PRÉFACE
Nous nous sommes imposé une tâche difficîië à remplir, en annonçant par le titre de cet ouvrage, qu'il pourroit faire suite au Recueil d antiquités du Comte de Caylus ; ce savant illustre fut assez heureux pour réunir tous les moyens qui pouvoient assurer le succès de son plan : doué d'un esprit vaste et d'une érudition profonde , ph
dans un rang élevé et favorisé des dons de la fortune , il lui fut facile de suivre le penchant qui le portoit a la culture des Sciences et des Arts ; aussi leur cônsacra-t-il les trois quarts de sa vie; il fut le protecteur zélé des artistes , le collaborateur et l'ami des savans. Son Recueil de Monumens antiques renferme à la vérité quèl^ ques erreurs ; mais il ne mérite pas les reproches exagérés que nous avons souvent entendu faire à son auteur. On sait combien il met toit d'empressement et de modestie à recevoir les observations , et à se rectifier dès qu'on lui faisoit appercevoir qu'il setoit trompé/Malgré
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. ..ecs taches légères , ce Recueil sera toujours :•• "utx\ ouvrage important , rempli de recherches £V£*tfieuses , d'explications ingénieuses , et d'une V»:- V.ïgrajide utilité à ceux qui suivent la même carrière* Ce savant récolta dans le vaste champ de l'antiquité , -et rassembla <les monumens de toutes les parties de l'ancien monde ;, nous avons cru devoir nous resserrer dans un cercle plus étroit , en nous attachant principalement aux découvertes faites dans l'ancienne Gaule.
Le Chevalier de la Sauvagere publia en 1770» un recueil d'antiquités , pour faire suite a celui de Caylus. Après plusieurs dissertations érudites et remplies de recherches intéressantes sur les antiquités de la Xaintonge j de la Touraine , de la Bretagne, et de quelques autres parties de la France , l'auteur a placé la description de deux caisses de Momies égyptiennes , dont l'une étoit de basalte , et l'autre d'albâtre oriental ; ces monumens se trouvoient placés à cette -époque» dans le château d'Ussé , a dix lieues de Tours et deux de Chinon. possesseur actuelles a fait transporter à Paris depuis quelques années; il les a déposés dans une petite «atacombe coas~
truite exprès, et à laquelle on arrive par u»ë galerie souterraine.
Nous avons été comme tous les curieux visiter et admirer ces beaux restes des temps anciens ; mais notre jouissance a été troublée par la ju&te crainte que les étrangers qui depuis trente ans, nous ont dépouillés de tant de choses précieuses , ne nous enlèvent encore ces monumens ; nous convenons qu'ils sont d'une grande valeur : qu'il nous soit permis , cependant , de remarquer que le prix immense qu'on a la prétention d'en obtenir , ne nous laisse aucun espoir de les conserver.
Il fut un temps où les riches amateurs s'empressoient d'enrichir les collections publiques, de celles qu'ils avoient rassemblées pour leur amusement. C'étoit pour ces véritables amis des a m , une continuation de jouissance , de penser que le fruit de leurs dépenses et de leurs peines ne seroit pas perdu ou dispersé, et que leur nom seroit inscrit honorablement dans le livre de la reconnoissance nationale. Le Comtede Cajlus par exemple , a légué tout ce qu'il avoit recueilli de monumens antiques au cahinet royal ; plus
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v tfëçemment le docteur Calvet , savant antiquaire, ...a* - fait don d'un cabinet précieux à la ville : :4lAvignon, sa patrie.
:" j.^HTous ne prétendons point par ces réflexions adresser un reproche au possesseur des caisses sépulcrales d'Ussé ; mais nous avons cru pouvoir observer , que si ses prétentions eussent été plus modérées , et qu'il eut proposé au gouvernement les arrangemens que les circonstances auroient sans doute exigé, les amis des arts et de l'antiquité auroient pu voir figurer ces beaux monumens , parmi les richesses de ce genre que nous avons conservées.
Les caisses de Momies dont il est question , avoient été suffisamment illustrées par la dissertation de la Sauvagère ; cependant elles furent reproduites dans le tome V des Mémoires de l'Académie Celtique comme une découverte presque nouvelle , et dans une notice dont Fauteur auroit dû peut-être citer plus honorablement le savant qui les avoit fait connoître avant lui ; le nom de la Sauvagère semble lui être échappé par hazard ; il devoit plus de reconnoissance à celui qui lui a fourni littérale-
ment une grande partie de sa notice sur dés mon uni en s aussi importans.
