‹ Recueil de farces, soties et moralités du quinzième siècleChapitre 14 sur 53 · DE PATHELIN. I · texte numérisé non relu

DE PATHELIN. I

A sa main tient son bréviaire.

Bonjour, monsieur ! Deui motz à tous ?

MESSIRE JEHAN

Guillemette, tout doulx, tout doulx.

Gomme vous estes effroyée !

GOILLEHETTE.

Ha ! je suis la plus desvoyée ' !. . . On n'attend vie à mon mary !

■ ESSIRE JEHAN.

Est 'il si fort malade ?

6DILLE1IETTE.

Ouv.

Certes, ce devez-vous sçavoir.

MESSIRE JEHAN

Je le veuil doncques aller veoir.

GUILLBMETTE.

Maintenante

MESSIRE JEHAN

J'y courray grant erre *.

L^APOTICAIRE arrive chez Pathelin et luy dit : Que faictes-vous, hau, maistre Pierre?

Comment se porte la santé ?

PATHELIN

Je ne sçay, par ma loyauté :

Je me vouloye laisser mourir.

l'apoticaire.

Et je viens pour vous secourir.

Où vous tient vostre maladie ?

* Eperdue, ^arée, désolée.

* Grand train.

PATHELIN

fia ! devant que je vous le die, Donnez-inoy à boire un horion, (Oyez-vous, maistre Aliborum ?) Avant que ina femme reviengne ?

l'apotigaire.

' Jésus, en bon propos, vous tienne, Mon amy ! Vous estes fort bas.

PATHELIH.

Où est Guillemette?

l'apoticaire.

Elle n'y est pas :

Elle est allée un peu en ville.

PATHELIN

Or, selon vostre usaige et stille.

Gomme sommes- nous de la. lune ?

l'apotigaire. , Au tiers quartier.

PATHELIN

J'en ay pour une*.

Ne viendra meshuy Guillemette ?

En malle estraine Dieu la mette !

Se je le vueil, qu'elle demeure !

GUILLEMETTE

Je reviens.

l'apoticaire.

A la très-bonne heure !

60ILLEMETTE arrive avec le Curé.

Maistre Pierre, vecy venir

* C'est-à-dire : je n'irai pas jusqu'à la nouyelle lune.

DE PATilELlN. 198

Messire Jehan, qui, sans plus tenir, Est tout prest de vous ordonner * ?

PATHELIN

Il nous fault doncques chopiner, Par accord, de tout le meilleur.

MESSIRE JEHAN

Comment le fait le bon seigneur*?

Va-il ne avant, ne arrière ?

PAinELIN.

€uillanette, à Thuys derrière, Quelqu'un m'apporte de l'argent ?

MESSIRE JEHAN

JDieu benye. Dieu gard, bonne gent !

Comment se porte ce malade ?

PATHELiN.

Allez-moy querre ma salade ', Ma mye, pour armer ma teste?

GUILLBMETTE.

Et, par Dieu, vous estes bien beste !

C'est messire Jehan qui vous vient veoir.

PATHELIN

De par Dieu, faictes-le seoir, Et puis on parlera à luy.

MESSIRE JEHAN

Maistre Pierre, je suis celuy Qui service vous vouidroit faire.

l'apoticaire.

Maistre Pierre, s'en vostre affaire

' Mettre en ordre votre conscience.

* Commest se porte le pauvre homme?

' Casque sans visière que portaient les francs-archers.

Ne pensez, tous tous en allez !

Dictes-moy se point vous voulez User de quelque médecine ?

PATHELIK.

Je ne veuU faisant, paon, ne cigne :

Tay Tappetit à ung poussin.

l'apotigaibe.

User vous fault de succre tin, Pour faire en aller tout ce flume *?

FATHELIN.

Guillemette, que Ten me plume Les deux oyseauk que vous sçavez?

GOILLBHETTE.

Je cuyde, raoy, que vous rosvez !

Penser fault de vous mettre à poinct'?

l'apoticaire.

Brief, il ne luy amende point ; Mais va tousjours de mal en pis.

PATHELIK.

Une escuellée de bons coulis, Seroit-ce point bonne viande Pour moy ?

L*APOTIGAIRE.

Ung pou ' de (aict d'amande Vous seroit meilleur à humer.

patiielin.

Si est-il bon à présumer

Qu'à peine je pourroye le prendre.

