S0BRE88E
Je y vy Gourmandise la grasse.
DIETTE.
Je la regarday par exprès.
C|.ISTERE*
Nous avons trouvé sur la place Les quatre mors.
SAIGNÉE
Et eulx auprès.
SOUPPER
Je ne scay que. vous remonstrez, Mais ce cas-là n'advint jamais.
Se Bancquet les a rencontrez Et mys à mort, qu'en puis-je mais?
J*ay suscité des passions.
Qui ont baillé des horions, Mais oncques ne fuz homicide.
Bancquet fist ces ocdsioos :
Ce sont ses opérations.
Puisqu'il fault que je le décide '.
* Les victimes assassinées.
* Déclare, dénonce.
DE BÀNCQUBT. 395.
BANCQDET.
M*a»4u donc baillé ceste bride * ?
M'as-ttt pelle cest œuf mollet * ?
SOUPPER
Bancquet les desgorde et desbride*, Gomme on fait ung jeune pouUet,
BOINE COMPAIOIIIB.
Il en dit le cas tel qu'il est :
Sbupper bat^ mais de tuer» non.
SOUPPER
Bancquet leur couppe le filet.
EXPERIENCE
Aussi, en a-il le renom.
BANCQUET. •
Si je prens occupation Consonne ^ à ma condicion, Est-ce pourtant si grant forfait ?
EXPERIENCE dit à Bemede.
Escrivez leur confession, Leurdict et deposicion, Remède?
REMEDE
Dame, il sera fait.
BANCQUET.
Vous sçavez que Bancquet def&it
^^ EifHression proverbiale qui équivaut à celle-ci : H'as lu préparé ce lieou pour me peudre ?
* Expression proverbiale qui signifie : As-tu donc résolu de m'étrangler?
' Dégorger et débrider un poulet, c'est lui couper le gésier, lui ouvrir la gorge.
* Cotuotmmue, conformei
394 LA COMDAHtràGIOV
Tous corps humains par gourmander * :
G^est mon office, eW mon fait. ■ Que m^en you1cz*^ou8 demander ?
Premièrement fais aborder
Appoplexie ; Apres cela, vient, sans tarder
Epilencie :
Soubz la langue fais brocarder
L'Ësquinenciô :
Et, pour les cestez mieub krder,
Vient Pleurésie.
Là se treuve, sans mander >,
Ydropisie, Et puis frappe, sans commander, Paralisie.
Par guerre mortelle, Goutte s*y applic({ue ; Jaunisse, Gravelle, Viennent en publicque ; Mais, avec Golicque, Je boute en ung carre ^ Ce bon catholicque, Qu'on nonmie Gatharre.
Et à vous dire proprement.
Devant tous ces gens vénérables, Gatharre est le vray fondement D'egritudes^ innumerables.
YPOCRAS
Il ne dit que motz véritables ; Gatharre cause maintz deffaulx ^,
Par gloutonnerie.
» Saa£ qu'on la mande.
' Char triomphal.
♦ Maladies^ infirmités; du latin xgrUudo*
* Accidents, malheurs.
DE BÀNCQUET. 396
Mais tous ces morbes ^ détestables Viennent par Bancquet qui est hvli.
EXPERIENCE
Et par Soupper?
Beaucoup de mauh: , Car il foule ' comme piastre.
II ne fait pas mortelz assaulx.
Comme fait Bancquet, ce folastre.
Ha ! Soupper, nous a bien fait batre, Par ses souldars plains de cautelle.
Mais, à tout compter sans rabatre, Sa bature n'est pas mortelle.
EXPERIENCE
J'examineray la querelle, Et du conseil demanderay :
Se vous avez bon droit, querez*]e.
Car justement procederay*
SOUPPER
Ma dame, je recHeray, S'il VOUS plaist, mon intencion, Pourveu que je ne irriteray Vostre ^nt domination?
EXPERIENCE
Dis tout sans adulacion, Et fussent motz injurieux, Pour ton argumentacion, .
Je n'en feray ne pis ne mieulx.
SOUPPER
Nulz hommes, tant jeunes que vieulx, Voire dès le temps du delugei
* Aixiâenis morbides; maladies.
* Opprime, bat, maltraite;
396 LA COMDÀMNACIOH
N'esleurent jamais sur leurs lieux Une femme pour estre juge.
Le Droit tant cifil que divin S Pour nous enseignement donnei*.
Dit que le sexe femenin Ne doit juger ne condamner.
BANCQUBT.
A ce ne povez répugner,
Quant bien y aurez médité :
Pourtant roulons-nous impugner *
Vostre siège et auctorité.
Il semble que ce soit Hector,
Ou quelque empereur, de vous veoir.
Digeslis, lege: Cumpretor:
Là pourrez-YOus de vray sçavoir,
Que la femme ne doit avoir
Office tant honorifique, '
Ne si grant honneur recepvoir.
Gomme de siège jurisdiqite.
EXPERIENCE
Se j'ay puissance magnificque, Que je puis largir ^ et estendre, Vous n^ estes pas scientificque Pour le discerner et entendre :
Non pourtant, se voulez aprendre A lii'e le vieil Testament :
Là pourrez sçavoir et comprendre Que femme siet en jugement.
£n Judicum n*est-il pas dit, Que ceste dame Delbora
' « Millier Judex esse non potest. L. cilm prelor. | a on liulcm ff« de judi. Et est etiam ramota ab omnibus officiia ublicis et civilibu.s, 1. ii, ff. de re judi. » (Note de rtuUur,)
* Combattre, attaquer; du latin impugnare,
' Répandre; du latin largire.