L antiquité expliquée par Dom Montfaucon , est une mine inépuisable d'érudition et derecherches ; c'est l'ouvrage le plus considérable que nous ayons en France sur les restes des temps anciens, etquecomplétedignementlesupplément qui traite des monumens de la Monarchie Française. Que de soins, de travail et de peines ce recueil a dû coûter à son docte auteur. Nous savons qu'il n'a pu voir par lui-même; qu'une très-petite partie des antiquités qu'il a fait graver, et qu'il ne faut les admettre qu'avec précaution ; mais ce défaut est bien racheté par le mérite général de l'ouvrage : il faut excuser quelques erreurs souvent inévitables , de même quebeaucoup de réticences, commandées sans doute par la robe que portoit l'illustre bénédictin.
Un savant du même ordre , Dom Martin , a publié en tr autres ouvrages , la Religion des Gaulois; on y trouve un mélange de bonnes recherches et de mauvaise critique , et l'on regrette que l'auteur ait fait un si mauvais emploi de son érudition , en se livrant à une imagination
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vive et féconde, qui lui a dicté des explications bizarres et souvent aussi fausses qu invraisemblables.
L'histoire de 1 art parFimmortelWinckelmann, est au-dessus des éloges et de la critique; nous lavons souvent consultée, ainsi que les Mémoires de l'Académie des inscriptions et belles lettres , dams lesquels on trouve une masse immense de recherches , qui ont répandu le plus grand jour sur la science , et éclaîrci des points import ans de l'histoire anciennes
Voilà les sources principales dans lesquelles nous avons puisé , les guides et les modèles que nous nous sommes efforcés de suivre , sans nous flater de les atteindre. Nous avons aussi trouvé de grands secours dans plusieurs bons ouvrages plus modernes , et que nous aurons soin de citer. Ceux du savant conservateur des médailles et des pierres gravées du Cabinet Royal , sont des répertoires précieux pour ceux qui s'occupent de l'antiquité; sa galerie mythologique, ses monumens inédits, ses introductions à la connoissance des médailles et des pierres gravées , ne sont en quelque sorte que des essais de ce savant infàti-
guable. Ses vases ^recs , «es tombeaux de Canosa, son voyage fin Italie , fruits de travaux-plus longs et plus importons ne peuvent qu'augmenter encore la justé réputation littéraire deM. Millin.
Nous n'oublirons pas ici le puissant appui que nous avons trouvé -dans notre respectable et docte ami, M. labbé de Tersan , assez connu oe tous ceux qui cultivent les lettres et les sciences ; cet homme excellent s avance avec cette douce
tranquillité -que donne le souvenir! diine vie sans reproches , vers le terme . de sa longue carrière : sa première jouissance est encore de Êiire du bien: et d'être utile à ceux qui s'occupent des sciences dont il fit ses délices , dès lest paret miers temps de sa jeunesse; Nous répéterons; ici combien nous regrettions que son grand âge né lui ait pas permis de tenmiaer l'ouvrage qu'il avoit entrepris f sur les I arts et métiers des anciens ^ d'après les imaaumens. Cent quatrevingts planches sont gravëes^ie texte est préparé;, mais il est trop probable que ce travail important ne sera point publié pendant sa vie. Si ce monument littéraire doit manquer à la mémoire de M. labbé de Tersan , nous nous joindrons à
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ceux qui Font connu ', pour lui en élever un plus cligne de son excellent cœur , dans le temple de la reconnoissance et de l'amitié.t •
Pour ne pasrious bornera une simple nomenclature descriptive , et toujours trop aride des monumens gravés dans ce recueil , nous avons fait précéder ces descriptions par un discours préliminaire qui leur sert d'introduction. Nous y sommes entrés dans des considérations générales sur! l'histoire du globe , nous avons passé en revue les difterens systèmes des géologues, et nous avons cherché à suivre les migrations des peuples depuis lés temps les plus anciens ; nous avons fait un court exposé de ce qui concerne les habitans delà Gaule, leurs coîojnies, et les guerres longues et sanglantes qu'ils eurent à soutenir, principalement contre les Romains; l'Histoire des Gaulois par Mi; Picot nous a été du plus grand secours dans ce travail , et c'est dans Mordre adopté par ce savant Genevois, que nous avons parlé dés événemens les 'plus importans arrivés dans les Gaules (i). Nous sommes entrés dans
(i) 3volumésW8.«, (Genèvé 1804). ' ' l" '
quelques détails, sur la géographie de ces provinces , sur les mœurs et le* usages des peuples qui les ont habitées ; la marche rapide d'un discours ne nous ar pas permis de disculer longuement, plusieurs points qui auroient peut-être èxjgé plus de développemens. Nous avons fait ensorte seulement de retràcersbinmàirement les faits les plus importans de l'histoire de nos ancêtres. Nous avons aussi donné une notice abrégée de l'ancienne histoire de la Bourgogne, afin de payer un léger tribut au pays qui nous a vu oaître ; nous y avons joint une autre notice des yoyes Romaines qui ont autrefois existé dans cette province , et dont nous avons recueilli les élémens dans les manuscrits de feu M. Pasumot, ingénieur-géographe du Roi ; cette dernière partie devoit être publiée à la suite de plusieurs dissertations et mémoires, que nous avons fai£ insérer dans les Annales des voyages, , de la (Géographie et de l'Histoire; le double du manusr crit est même resté entre les mains du rédacteur ; maiscetouvrageayantétéinterrompu,nousavons donné place à cette notice dansiçe; recueil , auquel d'ailleurs elle se trouve naturellement liée.