' Pour : neume, flegme, flegmon.

* C'est-à-dire : de vous préparer à mourir.

' C'est ainsi qu'on pronouçait le mot peu.

DE PATH£LIN. 19f

6UILIEHETTE.

Au surplus, il tous fault entendre A TOUS confesser vistement, Et faire un mot de testament :

Ainsi doibt faire tout chrestien.

' PATHELIN

/Orçày vrayement, je le vueil bien.

Faictes nostre curé venir?

MESSIRE JEHAN

Çà, maistre Pierre» souvenir

Vous convient de vos maulx * passez ?

PATHELIN

Je les ay pieça laissez

A ceulx qui n'en avoyent point.

MESSIRE JEHAN

Las, mon amy , Jésus vous doint

Avoir de luy boime mémoire,

Af&n qu'avoir puissiez la gloire

En laquelle tous ont fiance !

Ayez, en après, souvenance

De tous les maulx que listes oncques;

Dictes après moy?

PATHELIN

Or sus doncques.

Je vous suivray, en vérité.

MESSIRE JEHAN

Or dictes Benedicite ?

PATHELIN

Benedicite 9 monseigneur !

MESSIRE JEHAN

Et voîcy une grande hydeur !

Sçav'ous ' respondre Dominus ?

^ Méfaits, péchés.

* Four : aavei'vovs, par ellipse.

PATHBE.IN.

Par ma foy, je n^en congnois nuli, Affin qu6 le Tray tous en dyes.

MESSIRB JEHAH.

Confesser vous fault des ouyes»

Des yeux, du nez, et de la bouche.

PATHELIN

Jamais à telles gens n^attouche;

Car, puisqu'il ont bouche, ilz ont dents :

Se je boatois mon doigt dedans,

III me pourroient jusqu'au sang mordre.

MESSIRB JEHAN.

En cest homme-cy n*a point d^ordre ; Il a tout le cenreau troublé.

PATHELIN

Dea, dictes? Je n'ay rien emblé.

Tout mon argent eà en la Seine ^

MBS8IBE JEHAN.

Dieu par sa grâce le ramaine Et le radresse en son bon sens !

PATHELIN

Messire Jehan, qu'est-ce que je sens ?

Pain fleury , ou tourte en pesle * ?

Qu'on me baille trois coups de pelle A ce chat que voy cy grimper !

Il fault ung peu le moust^ happer.

Curé ? Car je ne beuz pieça.

' Cette plaisanterie prouve que la farce fut faite et joaée, sinon à Paris, du moins dans une localité voisine de la Seine, sans doute àHouen. Voy. ci-après, p. 905 et 208. L'édition de Gueulette met ici avoyne, pour aveine, du latin avena»

* On prononçait ainsi le moi poisle.

' Vin nouveau, du bas latin tnuslum.

DE PATHELIN. 190

MBSSIRE JEHAN.

Je ne tj, puis dix arts en çà,

Homme si plain de fantasie !

Or çà, TOUS confessez-vons mye

De ceulx que vous avez trompez ?

PATHELIN

Si ne s^y fussent pas boutez, Je ne les alloye mye querre.

* MESSIRE JEHAN

11 vous convient pardon requerre, De très-bon cueur, à Dieu le Père ?

PATHELIN

Vrayement, si faisois-je à sou Père Et à ses sainctes et ses saincts....

Ces femmes qui ont si grans sains, Trop ne m^en puis esmerveiller :

On n'a que faire d'oreiller, Quant on est couché avec elles.

■ ESSIRE JEHAN.

Il parle de sains, de mamelles, L'un parmy l'autre. C'est pitié ! Il a le cerveau tout vuidé :

Je le double fort et le crains!...

Confesser vous fault de voz mains, Et de voz cinq sens de nature?

PATHELIN

Mises les ay à la ceincture, Souvent en faisant le grobis •, En disant aux gens : Et vobis I Quant on me disoit : bona dies !

' L'important, le gros monsieur ; en se donnant un air grave el Togue ; en se faisant, pour ainsi dire, deux fois gros.

MESSIBE JEBAN.

Laissons trtstout cela en paix :

Et venons à parler des piedz Qui es fauk dieux tous ont portez *■ ; Car nul n^en fault laisser derrière.

PATUELIM.

Et comment? Est-ce la manien ?

Se faut-il de tout confesser ?

HESSIRE JEHAN.