OK BANCQUKT. 397
Jugeii les gens sans contredit, Et pour le peuple laboura ' .
C'est celle qui corrobora fiarach, le prince d'Israël, , Quant leur ennemy Sisara Mourut par les mains de Jael *,
Que vous a fait Semiramisy
Qui n'est pus des femmes la pire ^?
Elle a jugé'^ses ennemys,
Et subjugué moult grant empire.
Se d'autres femmes voulez lire,
Ësquelle sapience y a,
Vous povez ceste dame eslire.
Qui se nommoit Hortensia *.
Hortensia, par éloquence, Pérora si très-douicement.
Qu'elle eut finale conséquence De son desi^* entièrement :
Des Triumvires proprement, Obtint sa cause par escript; Comme Valere derement En son huitiesme le descript.
Diverses femmes très-habMles Ont tenu Tesprit prophétique :
Travailla.
* « Sisara, prince de chevalerie de Jabin, ruy de Caoaaiu, fist guerre aux enfan» de Israël, et par le coaseil de Delbora, qui estait juge et prophette, leurs ennemys furent vaincus, et Sisara mort. L'bystoire est Judicum quarto capitule. » (Note de V auteur.)
' « La royne Semiramis, après la mort de son mary Niuus, régna longuement, comme il est escript au premier livre de JcsTn. » {Note de Fauteur.)
* « Hortensia, fille de Uortensius le grant orateur, soustiut la cause des femmes.de Romme par devant les Triumvires, et ù&i tant, par son éloquence, que de la pecune sur elle imposée fut remibe une gi'ant partie, comme il appert en Yalbre, libro Vlll, cap. lu. > {Note de t auteur.)
7m LA CONDAlINAGieK ^
Bieu y pert ^ par les ih SibilLes, Dont la première fut Persique.
L*une, qui fut sage et pudique, A Tarquin ses livres vendit ; L'autre, par vision publique, Octovien humble rendit *,
Âucunesfois il est licite Nous bailler junsdicion.
Decimaquinta le recite,.
En la troisiesme question.
Où il fait déclaration.
Que femme, pour certain afiaire, Sans quelque reprehencion, L'office de juge peut faire' .
• Aussi, puis-je déterminer De quelconque cas opportun , Et si ne povez décliner Mon décret, tant soit importun ; Je puis dire et juger comme uhg Juge qui a puissance expresse ; Parquoy le proverbe commun Dit que je suis dame et maistresse^..
8#0PPBR.
0 dame, vostre saigesse
Bruit i^ et règne par dessus tous,
* Pour : appert, parait.
* ' Icy parle des dix Sibille^, dont l'une veudit des livrer à Priscus Tarquin ; l'autre fi$t la remoRstrance à l'empereur Octor vien, et dictx ces vers : Jttd.cii signum^eU, Lagtanciiis, ïh libre Divinarum mtitut.onum, et à'auigt AufiosTiv, de dvittUe Dei, eut traicté ceste matière. » {Noie de Fauteur.)
' < la aliquilMis mulier potest ease Judea. In Deereiii, cauM quinta, que&tione tercia. » {No:e de fauletf.)
* « EiperieDcia est rerum magistra. Ht supra di£tum est ubi alegat Spéculum. » {Note de routeur.)
» Éclate.
DE BANCQUEÏ. ÂU9
•" Mais je vous prie en toute humbles^e S Que vous ayez pitié de nous.
EXPERIENCE
Les conseilliers vous seront iimh :
On ne vous fera que raison.
Sus, sergens, entendez à vausV Rernenez ces gens en prison I ;
LE FOL
Baillez-leur chascun ung grisou, Pour passer plustost la poterne?
Vien ça, visaige de busson * ?
fray-je porter la lanterne? '
Clistere les raaine en prison .
GLISTERE.
Sus, sus, venez en la caverne ?
Le lieu n^est pas encores plaiq.
SAIGNEE.
11 y a mauvaise taverne :
On n'y trouve ne vin ne pain.
PILLULE.
Demeurez là jusques à demain : On vous fera vostre paquet.
DIETTE.
.Nous vous laissons en ce lieu sain.
SOBftESSE.
Adieu, Soupperl
DIETTE.
Adieu, Bancquet!
' Humilité.
* Pour : ^««^4
400 LA COMDAMNACIUN
EXPEBIBNGK.
Seigneurs, vous entendez le fait De ce trouble et de ce maleur :
Bancquet est ung murtrier parfait, Soupper bateur et mutileur.
Vous estes gens de grant valeur, Poi^r sçavoir'.telz cas décider :
Gonseillez-moy, pour le meilleur, Gomment j'y devray proceijer?
YPOCRAS
Nous ne faisons que commander Qu'on se reigle, qu'on se tempère, Mais nul ne se veult amender :
Velà dont vient le vitupère * .
Quant à part moy je considère Les excès et potacions, 6e le monde ne se modère, Il en mourra par millions.
A la Terite, bien sçavons Dont viennent ces faultes pessimes * :
Largement escript en ayons, Baillant deffences et régimes.
Ypocras,«en ses Amphorismes, Conseille bien la créature.
Et moy, par gloses inGmes, Ay commenté son escripture.
AVICENNE
Ung chascun corrompt sa nature, Par trop de viandes choisir, Car qui abonde en nourriture
* Tout le mal, tout ce qui est & blâmer»
* Trèb-mauTaises, perverses ; du latin pess'im.
DE BANCQUET. 401
A peine peut-il sain gésir ; • Et pourtant ay-je prins plaisir A dénoter expressément Que après appétit et désir On doit manger non autrement.