‹ Recueil de Monuments antiques la plupart inédits et découverts dans l'ancienne GauleChapitre 29 sur 65 · II · texte numérisé non relu

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D est peu d'endroits en France , si Ton en excepte Arles et Narbonne, où les monumens antiques aient été recueillis en aussi grand nombre qu'à Moissac et dans les environs de cette ville j cependant elle ne remonte pas à des temps très-anciens, et sa fondation ne date guère que du quatrième ou cinquième siècle : on a attribué celle de son abbaye à Clovis , en l'an 5o6. Les anciens itinéraires n'en font aucune mention ; du temps des Romains, il n'y avoit entre Toulouse et Agen d'autres villes qu'^f/^, Albî, et Z)*Konrf, Canon , sur la droite ; la route qui conduisoit d'une de ces villes à l'autre passoil à la gaucho sans doute par Lactora , Leictoure. Quoiqu'il en soit, on a recueilli i Moissac 7 comme nous Tavoôs dit , beaucoup de restes de l'antiquité , parmi lesquels plusieurs sont d'une obscé-

mté révoltante ; mai» tous ces monumerts appartiennent > , par leur style et les caractères deai^criptione, aux temps dé la décadence de l'art: Nous a Vous dbobi^ «dans knemhre, , l'urne gravée sous le N*. II de cette piawhe^ dontUm*^, tière , la forme et le travail non» mot par» mériter quelqu'intérêt. Elle fUt découverte en dans un petii

jardin voisin de l'église; elle étoit de basalte, olive foncé >, d'un grain fin et serré; elle avoit trois pieds quatre pouce* de haut, sur deux pieds doua Douces 4ft Wge , les apset» comprises. Elle étoit remplie de:détbrts dosscmoua meléa avec une petite quantité de cendres. On y voyoit sculptés en relief trois personnages entièrement nus , et dont l'attitude «voit sans doute rapport aui défont dent/ l'urne ren fermoit les cendres . Us représentent un i tanexHl entre deux femmes -qui cherchent à l'entraîner chacune de ieu* coté; il est- dan» l'indécision , et paraît craindre également de s'abandonner .à l'une ou à Tautrc de ses compagnes. La forme extraordinaire de oe monument , dont les anses sont hors de proportioav avec le corps du vase, la matière dure et très-Afficilei * élaborer dont il est composé y ajoutent à 1 intérêt du sujet qui y rest sculpté; il rap* pelle l'ingénieuse composition d> Gorrège, dans laquelle il a tracé l'embarras d'un homme faible placé antre le vice caressant et l austénevwttty et dans lin décision du choix qu'il doit faire. .■ > , i | / .r Ij

/ Nous avons fait eonnoître ^ comme nous l'avons dit, un grand nombre de fraguiens de poterie ^Romaine de Terra Campana , et nous nous sommes étendus, assez longuement sur sa fabrication et sur sa composition ; nous aurons

occasion den- parler encore dans la suite de cet ouvrage. La jolie coupe que nous avons fait graver ici est dune entière conservation" i-et> d'une forme élégante : la guirlande de lierre eë lesîoraemens'qui y sOnt imprimés sont d'un bon goût 5 elle a ét|é trouvée dans lest environs d' A bbeviUe avec;d'autres vases du même genre , de là même terre , et tous 'également bien conservés; quelques-uns étoient unis et'sans autfun ornements Son diamètre pris au bord supérieur est de neuf pouces , sa profondeur de trois pouces ; k> base a trois pouces deux ligne» de diamètre.

Il existoh anciennement^ à peu de distance de la villei actuelle de Perpignan , une habitation appelée Ruscino on Ruscmon. Tite-Live etPolybe en font mention , en parlant du passage ôTAnnibal dans les Gaules pour se rendre en Italie. Strabon cite une ville du même nom que le fleuve Ruscinon (i). Sa position est indiquée dans l'Itinéraire d'Antonio et dans la Table Théodosienne , entre Combusta. et Illiberis ,* elle existait encore sous Louis-Ie»Débonnaire y et fut depuis ruinée par les Normands. Elle est citée sous le nom de Rasciïiona , qui est resté à la Provinee dont Perpignan est deyeriu la capital»;. On a rarement découvert des- mon u meus antiques dans cet endroit, ce qui ajoute de l'intérêt à ceux qu'on a pu conserver.