Ouy, certainement, et penser Aux douze articles de la fov.

PATHELIlf.

Quant à ceulx-là, je les congnoy :

Je les nommeroye bien par ordre.

Brief, ilz n^ont garde de me mordre... . Ây ! que je suis en chaleur grande!

MESSIRE JEHAN

En après, je vous fais demande : Atoz-vous eu rien de Tautruy, Qu'il vous souviengne ?

PATHELIN

Helas ! ouy.

Mais de le dire n'est mestier.

HESSIRE JEHAN.

Si est, vrayement.

PATHELIN

C'est du Drappier, Duquel j'eus cinq, dis-je, six aulnes De drap, que en beaulx escus jaulnes

* Nous croyons que cette allocution étrange avait pour objet de préparer le malade à la cérémonie de rGxtrémeUhiction, dans laquelle le préire oint avec le saint-clirèfflc les pieds et les mains du moribond.

DE PATBBLIX. 201

Luy promis et deToye payer Incontinent, sans délayer.

Ainsy fut-il de moy content.

Mais je le trompay faulccraent ; Car oncques il n'en reçeuk croix ', Ne ne fera jamais.

MESSIRE JEHAN

Toutesfois, Ce n'est pas bonne conscience.

PATHELIN

Il fault qu'il preingne en pacience ; €ar il n'en aura autre chose.

, MESSIRE JEHAN

EtduBergier....?

PATHELIN

Parler n^en ose.

MESSIRE JEHAN

Pourquoy cela ?

PATHELIN

Pour mon honneur.

MESSIRE JEHAN

Et hardyment?

PATHELIN

Mon deshonneur Si y perdroit à tousjours*mais.

MESSIRE JEHAN

Et comme quoy ?

PATHELIN

Pour ce qu'eu Bée * Il me paya subtileiment.

* Pièce de monnaie, portant le signe de la croix au revers.

* Pour : bayât parce que le Berger répondait b^e à toutes !e s •demandes de son avocat. Voy. la Farce de Maître Pathelin.

MESSIBE JEHAN.

Par qui fut-ce?

Par qui, vrayement?

Par moy qui Tavoyè introduit.

MESSIRE JEHAN

Je TOUS entens bien ; il souflit.

Trompeurs sont Youlentiers trompez , Soit tost ou tard, au loing ou près.

Oultre, ne laissez riens derrière ' ?

PATHELIN

Et comment? Esse la manière?

Se faut-il du tout confesser?

MESSIRE JEHAN

Ouy, certes, sans rien laisser, Dont conscience tous remorde.

Des (BUTres de miséricorde*, Avez-vous les nuds rcTestus ?

PATHELIN

Faulte de monnoye et d'escus, ITen a gardé ; et m'en confesse.

MESSIRE JEHAN

Ainsi Tostre confession cesse, Et TOUS fault absolution.

At'ous' de toutfaict mention?

Bequerrez-Tous à Dieu mercy ?

PATHELIN

Helas ! monseigneur, et aussi A toute sa benoiste court ^ !

* C'est-à-dire : outre cela, vous n'oubliez aucun péché.

* C'est-à-dire : avez-vous fait l'aumône et des œuvres de charité ?

* Pour : avez'vous.

* C'est-à-dire : & tous les bienheureux, à tous les saints du paradis.

DE PATHELIH. ^

1IB88IBE JBHAH.

C^est bien dit. Pour le faire court, Guillemette, et vous, mon amy, Vous voyez ce povre homme^y En grant langueur et maladie, Près qiiasi de finir sa vie.

Il veult fiiire son testament, Gy, devant nous, présentement, Sans fraulder ses hoirs et sa femme :

Et, premier, commande son ame.

Gomme bon catholique, à Dieu, Pour avoir en paradis lieu.

Ainsi soii-il. Dictes Amen ?

PATHELIN

G'est très-bien dit, messire Jehan.

Mais, devant que rien en commence , J*arrouseray ma conscience.

Guillemette, donnez-moy à boire :

Et puis après, ayez mémoire . D'en présenter à mon voysin ?

Et, s'il n'y a assez de vin, Je vous pry, qu'on en voyse traire *.

Messire Jehan, vostre escriptoire, Et du papier ? Si escripvez !

GUILLEHETTE.

Regardez à qui vous lairrez * ?

Je demourray povre et seulette !

