés de tumeurs qu’appartiendraient, au moins une grande partie, celles que l’on désignait autrefois sous le nom d’adénome ; en effet, ces adénomes du sein, d’après Gross, peuvent amener l’ulcération de la peau et la formation de foyers saignants et il a réuni deux cas d’adénopathie.
Mais, il faut bien le dire, jusqu’à présent la question de l’épithélioma de la mammelle est un véritable chaos et il est pour le moment impossible d’en faire une description d’ensemble ; les observations complètes sont trop rares pour le permettre ' et il serait parfaitement oiseux de le tenter.
1 Pitha et Billroth, Ilanrlbncli der allgcineinen und specielleu Chirurgie, Dritter Band, Zweite Abilieilung, Erste Lieferung p. 83.
1 Labbé et Coyne, Traité des tumeurs bénignes du sein. Paris, 1876,
Je me bornerai donc, étant admis que la tumeur que j’ai enlevée doit porter le titre d’épithélioma, à faire ressortir les particularités cliniques du cas.
Au point de vue étiologique il y a à noter l’existence d’un traumatisme et la formation d’un abcès volumineux sous le mamelon ; cet abcès qui s’ouvrit spontanément se cicatrisa et c’est précisément sous le mamelon, au même point, que trois ans plus tard la tumeur apparaissait. Ne se pourrait-il pas que la cicatrice consécutive à l’abcès, en oblitérant ou en comprimant les canaux excréteurs de la glande, ait favorisé l’accumulation de cellules épithéliales et préparé la formation de l’épithélioma? c’est à peu près par ce mécanisme que d’après Paget et Busch l’eczéma du mamelon favoriserait le développement du carcinome.
Relativement à la marche : formation d’une tumeur dure, à développement lent d’abord puis brusque, ulcération, formation d’un énorme fongus, écoulement abondant d’un liquide à odeur douceâtre qui empèse le linge; formation de grosses tumeurs ganglionnaires.
Enfin signalons la composition toute particulière de la tumeur, c’est-à-dire l’existence à côté d’une masse néoplasique épithéliale, d’une abondante formation de tissu fibreux qui entre pour une forte proportion dans le volume total; et l’existence dans l’aisselle de ganglions volumineux, blanchâtres, dont les uns renferment de l’épithélioma, tandis que d’autres paraissent simplement enflammés.
L’ablation de la tumeur et des ganglions dégénérés a été suivie de guérison et celle-ci a persisté pendant plus de deux ans; je doute même fort que la pleurésie qui a emporté le malade fut d’origine néoplasique. J--L. Ii.