‹ Recueil de farces, soties et moralités du quinzième siècleChapitre 51 sur 53 · DISETTE · texte numérisé non relu

DISETTE

Dame?

EXPERIENCE

Despeschez-le!

DIETTB, f • • •

Je Yoys jouer mon personnaige.

Sus: montons amont * ceste eschelle.

Ils commencent à monter. LE BEAU PERE.

0 Bancquet, il vous fault avoir Mémoire de la Passion?

BANCQDET.

Beau père, vous devez sçavoir Que je y ay ma devocion ?

DIETTE.

Dea, affîn que nous ne faillon A poursuivre le pctitoire *, Montez encore ung eschellon ?'

' En haut.

* C'est-à-dire : à exécuter la senlence.

RANGQUET.

Mais qiie j'aye ung peu d'adjutoîre • ; Il monte, et on luy aide, et dit :

Suis-je assez hault?

DIETTE.

Encore, encore!

Vous commencez à approcher.

Veei cy vostre reclinatoire * !

Hola ! je vous voys atacher. /

Mais toutesfoys, pour despescher, Tandis que à mes cordes labeure.

Se rien voulez dire ou prescher.

Dictes maintenant,' il est heure !

BANCQDET.

Helas ! puis qu'il fault que je meure,

Chascun vueille pour moy prier,

Affin (JU'en la fin je demeure

Sans vaciller ou varier.

Je n'ay eu mémoire Que de tousjours boire ^

Du vin de hault pris.

DIETTE.

Ce n'es pas grant gloire, Mais fol ne veull croire, Tant qu'il est souspris.

BANCQUET.

J'ay mort desservie, Par cruelle envie.

Pour estre trop fin .

DIETTE.

Fol est qui desvie.

Aide; du latin adjutorlnm.

* Lieu de repos.

44t LA C»lin*]IHÂ010R

Car de nulle vie Vient mauTBise fin.

BANCQOBT.

Finesse m'affine ; Je meurs et deffiiie.

Honteux, en ce lieu.

DIETTE.

Qui ^ mal s' encline, Tost chiet et décline, Quant il plaist à Dieu.

BANCQ0BT.

Adieu mes esbats !

DIETTE.

Ils sont mis à bas.

BANGQUBT.

Plus n'ay de demain !

DIETTE.

Il fault dire : Helas !

BANCQUET.

Je suis prins au las !

DIETTE.

Voire soubz ma main.

BARCQUET.

Adieu, friandises petites, Sucre, coriande, aniz, Girofle, gingembre, penites, Saffran plus luisant que vemiz, Sucre candis pour les poussifs, Triassandali que on renomme,

DE BANC<^OBf. 440

Poivre, galingal ek raassis, Mus, muscade et cynamome* !

Pour ce que j'ay bien fait gaigner Les médecins bons et parfaictz, Car ilz ont eu k besongner, A guérir les maulx que j'ay faictz, Veu qu'ilz sont riches et refaictz'; Je veulx qu'ilz me facent promesse, Que, pour mes péchez et meffais, Ghascun fera dire une messe.

0 jeunes gens, qui mon cas regardez, Gardez, Tardez De faire abusion , Corrigez-vous, vostre vid amendez, Mondez', Fondez, En bonne intention, Vostre occupation, Vostre opération, Soit en devocion.

Et jour et nuyt Fuyez decepcion; Ayez oppinion Et recordacion.

Que péché nuyt.

LE BEAU PB%^

Mon amy, soyez tout réduit

De prendre, pour bon saufconduit,

Ce sont toutes les épiœs qui entraient dans la préparation des ragoûts et des pâtisseries.

* Remis sur pied, ayant bien fait leurs affaires. 'Épures.

4!{0 LA COMDAHNACION

Jésus qui souffrit impropere < ; M'enteudez-Tous ?

BAMCQUET.

Ou y, beau père.

LE BEAU PERE

Pensez h yostre oouscieiice, Prenez la mort en pacience, Et la honte et vitupère :

MViitendez-YOUs?

BÂNCQUET.

Ouy, beau père.

LE BEAU PERE

Tenez la foy.

BANCQUIT.

Aussi feray-je.

LE BEAU PERE

Soyez constant.

BANCQUET*

J*ay bon couraige.

LE BEAU PERE

Pensez à Dieu.

BANCQUET.

En luy j'espère.

LE BEAU PERE

M'entendez-Tous?

BANCQUET. ,i

Ouy, beau père.

Justice m'est amere mère *,

* Supplice outrageiix.

* Voici un nouveau tour de force de prosodie que le pauvre Banquet exécute avant de mourir : « La rime emperiere^ dit Ri-

-DE «AHCQOBT. 4M

Quant de la mort in\is8igne signe:

Justice se confère fere * , Qui ma paine deelaire cleie^ Dont ma vigueur très-fine fine.

Justice, qui domine myne, Pécheurs, comme régente gente.

Bien monstre qu'elle est diligente.

DIETTE.

Avez-vous dit?

BANGQUET.

Je me contente.

DIETTE.

Pardonnez tout, sons plus d'actente, Et ne tenez couraige à nulz*.

BANCQUET.

De pardonner c*est mon entente ^.

niETTE.

Or sus, dictes vostre In manus»

Il boute yik * de l'eschelle et fait semblant de l'eslrangler, à la

mode des bourreaulx.

LE BEAU PERE

Credo, credo !

DIETTE.

Veez-le là jus?

Je croy qu'il soit jà trespassë.

cbelet, dans son Abréffè de la versificaiton^ est une riine où une partie de la première sillable de l'antépénultième du mot est répétée deux fois de suite. »

* Pour : flère. Peut-être faut-il rapporter ici le mot fere an latin fera, barbare, féroee.

* C'est-à-dire : ne gardez rancune à personne. ' Intention.

* Il le jette à bas.

451 LA COH^AMKàClON

LE BEAU PERE

S'il est mort, anima, ejm Requieicat in pace.

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