Quoique nous nous soyons attachés à n'admettre de préférence dans l'ouvrage que nous publions que des monumens inédits et découverts dans les Gaules, nous en avons cependant fait graver quelques-uns qui sont déjà connus; nous déduirons en les décrivant les raisons qui nous ont déterminés à les reproduire.
A la suite du discours préliminaire et des notices sur la Bourgogne , nous avons fait la description des planches en suivant l'ordre numérique ; la plus grande partie des monumens qui y sont représentés , nous a été fournie par te cabinet que nous possédons , et que la vente de deux grandes collections nous mit à portée d'augmenter beaucoup il y a quelques années.
La première fut celle formée par M. Car-^ <fin Lebret , ancien intendant du commerce en Provence , et qui est souvent citée dans l'an^ *iquité expliquée par Mont faucon. Non-seulement cet amateur zélé rassembloit avec soin toutes les antiquités recueillies dans l'étendue de son ressort; mais il profitoit des occasions fréquentes que lui fburnissoiert t ses relations avec l'étranger , pour enrichir son cabinet. Il possé*
doit une suite rare et nombreuse jde figurines antiques eri bronze^, dont une grande partie étoU égyptienne ; des albâtres , des marbres , .des, pierres gravées , et une magnifique collection de médailles; le tout passa après sa mort à ses héritiërsvet mt ensuite oublié pendant de longues années,dams un château de l'Orléanais. A l'époque, de la révolution , ces collections furent abandonnées à des mains profanes qui les spolièrent , et on a vu des jeunes paysans du village où le château qui les recéloit étoit situé , jouer au palet avec les médaillons et les médailles antiques. Ce qui ne fut point alors pillé Ou dispersé, fut enfin vendu pupliquement à Paris, en 1807^ Nous fumes assez heureux pour nous en faire adjuger une bonne partie; nous obtînmes aussi quelques notes qui nous ont fait connoître Vorigine de plusieurs mon u mens découverts en France, et que nous avons fait graver dans ce recueil.
Le second cabinet qui a contribué à augmenter le nôtre , est celui de M. Husson, négociant à Sedan, qui avoit un goût particulier pour les monumens de tous les âges. Il est heureux quil
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se trouve ainsi dans presque toutes les villes , quelques amateurs qui se pipi sent à recueillir ce que Ton retire presque chaque jour du sein de la terre ; sans cela , n'auroit-on pas à regretter la destruction entière de ce que le temps a épargné ? La surveillance active et éclairée des amateurs n'en sauve le plus souvent qu'une très-petite partie ; l'ignorance et la cupidité savent trop bien s'emparer du reste, pour l'abandonner à l'oubli , ou pour le livrer au creuset.