Icy commence Pathelin à faire son testament, en la manière

qui 9'ensuyt '.

Tout premier, à vous, Guillemette,

* Pour : tirer à la pièce.

* C'est-à-dire : voyez à qui vous léguerez quelque chose.

' Ce testament est dans la forme et dans le goût des deux Testaments de Villon.

iOi LE TBSTÂHBN

Qui sçavez où sont mes escus Dedans la petite layette :

Vous les aurez, s'ilz y sont plus.

Après, tous vrays gaudisseurs.

Bas percez ^, gallans sans soucy, Je leur laisse les rostisseurs, Les bonnes tavernes aussi.

Aux quatre convens aussi, Gordeliers, Carmes, Augustins, Jacopins ', soient hors, ou soient ens ', Je leur laisse tous bons lopins^.

Item : je donne aux Filles-Dieu ', *A Sainct Amant ^, et aux Béguines^,

* ^ans argent.

* Pour : Jacobins.

' Pour : dedans.

* Villon, strophe 138, de son Grant Testametiit parle aussi de maints lopins

Qui se perdent aux Jacobins.

^ Le couvent des Filles-Dieu avait été fondé par saint Louis pour recueillir les femmes de mauvaise vie ; il était situé à l'entrée de la grande rue Saint-Denis, près du mur d'enceinte de la ville, à l'endroit même que désigne encore la rue des Filles-Dieu. Biais il s'agit ici d'un autre couvent, dans une ville de province, sans doute à Rouen.

* La célèbre abbaye de Saint-Amand était à trois lieues de Tournay ; mais il s'agit plutôt ici de la riche abbaye de Saint- Amand de Rouen, occupée par des religieuses bénédictines, à qui la chronique scandaleuse attribuait des rapports peu édifiants avec leurs voisins les moines de Saint-Ouen. Cependant il faut remarquer que Villon , qui avait eu à se plaindre d'un certain Pierre Saint-Amant et surtout de la femme de ce dernier personnage , les a cités tous de^x, strophe 12 du Petit Testament et strophe 87 du Grant Testament.

^ La communauté des béguines, instituée en Flandre dans le douzième siècle, avait deux principaux couvents à Paris, celui de l'Ave-Maria et celui de Sainte-Avoye, ainsi que des maisons moinf^ importantes dans les principales villes de France. La réputation de ces nonnains était loin d'être irréprochable

DE PATBELIN. tt5

Et à toutes nonnains, le jeu Oui se faict h force d'esdiines '.

Item : je laisse à tous sergens, Qui ne cessent, jour et sepmaine, De prendre et de tromper les gens, Chascun une fièvre quartaine.

A tous chopineurs et yvrongnes, Noter Tueil que je leur laisse Toutes goûtes, crampes et rongnes, Au poing, au costé, à la fesse.

Et, à THostel-Dif u de Rouen *, Laisse et donne, de franc vouloir.

Ma robbe grise que j'eus ouen'.

Et mon meschant chapperon noir.

Après, à vous, mon conseiller, Hessire Jehan, sans truffe * ou sornette, Je vous laisse, pour faire oreiller, Les deux fesses de Guillemette Ma fenune.... (Gela est honneste?)

Et à vous, maistre Aliborum, D'oingnement plaîn une boiste,

* Villon, dans son Petit Testament, strophe. 32 :

Item, aux Quatre Mendiants, Aux Fille»-Dieu et aux Béguines, Savoureux naorceaux et frians.

Chapons, pigeons, grasses gelines, Et abattre pain à deux mains.

Et puis prescher les quinze Signes :

Carmes chevaulchent nos voysines; Mais cela ne m'est que du nieins.

' Ce vers indiquerait que la scène se passe à Rouen, ou du moins que . la farce fut faite pour être représentée dans cette ▼ille, où les pièces de ce genre facétieux avaient un public plus nombreux et plu> enthousiaste que partout ailleurs.

' L'an passé, naguère.

* Tromperie, mensonge.

206 LE TESrAMEIlT

Voire du pur diaculurriy Pour exposer suprà culum De ces fillettes.... Sans plus dire, Gbascun entend ceste raison :

Il n'est jk besoin de l'escripre.

C'est tout, messire Jehan.

MESSIRE JEHAN

Or, bien, sire.

PATHELIN

Guillemette?

Quoy, maistre Pierre T

PATHELIN

Mon couvrechef ne tient point serre ; Il est trop lasche par derrière.