Le médaillon de cuivre rouge que nous publions , et qui est gravé dans sa grandeur naturelle, a été trouvé près de la tour de Rokaeilloo y \ qw> parofr être funiqUe reste de 1 ancien Musomoi On^oit n^'un coté «ne tête barbue Coiffée

( «or )

d une espèce de capuchon assez semblable à celui de la cuculle. Au-devant de cette tôte sont quatre caractères puniques; on voit au revers un autel ou trépied ayant des ailes éployées, et au-dessus duquel est une légende composée de six autres caractères puniques. Un trépied dune forme semblable à celui-ci fut trouvé en 171a à Langres(i)

Les Carthaginois descendirent les Pyrénées, sous la conduite d'Annibal, du côté d'IUiberis , ^t durent passer à Ruscino ; d'ailleurs , long-temps avant cette époque, les Celtes étoient à la solde des Carthaginois ; Annibal devint leur allié, et en reçut dans son armée; il n'est donc pas étonnant qu'on ait trouvé des monnoyes Puniques dans plusieurs endroits de la Gaule: on en a recueilli plusieurs à Vieille Toulouse ; mais jusqu'à présent aucune médaille Carthaginoise navoit offert des types semblables à ceux que présente la nôtre ; et l'endroit où elle a été découverte ajoute à son prix.

La langue Phénicienne est encore à - peu - près incon-l nue , car les savans n#ont pas même pu s'accorder sur la juste valeur et la signification des lettres qui la composent; on ne doit l'explication du peu de mots qu'on en a pu lire qu'à leur rapport avec le Syriaque et THébreu. L'abbé Barthélémy Vest long-temps occupé des monumens Phéniciens , et a donné l'alphabet des caractères qu'on y trouvent. M. Mionnet a aussi réuni et fait graver dans plusieurs planches de son ouvrage sur les médailles Grecques toutes les légendes Phéniciennes qu'il a pu recueillir, et y a

(t) Religion des Ga<D. Ton. I , pag. 104.

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Éjonté un alphabet comparé de l'Hébreu , du Phénicien f du Samaritain et do Sassanide (i).

Cippe tumulaire en marbre trouvé à Leictoure. Le fronton est orné d'une sculpture bizarre , représentant une espèce de larve, au-dessus d'un double Phallus. Dans un carré taillé peu profondément , on lit Dis Manibus. Cette ligne est séparée par un cœur ailé du reste de Tins* cription ainsi conçue : PVB. SABINVS. C. SABINI ET L. SABDVA (il faut Sabmœ) P. POSVTT. PubliusSabinut Cou Sabini et Luciœ Sabinœ {fiUus) parentibus posuit.

Cet autre cippe découvert dans la même ville est aussi de marbre et de la même dimension ; il a deux pieds de haut sur un pied et demi de large , et neuf pouces d'épaisseur. On voit dans le fronton une tête d'homme en profil placée entre deux cornes d'abondance $ au-dessous sont les deux sigles D. M. Dis Manibus, et l'inscription suivante : POMP. FLÛRVS. M. COH. IU. L. XII. POM. FLORA. P. V. F. Pomponius Florus miles Cohortis tertio* Legionis Duodecimœ. Pomponia Flora Pat ri votum fecit.

