‹ Recueil de farces, soties et moralités du quinzième siècleChapitre 43 sur 53 · BRES8E · texte numérisé non relu

BRES8E

Vous aurez des inaulx abondance :

A ce coup le regnart est pris.

GLISTERE.

Velà ma Dame en son pourpris.

Saluqns-la sommiefement*?

PILLULE.

Gardons que ne soyons repris De demourer trop longuement?

REMEDE

Dame de grant entendement.

Bon jour tous doint le Rédempteur ; Voicy Bancquet, ce garnement, Et Soupper, son coadjuteur.

EXPERIENCE

O^Bancquet, cruel maUîcâcteur, Bateur, combateur, abateur, '(ûut plain de forfait indécent !

6AKGQDET.

Ma dame, je suis innocent!

EXPERIENCE

Et) toy, Soupper très-decevable, Aux corps et aux âmes grevabte, Tu as fait des maulx plus de cent !

SOUPPEB.

Ma dame, je suis innocent !

* Pour : gommairement, d'abord.

386 hk COMDAMNAGION''

EXPERIENCE

L^ung bat les gens» Fautre les tue, L'ung corrompt, l'autre destitue *, Tellemeut que chascun s^en sent.

BAMCQUET.

Ma dame, je ^uis innocent!

EXPBBIENGE.

Ha ! TOUS parlerez autrement, Ou la torture sentirez b Sus, gardez-les soigneusement, Et ung petit tous retyrez?

SAIGNÉE

Nous ferons ce que vous direz :

L*ung et l'autre sera serré.

Je croy que pas loing ne fuyrez.

Mais que je vous aye enferré.

Ilz se fetii'eat avec les prisoDiiiefs. .

EXPEBIENCK.

Conseil discret et modéré.

Seigneurs, princes de medicine, Quant bien vous ay considéré^ Geste cause je vous assigne.

Vous avez théorique * insigne^ Vous avez engin' très-liaultain, Et de prabtiqué la racine, jPour asseoir jugement certain.

Ypocras ^, docteur très-humain, Et vous, le discret Galien,

' DéU'iiit, anéantii.

^ Pour : théorie ; du latin theoria. ^

' Çénie; du latin ingenium,

* Pour : Hippocrate.

DE BARCQUBT. 387

Vous yoyez bien, quant j'ay. soubz maîn Deux gens qui sont en mesme lyen :

Avicenne S seigneur de bien, Et vous, r expert Averroy s *, Je vous prie, çonsèillez-me bien, Quant les delictz aurez ouys.

TPOGRAS.

Ma dame, je me resjouis, Quant me baillez ceste ouverture :

Vous sçavez bien que je jouys De plusieurs secretz de nature ?

Vous avez, par mon escripture, Les Amphorismes de renom, Et si ay fait la confiture ^ Du boire, qui porte mon nom ^.

Et moy, la Gommentacion

Sur les livres de nostre maistre ^ :

Velà mon occupation :

De cela me scay entremettre.

Puis, par escript ay voulu mettre

Ung régime de sanité*.

* La médecine d' vicenne était alors trôs-fomiUôre aux médecins, en France comm^ eh Italie. La traduction l8tinâ de ses livres (CanonU medicinsfUbri) avait été imprimée plusieurs fois à la fin do quinzième siècle.

' La médecine d'Averjroës n'était pas moins répandue dans toutes les écoles médicales. Ses différents traités, traduits de l'arabe en latin, furent imprimés à Venise età Padoue avant 1500.

' Cest-à-dire : c'est moi qui ai donné la recette de la boisson confite, qu'on nomme Ypocras,

* « Il declaire avoir fait le livre des Amphorismes et composé TYpocras. » {Note de l'auleur.)

" « Galien a commentez les Amphorismes d'Ypocras. » {îiote de Vauleur,)

^ Ce traité de Galien est intitulé, dans l'ancienne traduction latine : Desimtaie tuenda libri Viper onmes xtatet.

S8S LA GOHDAMNACION

Et aussi rédiger par lettre : *

De morbo et accidente,

ATICENNE.

Combien que j'ay nobilité ^ ^ Pour principer' et pour régner, Si ay-je curiosité De sçaToir les corps gouverner :.

Et à celle fin de donner - Enseignement plus prôuffitable, J'ay prins plaisir k ordonner Quatuor fen, livre notable *.

AYERROYS.

