L*AVEUGLE
Ma povreté est assouvie s,
S'en brief temps ne treuvc uiig servant.
LE BOITEUX
Maleurté * m'a si fort suwie, (Ju'à clic je suis asservant^.
l'aveugle.
Pour bon service desservant, Trouveray-jc point ung vallel?
Ung bon eu eus, en mon vivant^- (Jui jadis s'ap(»elloil Giblet»
Seur^sloit, combien qu'il fust lel.
J'ay beaucoup perdu en sa mort.
Plaisant estoit et nouvelle! ^.
Mauldite celle qui l'a mort '' !
LE BOltEUX.
iN'auray-jc de nully confort?
Ayez pitié de moy, pour Dieu !
' Dcrolîc, volé.
- .Maintenant, dcsormaii».
' Perdue, iH3duite à l'extrémité.
* .Mauvaise chance, malheur.
■* Asservi, esclave.
'» iNaV, innocent, neuf, uonveint.
■ C'est-à-tlirc : maudite »oit la mort qui Va mordu.! ieu de mots.
Dfc l'aveuglk i:i uu i;ojteux. 219
l'aveugle.
Qui es-tu, qui te plains si fort?
Mon amy, tirc-ren ce lieu ?
LE BOITBUX.
Helas ! je suis cy au milieu Du chemin, où je n'ay puissance D'aller avant. Ha ! sainct Mathieu !
Que j\iy de mal !
l'aveugle.
Viens et t'advance Pur devers moy, pour ta plaisance?
Ung petit nous esjoyrons.
LE BOITEUX
De parler tu as bien l'aysance!
Jamais de bien ne joyrons !
l'aveugle.
Viens à moy ; granl chicre ferons, S'il plaist à Dieu de paradis !
A nully nous ne méfierons * , Combien que soyons esiourdis.
LE BOITEUX
Mon amy, tu pers bien tes ditz»
D'icy bouger je ne sçauroyc.
Que de Dieu soyent ceulx maulditz, Par qui je suis en telle voye !
l'aveugle.
S*h toy aller droit je pou voye,
Conteut seroye de te porter
(Au moins, se la puissance avoye)»
C'iîU-à-tlirc : iibnr-. ne rcioii> foi't à porsdiiiic
ibN) MORALITE
Pour uDg peu ton mal supporter; Et, toy, pour me reconforter, Me conduyroye de lieux en lieux ?
LE BOITEUX
De ce ne nous fault déporter * :
Possible n^est de dire mieulx..
l\veugle,
A toy droit m'en voys, se je peux.^ Voys-je bon cliemin? '
le boiteux.
Ouy, sans faille*.
i.'aveuglk.
Pour ce que tomber je ne veulx,
A quatre piedz vault mieulx que j'aille.
Voys-je bien?
LE boiteux.
Droit comme une caille.
Tu seras tantost devers moy.
l'aveugle.
Quant seray près, la main me baille'/
LE BOITEUX
Aussi feray-je, par ma foy.
Tu ne vas pas bien, toume-toy?
l'aveugle.
Par deçà?
le boiteux.
Mais à la main destro.
' C'est-à-dire : Il uc faut pas uo\\> écarter de ce piau de con- (lurie.
* Sans faute.
DK L AVEUGLE ET DU BOITKUX
Ainsi?
l'aveugle.
Guy.
LE BOITEUX
l\veugle.
Je suis hors de moy.
Puisque je te tiens, mon beau maistre, Or çà, veuille-toy sur moy mectre :
Je croy que bien te porteray.
LE boiteux.
A cela me fault entremectre, Puis après je te conduyray.
l'aveugle.
lis-tu bien?
LE BOITEUX
Ouy, tout pour vray.
Garde bien de me laisser choir?
l'aveugle.
Quant en ce point je le feray, Je pry Dieu qu'il me puist meschoir * . Mais conduys-moy bien?
LE BOITEUX
Tout pour voir*.
A cela j'ay le serement * :
• Tiens cecy; je feray debvoir De te conduyre seurement.
l'aveugle.
lia dea, tu poises grandement!
D'ond vient cecy?
' Je prie Dieu qu'il me puisse arriver malheur.
- Oui vraiment.
^ Pour V serment. On pourrait croire qu'il faut lire ici : ferrement; ce qui signifierait : pour m'aider à te conduire, j'ai mon bâton ferré.
332 MOilALlTK
LF. BOITBOX.
Chemine bien, Et fais nostre cas sagenrtent.
Entens-tu? Hay !
l'aveugle.
Ouy, combien Que trop tu poises.
LE BOITEUX
Et rien, rien ; J(î suis plus logier qu'une plume, Ventrchieu !
l'aveugle.
Tien-te bien, tien, Se tu veulx que je te remplume?
Par le sainct Sang bien! onc enclume De maroschal si très-pesante Ne fut!... De grant chaleur je fume!.
D'ond vient cecj?