Les noms de Sabinus et de Pomponius inscrits sur ces deux cippes sont cités dans les auteurs. On trouve dans Gruter plusieurs inscriptions qui en fontmention. La famille Tituria tiroitson origine des Sabins, et prenoitle surnom de Sabinus,

(i) Detcript. de* méd. antiq. grecques. ( Planche* ) PLafi.

qui se trouve sur plusieurs médailles consulaires rapportées par Ursin (i). La cinquième de la planche que nous citons, et s ur laquelle on lit P. SAB1NVS, est attribuée au fils de Q.TÏturius Sabinus qui fut envoyé dans les Gaules par Jules-César. L'inscription du cippe N.* V a sans doute conservé le nom d'un soldat de la même famille ; mais les sculptures qui ornent le fronton n ont guère de rapport à la piété filiale qui semble avoir érigé ce monument. On croiroit plutôt qu'une amante désolée a voulu y tracer ses regrets de la perte irréparable de celui qui lui avoit fait goûter les douceurs de Famour.

La famille Pomponia , quoique Plébéienne, prétendoit tirer son origine de Pompo , l'aîné des quatre fils de Nuxna (a). Le surnom de Florus appartient plus spécialement à la famille Aquilia, avec laquelle le soldat, dont le nom se trouve sur notre inscription N.° VI, avoit peut-être contracté une alliance (3). »

Les anciens géographes n'ont pas fait mention de Laciora , Leictoure , ni des Lactorates, peuples qui habitaient cette contrée, et dont on retrouve le nom sur plusieurs inscriptions, du temps des Àntoninsj on le trouve aussi avec celui de JLactora dans la Table Théodosienne, et Banville a pensé que cette ville est une de celles de la Novempopulanie, qui avoit contribué au nom de cette Province ; elle étoit à-peu-près à une égale distance d'Auch

(1) De Fktmit. Roman, pag. aâa.

{») Plutarcfu in Nu ma.

(3) On a trouvé auwi a Leictoore «n beau cippe TOlîf en marbre gru , dont l'inscription porte qae Pomponia Flora a offert aux grande» dinnitét on Tan-

roboie le 6.» jour des ide» do décembre.

C ïo4 )

et d'Agen. E)lle fut saccagée dans le dixième siècle , ainsi qu'un grand nombre de villes de l'Aquitaine, par les Normands qui , descendus dans la Neustrie avec Rollon , refusèrent d'embrasser le christianisme , et se séparèrent de lui. Ils vinrent de là , sous la conduite d'Haddingue ou Haddungue , un autre de leurs chefs, jusqu'à l'embouchure de la Garonne qu'ils remontèrent et dévastèrent une grande étendue de pays. La ville de Leictoure perdit alors son ancienne splendeur , en conservant cependant son indépendance. En l'an 1194* elle devint la capitale du Vicomté de Lomagne , par un traité quelle fit avec Hélie de Talayran , sous la réserve de tous ses droits , usages et privilèges. En ia43 , elle passa sous la domination de Jean II , comte d'Armagnac; en 1 3^3, sous celle d'Edouard, Roi d'Angleterre , se disant Duc de Guyenne , auquel succéda Odon ou Eudes dans cette même qualité en l'an i3o8; enfin , en i473, Louis XI réunit à la couronne de France la ville et seigneurie de Leictoure. François I.cr donna le comté d'Armagnac pour dot à sa sœur Marguerite de Valois en la mariant au Duc d'Alençon , qui mourut sans enfans, Sa veuve se remaria à Henri d'Albret, vingtsixième Roi de Navarre, et lui apporta la seigneurie de Leictoure, qui passa ensuite par Jeanne d'Albret, seule issue de ce mariage , à Antoine de Bourbon , père de notre Grand Henri.

On a recueilli à Leictoure un grand nombre d'inscriptions Romaines , dont plusieurs datent du règne de Gordien III , qui monta sur le Trône en l'an a38 de notre ère ; elles Soient conservées dans l'Hôtel-de- Ville et sur la place k publique j ces monumens étoient tous de marbre et sous la forme de cippes de différentes dimensions 5 presque

toutes le» inscriptions qui y sont gravées font mention de sacrifices Tauroboliques , sur lesquels nous croyons devoir enti er dans quelques détails.