Ypocras est docteur louable, Galion est scientifique, Avicenne est moult honnorable, 'Prince puissant et magnifique ; Mais mon engin philosophique Aquilibus non indiget, Car j'ay composé en phisique Ce livre qu'on dit : Colliget *.

EXPERIENCE

C'est grant chose de vostre fait ; ^ Ung chascun fort vous recommande, Mais, pour pourveoîr à ce meffait, • En présent Conseil, vou^ demande :

Dont vient cela qu'après viande.

Pour à l'appétit satisfaire,

* Noblesse; du latin nobîlitas,

* Dominer, âtre prince de la médecine.

5 « Avicenne a fait ce livre qu'on nomme Quatuor feu. » (JioU de Vêutewr.)

* La première édition M cet ouvrage {YeneU, 1482, in-fol.) est iBtitttlée : liber de medicma qnidicitur Colliget,

PB BANGQUET. 380

Bantfquet fait offense si grande, Que toer gens? Se peult-ii faire ?

TPOCRAS.

Il n'est au corps rien plus contraire, Que manger oultrageusement ; Et yauldroit trop mieulx en distraire ^ Que d'en prendre si largement:

Mais on ne peut pas proprement Ne Tung ne Tautre condamner, Car il les ûmlt, premièrement, Suffisanmient examiner.

EXPERIENCE

Doncques, pour en déterminer,] Par grant délibération, Secours, faictes->Ies ramener:

Si orrons* leur confession.

SECOURS

Ma dame, j'ay intencion

De tantost yous les présenter?

REMEDE

Et, de paour de commotion.

Je y Tueil plainement assister.

SECOURS

Faictes ces prisonniers trotter Bevant madame Expérience?

REMEDE

n n'y a point de cul froter * : Vous en Tiendrez k Taudience.

* Manger moins, diminuer sa nourrilure.

* Nous entendrons, nous écouterons ainsi.

' Expression proverbiale qui veut dire: il n*y a pas à remettre, à reculer.

7m LA COMD.VMNACION

BAHCQUET.

En moy n^a point de résistance :

Je iray partout où vous plaira.

. SOBRESSE.

Soupper vous fera assistance, Qui du tonnent sa part aura. .

SOUPPER

Je ymagine qu'on nous fera Quelque grâce ou quelque doulceur?

DIETTB.

Je ne sçay, moy» qu'il en sera, Mais Yostre cas n'est pas trop seur.

CLISTEBE.

Sus, cheminez, maistre trompeur !

Venez à ma dame parler ?

BANCQUET.

Dea, mon amy, gens qui ont peur Ne peuvent pas si fort aller.

SAIGNÉE

Si ne pouvez- vous reculer, N'eschapper, ne circonvenir*.

PILLULB.

Vostre vie on vcult calculer.

Pour vous corriger et pugnir.

SECOURS

Dame, nous avons fait venir (iCs povres meschans malheureux.

' Faire des tirconvoIiUiong, des déloursi

DE BANGQUÉT. 39t

REMEDE

Hz ne se sçavent soustenir, Tant sont débiles et paoureux.

' BXPERIBMGB.

Voulez-vous supplier pour eulx, Et si congnoissez leur malice !

REMEDE

SMlz sont pervers et rigoureux *, ' Vous y mettrez bonne police.

BONNE G0MPAI6NIB.

Ma dame, vous aurez Toffice De faire k tous droit et raison :

Je TOUS demande la justice De ces gens plains de trahison.

Car chascun d'eulx, en sa maison^ A fait contre raoy son effoH :

L'ung, pour bailler coups k foison, Et l'autre, pour tout mettre k mort. Qu'il soit vray, ilz ont tant grevé Mes gens et femmes principalles, Qu*il y en a sur le pavé Demouré quatre mors et pales.

Telles œuvres rudes et malles ^, Formidables k référer.

Et attroxitez.enormalles \ Ne se doyvent point tollerer.

EXPERIENCE

Sus, vous avez ouy narrer Le plaintif * qu'elle a recité ?

Riens ne fault celer ou 'serrer :

' Cruels, inexorables.

* Méchantes, mauvaises, perfides.

5 Pour : énormes.

* Plainte, complainte;

391 lA GOMDAMNACION

On flçaît jà vostre iniquité.

Confessez toute vérité, Et je TOUS promets sans falace.

Que de ma possibilité J'entendray à vous faire ^ce. *

SECODAS.

Nous avons trouvé sur la place Les quatre mors, ei eulx auprès.

REMEDE

Les meurtris' aussi frois que glace, Nous avons trouvez en la place.

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