■ Les environs de Sédan sont abondans en monumens antiques ; dans le village de Noyers , qui en est voisin , se trouve un champ appelé Terre â Argent, delà quantité de médailles de tous métaux et d'autres choses précieuses qui de temps immémorial y ont été découvertes ; dès qu'on y remue la terre , on en voit sortir quelques restes d'antiquité; Il y a environ quinzeans qu'un laboureur brisa, avec le soc de sa charrue , un grand vase de terré rouge orné de figures et de diverses frises en relief. 11 çontenoit' plusieurs mille médailles du petit module dé bropze qu'on appelle saucé; elles étaient toutes»
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de la plus belle conservation , et du règne de Probus ; plusieurs offroient des revers très-rares, ce qui ne se rencontre pas souvent dans les médailles de cet Empereur , dont la suite quoique très -variée pour les types, est la plus commune et la plus connue ; labbé de Rothelin en avoit réuni plus de deux mille avec des différences. Toutes les médaillés trouvées à Noyers furent achetées par M. Husson ; il en avoit aussi un très-grand nombre des règnes de Postume , de Claude le Gothique et de Tétricus , en petit bronze et en billon. Après sa mort , son cabinet passa à son neveu , M. Huet de Guerville , qui se décida à le vendre; nous en fumes instruits et nous nous rendîmes à Sédan , ou nous en fîmes l'acquisition. Nous y avons trouvé beaucoup de monumens curieux , et dont plusieurs qui étoient inédits , font partie de notre ouvrage.
Nous devons à la complaisance de nos amis et de plusieurs antiquaires, dont nous citerons les cabinets dans nos descriptions , tout ce qui ne nous a pas été fourni par le nôtre. Nous avons, feit graver neuf inscriptions antiques , qui se trouvent sur trois petites tablettes de stéatite,
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faisant partie de celles qui furent découvertes à Naix en 1 806 , et que nous possédons. M. Tochon d'Annecy , membre de l'Académie des inscrip- Honset belles lettres , vient de publier une bonne dissertation sur ces sortes de monumens, dans laquelle il a parlé de tous ceux qui ont été connus jusqu'à ce jour; il y a cité nos inscriptions que nous nous serions fait un plaisir de lui céder* si la planche de notre recueil où elles sont gravées n'eût été terminée , ainsi que notre travail sur leur explication.
Après avoir épuisé tout ce que nous avons pu nous procurer d'antiquités recueillies dans les Gaulés , nous y avons ajouté quelques pierres gravées et quelques vases Grecs inédits; ces derniers nous ont été communiqués par M; E, Durand, avec lequel nous sommes liés d'une étroite amitié; c'est aujourd hui le particulier de France , qui possède le cabinet le plus remarquable dans tous les genres d'antiquités et/ de curiosités. Sa collection de vases grecs est immense et réunit tout , volume, perfection de formes et de style , érudition des sujets, dont un grand nombre sont inédits. Il a rassemblé comme
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par enchantement , la plus belle suite de monumens antiques en bronze, qui ait existé en France et qui surpasse , à notre avis , celle du cabinet royal ; médailles Grecques et Romaines dàns tous les métaux , pierres gravées , peintures antiques , restes de plastique , émaux du quinzième siècle, tableaux, et ce que la gravure au burin a produit depuis son origine jusqu'à nos jours de plus précieux et de plus rare; voilà l'ensemble de la magnifique collection que cet amateur distingué offre avec autant de grâce que de complaisance à 1 admiration des curieux.
A la suite des monumens antiques , nous en avons donné quelques-uns des temps modernes, mais qui tiennent à notre Histoire , et nous avons terminé notre recueil par une belle plaque en bronze ornée sur les deux faces, divisées char cune en deux parties , de figures en relief qui représentent divers sujets de la mythologie de l lnde. Cette plaque avoit été jugée digne de faire partie du bel ouvrage sur l'Indostan , que M. Langlès enrichit de ses savantes recherches , et dont plusieurs livraisons sont déjà publiées; mais fatigués d'une attente de deux ans , pendant les* quels l'éditeur de cet ouvrage avoit retenu chez
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lui notre monument , sans même se donner la peine de le faire dessiner, nous nous sommes décidés à le retirer de ses mains et à le publier nous mêmes. Notre explication laissera sans doute beaucoup à désirer , et fera regretter davantage celle du savant orientaliste qui devoit s en charger , mais nous ne la donnons que comme uné thèse , d'après laquelle des savans plus exercés pourront se livrer à des recherches plus satisfaisantes et plus étendues. •
En nous hasardant à rendre public le recueil que nous venons de terminer , nous n'avons point l'orgueilleuse prétention , de nous placer au rang des savans nombreux et distingués dont la France s'honore ; nous nous sommes livrés avec ardeur au goût qui nous porte vers l'étude si attachante et si instructive des siècles qui nous ont précédés ; nous aurons atteint le seul but que nous nous soyons proposés , si nos maîtres dans la science nous tiennent compte de nos efforts et les encouragent ; nous serons enfin pleinement satisfaits, si nous avons, en marchant sur leurs traces , contribué à augmenter l'illustration de notre patrie.