Le monument le plus remarquable de ceux sur lesquels il est fait mention du Taurobole, fut découvert à Lyon sur la montagne de Fourvières, au mois de décembre 1704. Il donna lieu à des recherches savantes, et exerça la sagacité de tous les antiquaires de ce temps-là (1). L'cvéque d'Hadria, Bonani , Colonia , Spon , de Bose , Hardouin et beaucoup d'autres , s'en occupèrent. C'étoit un autel carré d'environ quatre pieds de hauteur , sur un pied et demi de largeur. Hportoit, au milieu d'une belle inscription latine, un bucrâne orné de perles ; sur une de ses faces latérales une tête de bélier, et sur l'autre la Harpa ou couteau Victimaire. L'inscription annonçoitque ce monument avoit été consacré en mémoire du Taurohole fait en l'honneur et par ordre de Cybèle, par L, MmUius Carpus, Sextunwir Augustal et Dendrophore, pour la santé de l'Empereur Antonin-le-Pieux .

Le Taurobole étoit un des grands mystères de la religion des Romains , dont Prudence , qui vivoit dans le quatrième siècle , nous a conservé le cérémonial superstitieux (a). On creusoit une fosse profonde que l'on recouvroit dè planches percées dans différens endroits : celui qui offroit le Taurobole descendent dans cette fosse, et y recevoit sur toutes les parties de son corps le sang fumant du taureau qu'on immoloit au-dessus avec un grand appareil. (Lors-

<i) Rïst. de Lyoa, tom. I, p. 181. — Mémoire» de l'Académie des Inscript. Tom. I.

(a) Hymn. 10 , de Martyr. S. Roman, {Lib* VHI. )

Tom. u. i4

qu'on prenoit pour victime un bélier, le sacrifice étoit tm Criobole ; si cetoit une chèvre , un Mgobole ; enfin le Suovetaurilia étoit le sacrifice d'un taureau , d'un porc et d'une brebis). Celai qui avoit reçu le Taurobole sortoit ensuite de ta fosse , et se présentait dams cet état horrible à la vue du peuple , qui se prostemeit devant lui , et le regardoit pendant long-temps comme on homme extraordinaire et protégé des Dieux. On croyok même que l'efficace de ce sacrifice mettoit pendant vingt aimées , mais point au-delà, celui qui la voit offert à l'abri de tous les malheurs et de tous les dangers.

Sub terra missus, Polktùu sanguine Tatiri, Sordidus , infectus vestes servare cruentas , Vwere cum speras vtgiritt mnndus in armai (i).

Le Taurobole étoit particulièrement offert à Cybèle , à lacmelle on )oiguok quelquefois Atys son favori , et le maître des Dieux , le grand Jupiter. Ces sacrifices étoient offerts par des provinces et des villes qui nommoient alors le TaurvboUatus , Taurobolinus ou dux Tauroboli, c'est-à-dire, celui qui devoit recevoir pour elles l'expiation et les faveurs de l'offrande. Les particuliers ,. hommes et femmes, pouvoient également faire des sacrifices. Taure— beliques; mais cette cérémonie* étoit tellement imposante 9 et paroissoirt aux anciens d'un si haut intérêt , qu'ils n'y avoient recours- que dans les cas les plus iraportans 9 principalement pour demander aux Dieux la conservation de la santé et de la vie des Empereurs et de leur famille.

Lorsque le Taureau avoit é*é immolé, et que le TauroboUatus avoit reçu les manques «le la vénération et de la sainte horreur qu'il inspire] t aux assistans, on enlevoit les cornes de là victime , et quelquefois toute la tête dér pouillée de la chair et de la peau , pour les consacrer aux Dieux , ou les ensevelir dans le sein de la terre , au lieu même où le sacrifice avoit été offert. Les cérémonies du* noient trois "jours , et se tenninoient à la fin du troisième i ce qui est exprimé sur 1 autel Tauroholique de Lyon par -cette fin de l'inscription, eu/us Mesonyctium factura est V id. deç\ c'est-à-dire , que la dernière cérémonie du Taurobole avoit été faite à minuit le cinq des ides de décembre.

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