‹ Recueil de farces, soties et moralités du quinzième siècleChapitre 19 sur 53 · DE L AVEUGLE ET OU BOITEUX · texte numérisé non relu

DE L AVEUGLE ET OU BOITEUX

< Allez, ourrez ' ! » Jamais n'yray En lieu où celuy Sainct sera.

S'en poinct suis *, Ton m'appellera Truant^ en disant : « Quel paillurt, Pour mectre en gallée cela ^, Assez propre, miste ^ et gaillart ! »

l'aveugle.

Oncques ne vys tel babillart !

Je confesse que tu as droit :

Tu scais bien de ton babil Tart.

LE boiteux.

Je ne vouldroye point aller droict,

Ny aussi estre plus adroit

Que je suis, je le vous promectz.

j/avëugle.

Qu'aller là vouldroit se tordroit^, Et pourtant n'y allons jamais.

LE BOITEUX

Se guery tu estoyes, je mectz Qu'en bnef courroucé en seroyes :

L'on ne te donroit ^, pour tous mectz, Que du pain ; jamais tu n'anroyes Rien de friant.

l'aveugle.

Mieulx j'aimeroye

* Travaillez. Le verbe ouvrer dérive du latin operare.

* Cest"à-dire : si je suis en bon état, ingambe.

-"^ Gueux, rôdeur de grand chemin ; en ha» latin, Iruandus,

* C'est-à-dire : pour être envoyé, comme vagabond, ramer sur le:> galères du roi.

'^ Bien appris, initié, habile; du latin mysta.

* Cest-à-dire : qui voudr.iit nllcr là (visiter le corps saint), se ferait tort.

' Pour : donnerait.

^g MORALITÉ

Que gluant maleurté * me fust eschue, Qu'au corps ron m'ostist deux courroyes 2, Que se Ton m'east rendu la veueî

LB boitp:ux.

Ta bouree seroil despourveue *

Tantost d'argent?

i/aveogle.

Bien, je t'en crois.

LE BOITEUX

Jamais jour ne seroit pourveue, Ne n'y auroit pille ne croix ^ ?

l'aveugle.

Mais dis-tu vray?

LE BOITEUX

Ouy, par la Croix !

Ainsi seroil, que je devise *.

l'aveugle.

Jamais de rien ne te mescrois,

Quant pour mon grant bien tu m'advise.

LE BOITEUX

L'on m'a dit qu'il» est en l'église?

Aller ne nous fault celle part.

l'aveugle.

Se Ik nous trouvons sans feintise, Le deable en nous auroit bien part!

Pause.

Malheur, mauvaise chance.

C'est-à-diie : que l'on prît sur ma peau de quoi faire deux

courroies.

* Ni' denier ni maille.

* C'est-à-dire : 11 en serait ainsi que je le dis.

* Le corps de s^iiit Martin.

DE i/aveuglr bt du bo.'jeux. 42T

•LE BOITEUX

Tirons par delh à l'escart?

l'aveugi.k.

Par où?

LE BOITEUX

Par cy.

L'AVEyCLE.

Legiereraeiît * !

LE BOITEUX

Ma foy, je soroye bien coqnart *, S'a lu y j'aloye présentement.

l'aveugle.

Allons !

LE BOITEUX

^ A queir part?

l'aveugle.

Droietement, Où ce gallant joyeux s'hiverne '^.

LE BOITEUX

Que vêla ^ parlé saigement !

Où yrons-nons ?

l'aveugle.

En la taverne.

J*y voys bien souvent sans lanterne.

* Le&tement, promptement.

- Sot, niais.

-'* 11 y a «i verne dans le manuscrit; nous n'avons pas hcsilé t^ l'aire un changement arbitraire qui donnr au moins un «.ens h la phrase.

* Pour : voUà.

âi8 NOnALITK

LE BOITKUX.

Je le dis qu'aussy fays-je moy, Plus voluntiers quVn la citerne, Qui est plaine d'eau, par ma foy !

Allons h coup * ?

l'avedglë.

Ëscoute?

LE BOITEUX

Quoy?

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