GUILLEMETTE

Il est bien.

PATHELIN

Bée! m'amye chère, Je n'en puis plus, à brief parler !... Par ma foy, je m'en vueil aller ! . . . Accomplissez mon testament. . .

GUILLEMETTE

Las ! si feray-je Trayement !

Où Toulez-Yous estre enterré ?

PATHELIN

N'a-il plus rien au pot carré, A boire, avant que trespasser?

GUILLEMETTE

Deussiez-vous en ce point farcer, Qui estes si près de la mort ?

PATHELIN

De la mort !

DB PATHELIN t07

6DILLBMBTTE.

Voire.

J'ay donapies toii.

MESSIBE JEHAN.

Au nom de sainct Pierre l'apostre, Dictes où vous voulez que vostre Corps soit bouté en sépulture?

PATHELIN

En une cave, k l*adventure, Dessoubz ung muid de vin de Beauhie '. Puis, faictes faire en lettre jaulne.

Dessus moy, en beau pathelin * :

Cy repose et gist PATHELIN, En son temps advocat sous Vorme, Conseiller de monsieur de Corne ^^ Et de damoiselle sa femme.

Priez Dieu que il ail son ame !

Vous sçaurez bien tout cela faire?

MESSIRE JEHAN. y

Disposer fault du luminaire :

En voulez-vous bien largement?

* Cette épitaphe rappelle la vieille chansou populaire, si connue :

Si je meurs, que Ton m'enterre Dans la cave oif. est le via, Les deux pieds à la muraille *

Et le nex sous le robin.

* C'est-à-dire : en style pathelinois, en langage de Pathelin. ' Ce vers, qui fait allusion à Vabbé des Comards de Rouen,

semble indiquer que cette farce avait été composée pour la ioyeuse confrérie des Gomards, qui donnait des représentations dramatiques, dans cette ville, & l'époque du carnaval.

tOB LE TESTAMENT

PATBELIN.

Pour quatre liars seulement, Prins sur le meilleur de mes biens.

Aussi, n^oubliei, pour riens, A faire mes armes pourtraire.

Oyez que vous y ferez faire, Peur ce qu'ayme la fleur du vin, Trois belles grappes de raisin.

En un cbamp d'or, semé d'azur.

Je vous pry que j'en soye seur?

Autre chose ne requiers plus.

GUILLEMETTE

Ne pensez point à telz abus.

Mon amy : pensez à yostre ame l

PATHELIN

Helas ! Guillemette, ma femme !

Il est, à ce coup, faict de moy I Jamais mot ne diray ; parquoy, La mort va faire son effort.

Maistre Pierre Pathelin meurt, à cesle heure. GUILLEHETTE.

Ba ! Nostre Dame de Montfoii * !

Le bon maistre Pierre est basi *,

MESSIBE JEHAN.

Le remède est prier pour luy,

* Celle inyocation ù la Kotre-Dame de Montfort-surUe. très-vénérée des marias normands, prouverait que la scène se passe à Rouen ou du moins en Normandie.

* C'est un mot d*argot, qui signiGe défmit. Le peuple dit encore dans le même sens : voilà un homme rasé!

DE PATHELl». ^

Et requiescat in pace.

Oublier fault le temps passé.

Riens n'y yaultle desconfort *.

Despechez-vous de le porter»

De ce lieu, vistement en terre ?

Aliborum, qu'on le me serre Derrière et devant ferme au cor])S ?

l'apoticaire.

Que Dieu luy soit misericors ".

Et à tous ceulx qui sont en vie !

GUILLEMETTE

AmeHy et la Vierge Marie !

MESSIBE JEHAN.

Or, pensons de le mettre en bie *.

Jésus luy soit misericors !

GUILLEMETTE

Helas! quant de luy me recors *, Je suis amèrement marrie !

MESSIRE JEHAN

Que Dieu luy soit misericors !

GUILLEMETTE

Ameny et la Vierge Marie I

' Découragement, désespoir.

• Pour : miséricordieux,

' Il y a bière dans l'édition gothique , mais la rime nous diquait un changement à faire. Bie se disait pour vie, dans^Ie sens de voie, du latin via. Nous nous rappelons aussi avoir vu ce mot employé avec la signilication de brouette^ charette, 'du latin bigû,

* Pour : recorde, rappelle, ressouviens.

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